rbcflw8xL’expérience est indispensable à l’établissement d’une théorie scientifique dans la mesure où elle permet de vérifier des hypothèses, et par là de les transformer en théories. Il semble donc que l’expérience permette la démonstration. Cependant, il est possible de se demander si elle y conduit « d’elle-même » c'est-à-dire si les faits sont suffisants pour prouver une théorie : n’est-il pas au contraire nécessaire, avant toute expérience, de savoir déjà à quelle théorie l’on souhaite aboutir, ne serait-ce que pour décider de l’expérience qui sera nécessaire ?

 

I L’expérience mène à la théorie

1) L’expérience signifie, dans son sens le plus large, le simple fait d’être au contact de faits. En ce sens, « avoir de l’expérience », c’est avoir déjà été confronté à certains faits. De même, faire une expérience, c’est vivre un certain événement. L’expérience mène donc à la théorie, puisque sans elle, rien ne peut être imaginé, elle est le fondement de toute pensée.

2) De plus, ce sont certaines expériences, non scientifiques, qui ont engendré de nombreuses théories : la vision de l’éclipse de soleil a donné à Einstein l’idée de la théorie de la relativité, le problème des fontaines de Florence a donné à Torricelli l’idée de la pression.

3) L’expérience conduit « d’elle-même » à la théorie dans la mesure où elle en est déjà une application singulière et réelle. Ainsi, une expérience particulière peut donner envie de comprendre ce qui l’a provoquée, et conduire à une théorie grâce à la curiosité qu’elle provoque.

 

II Mais l’expérience est toujours interprétée

1) Cependant, c’est toujours l’interprétation de l’expérience, et non l’expérience elle-même qui permet de démontrer une théorie. En effet, une expérience est riche, elle contient de nombreux aspects, subjectifs ou objectifs. Une théorie est le fait de dégager un de ces aspects, et en dire quelque chose

2) L’expérience dépend toujours du regard que l’on porte sur elle. La même expérience peut ainsi être vécue différemment selon les individus. Une expérience est toujours subjective, il s’y mêle des sentiments, des pensées personnelles, elle est donc incapable de produire d’elle-même une théorie.

3) La théorie est un geste scientifique, qui suppose que l’on dégage de plusieurs expériences semblables un dénominateur commun et universel. Or l’expérience est toujours singulière. C’est donc l’interprétation qui va transformer l’expérience en une théorie.

 

III L’expérimentation est la manipulation de l’expérience

1) Une expérimentation, c'est-à-dire la réalisation d’une manipulation expérimentale, est toujours provoquée, et elle n’est créée que pour vérifier une hypothèse qui la précède. Pour Claude Bernard, la première phase n’est pas l’expérience mais l’hypothèse qui naît de l’observation. Car l’expérimentation est déjà orientée par cette hypothèse, elle n’est pas effectuée au hasard.

2) Pour Kant, l’expérience, si elle est le point de départ de toute connaissance, ne peut suffire à démontrer une théorie véritable. Entre la perception d’un corps qui tombe et la loi de l’inertie, il y a un gouffre. Dans l’expérience on ne trouve que la rencontre avec un certain corps individuel qui tombe ; on ne sait pas si tous les corps tombent, s’ils tomberont tout le temps, et dans quelles circonstances, etc. Dans un cas, on a un énoncé particulier, dans l’autre, on a une loi, un énoncé universel et nécessaire.

3) C’est ce qui amène Kant à conclure que, l’expérience est constituée par le sujet, qui ne connaît des choses que ce qu’il peut en connaître : l’expérience est donc limitée par la théorie, au lieu de la fonder.

 

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1. Le langage fait l’homme : la nature de l’homme dépend du langage, elle est déterminée par lui (cf. les manières de penser et d’agir déterminées par lui). D’ailleurs, apprendre à parler, n’est-ce pas apprendre à penser ? Cf. 1984 d’Orwell :  il est nécessaire, dans un État totalitaire, de construire une langue nouvelle pour structurer la pensée des individus. Mais n’est-ce pas réduire un individu aux structures du langage ? D’où :


2. C’est l’homme qui fait le langage
c’est-à-dire lui qui le constitue. Le langage ne naît pas de rien : il se développe au cours des échanges entre les hommes (cf. Rousseau : Discours sur l’origine des langues ). L’homme ne se contente pas de parler comme s’il réalisait quelque chose de préprogrammé, mais il invente aussi de nouveaux signes (mots) et c’est pourquoi il faut distinguer paroles et langue. Le langage est donc aussi une production humaine.


