sciences

Samedi 29 décembre 2007 6 29 /12 /2007 19:26
«il faut rendre ce progrès accessible à tous»
Les vérités d'un dresseur de cellules
Le professeur Marc Peschanski travaille depuis des années sur les cellules souches. Il explique les enjeux de ses travaux et raconte les dessous de la bataille scientifique et financière
 

Médecin, directeur scientifique de l'Institut des Cellules Souches pour le Traitement et l'Etude des Maladies monogéniques (I-Stem, filiale conjointe de l'lnserm et de l'Association française contre les Myopathies), le professeur Marc Peschanski est spécialiste des cellules souches embryonnaires humaines. Dans ses laboratoires du Genopole d'Evry, son institut tout neuf met au point des méthodes pour faire proliférer à très grande échelle ces cellules issues d'embryons. Et pour guider leur diversification en cellules de différentes catégories, à des fins thérapeutiques futures - contre les maladies cardiaques, de la peau ou neurodégénératives.
Il multiplie aussi des lignées de cellules porteuses d'anomalies, pour élucider les mécanismes pathologiques et tester à un rythme industriel des molécules médicamenteuses - avec l'aide d'une étonnante machine robotisée unique au monde. Il nous livre ici un tour d'horizon de l'univers, foisonnant et fascinant, des futures cellules réparatrices. Un jour, peut-être, elles guériront presque toutes les maladies. En attendant, la quête d'une pareille panacée donne le vertige. Aiguise les appétits. Et se traduit, à l'occasion, par d'étranges coups bas dans la recherche scientifique mondiale.
Le Nouvel Observateur. - Au Japon, puis aux Etats-Unis, de simili-cellules souches embryonnaires humaines - susceptibles d'être retransformées en n'importe quel type de cellule spécialisée - viennent d'être obtenues à partir de banales cellules de la peau. Ce résultat disqualifie-t-il vos propres travaux, qui portent sur les «vraies» cellules souches tirées d'embryons ?

 


Professeur Marc Peschanski. - C'est grâce aux recherches sur les cellules souches embryonnaires - grâce à l'identification de certains marqueurs qui les caractérisent que Shinya Yamanaka, puis James Thomson ont pu faire «régresser» des fibroblastes de la peau au stade de cellules souches, en leur faisant sauter la barrière de la spécialisation. Cela en y réintroduisant divers gènes qui sont inactivés dans les cellules adultes, pour leur redonner une totale plasticité et une infinie capacité de prolifération - notamment à l'aide d'un gène caractéristique du cancer. C'est grâce aux recherches sur les cellules d'embryons que ce premier résultat a pu être obtenu. Donc cela vaut le coup de continuer à les étudier : elles ont encore beaucoup à nous apprendre. Remarquons qu'il est de toute façon hors de question d'utiliser, telles quelles, les cellules de Yamanaka ou de Thomson pour une quelconque expérience de thérapie cellulaire. Jusqu'à nouvel ordre, elles sont réputées dangereuses.
N. O. - Toutes les cellules souches envisagées pour des implantations thérapeutiques possèdent, par définition, cette faculté de prolifération qui fait penser au cancer.
M. Peschanski. - C'est pourquoi il ne sera jamais question de les implanter dans l'organisme avant de les avoir retransformées toutes en cellules spécialisées fonctionnelles - ou du moins, dans certains cas, ne possédant plus qu'une capacité de multiplication strictement limitée et contrôlée. Il s'agit d'injecter, par millions ou par milliards, des cellules réparatrices adéquates - sans que puisse se glisser parmi elles ne serait-ce qu'une seule cellule ayant échappé au tri et susceptible de déraper. Le tri impitoyable, c'est l'un des principaux défis à relever. Un autre, c'est la mise au point de méthodes efficaces pour spécialiser les cellules «à tout faire», ou pluripotentes. Guider leur évolution jusqu'à l'exacte catégorie désirée. Il reste donc beaucoup à faire, car le corps humain ne comporte pas moins de 200 grandes catégories de cellules, chacune de ces catégories comportant des dizaines de sous-variétés distinctes. Aiguiller exactement une cellule souche vers telle ou telle variété, on commence à peine, peu à peu, à savoir le faire - cela grâce à tous les travaux antérieurs en biologie du développement, qui ont permis d'identifier nombre des protéines associées aux processus de transformations cellulaires.

