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Lundi 16 février 2009 1 16 /02 /2009 19:05


Existence :
(etym:latin existentia, de existere, sortir de, s'élever de,  de ex, sortir, et sistere, se tenir)  Mode d'être qui se distingue de celui des essences et qui est synonyme de " réalité effective " par opposition à une réalité simplement conçue.

Etre : (etym : latin esse, être) 1) Verbe : exprime le fait d'exister, ou bien l'essence (nature, identité de quelque chose) ou encore l'appartenance à une catégorie, à une espèce 2) Substantif : tout ce qui est, ou existe. L'être renvoie donc à la fois aux réalités en devenir, mais aussi aux essences ou aux idées qui " sont "  quoique d'une manière abstraite 3) Chez Aristote : terme indéfinissable du fait de sa généralité même, il peut se dire de tout : " l'Etre lui-même n'est pas un genre " (Aristote).

Ontologie :  (etym : grec on, ontos, l'être , et logos, science, discours)         1) Sens originel :  désigne, depuis le 17 ième siècle, la partie de la philosophie qui porte sur l' " être en tant qu'être ", correspondant à ce qu'Aristote appelait la philosophie première 2) Philosophie contemporaine : les existentialistes distinguent l'étude des lois de l'être en tant qu'essence (essentalisme) et l'étude de l'existence des êtres concrets singuliers ou " étants " (existentialisme).

Métaphysique : (etym :de meta, après, et phusica, la nature ; à partir du moyen-âge meta change de sens et signifie : au delà) 1) Chez Aristote : synonyme d'ontologie, désigne la philosophie première qui porte sur les principes et les causes premières, et s'attache à l'étude de l'  " être en tant qu'être " 2) A partir de Descartes : la métaphysique , chez les philosophes du 17 ième siècle,  est la connaissance  spéculative  qui ne repose   sur  aucune expérience sensible, et   qui porte plus particulièrement sur l'être en tant qu'être,   ou encore sur l'essence de  tout ce qui est 3) Chez Kant :  la raison humaine ne peut atteindre l'absolu, l'inconditionné,  les choses en soi. Kant donne au mot " métaphysique " un sens nouveau, qui renvoie à l'entreprise critique elle-même : " inventaire systématiquement ordonné de tout ce que nous devons à notre raison "  4) Sens contemporain : recherche concernant tout ce qui a trait au sens de l'existence humaine : la métaphysique constitue selon Sartre " un effort pour embrasser du dedans la condition humaine dans sa totalité " 5) Chez Hans Jonas : synonyme de " ontologie ", interrogation sur l'être, et plus particulièrement que la raison d'être et la valeur hypothétique de tout ce qui est.

Existentialisme : 1) Sens large : se dit de toute philosophie qui place l'existence humaine au centre de ses réflexions (Kiekegaard, Karl Jaspers..). 2) Sens plus précis : désigne des philosophies  athées (Heidegger, Sartre, Merleau-Ponty..), qui, à l'encontre de la philosophie cartésienne, affirment que l'homme est dépourvu d' " essence ". Nous sommes, selon ces philosophes, " jetés " dans le monde, à la naissance, sans soutien, sans référence, sans certitudes acquises   (c'est la " déréliction ") : l'homme ne peut que poser librement les valeurs, puis assumer des choix qui sont sans garantie. Selon Sartre, " l'existence précède l'essence ", l'homme existe d'abord, il se définit après : " c'est en se jetant dans le monde, en y souffrant, en y luttant, qu'il se définit peu à peu, et la définition demeure toujours ouverte " (L'existentialisme est un humanisme, 1946)

Humanisme  1)  Sens usuel : mouvement littéraire et philosophique apparu à la Renaissance, qui pose la valeur et la dignité inaliénable de tout homme en tant qu'homme et qui se donne pour objectif de défendre tout ce qui peut concourir à l'épanouissement de la personne humaine en tant que telle (la libre pensée, la tolérance etc..) 2) Chez Heidegger : l'humanisme, selon Heidegger, est un " anthropocentrisme ", c'est-à-dire une attitude illusoire  consistant à poser l'homme en fondement de tout, à le tenir pour auto-suffisant et auto-constituant, à tort.  Heidegger considère au contraire que l'homme devrait accepter d'assumer une définition plus haute, celle d'être le " Berger de l'Etre " (Lettre sur l'humanisme, 1946) 3) Chez Sartre : condition de l'homme qui " sans appui et sans secours est condamné à chaque instant à inventer l'homme ". L'humanisme de Sartre reconduit l'idée kantienne de l'autonomie (l'homme est à lui-même son propre législateur) mais il rompt avec le socle religieux du kantisme.  L'homme est condamné, selon Sartre, à la liberté, responsable de choix qui engagent, en même temps que lui-même, l'humanité tout entière (L'existentialisme est un humanisme).

Phénoménologie  (etym : grec phainomenon : phénomène et logos, discours) 1) Description du réel en tant que phénomène, c'est-à-dire  tel qu'il apparaît immédiatement à la conscience. Une telle approche s'oppose à celle du cartésianisme et de la science, auxquels il est reproché de  qui saisir le réel à travers le filtre de  grilles conceptuelles  préétablies. 2) Chez  Hegel : la " phénoménologie de l'esprit " est la présentation d'un parcours ou d'un cheminement, celui de la conscience depuis son apparition jusqu'à son terme qui est  la réalité effective de l'Esprit , ou encore  le savoir absolu. 3) Chez Husserl  et ses successeurs : mouvement  philosophique qui se donne comme objectif de revenir aux choses mêmes, dans leur évidence première.  Le phénomène, en tant qu'il apparaît à la conscience, est objet d'intuition, de  connaissance immédiate. Quant à la conscience, elle est " intentionnelle ", ce qui signifie qu'elle vise toujours autre chose qu'elle-même, et qu'elle se dépasse vers le monde.  Dans un second temps, la phénoménologie tente de comprendre de quelle manière  la conscience est constitutive du sens objectif de toute chose : c'est la phénoménologie " transcendantale ".
Dasein :  (etym sein , être, da, là) . Terme allemand signifiant littéralement : être-là . Chez Heidegger : ce terme désigne  l'être humain, en tant qu'existence concrète et singulière, présence intentionnelle, ouverture et disponibilité au monde.
: (etym : du latin visus, aspect, apparence). Seul le visage de l'homme témoigne à la fois d'une présence (d'une âme, d'une conscience) et d'une altérité (quelque chose échappe, un au delà de la matière, une transcendance). Chez Levinas : le visage de l'homme comporte une dimension de vulnérabilité  qui témoigne en même temps d'une intériorité ouverte vers un absolu. Un visage nous met en demeure de la regarder avec respect : c'est en ce sens que le visage est porteur et émoin d'une exigence éthique.

