le sujet

Lundi 17 novembre 2008 1 17 /11 /2008 23:04






On peut se connaître.

cf. conscience immédiate de soi : je fais et, en même temps, je SAIS ce que je fais.

On peut aussi s'atteindre par introspection (regarder en soi-même).

Mais, dans la mesure où je suis, dans cette connaissance de soi, à la fois juge et partie, comment pourrais-je être objectif ?

L'objectivité ne requiert-elle pas distance critique ?

Quelles sont alors les conditions de celle-ci ?

 

La conscience de soi suppose la médiation d'autrui.

N'est-ce pas autrui qui me permet, à travers le langage et son regard, de me voir, c'est-à-dire de me réfléchir ?

N'est-ce pas cette réflexion qui est la condition de la distance critique nécessaire à l'objectivité ?

De plus, s'il y a, en moi, une partie de moi qui m'échappe (l'inconscient) pour en prendre connaissance, ne faut-il pas que je passe par le psychanalyste ?

Mais cette médiation d'autrui n'est-elle pas source d'aliénation ? Puis-je dépendre ainsi, à chaque instant, d'autrui pour prendre connaissance de moi-même ?

 

En dernier ressort n'est-ce pas à moi de décider, dans ce que me dit autrui à propos de moi, ce qui me semble correspondre à la réalité ?

De plus, ne suis-je pas toujours à la fois le même et un autre ?

En ce sens, la connaissance que je prends de moi n'est-elle pas, toujours, dépassée ?

Ma liberté ne se situe-t-elle pas, justement, dans cette spontanéité du moi qui s'invente au fur et à mesure même si, pour le faire, il a besoin du socle de la connaissance ?

Par lenuki - Publié dans : le sujet
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Lundi 17 novembre 2008 1 17 /11 /2008 11:54

                                     
                        Le sujet

 

Définition élémentaire

Le sujet, c'est celui qui agi et celui qui pense. Souvent cette notion fait référence au sujet humain, doué d'une subjectivité, voire une intériorité mentale. En grammaire, le sujet du verbe, c'est l'agent, celui qui accomplit l'acte. La notion de sujet renvoie donc à l'idée d'activité. Mais le sujet, c'est aussi ce dont on parle et, éventuellement, celui qui est assujetti, le sujet du roi. Dans ce cas, la notion de sujet est plutôt liée à une idée de soumission et de passivité.

 

Etymologie

Sub-jectus : ce qui est placé (jectus) en-dessous (sub). D'où la détermination du sujet comme substance (sub-stare :  se tenir en-dessous,  soutenir et donc perdurer malgré les changements), donc comme ce qui subsiste malgré les transformations ( en effet, je suis toujours moi malgré tous les changements opérés par l'âge).

 

Distinctions

+ sujet / prédicat : le sujet, c'est ce dont on parle ; le prédicat (ou attribut), c'est ce qu'on en dit. Par ex : le ciel (sujet) est bleu (prédicat)

+ sujet / objet : le sujet, c'est celui qui agit ou pense ; il a une intériorité contrairement à l'objet qui est plein, sans fissures ni failles, sans distance avec lui-même. L'objet, c'est ce qui est placé devant ou en face, et sur quoi le sujet peut agir ou à propos de quoi il peut penser.

 

Problèmes

+ Y a-t-il une véritable unité du sujet ? Si oui, comment rendre compte de la folie, par exemple ?

+ Le sujet existe-t-il par lui-même, indépendamment de ses attributs ? Que suis-je, par exemple, indépendamment de ce qu'on dit de moi, ou du regard des autres sur moi ?

+ Comment un rapport peut-il s'établir entre le sujet et l'objet, s'ils sont face à face ? Comment le sujet peut-il se re-présenter l'objet ? Comment la connaissance est-elle possible ?

+ Le sujet est-il vraiment autonome par rapport à l'objet ? Est-ce moi qui domine les choses ou les choses qui me dominent ? Puis-je échapper aux causes extérieures qui agissent sur moi ?  Et qu'en est-il des causes intérieures ? Bref, la liberté est-elle possible ?