 

N. O. - En tant que spécialiste des cellules souches, êtes-vous particulièrement passionné par les perspectives ainsi ouvertes, et par les fantastiques promesses curatives qui semblent se profiler ?
M. Peschanski. - Face à un nouvel horizon comme celui-ci, ce qui me passionne surtout, c'est le nombre énorme de chercheurs auxquels on donne soudain les moyens de travailler pour faire avancer la science. Les réelles retombées pratiques, soyons réalistes, demeurent lointaines.
Comme c'est quasiment toujours le cas dans les sciences : la recherche scientifique, c'est d'abord un investissement de solidarité en faveur... des générations futures. Prenons l'exemple du déchiffrage du génome humain. Pour moi, c'est un exemple fabuleux. Quand j'étais étudiant en médecine, il était inimaginable qu'une pareille prouesse soit accomplie aussi vite, en si peu d'années. Conclusion : là où la société est capable de dégager clairement des moyens, on peut avancer de façon spectaculaire, sans que pour autant des applications pratiques surgissent tout de suite.
N. O. - Des moyens en faveur de la biologie, c'est mieux que... d'aller sur la Lune ?
M. Peschanski. - Je ne sais pas, et a priori je n'ai d'ailleurs rien contre les excursions sur la Lune. Mais en tout cas c'est mieux que de dépenser de l'argent pour construire des chars Leclerc...
N. O. - Justement, en matière de recherches sur les cellules souches, la France - face aux Etats-Unis, au Japon, au RoyaumeUni- ne fait pas tellement bonne figure.
M. Peschanski. - Hélas, c'est catastrophique ! Cela vaut d'ailleurs pour à peu près tous les domaines de la science. Parmi les pays de l'OCDE, la France se situe à l'avant-dernier rang pour l'argent investi par l'Etat pour former les étudiants. C'est par exemple deux fois moins qu'aux Etats-Unis. Le fossé va de plus en plus s'élargir entre ce que nous sommes capables de faire et ce que pourront faire les autres. Tandis que les universités tombent en ruine, on prétend se rattraper avec les grandes écoles. Mais celles-ci forment des ingénieurs, pas des chercheurs pour lesquels on ne crée plus aucun poste nouveau dans les organismes scientifiques. Quant aux crédits supplémentaires récemment consentis aux universités, il ne s'agit pratiquement que de rattrapages ou de remboursements d'impayés. Aucun investissement supplémentaire réel dans la recherche. Dans le cas particulier des cellules souches, il faut bien constater en plus que l'Etat, comptant sur les recettes du Téléthon, se désengage de plus en plus.
N. O. - Le jour où elles seront utilisables, ces merveilleuses thérapies cellulaires seront forcément très coûteuses. Donc réservées aux malades qui auront les moyens de se les offrir ?
M. Peschanski. - Le problème de toutes les innovations médicales, c'est en effet de trouver le moyen de les mettre à la disposition de tous ceux qui en ont besoin. Il faut rendre ce progrès accessible à tous. Le prix n'est que l'un des facteurs de l'équation, et d'ailleurs la façon de fixer les tarifs obéit parfois à des critères contestables. On l'a vu avec les antirétroviraux contre le sida. Ces molécules étaient réputées inaccessibles aux malades insolvables. Pourtant, comme c'était une question de vie ou de mort (quelque chose de beaucoup plus important que le fric), on a fini dans beaucoup de pays par trouver des solutions. Mais voici une autre histoire : le laboratoire américain Genentech avait créé l'Avastin, un anticancéreux efficace, qui s'oppose à la vascularisation des tumeurs. Dans le même but, le même laboratoire a ensuite lancé un médicament légèrement plus performant, mais avec une indication supplémentaire : celle de lutter aussi contre la DMLA (la dégénérescence maculaire liée à l'âge), qui consiste en une prolifération de vaisseaux sanguins dans la rétine. Ce nouveau produit, le Lucentis, était (et reste) affreusement cher - du genre 20 000 dollars pour un traitement. Beaucoup d'ophtalmologistes se sont alors tournés vers l'Avastin pour ralentir la DMLA, à un coût très inférieur. La réaction de Genentech, qui voyait tout cet argent lui échapper ? Le laboratoire a brutalement multiplié par huit le tarif de l'Avastin ! Vous voyez, le coût d'un traitement est souvent régi par de curieux facteurs.
N. O. - Mais les recherches sur les cellules souches sont l'objet d'appétits financiers énormes, verrouillées par des prises de brevets, traversées par des coups de Bourse. C'est un eldorado sauvage...
M. Peschanski.  - C'est vrai, et parfois étrange. Dans le cas des fibroblastes de la peau retransformés en cellules embryonnaires, les travaux fondamentaux, menés sur la souris, ont été publiés l'an dernier par Yamanaka. Ensuite, Yamanaka lui-même, puis Thomson ont refait la même chose avec des fibroblastes humains. Yamanaka continuait ainsi à faire de la science, mais Thomson, même s'il a aussi accompli un très beau travail, faisait un peu autre chose... Il a reproduit les manips dans le but de déposer plusieurs brevets. C'est la façon dont les Américains réagissent quand ils voient qu'un domaine risque de leur échapper.
Vous avez comme ça des gens qui déposent des brevets juste pour empêcher les autres de travailler...
N. O. - Au-delà des brevets, légitimes ou non, il y a, dans votre domaine, des tours de main quasiment culinaires.
M. Peschanski.  - C'est sûr, avec la même recette et les mêmes ingrédients, certains expérimentateurs, apparemment plus habiles, réussissent mieux que d'autres. Et puis, il faut aussi compter avec le hasard, car beaucoup de manipulations doivent être répétées de très nombreuses fois avant qu'une réussite survienne, sans qu'on sache pourquoi. Le clonage de la célèbre brebis Dolly n'avait été obtenu qu'au bout de 278 tentatives en tout point identiques.
N. O. - Alors parlons de clonage, de clonage thérapeutique bien sûr. Un verrou vient de sauter, avec la création récente d'un embryon de macaque - donc d'un primate, proche de l'homme.
M. Peschanski. - Toujours après de nombreuses tentatives infructueuses. Mais c'est vrai, on peut considérer désormais qu'il n'y a plus de barrière d'espèces, et qu'on pourrait en théorie fabriquer par clonage des embryons humains et en tirer ensuite des tissus réparateurs, dotés de l'exact patrimoine génétique du receveur. Mais il reste une autre barrière, celle des ovules - indispensables pour l'obtention d'un clone. Où les trouver, par centaines, pour chacun des individus à soigner ? Il n'est pas tout à fait impensable de réussir, un jour lointain, à les fabriquer à volonté en grand nombre, à partir de cellules souches. En attendant, le clonage thérapeutique humain me semble relever de la pure science-fiction.
Par lenuki69 - Publié dans : sciences
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Samedi 29 décembre 2007 6 29 /12 /2007 19:07
Cancer, parkinson, maladies cardio-vasculaires, paralysie...
On pourra presque tout soigner
Des essais concluants ont déjà été réalisés sur les animaux. Reste à perfectionner la technique pour l'appliquer aux humains
 