Etre-au-monde : phénoménologie : c'est l'homme en tant que son existence et celle des choses ne peuvent être dissociées. L'homme est plongé dans le monde qui est la " structure de sens " de tous ses actes et de toutes ses pensées. 

 

Par lenuki - Publié dans : le sujet
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Samedi 7 février 2009 6 07 /02 /2009 09:56



Kant : une dignité absolue.

 

Emmanuel Kant ( 1724-1804 ) reconnaît bien volontiers que, dans un premier temps, la dignité désigne un statut honorable qu'autrui doit reconnaître et qui impose certaines attitudes cohérentes avec la charge. C'est le premier niveau de compréhension : celui d'une charge acquise.

Cependant, chez Kant demeure un souci fondamental pour la morale : élaborer une morale valable pour tous, en toutes circonstances et donc vraiment universelle. Pour la trouver, il va partir de ce qui est commun à tous les hommes et qui ne dépend d'aucune contingence : la raison. A l'aide de cette raison, il va construire des principes qui sont encore très utilisés aujourd'hui.

Ce que Kant trouve bon dans la nature humaine, c'est la capacité que l'homme a de s'imposer à lui-même une contrainte morale, une loi, bref d'être autonome. Sa dignité est de respecter la loi qu'il s'est donné. Le mal consiste à déroger à cette règle et manifeste par là un manquement au respect de soi que l'on s'était donné.

 

A.   La personne n'est jamais réductible à un simple moyen.

 

Une des conséquences de cette approche à propos de la dignité de tous les hommes se trouve exprimée dans son fameux impératif pratique : «  Agis de telle sorte que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen ».

Ne pas voir, ne pas réduire quelqu'un à un simple moyen est extrêmement difficile. Il s'agit en définitive de se demander à chaque fois que je demande un service à quelqu'un, si je lui permets concrètement de s'accomplir comme personne digne à travers le service que je lui demande.

 

B.   Respecter sa propre dignité conduit à respecter la dignité d'autrui.

 

Le second impératif, qui arrive en premier dans la pensée de Kant, est peut-être encore plus connu que le précédent. Il s'agit des lois universelles qui valent pour tous.

L'impératif catégorique : « Il n'y a donc qu'un seul impératif catégorique et c'est celui-ci : Agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle. »

Mais afin d'être respecté dans son autonomie, l'homme doit respecter l'autonomie d'autrui. Autrement dit, la valeur morale que Kant appelle dignité doit être attribuée à tous les agents moraux, y compris ceux que leurs actions en rendent indignes. Il en va de ma propre dignité.

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Samedi 7 février 2009 6 07 /02 /2009 09:54


Autrui : médiateur indispensable entre moi et moi-même ?

 

 

Nous croyons être les mieux placés pour savoir ce que nous ressentons, parce que notre conscience nous informe de chacune de nos pensées, nous offrant à chaque instant une représentation de nous-mêmes. Mais la conscience fait plus que nous dire ce que nous sommes : elle nous juge, à travers nos pensées et nos actes ; elle nous rappelle notre devoir et, parfois, porte sur nous le regard de la culpabilité, au point d'avoir honte de ce que nous sommes.

Or cette proximité de la conscience à l'égard de ce que nous sommes et de ce que nous faisons peut déformer l'image que nous nous faisons de nous-mêmes. La conscience peut nous tromper sur ce que nous sommes : elle manque souvent de recul, c'est à dire d'objectivité ; elle peut être déformée par l'amour-propre, qui voit moins les défauts que les qualités. Se connaître soi-même demande alors une certaine lucidité que la conscience à elle seule échoue à nous donner. Pour prendre ce recul nécessaire à l'objectivité, pour avoir un peu de distance par rapport à nous-mêmes, ne faudrait-il pas passer par autrui ?

 

Le regard qu'autrui porte sur moi me révèle ce que je suis.

 

L'analyse de Sartre cherche à comprendre ce qui nous amène à éprouver de la honte. Celle-ci apparaît d'abord comme un événement d'ordre réflexif : c'est l'image que je me fais de moi-même qui me fait honte, et ce sentiment, vécu dans ma conscience, ne semble pas faire appel à autrui. Pourtant, pour avoir une image de nous-mêmes, il nous faut passer par autrui. Autrui est le médiateur indispensable pour éprouver la honte, selon un processus en trois étapes que Sartre illustre par « l'homme jaloux » :

+ Un homme jaloux regarde par le trou d'une serrure : il est bien jaloux mais il ne se perçoit pas comme tel, tout investi qu'il est dans son acte ( « cette jalousie, je la suis, je ne la connais pas » ).

+ Quelqu'un surgit dans le couloir, et le voit : l'homme imagine alors le jugement qu'autrui porte sur lui et réalise qu'il lui apparaît comme un homme jaloux. Il pourrait certes refuser cette image qu'autrui lui renvoie, et s'en moquer.

+ Or l'homme jaloux justement se reconnaît dans cette image : il imagine qu'autrui le juge et, parce qu'il accepte ce jugement, il éprouve de la honte.

 

Ce n'est donc pas ce qu'il pense de moi qui permet à autrui de me renvoyer une image de moi-même ( je ne saurai jamais de façon certaine ce qu'il pense de moi vraiment ), mais son regard. Le regard d'autrui me relie à moi-même : il fait de moi une chose regardée ( il me chosifie ) et, en me représentant ce qu'autrui voit de moi, je me vois moi-même. Le regard d'autrui porté sur moi me donne une distance par rapport à moi-même qui me permet précisément de prendre conscience de ce que je suis.