 

Par lenuki - Publié dans : le sujet
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Samedi 8 novembre 2008 6 08 /11 /2008 21:40


Texte: Descartes, Du doute au cogito

« Je ne sais si je dois vous entretenir des premières méditations que j'y ai faites car elles sont si métaphysiques et si peu communes qu'elles ne seront peut-être pas au goût de tout le monde. Et toutefois, afin qu'on puisse juger si les fondements que j'ai pris sont assez fermes, je me trouve en quelque façon contraint d'en parler. J'avais dès longtemps remarqué que, pour les moeurs, il est besoin quelquefois de suivre des opinions qu'on sait être fort incertaines, tout de même que si elles étaient indubitables, ainsi qu'il a été dit ci-dessus; mais, parce qu'alors je désirais vaquer seulement à la recherche de la vérité, je pensai qu'il fallait que je fisse tout le contraire, et que je rejetasse, comme absolument faux tout ce en quoi je pourrais imaginer le moindre doute, afin de voir s'il ne resterait point, après cela, quelque chose en ma créance, qui fût entièrement indubitable. Ainsi, à cause que nos sens nous trompent quelquefois, je voulus supposer qu'il n'y avait aucune chose qui fût telle qu'ils nous la font imaginer. Et pour ce qu'il y a des hommes qui se méprennent en raisonnant, même touchant les plus simples matières de géométrie, et y font des paralogismes, jugeant que j'étais sujet à faillir, autant qu'aucun autre, je rejetai comme fausses toutes les raisons que j'avais prises auparavant pour démonstrations. Et enfin, considérant que toutes les mêmes pensées, que nous avons étant éveillés, nous peuvent aussi venir quand nous dormons, sans qu'il y en ait aucune, pour lors, qui soit vraie, je me résolus de feindre que toutes les choses qui m'étaient jamais entrées en l'esprit, n'étaient non plus vraies que les illusions de mes songes. Mais, aussitôt après, je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi, qui le pensais, fusse quelque chose. Et remarquant que cette vérité : je pense, donc je suis était si ferme et si assurée que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n'étaient pas capables de l'ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir, sans scrupule, pour le premier principe de la philosophie que je cherchais. »



Ce texte se situe au début de la quatrième partie du Discours de la méthode expose la méthode du doute pour parvenir à l'affirmation « Je pense donc je suis ». Après une brève entrée en matière, Descartes introduit la notion de doute méthodique, énumère les raisons qui justifient ce doute et énonce la première proposition qui échappe entièrement au doute. Conscient des difficultés que présentent les spéculations métaphysiques et de l'inaptitude de certains à les entendre, Descartes hésite d'abord à livrer sa pensée, néanmoins, étant donnée leur importance, il saisit la nécessité de les présenter. Pourquoi ? parce que ces méditations cherchent d'abord à établir un fondement véritable à toute pensée. Les exposer apparaît donc comme une nécessité. Il va donc reprendre ici les étapes du doute. Attention, il s'agit bien de saisir que nous avons affaire à un doute méthodique et non un doute sceptique. Ainsi, il présente ce doute méthodique en montrant qu'il s'agit de remettre en cause ici tout ce dont nous ne pouvons être absolument sûrs. Le vrai est alors assimilé à l'indubitable. C'est pourquoi il va procéder au doute afin de déterminer s'il demeure quelque chose d'indubitable. Tout d'abord puisque nos sens nous trompent parfois, nous pouvons douter de ce que nos sens nous apprennent. Puisqu'il arrive que les hommes se trompent lors des raisonnements mathématiques, on peut douter des vérités mathématiques. Il procède ensuite à l'argument du rêve afin de montrer qu'il est possible de supposer que tout n'est qu'illusion. Or, pour douter de tout, il faut bien quelque chose qui doute. Le premier principe, le fondement, l'indubitable est donc cette chose qui doute, le « je » qui doute, ce « je » qui pense.
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Samedi 8 novembre 2008 6 08 /11 /2008 21:33


 LA CONSCIENCE

 La conscience est une forme de savoir premier: «cum scientia», accompagné de savoir

  • Le «moi» est ce qui donne au sujet l'illusion de son identité.
  • La conscience est ce par quoi l'homme est homme. Par sa faculté consciente, l'homme se situe au dessus de la nature.

 

La conscience, un mode de perception des choses

Il faut faire la distinction entre :

-         conscience spontanée : perception du monde intérieur et extérieur. La conscience est la réaction du « je » à un objet soit extérieur soit intérieur. Cette distance au monde est nécessaire à la connaissance.