A quoi serviront les cellules souches, Graal de la médecine de demain ? En théorie, leurs possibilités sont quasi illimitées, puisqu'elles pourraient soigner toute pathologie dans laquelle un tissu biologique est lésé ou détruit. En pratique, des médecins tentent déjà, en Asie, de traiter par des injections de cellules souches les patients paralysés après une lésion de la moelle épinière. Ces essais, menés en Chine, en Corée ou en Thaïlande, sans validation scientifique, ne sont pas pratiqués dans les pays occidentaux, et en particulier n'ont pas été approuvés par la Food and Drug Administration américaine (FDA) . Cela n'empêche pas les patients de faire le voyage des Etats-Unis à Pékin, Bangkok ou Séoul dans l'espoir qu'une injection de cellules dans leur moelle épinière leur permettra de quitter leur fauteuil roulant. Bien que l'on ait épisodiquement annoncé des succès partiels, ils n'ont été ni confirmés ni reproduits, et les médecins qui pratiquent ce type de thérapie abusent de la crédulité de leurs patients. Plus sérieusement, les recherches de Geoffrey Raisman, à l'University Collège de Londres, ont donné des résultats prometteurs chez l'animal, mais ne sont pas encore applicables à l'homme.
Autre orientation de la recherche : le traitement des maladies dégénératives du cerveau, en particulier celle de Parkinson. La perspective à long terme est d'amener les cellules souches précisément dans les zones lésées du cerveau afin qu'elles remplacent les neurones déficients. Des résultats ont été obtenus chez le rat par le Suédois Anders Björklund. Des essais encourageants ont été entrepris chez l'homme en Europe et aux Etats-Unis, mais sont loin d'une efficacité démontrée. Des travaux moins avancés sont menés pour la chorée de Huntington et la sclérose latérale amyotrophique.