 

Mais Sartre souligne que ce regard est générateur de conflit et de tension. Alors qu'il me faudrait remercier autrui de me permettre de savoir ce que je suis, je vis son regard comme une violence. En imaginant qu'il me voit comme un objet, je pense que son regard nie mon statut de sujet, qu'il m'enferme dans certaines caractéristiques ( ne voyant en moi qu'un homme jaloux, alors que je peux être bien autre chose ). Bref, parce qu'il nie ma liberté de sujet, le regard d'autrui est vécu comme une aliénation ( une perte de ce que je suis vraiment ). Pour cela, je peux finir par haïr autrui, c'est à dire par projeter de réaliser un monde où il n'existe pas.

 

Débat et enjeu.

 

La connaissance de soi était déjà au centre de la philosophie de Socrate qui, pour présenter ce qu'il faisait, reprenait l'oracle de Delphes « connais-toi toi-même ». Or, se connaître soi-même, selon Socrate, ce n'est pas connaître ses propres particularités, mais ce qu'il y a en soi d'universel, c'est à dire la raison. En effet, il pense comme Sartre qu'il faut entrer en rapport avec autrui. Cependant, ce rapport ne passe pas par le regard, mais par le dialogue. C'est par le dialogue avec autrui que je découvre ce que je suis.

Pour l'expliquer, Socrate compare la connaissance à la vision. Notre œil nous sert à voir, mais il ne peut se voir lui-même qu'en observant son image dans un objet réfléchissant. Notre raison est ce qui nous sert à connaître, mais, pour se connaître elle-même, elle doit observer un reflet d'elle-même. Or, de même que c'est dans l'œil d'autrui que nous découvrons l'image de notre propre œil, c'est dans sa raison que nous découvrons notre raison. Bref, c'est dans le dialogue avec autrui que nous découvrons ce qu'il y a d'universel dans notre pensée et que se construit la connaissance de soi.

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Samedi 7 février 2009 6 07 /02 /2009 09:48

                                                              

                            Autrui

 

Le monde nous paraît au premier abord être constitué de sujets conscients et d'objets. Si l'objet est, par définition, privé de conscience de soi et de conscience du monde dans lequel il réside, le sujet conscient est celui qui ne se contente pas simplement d'être dans le monde, mais celui pour qui le monde et ce qu'il contient signifient quelque chose. Ni pur esprit, ni corps seul comme peuvent l'être les objets, le sujet peut être dit à la fois dans et hors du monde. Mais qu'est-ce alors en vérité que ce monde ? Un ensemble de choses liées entre elles. Cette feuille est liée à ce livre, cette photo dans mon porte-feuille me relie à un être qui m'est cher, etc...Il apparaît que bon nombre d'objets du monde renvoient à autrui. Ce dernier hante les choses ( je n'ai pas besoin qu'il soit là, cette photo me relie à lui, même en son absence ). Quand je regarde autrui, quand il apparaît dans mon champ de vision. Que vois-je au juste ? Je vois, au premier abord, une chose dans le monde, je vois un corps, un objet du monde. Mais est-ce que le corps d'autrui est un objet comme un autre ?

 

 

Autrui : d'un objet dans le monde à l'homme.

 

Que perçoit-on lorsque nous faisons l'expérience d'autrui ? Un individu se promène dans un jardin public et dépasse une chaise. S'il était une simple chose, il m'apparaîtrait comme un autre des objets du monde qui s'offrent à mon regard, il ne ferait que s'ajouter à eux. Or, de toute évidence, il est bien autre chose qu'un simple corps inerte, c'est un homme. « Le percevoir comme homme, c'est saisir une relation non additive de la chaise à lui » ( Sartre

L'Etre et le Néant ). Mais alors, quelle est la différence entre ces deux « objets » ( la chaise et autrui ) ? Suis-je alors vraiment en présence de deux « objets » ?

Autrui se déplace alors que la chaise reste statique. Certes, les feuilles des arbres que le vent soulève se déplacent aussi. Cependant, leur mouvement reste tributaire, déterminé par des causes extérieures : la force et la direction du vent. L'homme qui marche, lui, a diverses possibilités : il est libre, peut envisager diverses directions pour sa promenade. Autrui peut ainsi être conçu comme une liberté ; dès lors, autrui m'échappe, je ne sais où le mèneront ses pas.

On demande souvent aux individus de «  se mettre à la place d'autrui », mais s'il m'échappe ainsi, puis-je vraiment me mettre à sa place ?

Sans doute est-ce bien impossible, car  si je me mettais à sa place, ce serait encore moi, mais à sa place et je ne serais pas lui ; si j'étais vraiment lui, je ne serais plus moi !

La conscience d'autrui m'est donc inaccessible, je ne sais ce qu'il contemple, quel est son spectacle. Ainsi, je m'aperçois que quelque chose d'autrui m'échappe complètement. Tout d'autrui, cependant ne m'est pas inaccessible puisque autrui est comme moi un sujet.

Mais comment puis-je être certain qu'autrui est, comme moi, un sujet ?

Puisque je ne puis voir à travers ses yeux, il me faut admettre qu'autrui a son propre point de vue. La façon dont la chaise du jardin public m'apparaît n'est qu'une perspective particulière qui est mienne. L'expérience d'autrui, sa rencontre et son analyse m'enseignent que d'autres visions sont possibles. Autrui me montre que mon expérience personnelle n'est pas unique, pire, il m'apprend qu'elle est limitée : ce que je vois n'est pas la totalité du monde, mais le monde tel que je me le représente. Cette expérience confirme également que quelque chose du monde m'est inaccessible : la vision, le sentiment, la pensée, l'intériorité d'autrui, je ne peux y accéder, seulement l'interpréter, ce qui est une première étape dans la connaissance d'autrui.

Une autre  étape de la reconnaissance d'autrui en tant que sujet passe par l'expérience de son regard : en effet, il peut m'observer au même titre que je l'observe. Que voit-il alors ? Puisque autrui est aussi en mesure de me regarder, je ne suis alors, dans un premier temps, qu'un objet pour lui, l'objet de son regard. Si je peux être un objet pour autrui, c'est donc qu'il est un sujet : il est mon alter-ego ( = un autre moi-même ). C'est précisément ce que montre Sartre dans L'Etre et le Néant : il n'y a pas de sujet isolé et solitaire. Une conscience nécessite une autre conscience qui la reconnaisse.

 

 

La reconnaissance d'autrui comme sujet passe-t-elle nécessairement par le conflit ?