-         conscience réflexive : retour de notre esprit sur lui-même

 exemple : surpris ou déçu, je peux prendre la mesure de ma surprise en faisant retour sur moi-même.

 

         je suis donc à la fois dans le monde et face au monde : Elle implique une forme de dédoublement : je suis au lycée et je sais que j'y suis, c'est-à-dire que je ne suis pas seulement dans la monde mais face au monde.

 

Conscience morale

-         « juge infaillible du bien et du mal » (Rousseau)

-         elle permet à l'homme de s'élever au dessus des bêtes

 

 Le cogito de Descartes

-         « Je pense donc je suis »

-         « je suis en toute certitude une chose qui pense »

Descartes cherche quelque chose qui ne pourra pas être remis en question

doute systématique : nos sens peuvent nous tromper : doute du corps

je me trompe alors je doute  il ne peut pas douter qu'il est en train de douter, qu'il pense : le fait de penser qu'il doute prouve son existence. « je pense donc je suis ».

 

 réponse des autres philosophes : « je me promène donc je suis » devrait être correct. Descartes annonce que nos sens peuvent nous tromper, il ne faut pas leur faire confiance (exemple des rêves).

 

Toute conscience est « tensions vers » (phénoménologie)

  • conscience intentionnelle
  • «le mot intentionnalité ne signifie rien d'autre que cette particularité foncière générale qu'a la conscience d'être conscience de quelque chose».
  • La pensée ne peut pas se penser sans penser l'objectivité de l'objet.
  • Le «Je pense» doit pouvoir accompagner toutes mes représentations La conscience est conscience de quelque chose, ce qui constitue l'être de la conscience, mais que la conscience n'est pas, faute quoi il faudrait faire de la conscience une chose.

 

La conscience comme séparation

  • séparation monde / soi

prendre conscience du monde, c'est poser le monde comme objet en face du sujet que je suis.

        ex : ainsi l'enfant, du moment qu'il dit « je », il met le monde à l'écart ? A partir de ce moment, l'enfant se pense. Auparavant il se sentait

  • séparation de moi-même (Sartre)

        ex : il y a le « moi » qui est timide et le « je » qui sait que le moi est timide.

 

Le moi se révèle dans l'effort

  • le moi ne peut prendre conscience se son existence qu'en s'opposant à un objet résistant qui se distingue de lui.
  • on n'a conscience de soi que grâce à la présence des choses face à nous

 

 La conscience signifie « choix »

  • la conscience remplit une fonction de sélection (contrairement à l'inconscient), elle est liée à l'action. Une tâche actuelle sollicite ma conscience.
  • Puisque être conscient, c'est chercher la meilleure solution d'un problème, alors la conscience est liberté.


La conscience désigne l'intuition qu'a l'homme de lui même et du monde. Je sais donc que je suis et qu'il y a un monde. En d'autres termes, je suis conscient d'être conscient et d'être au monde, c'est à dire au sein d'une réalité qui n'est pas la conscience. Telle est la distinction fondamentale entre le sujet et l'objet, le sujet désignant toujours l'être pensant et l'objet l'être pensé.

I- DESCARTES (1596 - 1650) :

 

Cette notion d'être pensant a été approfondie par Descartes dans l'expérience du doute universel.
En effet, Descartes constate au sortir de ses études que la plupart des connaissances sont incertaines.

Qu'est-ce donc qui peut être tenu pour certain ?

Sous l'exigence d'une telle question, non seulement toutes les connaissances sont mises en cause mais également la réalité du monde extérieur et de mon propre corps. Or, quand bien même je penserai que tout est faux, il faudrait que moi qui le pense fusse quelque chose. Autrement dit, quand je doute de tout, je suis au moins sûr d'une chose :
C'est que je doute.
Ce qui revient à faire jaillir la vérité du doute même.
Telle est la dimension réflexive du cogito théorique.

 

II- HEGEL (1770 - 1831) :



Mais l'homme ne se limite pas à la seule activité pensante car il est confronté au réel qui exige de lui l'action. Voilà pourquoi, comme l'a compris Hegel, le cogito théorique se double d'un cogito pratique par lequel l'homme construit un monde à visage humain, c'est à dire un monde selon l'homme. L'histoire n'est pas autre chose que cela.