3. Ces deux situations ne sont-elles pas complémentaires
 ? N’y a-t-il pas un rapport dialectique qui s’instaure entre le langage et l’homme ? L’homme est certes un être de parole (essence) mais n’est-ce pas en parlant, justement, qu’il se constitue et constitue par là-même la langue qui, en retour, va le modifier ? Je ne m’invente pas comme être de parole, mais n’est-ce pas en parlant avec les autres que j’invente, d’une certaine manière, ce que je suis ? Originellement le langage n’a pas été inventé par l’homme (car la convention qu’il représente présuppose la capacité de parler une langue compréhensible par d’autres). Mais depuis que l’homme parle avec les autres, il ne cesse d’inventer sa langue et, à travers elle, sa culture. En ce sens, le langage ne tient-il pas à la fois de la nature et de la culture ?


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+ dans la technique, le savoir précède la pratique. C'est la distinction essentielle entre la technique et l'artisanat : alors que, comme le dit le dicton, c'est en forgeant qu'on devient forgeron, c'est-à-dire que le savoir-faire artisanal résulte de la répétition des gestes, la pratique du technicien découle de son savoir théorique : l'apprenti potier peut casser beaucoup de vases avant d'acquérir son savoir-faire ; mais ce n'est pas en essayant de monter des circuits électriques que l'électricien apprendra à maîtriser sa technique. Le savoir du technicien possède donc une relation étroite avec le savoir théorique de la science : c'est toute la différence entre essayer différents gestes avant de reproduire le bon (savoir-faire artisanal) et réfléchir aux problèmes pour trouver le bon geste, le bon outil (savoir technique).


+ La technique est une simple puissance d'agir, un simple moyen. La fin de la technique, les effets qu'elle cherche à produire, dépassent la technique elle-même : ils sont utiles à autre chose qu'à la technique. À la différence de l'art, qui a sa fin en soi, la technique a toujours sa fin hors d'elle-même : elle est utile à autre chose. Les techniques pour construire un pont ne sont utiles que dès lors qu'il y a des ponts à construire : c'est le fait d'avoir à traverser le fleuve qui rend la technique intéressante. La technique n'a donc, en elle-même, aucune valeur : toute sa valeur ne lui vient que de ce qu'on peut faire à partir d'elle. C'est ainsi que le progrès technique, en améliorant sans cesse les techniques existantes, les dévalue du même coup. La technique est par définition le lieu de l'innovation, où l'on recherche sans arrêt à obtenir des effets supérieurs à moindre coût.


+ La technique est moralement neutre. Parce qu'elle est un simple moyen, la technique peut être utilisée en bien comme en mal. En elle-même, en effet, elle ne dit rien sur les fins recherchées grâce à elle : elle n'est là que pour faciliter, d'un point de vue pratique, la recherche de ces fins. Le savoir technique dit donc ce que l'on peut faire, mais pas ce qu'il faut faire : le marteau accroît la force de frappe de la main, mais c'est bien la main qui dirige le marteau. C'est ainsi que le médecin peut tuer ou guérir, et que la technique nucléaire peut apporter de l'électricité à des milliers d'hommes aussi bien que la mort. Lorsque les médecins prêtent le serment d'Hippocrate, ils reconnaissent implicitement cette neutralité morale de la technique : leur science de la physiologie humaine et des remèdes pourrait leur servir à tuer plus facilement encore qu'à guérir ; en prêtant le serment attribué au médecin grec du Ve siècle avant Jésus-Christ, ils s'engagent à ne se servir de leur savoir que pour protéger la vie.