 

Finalement, autrui me ressemble beaucoup, et ce qui fait qu'il n'est pas tout à fait moi relève de sa liberté de choix. Que puis-je faire face à cette liberté ? Pour exister comme un sujet à part entière ( libre, désirant, percevant, etc. ) dans le regard d'autrui, il me faut l'affronter, entrer en conflit avec lui. En effet, sans autrui, je ne suis pas encore tout à fait moi. Parce que l'homme est un  être dans le monde, il est également un être parmi les autres hommes. Son identité ne se réalise donc qu'en contact avec les autres hommes et implique la reconnaissance d'autrui. C'est ce qu'illustre la célèbre « dialectique du maître et de l'esclave » de Hegel. Pour Hegel, être reconnu comme libre est le seul moyen de se faire valoir comme libre ; en somme, il faut faire en sorte que l'autre nous pense comme libre. Pourquoi autrui doit-il me reconnaître comme libre pour que je le sois vraiment ?

Pour Hegel, le véritable désir de toute conscience est d'être reconnue par autrui, par une autre conscience. La conscience ne prend consistance, ne se constitue que dans la rencontre avec une autre conscience qui lui résiste, puis la reconnaît. Comment s'effectue la reconnaissance ? En s'imposant à autrui par le biais du conflit, dont la relation maître / esclave est un modèle. Pour Hegel, toute relation humaine est basée sur cette relation conflictuelle, une lutte des consciences pour s'imposer l'une à l'autre qui aboutit à la domination de l'une sur l'autre.

Cependant, la rapport des consciences doit-il nécessairement être conflictuel ? Ne pourrions-nous pas envis            ager des modalités de reconnaissance pacifiques ?

 

 

Autrui : une question morale

 

Autrui est aussi celui qui m'apporte le monde, qui peut me faire partager sa vision du monde. Par le biais de l'amitié ou de l'amour, autrui et moi pouvons construire un projet commun à  travers lequel l'unité de nos deux consciences se fait. Ce type de relation abolit cette distance entre nous qui était source de notre division et de notre  conflit ; à ce moment-là, je puis, en un certain sens, me mettre à sa place, la sympathie que nous éprouvons l'un pour l'autre rend nos différences complémentaires et non exclusives.

Certes, autrui n'est pas moi, il est différent ; cependant, si je reconnais le statut d'ego à autrui, il est mon semblable, mon égal. Comme moi, il est un  être conscient, pensant, sentant. Il a donc droit aux mêmes égards que je revendique pour moi-même. Il doit donc être traité, quel qu'il soit, comme un sujet libre et doué de raison. Ainsi, respecter autrui, c'est respecter l'autre en moi-même et résister à l'indifférence ; ne pas respecter autrui, c'est en un sens agir irrespectueusement envers moi-même en tant que membre participant de l'humanité.

La communication intersubjective est rendue possible dans la mesure où je reconnais en autrui l'expression particulière d'une humanité à laquelle je participe également. C'est sur la prise de conscience de cette communauté d'humanité que peut se construire une éthique et un respect de l'autre. Lorsque Kant écrit : « agis de telle sorte que tu traites autrui comme toi-même jamais simplement comme un moyen, mais toujours en même temps comme une fin », il n'entend pas autre chose. Le respect de soi et celui des autres sont ainsi liés. Chaque homme naît avec de droits inaliénables, je dois respecter ces droits. Je dois également respecter ses différences tout en observant que par-delà ces différences, il est une parenté humaine universelle qui nous rassemble et nous unit. Dans L'Essence du christianisme, Feuerbach écrit que si l'homme « peut se mettre à la place d'autrui, c'est précisément parce qu'il a pour objet, non pas son individualité, mais son espèce, son essence ». Ainsi, l'homme a les moyens de dépasser son égoïsme et de considérer autrui comme une fin ; autrui est alors pour moi l'occasion d'éprouver ma nature morale, de coïncider avec elle en même temps qu'avec moi-même.

Par lenuki - Publié dans : le sujet
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Jeudi 25 décembre 2008 4 25 /12 /2008 19:41

Trouvé sur le web, en accès libre, et dont il vaut mieux s'inspirer sans le suivre de manière irréfléchie
( par exemple, la troisième partie est éminemment discutable, qui fait de la pub pour la cure psychanalytique, comme s'il n'y avait que ce seul moyen de mieux se connaître..!) De plus la première partie n'est pas vraiment en rapport ( ou alors très lointain) avec la question posée, qui s'interroge sur la fiabilité de la représentation que l'on peut se faire de soi-même par la médiation de la conscience de soi. De même en quoi, dans la seconde partie, l'inconscient peut-il être un obstacle? Par rapport à quoi ? En revanche, il y a une idée qui ne manque pas d'intérêt, celle qui concerne l'être en constant devenir que je suis: comment quelque représentation que ce soit pourrait -elle lui être tout à fait adéquate ?
Bref, en lisant cela il vous reste beaucoup de pain sur la planche, d'où les textes de Lacan et de Sartre pour vous aider...

Suis-je ce que je crois être ?  ( trouvé dans Yahoo réponses)

 

alors là, tu peux pas mieux tomber, je suis prof de philo ( on peut en douter...note du présentateur! ) et j'ai donné ce sujet l'an dernier!!
analyse du sujet: cela veut dire" est-ce que je suis réellement , dans ma nature profonde, ce que je crois être?
dans ton intro il faut annoncer le sujet, trouver une phrase habile, je te donne une piste possible:
l'homme se demande souvent "qui-suis-je? " et parvient à reconstituer le puzzle de sa personnalité tout au long de son existence, du moins il pense s'être trouvé à la fin de sa vie. Mais a-t-il vraiment élucidé le mystère de son "moi"? En effet, sommes-nous ce que nous avons conscience d'être, suis-je ce que je crois apercevoir de ma nature? Ou bien existe-il une autre partie obscure qui m'empêche de percevoir mon essence véritable?
ENSUITE DANS TON INTRO IL FAUT TROUVER UN PLAN, voilà ce que je te propose:
1) l'homme est doué de conscience: capacité à réfléchir sur lui et le monde qui l'entoure(moi)
2) ce n'est pas suffisant car une partie obscure de lui-même le freine: l'inconscient( le ça) Inconscient bloqué par le surmoi: sorte de gardien qui refoule les désirs.
3) solutions pour tenter de se connaître mieux et savoir si ce que je savais de moi est ma vraie nature: la psychanalyse.

voilà ensuite tu résumes les idées dans la conclusion

n'oublie pas de citer Freud et Socrate: "connais-toi toi-même"
puis fais des sous-parties dans le plan que je t'ai donné, c'est une base, il faut développer tes idées.
j'espère t'avoir été utile( mets des citations aussi) et tu peux compter sur moi pour tes prochains devoirs.
 