Hegel écrit que :
"L'homme se constitue pour soi, pour son activité pratique parce qu'il est poussé à se reconnaître lui-même dans ce qui s'offre à lui extérieurement. Il y parvient en changeant les choses extérieures qu'il marque du sceau de son infériorité et dans lesquelles il ne retrouve que ses propres déterminations."

Ainsi, "le petit garçon qui jette des pierres dans le torrent et admire les ronds qui se forment dans l'eau. Il admire en fait une oeuvre où il bénéficie de sa propre activité qu'il contemple."

III- Sartre (1905 - 1980) :


Au XX° siècle Sartre insistera sur l'opposition entre l'en-soi et le pour-soi, c'est à dire entre l'objet et le sujet ou entre le monde et la conscience.
Chez Sartre en effet, l'en-soi est synonyme de réalité matérielle. Il est donc ce qu'il est. Il n'a pas de dedans qui s'opposerait à à un dehors. Il est massif. En revanche, le pour-soi est ce qu'il n'est pas et n'est pas ce qu'il est. Il est non adéquation de soi à soi comme de soi au monde. Il est exactement l'être des lointains comme le dit Heidegger. C'est à dire toujours un peu en avant comme en arrière de lui même. Il n'est jamais à lui même son propre contemporain. Voilà pourquoi le pour-soi nous oblige à d'incessants renouvellements qui sont la marque même de la liberté, c'est à dire la transcendance du sujet au sujet par rapport à l'objet.

 

CONCLUSION :

On comprend désormais la singularité conférée à l'homme par le seul fait de sa conscience. Il n'y a jamais quoi que ce soit que par une conscience pré-existante qui décide qu'il y a quelque chose et qui cherche à savoir la nature de cette chose ainsi reconnue.

C'est donc la conscience qui fait la liberté et la responsabilité sans lesquels il n'y aurait aucune valeur en ce monde.

 

Par lenuki - Publié dans : le sujet
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Mardi 28 octobre 2008 2 28 /10 /2008 23:09

 

 

La grande illusion

Pourquoi se priver ? Pourquoi renoncer à ses désirs alors que leur satisfaction peut être source de tant de plaisir ?

Cf. texte de Calliclès

Secret du bonheur : pas dans l'absence du désir, mais dans un désir exacerbé, au contraire !

Or cf. Freud : pas de civilisation sans refoulement de certaines pulsions même s'il convient de préférer la sublimation au refoulement.

De plus (cf. Bataille) le désir n'est-il pas anthropologiquement inséparable d'une multiplicité d'interdictions ? cf. pas d'érotisme sans interdit et transgression.

Mais peut-on croire que le bonheur consiste pour l'homme à poursuivre la satisfaction de tous ses désirs, à commencer par ses désirs érotiques ? Le triomphe de l'intempérance ne conduit-il pas, autant chez l'individu que dans la Cité, au chaos et à la servitude ? Alors ne faudrait-il pas renoncer aux désirs ?

 

La tentation ascétique

Les désirs de l'homme ne sont-ils pas contradictoires et donc impossibles à satisfaire ?

cf. entre excès et santé, débauche et longévité, il faut choisir. De plus, le désir n'est-il pas, par nature, condamné à l'insatisfaction ?

Cf. Socrate à Calliclès : « est-ce véritablement vivre heureux que de se gratter à son aise et de passer sa vie à se gratter quand on a la gale et envie de se gratter ? » L'intempérance ne se condamne-t-elle pas à poursuivre sans fin la satisfaction et donc à ne rencontrer que l'insatisfaction ? cf. tonneau des Danaïdes.

cf. parties de l'âme selon Platon.

N'est-ce pas, tout au contraire, en soumettant ses désirs à une discipline rigoureuse qu'il est possible à l'homme d'être heureux ? cf. Stoïciens : choses qui dépendent de nous et choses qui n'en dépendent pas.

à ne serait-il pas insensé, pour qui cherche le bonheur, de consacrer sa vie à poursuivre richesse et célébrité ? En revanche on peut mettre fin à la fascination pour la richesse en découvrant que l'acquisition des faux biens, non seulement ne dépend pas de nous mais en plus ne saurait nous satisfaire. D'où Descartes (3è maxime, morale provisoire « tâchez toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs que l'ordre du monde et généralement de m'accoutumer à croire qu'il n'y a rien qui soit entièrement en notre pouvoir, que nos pensées. »

Mais comment parvenir à se persuader que l'argent ne fait pas le bonheur et à se délivrer des biens matériels que l'on possède ? (difficile combat contre soi-même à « tâcher » à se vaincre).