 


Chez les grands brûlés, on pratique des «autogreffes» de peau en cultivant des cellules provenant des zones saines de l'épiderme du patient. Ce procédé est encore imparfait et sa réussite dépend du nombre de cellules souches présentes dans la culture de peau. Aussi cherche-t-on désormais à déterminer précisément où sont les cellules souches de la peau afin d'augmenter leur nombre dans la culture et d'améliorer la qualité de la peau régénérée.
Un traitement a donné des résultats intéressants chez des patients souffrant d'infarctus du myocarde : on prélève des cellules souches de la moelle osseuse du malade et on les réinjecte au niveau du coeur. L'effet bénéfique semble toutefois être dû à des facteurs sécrétés par les cellules injectées plutôt qu'à une véritable régénérescence du tissu cardiaque.
Enfin, les cellules souches fournissent une nouvelle piste de thérapie contre le cancer : les tumeurs produisent des cellules souches particulières qui sont responsables de la prolifération cancéreuse et des métastases. D'où l'idée de concevoir des médicaments spécifiquement dirigés contre ces cellules souches, afin de traiter le cancer sans léser les cellules saines du patient.
Une approche encore plus sophistiquée associe cellules souches et manipulations génétiques. A Cambridge (Massachusetts) , l'Allemand Rudolf Jaenisch a prélevé des cellules adultes sur la queue de souris atteintes de drépanocytose (maladie génétique du sang), les a «reprogrammées» et y a introduit un gène correcteur. Les cellules manipulées ont alors été réinjectées dans le sang des souris, qui ont été partiellement guéries («Science», 7 décembre 2007) . Et l'équipe franco-italienne de Luis Garcia et Yvan Torrente a réussi, de son côté, à «corriger» des cellules souches musculaires de patients atteints de la myopathie de Duchenne («Cell Stem Cell», 13 décembre 2007). Ces cellules manipulées ont ensuite été transplantées sur des souris «modèles» atteintes de la pathologie, et leur état s'est amélioré. Il reste à perfectionner la technique pour pouvoir transplanter les cellules ainsi «réhabilitées» sur les patients humains. Ces recherches sont encore loin des applications cliniques, mais la possibilité de combiner cellules souches et génie génétique ouvre d'immenses perspectives.

Par lenuki69 - Publié dans : sciences
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Vendredi 28 décembre 2007 5 28 /12 /2007 18:59
On peut légitimement s'interroger sur l'intérêt de vérifier scientifiquement certaines intuitions élémentaires. Mais il est vrai que la caution scientifique donne du poids à ce que l'on affirme...
Une équipe de chercheurs américains vient de publier une étude sur la perception du temps. D'où il s'avère que l'amygdale trouble considérablement notre horloge interne...
Chacun se souvient du film Les choses de la vie de Claude Sautet, dans lequel un accident de voiture se produisait et où, durant le temps de cet accident, le héros du film revivait en quelques secondes sa vie tout entière. Chacun se souvient également de cette roue qui tournait, tournait, tournait...

De fait, les gens racontent souvent ce sentiment, subjectif, d'une distorsion du temps, sentiment qui survient au moment d'un événement traumatisant, comme si le temps justement se ralentissait, en quelque sorte.

Une équipe de neurosciences et de psychologie de la faculté de médecine du Baylor College à Houston, au Texas, a voulu vérifier cette idée car "la réponses est cruciale pour comprendre comment le temps est représenté dans le cerveau", explique David Eagleman, professeur de cette Université.

Les scientifiques ont donc recruté des volontaires et leur ont fait effectuer un saut dans le vide d'une hauteur de 45 mètres, au dessus d'un filet de sécurité, sachant qu'une telle chute dure trois secondes au maximum et que les volontaires atteignent la vitesse de 112 km/h.

Première expérimentation: on a demandé à ces volontaires de mesurer, avec un chronomètre précis, la chute des autres. Puis, l'équipe de l'Université leur a demandé combien de temps, à leur avis, avait duré leur propre chute. Tous les participants ont estimé que leur chute durait plus longtemps que celle des autres volontaires. Et ce, avec une différence nette et significative: 36% de plus.

Premier enseignement donc: il existe bien une sensation d'allongement du temps subjective. Mais ce résultat ne permet pas de répondre à la question essentielle: cette sensation se produit-t-elle intérieurement, "en vrai" d'une certaine manière? Ou survient-elle rétrospectivement, comme une recomposition du cerveau?

Pour le savoir, les chercheurs ont équipé ces mêmes volontaires d'une montre spéciale, avec des chiffres éclairés s'affichant plus vite que la normale. Avec cette idée: si la perception du temps est vraiment ralentie durant la chute,alors les volontaires devraient être capables de déchiffrer des chiffres plus vite. Résultat? Pas d'amélioration notable! Ce qui signifie que cette perception est subjective, ressentie, mais pas validée par des observations scientifiques.

L'explication à cette distorsion pourrait être celle ci: durant la survenue d'événements traumatisants, une zone particulière du cerveau, l'amygdale, est activée de façon spécifique, mobilisant au passage davantage de capacité mémorielle. En conséquence,les souvenirs deviennent plus riches, plus fournis. Or,plus le souvenir est riche,plus on garde en mémoire un événement. Et plus on garde en mémoire un évément, plus on a l'impression qu'il a duré longtemps.