  Textes permettant d'enrichir la réflexion

"Assurément on peut dire que le fou se croit autre qu'il n'est, comme le retient la phrase sur "ceux qui se croient vêtus d'or et de pourpre" où Descartes se conforme aux plus anecdotiques des histoires de fous [...].
Mais [...] si un homme qui se croit un roi est fou, un roi qui se croit un roi ne l'est pas moins.
Comme le prouvent l'exemple de Louis II de Bavière et de quelques autres personnes royales, et le " bon sens " de tout un chacun, au nom de quoi l'on exige à bon droit des personnes placées dans cette situation "qu'elles jouent bien leur rôle ", mais l'on ressent avec gêne l'idée qu'elles " y croient " tout de bon, fût-ce à travers une considération supérieure de leur devoir d'incarner une fonction dans l'ordre du monde, par quoi elles prennent assez bien figure de victimes élues.
Le moment de virage est ici donné par la médiation ou l'immédiateté de l'identification, et pour dire le mot, par l'infatuation du sujet.
Pour me faire entendre, j'évoquerai la sympathique figure du godelureau , né dans l'aisance, qui, comme on dit, "ne se doute de rien ", et spécialement pas de ce qu'il doit à cette heureuse fortune. Le bon sens a la coutume de le qualifier selon le cas de "bienheureux innocent " ou de "petit c..tin ". Il "se croit" comme on dit en français : en quoi le génie de la langue met l'accent où il le faut, c'est-à-dire non pas sur l'inadéquation d'un attribut, mais sur un mode du verbe, car le sujet se croit en somme ce qu'il est : un heureux coquin, mais le bon sens lui souhaite in petto l'anicroche qui lui révélera qu'il ne l'est pas tant qu'il le croit. Qu'on n'aille pas me dire que je fais de l'esprit, et de la qualité qui se montre dans ce mot que Napoléon était un type qui se croyait Napoléon. Car Napoléon ne se croyait pas du tout Napoléon, pour fort bien savoir par quels moyens Bonaparte avait produit Napoléon, et comment Napoléon, comme le Dieu de Malebranche, en soutenait à chaque instant l'existence. S'il se crut Napoléon, ce fut au moment où Jupiter eut décidé de le perdre, et sa chute accomplie, il occupa ses loisirs à mentir à Las Cases à pages que veux-tu, pour que la postérité crût qu'il s'était cru Napoléon, condition requise pour la convaincre elle-même qu'il avait été vraiment Napoléon."
Jacques Lacan, Propos sur la causalité psychique, in Ecrits, Le Seuil.


Suis-je moi-même par moi-même ?

"Par le je pense, contrairement à la philosophie de Descartes, contrairement à la philosophie de Kant, nous nous atteignons nous-mêmes en face de l'autre, et l'autre est aussi certain pour nous que nous-mêmes. Ainsi, l'homme qui s'atteint directement par le cogito découvre aussi tous les autres et il les découvre comme la condition de son existence. Il se rend compte qu'il ne peut rien être (au sens où on dit qu'on est spirituel, ou qu'on est méchant, ou qu'on est jaloux) sauf si les autres le reconnaissent comme tel. Pour obtenir une vérité quelconque sur moi, il faut que je passe par l'autre. L'autre est indispensable à mon existence, aussi bien d'ailleurs qu'à la connaissance que j'ai de moi. Dans ces conditions, la découverte de mon intimité me découvre en même temps l'autre, comme une liberté posée en face de moi, et qui ne veut que pour ou contre moi. Ainsi, découvrons-nous tout de suite un monde que nous appellerons l'intersubjectivité, et c'est dans ce monde que l'homme décide ce qu'il est et ce que sont les autres."
Jean-Paul SARTRE, L'Existentialisme est un humanisme, Editions Nagel.

 

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Lundi 1 décembre 2008 1 01 /12 /2008 16:39

 

Choisit-on d'être celui que l'on est ?

 

Point de départ : on ne choisit pas son être physique ( taille, couleur des yeux, de peau, etc. )

Il y a donc un ensemble de caractéristiques qui s'imposent à nous. De même on ne choisit pas son milieu, son pays, sa culture : de nombreux éléments nous déterminent à être ce que nous sommes.

Mais nous résumons-nous à tout cela ? Affirmer qu'on ne choisit pas, n'est-ce pas poser l'absence de liberté ? Or  si nous ne sommes pas libres, nous ne sommes pas, non plus, responsables de ce que nous sommes.

Or pour Sartre, exister c'est se choisir : « l'homme n'est que ce qu'il se fait ». L'existence humaine se caractérise essentiellement par sa transcendance, cette possibilité qu'a l'homme de se dépasser en permanence, de ne jamais en rester aux déterminations sociales, biologiques, historiques, etc. Exister c'est viser des possibles encore non réalisés, c'est se projeter, c'est opter pour telle ou telle manière de vivre puisque chacun de mes actes implique un choix, une décision, une liberté en action. Donc choisir c'est se déterminer, non pas simplement être déterminé par une essence préalable, un caractère qui ferait tout. D'où l'idée que l'existence précède l'essence. Je ne suis que ce que je fais. Sans cette action de l'être libre et conscient il n'y a pas de nature humaine.

Mais comment est-il possible d'affirmer de la sorte un choix alors que nous avons mis en évidence les multiples déterminations qui pèsent sur nous ?

Choisir, ne serait-ce pas, par-delà les déterminations ( et en les utilisant comme conditions de son être ) donner un sens à son existence, en l'orientant en fonction des possibles qui s'offrent à nous à partir de ce qui nous détermine ? Je ne choisis pas la donne : cela m'empêche-t-il de jouer ?
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Lundi 1 décembre 2008 1 01 /12 /2008 16:34

Qui parle quand je dis « je » ?

 

Paradoxe : qui d'autre que moi pourrait parler par ma propre bouche lorsque je dis « je » ? N'est-ce pas moi qui parle quand je dis « je » ?