 

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Hegel : la dialectique du maître et de l'esclave


Dans la Phénoménologie de l'Esprit, Hegel met en évidence le rôle culturel et formateur du travail. Transposant la situation antique de l'esclavage en termes philosophiques, il analyse la situation dissymétrique qui s'instaure dès lors que, à l'issue de la lutte à mort qui a opposé deux hommes pour l'affirmation de leur propre liberté, se met en place une relation de servitude où l'esclave accepte d'obéir au maître en échange de la vie sauve. Désormais, seul le maître est libre : il commande comme bon lui semble à l'esclave, et sa vie consiste à jouir simplement des choses que l'esclave lui prépare. L'esclave, quant à lui, doit obéir, et se voit interdire la jouissance des biens qu'il crée par son travail. Aux yeux du maître, l'esclave n'est qu'un animal - Aristote lui-même définissait les esclaves, dans la Politique, comme de simples « outils animés » - : il a reculé devant la peur de la mort, c'est-à-dire qu'il ne sait pas affronter, comme un homme, la conscience de la mort ; il est plus proche de l'animal, qui n'en est même pas conscient ; par ailleurs, comme l'animal, il n'est pas libre. Le maître à l'inverse est véritablement homme : il est libre et parfaitement conscient de la mort.

Cependant, cette situation de départ est vouée à s'inverser, par un renversement dialectique où le travail joue un rôle médiateur. Le maître, en effet, ne jouit des choses que par l'intermédiaire du travail de l'esclave ; il est donc dépendant, ce qui rend l'esclave, en un sens, maître du maître. Par ailleurs, l'esclave, contraint de travailler sans jamais jouir de ce qu'il prépare, opère sur la nature non pas la pure négation abstraite qu'est la consommation, qui détruit, mais cette négation qui conserve qu'est la simple préparation, la transformation des choses : le travail, ainsi que le définit Hegel, est désir réfréné, jouissance retardée. En préparant les choses pour le maître (nourriture, objets, vêtements, palais...), l'esclave inscrit donc sa conscience dans celles-ci : il y voit le reflet de sa propre liberté à l'œuvre dans la nature ; le travail forme la conscience, il la cultive et lui fait redécouvrir sa liberté. Le maître, au contraire, tendrait à se rapprocher de l'animal : parce qu'il ne fait que consommer, jouir directement sans préparer les choses, il ressemble à l'animal qui, jamais, dans la nature, ne transforme les biens qu'il consomme, mais les détruit directement et ne laisse que des déchets. La situation d'esclavage est donc forcément vouée, pour Hegel, à cesser un jour. Lorsque l'esclave, ayant suffisamment pris conscience, par la réflexion de lui-même dans le monde qu'il bâtit pour le maître, que ce monde est son monde, et que le maître n'est qu'un pourceau qui en jouit mais ne serait même pas capable de le créer par l'effort patient du travail, la révolte est inéluctable, et l'esclave renversant le maître retrouve la liberté dont il a repris conscience par le travail.

 hegel

Adam et Eve-PPRubens
Genèse (II)

...
7 - L'Éternel Dieu forma l'homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l'homme devint un être vivant.
8 - Puis l'Éternel Dieu planta un jardin en Éden, du côté de l'orient, et il y mit l'homme qu'il avait formé.
9 - L'Éternel Dieu fit pousser du sol des arbres de toute espèce, agréables à voir et bons à manger, et l'arbre de la vie au milieu du jardin, et l'arbre de la connaissance du bien et du mal.
10 - Un fleuve sortait d'Éden pour arroser le jardin, et de là il se divisait en quatre bras.
11 - Le nom du premier est Pischon; c'est celui qui entoure tout le pays de Havila, où se trouve l'or.
12 - L'or de ce pays est pur; on y trouve aussi le bdellium et la pierre d'onyx.
13 - Le nom du second fleuve est Guihon; c'est celui qui entoure tout le pays de Cusch.
14 - Le nom du troisième est Hiddékel; c'est celui qui coule à l'orient de l'Assyrie. Le quatrième fleuve, c'est l'Euphrate.
15 - L'Éternel Dieu prit l'homme, et le plaça dans le jardin d'Éden pour le cultiver et pour le garder.
16 - L'Éternel Dieu donna cet ordre à l'homme: Tu pourras manger de tous les arbres du jardin;
17 - mais tu ne mangeras pas de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras.
18 - L'Éternel Dieu dit: Il n'est pas bon que l'homme soit seul; je lui ferai une aide semblable à lui.
19 - L'Éternel Dieu forma de la terre tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les fit venir vers l'homme, pour voir comment il les appellerait, et afin que tout être vivant portât le nom que lui donnerait l'homme.
20 - Et l'homme donna des noms à tout le bétail, aux oiseaux du ciel et à tous les animaux des champs; mais, pour l'homme, il ne trouva point d'aide semblable à lui.
21 - Alors l'Éternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur l'homme, qui s'endormit; il prit une de ses côtes, et referma la chair à sa place.
22 - L'Éternel Dieu forma une femme de la côte qu'il avait prise de l'homme, et il l'amena vers l'homme.
23 - Et l'homme dit: Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair! on l'appellera femme, parce qu'elle a été prise de l'homme.
24 - C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair.
25 - L'homme et sa femme étaient tous deux nus, et ils n'en avaient point honte.