En d'autres termes,il s'agit d'un phénomène d'auto-entretien. Ce travail vient d'être publié dans la revue scientifique Public Library Science One.
 
Par lenuki69 - Publié dans : sciences
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Dimanche 23 décembre 2007 7 23 /12 /2007 16:47
Voici un dossier réalisé par le Nouvel Obs sur les cellules-souches, dont je vous distillerai les articles au compte-goutte, de façon à vous donner le temps de les lire et de les "digérer". C'est un des aspects les plus fascinants de la recherche scientifique actuelle, mais aussi les plus "risqués", pour de multiples raisons que les différents articles expliquent fort bien. On ne touche pas impunément au vivant ,car ce n'est pas de la matière inerte...

On les cultive déjà en laboratoire
Le miracle des cellules souches
Pourrons-nous bientôt nous autoréparer ? Remplacer nos cellules défectueuses ou malignes par d'autres, toutes neuves, issues de notre propre corps ? Soigner avec de nouvelles méthodes les maladies les plus graves ou encore incurables ? Plusieurs chercheurs en thérapie cellulaire ont annoncé ces derniers jours des avancées décisives. Elles soulèvent d'immenses espoirs et pourraient mettre fin à la controverse éthique sur le clonage. Elles aiguisent aussi les appétits financiers et relancent la guerre des labos. Enquête de Fabien Gruhier, Michel de Pracontal et Bruno Birolli
 

A-t-on enfin trouvé le secret de la jouvence éternelle ? Le corps humain pourra-t-il se régénérer, s'autoréparer, se perfectionner en puisant dans ses propres ressources ? On n'en est pas encore là. Mais les récentes découvertes sur les cellules souches laissent augurer de formidables avancées médicales. Ainsi, ce 20 novembre, le Japonais Shinya Yamanaka (Université de Kyoto) et l'Américain James Thomson (Université du Wisconsin) annonçaient simultanément avoir réussi à faire revenir de banales cellules de peau (fibroblastes) à l'état virginal de cellules embryonnaires indifférenciées - dotées d'une faculté de multiplication à l'infini. Ce n'était pas tout à fait une surprise, car le Japonais avait déjà, l'an dernier, réalisé la même fantastique «manip» avec des cellules de souris. Mais sa répétition fructueuse avec des cellules humaines constitue un événement bien plus retentissant. Car désormais il semble possible, à partir d'un prélèvement anodin, de recréer puis de multiplier à volonté ces merveilleuses cellules «totipotentes» - susceptibles d'être ensuite retransformées en n'importe quel type de cellules spécialisées réparatrices. Susceptibles surtout d'être greffées sans risque de rejet, puisqu'elles seront porteuses du patrimoine génétique du patient, dès lors que les fibroblastes d'origine proviendront de son épiderme.
Ces cellules souches miraculeuses ne sont encore que pseudo-embryonnaires. Pour les obtenir, il a fallu infliger un formidable coup de jeune à des cellules adultes et spécialisées, dites somatiques, notamment en réintroduisant, à l'état fonctionnel, les gènes de la juvénilité cellulaire, qui sont inhibés lors de l'évolution vers l'état différencié. Les chercheurs ont dû user de diverses ruses un peu inquiétantes. Il a même fallu y caser un gène caractéristique des cellules cancéreuses, pour leur assurer un pouvoir de prolifération infinie. De plus, ces introductions ont été faites à l'aide d'un vecteur assez peu sympathique : le virus du sida, dont on a mis à profit la capacité infaillible de pénétration au sein du génome à modifier. Enfin, de pareilles manipulations sont loin de réussir à tous les coups : il a fallu traiter en moyenne environ 5 000 cellules de peau (dans le cas du Japonais), ou 10 000 (dans le cas de l'Américain), pour chaque cellule souche obtenue.

 