Mais on ne dit pas « moi dit je », mais je dis «  je » . On opère donc une distinction entre moi et je.

Réponse logique : c'est « je » qui parle et non pas moi. A quoi correspond alors la distinction moi / je ?

De plus dire c'est moi n'est pas plus clair : je parle toujours en étant le produit d'une culture, d'une histoire, d'une éducation. En ce sens le moi ne fait-il pas problème ?

Parler c'est apprendre une certaine langue, c'est à dire une manière de penser.

Enfin je n'est-il pas un autre ( cf. lapsus :je ne maîtrise pas tout ce que je dis ) ?

Donc répondre «  je » à la question c'est être renvoyé à toute la complexité de la question du sujet, puisque dire « je » c'est s'affirmer comme un sujet différent et distinct des autres.

La question pose donc le problème de l'identité ( qui est le je ? ) et de son unité ( n'y a-t-il qu'un je ? ). Quelque chose parle, mais est-ce bien je ?

Qu'est-ce qui parle en moi : la raison, les passions, le désir, l'opinion, autrui... ?

Pour être le sujet de son discours, ne faut-il pas bien penser ce que l'on dit, c'est à dire s'efforcer de maîtriser sa parole ? Et connaître les conditionnements qui pèsent sur soi pour pouvoir s'en libérer ( cf. la cure psychanalytique qui rend au sujet la maîtrise de sa parole ) ?
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Samedi 29 novembre 2008 6 29 /11 /2008 21:56

Le réel se réduit-il à ce qu'on perçoit ?

 

Développement :

 

  • A) Percevoir une chose, c'est d'abord croire ou penser qu'elle existe à l'endroit où on l'aperçoit.

 

Pour percevoir, il faut être éveillé : lorsque nous dormons, nous voyons des « images » des choses, mais de tout cela nous ne percevons rien, puisque rien de tout cela n'existe en dehors de nous. La perception ouvre ainsi à l'extériorité : on ne peut percevoir que ce qui est réel (dans l'imagination ou la mémoire, le représenté est perçu en image ou souvenir  ). Mais la perception ne se limite pas aux seules réalités extérieures : chacun perçoit en lui des pensées, des sentiments, des souvenirs, etc. La perception a donc une double caractéristique : elle est le mode d'accès à la réalité, la découverte d'une réalité qui précède mon regard ; elle est aussi l'épreuve que je fais de la réalité ( la perception est mienne ). Sans sujet percevant, sans organe des sens, rien n'apparaîtrait ( lorsqu'on ferme les yeux, tout disparaît ).

En somme nous ne percevons que ce qui existe ou en a l'apparence, en nous et en dehors de nous.

Mais comment puis-je, à partir d'états subjectifs, accéder à la réalité ? Quelle est l'objectivité de la connaissance perceptive ?

 

  • B) Le jugement perceptif n'est-il pas fluctuant? En ce sens n'a-t-on pas recours à d'autres voies d'accès à la réalité?

 

Si la perception signe l'évidence de la présence des objets et fournit une somme de renseignements sur eux, ces informations que nous livre la perception sont-elles pour autant un reflet fidèle de la réalité extérieure ? La perception est-elle accès à l'existence réelle des objets ?

Cf. approche empiriste : l'esprit humain est une table rase, un pur miroir de la réalité extérieure. La sensation est d'abord un vécu. Locke postule l'existence d'une réalité extérieure qui serait la cause de nos sensations par l'entremise des organes des sens.

Berkeley, au contraire, montre que cela n'a aucun sens de poser un monde extérieur distinct de nos perceptions sensibles : la réalité que nous percevons comme une réalité n'est rien d'autre que la perception que nous en avons. Mais peut-on ainsi réduire le réel au perçu ? De plus, la perception est-elle notre seule voie d'accès au réel ?

Cf. le rôle de l'entendement, l'analyse du morceau de cire, Descartes.

Les sciences ne vont-elles pas au-delà de la seule perception ( nos sens nous font voir le soleil tournant autour de la terre, mais la science nous montre qu'il n'en est rien ) ? La science utilise des instruments et élabore des théories qui nous présentent une réalité qui n'a rien à voir avec celle que nous percevons.

Faut-il donc penser que nos sens ne nous permettent pas d'accéder à la « vraie » réalité ? N'y a-t-il pas différents degrés de réalité, correspondant aux « instruments » ( sens, raison, entendement, théorie, expérience ) dont nous disposons pour les appréhender ?

 

  • C) Quelle serait notre expérience sans les sens?

 

Dans la vie quotidienne, le perçu n'est-il pas notre mode familier d 'appréhension du réel, sans lequel nous n'aurions aucun contact avec ce qui nous entoure ? N'est-ce pas d'abord au niveau du perçu que les choses se manifestent à nous, sans quoi nous ne pourrions même pas les penser ou les connaître ?

Cf. distinction kantienne entre phénomène et noumène.

De plus, la science elle-même ne recourt-elle pas à l'observation dans ses investigations ? N'a-t-elle pas besoin de la perception pour lire ce qui est mesuré par ses instruments, c'est-à-dire les résultats des mesures ? En ce sens la perception n'est-elle pas un précieux et constant auxiliaire de l'accès à la réalité ?

Enfin l'art ne constitue-t-il pas un moyen d'étendre le champ de notre perception, par ce qu'il nous donne à voir, que d'ordinaire nous ne voyons pas ? N'est-ce par alors par les sens que nous y appréhendons une vérité ( et donc une approche de la réalité ) qui, autrement, nous resterait inconnue ?

 

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Samedi 29 novembre 2008 6 29 /11 /2008 21:53

Autrui : médiateur indispensable entre moi et moi-même ?

 

 

Nous croyons être les mieux placés pour savoir ce que nous ressentons, parce que notre conscience nous informe de chacune de nos pensées, nous offrant à chaque instant une représentation de nous-mêmes. Mais la conscience fait plus que nous dire ce que nous sommes : elle nous juge, à travers nos pensées et nos actes ; elle nous rappelle notre devoir et, parfois, porte sur nous le regard de la culpabilité, au point d'avoir honte de ce que nous sommes.