medium laboureur

Genèse (III)

 

1 - Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs, que l'Éternel Dieu avait faits. Il dit à la femme: Dieu a-t-il réellement dit: Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin?
2 - La femme répondit au serpent: Nous mangeons du fruit des arbres du jardin.
3 - Mais quant au fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit: Vous n'en mangerez point et vous n'y toucherez point, de peur que vous ne mouriez.
4 - Alors le serpent dit à la femme: Vous ne mourrez point;
5 - mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal.
6 - La femme vit que l'arbre était bon à manger et agréable à la vue, et qu'il était précieux pour ouvrir l'intelligence; elle prit de son fruit, et en mangea; elle en donna aussi à son mari, qui était auprès d'elle, et il en mangea.
7 - Les yeux de l'un et de l'autre s'ouvrirent, ils connurent qu'ils étaient nus, et ayant cousu des feuilles de figuier, ils s'en firent des ceintures.
8 - Alors ils entendirent la voix de l'Éternel Dieu, qui parcourait le jardin vers le soir, et l'homme et sa femme se cachèrent loin de la face de l'Éternel Dieu, au milieu des arbres du jardin.
9 - Mais l'Éternel Dieu appela l'homme, et lui dit: Où es-tu?
10 - Il répondit: J'ai entendu ta voix dans le jardin, et j'ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis caché.
11 - Et l'Éternel Dieu dit: Qui t'a appris que tu es nu? Est-ce que tu as mangé de l'arbre dont je t'avais défendu de manger?
12 - L'homme répondit: La femme que tu as mise auprès de moi m'a donné de l'arbre, et j'en ai mangé.
13 - Et l'Éternel Dieu dit à la femme: Pourquoi as-tu fait cela? La femme répondit: Le serpent m'a séduite, et j'en ai mangé.
14 - L'Éternel Dieu dit au serpent: Puisque tu as fait cela, tu seras maudit entre tout le bétail et entre tous les animaux des champs, tu marcheras sur ton ventre, et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie.
15 - Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité: celle-ci t'écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon.
16 - Il dit à la femme: J'augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur, et tes désirs se porteront vers ton mari, mais il dominera sur toi.
17 - Il dit à l'homme: Puisque tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé de l'arbre au sujet duquel je t'avais donné cet ordre: Tu n'en mangeras point! le sol sera maudit à cause de toi. C'est à force de peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie,
18 - il te produira des épines et des ronces, et tu mangeras de l'herbe des champs.
19 - C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu'à ce que tu retournes dans la terre, d'où tu as été pris; car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière.
20 - Adam donna à sa femme le nom d'Eve: car elle a été la mère de tous les vivants.
21 - L'Éternel Dieu fit à Adam et à sa femme des habits de peau, et il les en revêtit.
22 - L'Éternel Dieu dit: Voici, l'homme est devenu comme l'un de nous, pour la connaissance du bien et du mal. Empêchons-le maintenant d'avancer sa main, de prendre de l'arbre de vie, d'en manger, et de vivre éternellement.
23 - Et l'Éternel Dieu le chassa du jardin d'Éden, pour qu'il cultivât la terre, d'où il avait été pris.
24 - C'est ainsi qu'il chassa Adam; et il mit à l'orient du jardin d'Éden les chérubins qui agitent une épée flamboyante, pour garder le chemin de l'arbre de vie.

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