Pour toutes ces raisons, de telles cellules ne sauraient pour le moment être utilisées dans des essais cliniques sur l'homme. D'autant qu'il faudrait auparavant les pousser à évoluer en cellules spécialisées (du coeur, du rein, de moelle épinière, etc.), chose que l'on reste très loin de savoir faire. N'empêche, on a aujourd'hui la preuve qu'il est possible de faire régresser les cellules vers le stade complètement indifférencié où elles se trouvaient dans l'embryon. Et donc d'obtenir un matériau d'une plasticité absolue, sans le recours (controversé) à des embryons véritables qui sont alors détruits. Les récentes publications de Yamanaka et de Thomson, qui «respectent le caractère sacré é la vie», ont d'ailleurs été immédiatement saluées par le Vatican et par la Maison-Blanche. Il ne reste donc plus qu'à obtenir le même résultat avec des méthodes, n'impliquant ni gènes ni virus suspects. Ce que beaucoup de biologistes jugent tout à fait réalisable.
Alors, ce sera la porte ouverte à la thérapie cellulaire, au remplacement des tissus lésés. Particulièrement enthousiaste, Ian Wilmut, le «père» de la brebis Dolly, déclarait dès le 21 novembre : «Nous pouvons maintenant envisager le moment où une méthode simple pourra être utilisée pour générer n'importe quel tissu à partir d'un tout petit échantillon pris sur n'importe lequel d'entre nous.» Des tissus, voire des organes de rechange entiers, que l'on saurait reproduire à l'identique, par une sorte de bouturage in vitro - tout comme le lézard voit repousser sa queue arrachée. En ligne de mire, à moins long terme : de nouveaux traitements contre le cancer, les affections dégénératives, alzheimer, parkinson, le diabète, l'arthrite, les maladies cardio-vasculaires, les brûlures, les lésions de la moelle épinière, etc. Ces promesses semblent dignes de la science-fiction. Pourtant elles font l'objet de centaines de brevets, attisent les fièvres boursières, recueillent d'importants investissements. Plus que jamais, on a donc le droit d'y croire.
Par lenuki69 - Publié dans : sciences
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Dimanche 23 décembre 2007 7 23 /12 /2007 12:23
Ce petit article à destination de tous ceux qui, en classe, me posent la question du sens de ce phénomène courant et pourtant assez méconnu, même si chacun y va de sa petite hypothèse. Bonne lecture....