Or cette proximité de la conscience à l'égard de ce que nous sommes et de ce que nous faisons peut déformer l'image que nous nous faisons de nous-mêmes. La conscience peut nous tromper sur ce que nous sommes : elle manque souvent de recul, c'est à dire d'objectivité ; elle peut être déformée par l'amour-propre, qui voit moins les défauts que les qualités. Se connaître soi-même demande alors une certaine lucidité que la conscience à elle seule échoue à nous donner. Pour prendre ce recul nécessaire à l'objectivité, pour avoir un peu de distance par rapport à nous-mêmes, ne faudrait-il pas passer par autrui ?

 

Le regard qu'autrui porte sur moi me révèle ce que je suis.

 

L'analyse de Sartre cherche à comprendre ce qui nous amène à éprouver de la honte. Celle-ci apparaît d'abord comme un événement d'ordre réflexif : c'est l'image que je me fais de moi-même qui me fait honte, et ce sentiment, vécu dans ma conscience, ne semble pas faire appel à autrui. Pourtant, pour avoir une image de nous-mêmes, il nous faut passer par autrui. Autrui est le médiateur indispensable pour éprouver la honte, selon un processus en trois étapes que Sartre illustre par « l'homme jaloux » :

+ Un homme jaloux regarde par le trou d'une serrure : il est bien jaloux mais il ne se perçoit pas comme tel, tout investi qu'il est dans son acte ( « cette jalousie, je la suis, je ne la connais pas » ).

+ Quelqu'un surgit dans le couloir, et le voit : l'homme imagine alors le jugement qu'autrui porte sur lui et réalise qu'il lui apparaît comme un homme jaloux. Il pourrait certes refuser cette image qu'autrui lui renvoie, et s'en moquer.

+ Or l'homme jaloux justement se reconnaît dans cette image : il imagine qu'autrui le juge et, parce qu'il accepte ce jugement, il éprouve de la honte.

 

Ce n'est donc pas ce qu'il pense de moi qui permet à autrui de me renvoyer une image de moi-même ( je ne saurai jamais de façon certaine ce qu'il pense de moi vraiment ), mais son regard. Le regard d'autrui me relie à moi-même : il fait de moi une chose regardée ( il me chosifie ) et, en me représentant ce qu'autrui voit de moi, je me vois moi-même. Le regard d'autrui porté sur moi me donne une distance par rapport à moi-même qui me permet précisément de prendre conscience de ce que je suis.

 

Mais Sartre souligne que ce regard est générateur de conflit et de tension. Alors qu'il me faudrait remercier autrui de me permettre de savoir ce que je suis, je vis son regard comme une violence. En imaginant qu'il me voit comme un objet, je pense que son regard nie mon statut de sujet, qu'il m'enferme dans certaines caractéristiques ( ne voyant en moi qu'un homme jaloux, alors que je peux être bien autre chose ). Bref, parce qu'il nie ma liberté de sujet, le regard d'autrui est vécu comme une aliénation ( une perte de ce que je suis vraiment ). Pour cela, je peux finir par haïr autrui, c'est à dire par projeter de réaliser un monde où il n'existe pas.

 

Débat et enjeu.

 

La connaissance de soi était déjà au centre de la philosophie de Socrate qui, pour présenter ce qu'il faisait, reprenait l'oracle de Delphes « connais-toi toi-même ». Or, se connaître soi-même, selon Socrate, ce n'est pas connaître ses propres particularités, mais ce qu'il y a en soi d'universel, c'est à dire la raison. En effet, il pense comme Sartre qu'il faut entrer en rapport avec autrui. Cependant, ce rapport ne passe pas par le regard, mais par le dialogue. C'est par le dialogue avec autrui que je découvre ce que je suis.

Pour l'expliquer, Socrate compare la connaissance à la vision. Notre œil nous sert à voir, mais il ne peut se voir lui-même qu'en observant son image dans un objet réfléchissant. Notre raison est ce qui nous sert à connaître, mais, pour se connaître elle-même, elle doit observer un reflet d'elle-même. Or, de même que c'est dans l'œil d'autrui que nous découvrons l'image de notre propre œil, c'est dans sa raison que nous découvrons notre raison. Bref, c'est dans le dialogue avec autrui que nous découvrons ce qu'il y a d'universel dans notre pensée et que se construit la connaissance de soi.

 

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Mercredi 26 novembre 2008 3 26 /11 /2008 16:53

A.   Citation de Grimaldi

« Si rien ne commence que par le désir, rien ne s'accomplit que par la volonté »

 différence désir  / volonté  par différence commencement / accomplissement

Volonté = capacité à manifester de la persévérance dans ses choix de vie et de fermeté dans ses décisions (cf. avoir de la volonté). En ce sens, elle est similaire au désir en ce qu'elle nous porte à faire quelque chose, à agir. Mais elle se distingue du désir dans la mesure où celui-ci est déterminé par la sensibilité ou par l'intérêt, alors que la volonté peut se déterminer elle-même en obéissant aux lois de la raison (cf. Kant). Donc la volonté renvoie à notre liberté tandis que le désir n'est pas nécessairement libre : l'une peut se déterminer, tandis que l'autre est déterminé. Mais le désir est un moteur, il est présent en nous : en ce sens, la volonté ne naîtrait -elle pas du désir (cf. « rien ne commence ») ? Mais l'acte volontaire suppose, non seulement un souhait ou un désir, mais un projet à réaliser qui suppose la représentation d'une fin. Cette fin implique l'examen des moyens qui permettent de l'atteindre. Ainsi l'acte volontaire met en œuvre un souhait ou un projet. Le projet renvoie au monde où il est censé se réaliser, et le souhait remonte à une intention ou un désir, qui fournit le motif de l'acte. Mais le projet demeure un simple vouloir et le souhait un rêve sans consistance s'ils ne sont pas mis à l'épreuve. Tout acte volontaire implique une mobilisation  des pouvoirs de l'homme qui en assurent la réalisation. D'où pas d'accomplissement sans volonté.

B.   Texte de Schopenhauer

 

Dégagez le thème, le thèse et les idées principales du texte suivant :

 

"Tout vouloir procède d'un besoin, c'est-à-dire d'une privation, c'est-à-dire d'une souffrance. La satisfaction y met fin ; mais pour un désir qui est satisfait, dix au moins sont contrariés ; de plus le désir est long et ses exigences tendent à l'infini ; la satisfaction est courte et elle est parcimonieusement mesurée. Mais ce contentement suprême n'est lui-même qu'apparent ; le désir satisfait fait place aussitôt à un nouveau désir ; le premier est une déception reconnue, le second est une déception non encore reconnue. La satisfaction d'aucun souhait ne peut procurer de contentement durable et inaltérable. C'est comme l'aumône qu'on jette à un mendiant : elle lui sauve aujourd'hui la vie pour prolonger sa misère jusqu'à demain. - Tant que notre conscience est remplie par notre volonté, tant que nous sommes asservis à la pulsion du désir, aux espérances et aux craintes continuelles qu'il fait naître, tant que nous sommes sujets du vouloir, il n'y a pour nous ni bonheur durable, ni repos. Poursuivre ou fuir, craindre le malheur ou chercher la jouissance, c'est en réalité tout un ; l'inquiétude d'une volonté toujours exigeante, sous quelque forme qu'elle se manifeste, emplit et trouble sans cesse la conscience ; or sans repos le véritable bonheur est impossible. Ainsi le sujet du vouloir ressemble à Ixion attaché sur une roue qui ne cesse de tourner, aux Danaïdes qui puisent toujours pour emplir leur tonneau, à Tantale éternellement altéré".

A.Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation(1818)

 

Thème : désir et bonheur

Thèse: « Tant que notre conscience  est remplie par notre volonté...ni bonheur durable, ni repos »

Le bonheur, fondé sur le désir, est impossible. Pourquoi ?

Schopenhauer traite ici du désir, comme une forme particulière du vouloir. Il s'écarte ainsi de toute une tradition rationaliste qui établit entre le désir et la volonté une démarcation tranchée.

Cf. étymologie du désir : nostalgie d'une étoile dont on est privé. Cette privation  renvoie, par analogie, à l'idée d'un manque, donc à celle de souffrance. C'est de cette idée que part le texte. Ce qui met fin à cette souffrance est la satisfaction, c'est-à-dire la plaisir.

Mais cette satisfaction est :

+ aléatoire (cf. obstacles, contrariétés)

+ éphémère et provisoire ( d'où disproportion entre le désir qui s'éternise et sa satisfaction limitée dans le temps).

De plus, le contentement obtenu n'en est pas un (cf. cycle infini du désir , c'est-à-dire renaissance sans fin). C'est pourquoi la satisfaction ne peut procurer aucun bonheur ( état de plénitude stable et durable).

Cf. image de l'aumône ( remarque : le désirant est assimilé à un  mendiant, ce qui renvoie au mythe de la naissance d'Eros dans Le Banquet de Platon).

Enfin Schopenhauer rejette la distinction entre la volonté et le désir :  les désirs humains sont des formes particulières du vouloir humain. Le désir est une manifestation de la volonté lorsqu'elle investit la conscience (cf. « aussi longtemps que notre conscience est emplie par notre volonté »).

Le vouloir est donc directement connecté à la dimension affective du désir...et à ses souffrances.

Le texte prend donc le contre pied de toute une tradition qui fait de la satisfaction du désir la source obligée du bonheur humain. En s'appuyant sur une argumentation serrée, Schopenhauer soutient la thèse inverse : le désir procède de la souffrance et y conduit lui-même inéluctablement. Donc désirer et chercher à satisfaire ses désirs conduit l'homme à faire nécessairement son malheur.

 pour être heureux, il faut sortir du cycle sans fin du désir par 3 étapes de détachement progressif :

+ l'état contemplatif  ( ne plus souffrir, grâce à l'œuvre d'art, de sa propre volonté en s'abîmant dans l'œuvre)

+ la morale de la pitié ( invite à une communion avec autrui qui permet de transcender sa volonté individuelle )

+ l'oubli total du vouloir ( = nirvana : détachement suprême, où la volonté se retourne contre elle-même, état d'abnégation volontaire, d'arrêt absolu de tout vouloir).

 

 

Tantale : roi de Lydie ou de Phrygie, était le fils de Zeus et de la nymphe Plouto, père de Niobé et de Pélops. Selon la version du mythe la plus communément admise, il divulgua aux hommes les mystères du culte des dieux ; on rapporte aussi que, désirant éprouver l'art de la divination des dieux, il leur servit, au cours d'un festin, son propre fils. Le crime fut découvert par Zeus, et Pélops fut ressuscité par Hermès. On raconte encore que Tantale aurait encouru une peine éternelle en ne prenant pas soin d'un chien d'or qui lui avait été confié pour garder un temple consacré à Zeus. Le châtiment qui lui fut infligé pour tous ces crimes supposés passait dans l'antiquité pour particulièrement horrible. Soit qu'un rocher menaçât perpétuellement de l'écraser, soit que, consumé par la soif et la faim, il ne pût se désaltérer ni manger les fruits d'un arbre qui se dérobaient quand il voulait les cueillir, Tantale souffrait le pire des supplices : celui de ne pouvoir saisir ce qu'il désirait.

 

 Les Danaïdes étaient les cinquante filles de Danaos, roi d'Argos, qui, sur le conseil de leur père, égorgèrent leurs époux le soir de leurs noces. Mais, outre la mort, elles furent condamnées aux Enfers à un supplice sans fin : remplir éternellement un tonneau dont le fond était percé.

 

Ixion incarne, dans la mythologie grecque, un personnage particulièrement ingrat et qui reçoit un châtiment proportionné à son ingratitude. Ce roi, après avoir épousé Dia, la fille du roi Déionée, refusa à son beau-père les riches présents qu'il lui avait promis ; puis il tua son beau-père en le précipitant dans une fournaise. Le crime était doublement odieux, car son auteur se montrait coupable et d'un parjure et d'un meurtre sur la personne d'un parent. Ixion, que personne ne consentait à pardonner, implora Zeus : le souverain des dieux fut touché par ses pleurs et l'invita même à sa table, où il consomma le nectar et l'ambroisie, lesquelles assurent l'immortalité. Toutefois, sans aucune reconnaissance pour son bienfaiteur, Ixion tenta de séduire Héra, l'épouse de Zeus. Alors ce dernier créa une nuée qui ressemblait à Héra. Ixion s'unit à cette apparence. Les centaures furent les fruits de ces amours illusoires. Et le Dieu Hermès reçut mission d'appliquer à l'ingrat le châtiment qu'il méritait : il lia Ixion au moyen de serpents à une roue enflammée qui tourne sans relâche au fond des Enfers.

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