Métaphysique du déjà-vu
Philosophie. Remo Bodei décortique ce «trompe-l’œil temporel».
ROBERT MAGGIORI
QUOTIDIEN : jeudi 20 décembre 2007
Remo Bodei La sensation de déjà-vu Traduit de l’italien par Jean-Paul Manganaro, Seuil, 200 pp., 19 euros.
Elle ne crée qu’un petit trouble quand elle est légère et passagère - trouble qu’effacent les lazzis de ceux qui alentour vous traitent gentiment de fou. Mais si elle revient souvent, si elle perdure, cette étrange paramnésie qui donne la sensation d’avoir déjà vécu un événement ou une situation présente, d’avoir déjà connu une personne qu’on voit pour la première fois, entendu prononcer à l’identique la phrase qu’on vient de prononcer devant vous, séjourné dans cet hôtel où l’on vient d’arriver, cette paramnésie, donc, non seulement inquiète ou effraie, mais pousse l’esprit à la divagation. Je déraille… l’Alzheimer me guette… mon âme a déjà vécu une autre vie et s’est réincarnée… je suis capable de voyager dans le temps… un revenant habite en moi… je reçois par télépathie des souvenirs inconscients de mon voisin… je suis possédé par le diable… et mon médecin est en vacances.
Professeur de philosophie à l’Ecole normale supérieure de Pise et, aujourd’hui, à l’université de Californie (Ucla), auteur, entre autres, de la Géométrie des passions (PUF, 1997) ou de Logiques du délire : raison, affects, folie (Aubier, 2002), Remo Bodei analyse, dans la Sensation de déjà-vu, toutes les dimensions, poétiques, littéraires, philosophiques, psychologiques, psychanalytiques ou neurologiques de ce «déraisonnable souvenir du présent» dont tout le monde a fait expérience au moins une fois dans sa vie, et qui, en tant que «trompe-l’œil temporel», fait se superposer «l’alors et le maintenant, l’ici et l’ailleurs», dans un «court-circuit qui annule non seulement l’écoulement du temps, mais jusqu’à son annulation même».
Illusion.Comparable à un «rêve renversé» - au lieu de prendre l’hallucination pour la réalité, on prend la réalité pour une hallucination -, le phénomène présente divers degrés d’intensité. Il peut se manifester sous la forme de sensation imprécise, fugace, mais aussi de saisie très nette. «Il semble parfois que nous soyons même capables de prédire ce qui va arriver […] comme si nous assistions à un spectacle déjà vu dont nous anticipons la scène suivante.» Quelquefois, l’illusion de fausse reconnaissance va jusqu’à revêtir «les ornements solennels de l’ekstasis» - expérience de sortie du temps ordinaire - et prend «la physionomie d’états privilégiés de la conscience», comparables aux états mystiques. Elle peut traduire aussi un «arrêt momentané, imprévu et involontaire du flux de conscience, une réflexion au sens optique : le présent, en effet, se reflète de maniè re tellement exacte dans le passé que la perception revient instantanément en arrière sur elle-même sous forme de souvenir».
Ce type de réflexion a lieu «lorsque l’"attention à la vie" se relâche, lorsqu’on tente en vain, plus ou moins consciemment, de se défendre de quelque événement, impression, rêverie, pensée désagréable ou potentiellement traumatisante». Ce qui alors inquiète, c’est «le doute sur l’identité» ou la menace d’une «désagrégation de la personnalité». Craintes souvent sans fondement, car le déjà-vu, dans la plupart des cas, ne renvoie qu’à des «démaillages sans gravité du tissu du moi, ressentis au moment même où ils se produisent», et en ce sens apparaît comme négligeable.
De ce «phénomène du quotidien» - dont les «symptômes» ne figurent pas dans le DSM-IV-R (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders de l’American Psychiatric Association) - les sciences neurologiques donnent des explications : soit un manque de synchronisation des hémisphères cérébraux, soit «une sorte d’épilepsie» frappant les lobes temporaux (TLE), en particulier le lobe temporal gauche, soit un déphasage temporel entre la vision archaïque et la vision récente («Les fibres venant du bulbe oculaire bifurquent à un point déterminé du cerveau, en produisant deux flux parallèles : une voie récente, qui va d’abord dans le noyau géniculé supérieur, à l’intérieur du thalamus, et parvient enfin au cortex visuel, et une voie archaïque, qui s’achève dans le colliculus supérieur du tronc cérébral»).
Culture. Mais ce qui intéresse le philosophe italien, c’est justement la «disproportion» entre le phénomène lui-même, somme toute banal, et l’attention presque obsessionnelle qu’il a toujours suscitée, entre la réalité et l’impact symbolique ou l’écho qu’il a eus dans l’histoire non pas tant de la médecine que de la culture en général. C’est pourquoi, plutôt que d’insister sur les approches scientifiques, Bodei - rappelant le mot de Merleau-Ponty selon lequel le sourire, qui est certes une contraction de muscles, verrait toutes ses significations affectives et sociales effacées s’il n’était expliqué que du point de vue physiologique et musculaire - tente plutôt de voir comment autour de la sensation de déjà-vu s’est constituée une sorte de «métaphysique populaire», où se mêlent impressions subjectives et données objectives, poésie et psychiatrie, littérature et philosophie (Bergson), psychologie et parapsychologie.
Le terme «déjà-vu» a été forgé par Emile Boirac dans un article de la «Revue philosophique de la France et de l’étranger» de 1876. Mais la «chose» est décrite dès l’Antiquité, par Platon, par les Stoïciens, par Aristote (qui en fait un trouble psychique sans profondeur métaphysique), saint Augustin (qui la met au nombre des tentations diaboliques) et, après des périodes d’oubli, devient objet d’engouement à partir de la première moitié du XIXe siècle.
«Miroir».Aussi, pour regarder le «miroir embué» du déjà-vu, Bodei suit-il, après Shakespeare et Dante Gabriel Rossetti, Baudelaire, Verlaine et Ungaretti, Nietzsche, Freud, Ernst Bloch et Walter Benjamin, Pirandello et Lamartine («Je n’ai presque jamais rencontré un lieu et une chose dont la première vue ne fut pour moi comme un souvenir»). Il ne fait pas, ainsi, une «histoire du déjà-vu». Mais, fidèle à son souci de ramener la philosophie aux petits faits de la vie quotidienne et aux minuscules expériences de la conscience, il montre, ou suggère, que l’intérêt pour le déjà-vu est aussi une tentative, illusoire, de voir le pas encore, ou plus exactement de «réagir» à ces moments de crise ou de «suspension» qui se manifestent quand l’accélération du temps historique ou existentiel ne fait plus très bien voir où l’on va et que la disparition des univers ou des «grands récits» du passé - de la «vie antérieure», eût dit Baudelaire - fait oublier d’où l’on vient. «L’inconnu est l’opposé du déjà-vu, mais parfois, en réalité, il se confond avec lui». Pas étonnant, dès lors, que «savants, poètes et philosophes» y aient repéré «un microcosme où se croisent et s’affrontent, diversement modulés, les désirs, les malaises, les peurs, les rêveries, les regrets, les projets et les pensées les plus cachés des hommes».
Par lenuki69 - Publié dans : sciences
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Jeudi 13 décembre 2007 4 13 /12 /2007 23:02
 
LE MONDE | 13.12.07 | 16h07  •  Mis à jour le 13.12.07 | 16h07
 
Jamais, sans doute, dans l'histoire de la biologie, on n'a assisté à un engouement comparable à celui que suscitent les recherches sur les cellules souches humaines : des résultats spectaculaires sont annoncés à des échéances de plus en plus rapprochées ; les meilleures revues scientifiques spécialisées leur ouvrent largement leurs colonnes ; les médias d'information générale relatent le tout et les chercheurs spécialisés dans ce domaine trouvent plus facilement que leurs collègues évoluant dans d'autres disciplines des crédits pour financer leurs recherches.

Pourtant, aucune des applications thérapeutiques imaginées à partir des cellules souches embryonnaires humaines n'a encore vu le jour. Et si de nombreux essais préliminaires se mettent en place, rien ne permet encore de dire si l'on assiste aux premiers pas d'une nouvelle médecine - qualifiée de "régénératrice" - qui fournirait des organes de substitution aux personnes souffrant de maladies dégénératives neurologiques ou musculaires aujourd'hui incurables.
Jusqu'à présent, les débats, scientifiques autant qu'éthiques, semblaient se résumer à la question de l'utilisation des cellules souches issues de la destruction d'embryons humains conçus in vitro au cinquième jour de leur développement. Les partisans de ces recherches font valoir que les cellules embryonnaires ont des propriétés de différenciation qui laissent penser qu'elles offrent plus d'avantages que les cellules adultes pour des applications médicales.
Or, ces dernières semaines, des résultats inattendus sont venus bouleverser les termes du débat. Des biologistes travaillant au Japon et aux Etats-Unis ont démontré, preuves à l'appui, qu'il est techniquement possible de transformer des cellules prélevées sur la peau d'une personne (donc "adultes") en cellules qui présentent les caractéristiques des cellules souches embryonnaires humaines.
Mieux encore : une équipe franco-italienne codirigée par Luis Garcia (CNRS, Institut de myologie, hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Paris) a annoncé, mercredi 12 décembre, dans la revue Cell Stem Cell, être parvenue à prélever un type de cellules souches dans le sang ou les muscles de jeunes malades de la myopathie de Duchenne. Les chercheurs ont corrigé génétiquement ces cellules par la technique des "sauts d'exon", les ont réinjectées par voie sanguine et obtenu des améliorations significatives de la fonction musculaire chez des modèles expérimentaux de souris myopathes. Ce travail ouvre, à très court terme, la voie à des essais cliniques chez des personnes souffrant de cette forme courante de myopathie. D'autres espoirs peuvent aussi être nourris en ce qui concerne le traitement de l'incontinence urinaire.

Au vu des investissements effectués dans ces recherches, on sait que ces résultats seront bientôt suivis d'autres, sans doute aussi spectaculaires. A eux seuls, ils ne permettront nullement d'affirmer que le maniement et la culture des cellules souches est sur le point de donner naissance à une médecine "régénératrice" aujourd'hui encore largement fantasmée. Il n'en reste pas moins vrai que l'amélioration progressive de la maîtrise de ces éléments cellulaires semble bien constituer une nouvelle voie pour comprendre le vivant et, chez l'homme, en corriger un jour certaines de ses expressions pathologiques les plus douloureuses.

Par lenuki69 - Publié dans : sciences
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Lundi 5 novembre 2007 1 05 /11 /2007 18:07
L'humanité, pour prendre conscience d'elle-même, ne peut le faire qu'à partir de ce qui n'est pas elle, que ce soit la matière inerte, les autres êtres vivants ou Dieu. Encore faut-il qu'elle puisse se reconnaître dans sa différence même, ce qui semble difficile avec la matière inerte, délicat avec las autres êtres vivants, même ceux qui sont proches de nous, comme les chimpanzés, parce que nous les connaissons encore bien mal, enfin hypothétique en ce qui concerne Dieu, puisque c'est suspendu à la connaissance que nous en avons ou tout simplement à la réalité de son existence même....D'où le regard des scientifiques tourné vers l'univers et les preuves d'une possibilité de vie sur d'autres planètes que la nôtre, en dehors de notre système solaire.
 Un article du Monde dont voici les coordonnées:


http://abonnes.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3238,36-974184@51-966673,0.html

évoque ce vertigineux voyage.  Larguez les amarres...
Par lenuki69 - Publié dans : sciences
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Dimanche 4 novembre 2007 7 04 /11 /2007 11:55
Un historien des sciences a recensé des expériences farfelues, étranges, voire scandaleuses menées par des "scientifiques", qui peuvent donner froid dans le dos. Mais est-ce bien encore de la science? Telle est la question que l'on pourrait se poser...De plus, cela montre aussi qu'il suffit de la caution scientifique pour que toute entreprise, même la plus folle, soit immédiatement légitimée aux yeux de la plupart...
Voici les références de l'article qui évoque l'ouvrage de cet historien des sciences:
http://www.lefigaro.fr/sciences/20071102.WWW000000232_le_pantheon_des_savants_fous.html

Par lenuki69 - Publié dans : sciences
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