La victoire sur ses désirs ne relève pas, en effet, d'une simple décision, mais résulte au contraire d'un long travail. Et c'est en s'y exerçant assidûment que l'on peut acquérir ces bonnes dispositions habituelles que l'on nomme vertus. C'est donc par une ascèse (askésis = exercice) que le sujet devient capable de voir les choses telles qu'elles sont et non pas telles que notre imagination nous les figure. Et cette condamnation des désirs n'est pas l'apanage de la philosophie grecque (cf. christianisme ou bouddhisme), ce qui semble la légitimer. Mais n'y a-t-il pas lieu de s'interroger sur ses motivations profondes ?

 

L'impossible salut

L'injonction stoïcienne de se détourner des faux biens et de ne désirer que ce qui dépend de soi n'est-elle pas inhumaine ? L'homme peut-il s'élever à cette tranquillité d'âme (ataraxie) que manifeste Socrate lorsqu'il dédaigne la beauté d'Alcibiade, ou lorsqu'il est condamné à mort ? De plus, cette volonté de fuir les plaisirs et les souffrances ne témoigne-t-elle pas d'une sorte de décadence de la vie dont la « moralisation » serait alors synonyme de castration (cf. Nietzsche) ? Mais ne nous y trompons pas : l'ascétisme est un expédient, une ruse de l'art de conserver la vie. Symptôme de la fragilité de l'espèce humaine, l'ascétisme trouve sa source dans « l'instinct de défense et de salut d'une vie en voie de dégénérescence «  (Généalogie de la morale).

De plus, un tel idéal peut-il mener au bonheur ? Certes, comme détournant l'homme de la poursuite des faux biens et comme exercice de la domination de soi, il a une incontestable valeur morale. Mais de là à conduire au bonheur... Même pour un être aussi rigoureux et austère que Kant, la vertu ne se confond pas, en effet, avec le bonheur : nos obligations morales ne contrarient-elles pas parfois, voire souvent, nos désirs les plus chers ?

Mais il serait naïf de croire que seule la morale (ou la société, ou les lois) nous empêche d'être heureux. L'homme, est-il né pour être heureux ? N'est-il pas, dans son être même, condamné à l'insatisfaction ? Ne faut-il pas, alors, renvoyer dos à dos l'ascète et le jouisseur qui partagent la même passion illusoire pour le bonheur ? Ne faudrait-il pas approfondir plutôt une éthique de la tempérance, du juste milieu, dont l'idéal ne serait pas le bonheur, mais la santé ? Celle-ci exige alors, que nous acceptions l'insatisfaction fondamentale, inhérente à toute existence humaine et qui coïncide, selon Sartre, avec la conscience de sa propre contingence.

« Si, dans un être doué de raison et de volonté, la nature avait pour but spécial sa conservation, son bien-être, en un mot son bonheur, elle aurait bien mal pris ses mesures en choisissant la raison de la créature comme exécutrice de son intention » (Kant, Métaphysique des mœurs).

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Vendredi 24 octobre 2008 5 24 /10 /2008 06:55


Épicure contre l'hyperconsommation.
"

Que prescrit le philosophe grec à ceux qui souffrent de ne pouvoir satisfaire leurs nombreux désirs? Les limiter!

par Patrick Daneau,
professeur de philosophie, Cégep François-Xavier Garneau, Québec
[Autorisation accordée par l'auteur le 27 février 2006 de diffuser cet article]


La philosophie nous permet de mieux comprendre le monde actuel: tel est un des arguments les plus souvent évoqués par les professeurs de philosophie pour justifier l'enseignement de leur matière au collégial. Le Devoir leur a lancé le défi, ainsi qu'à des essayistes, de décrypter une question d'actualité à partir des thèses d'un grand penseur enseigné au collégial. Toutes les deux semaines, nous publierons Le Devoir de philo d'un professeur. À ses étudiants de l'évaluer... Ils sont 137 000 jeunes par année, au Québec, à faire de la philo au cégep. Notre journaliste Antoine Robitaille a conçu et coordonné cette série, avec la collaboration de Louis Samson, professeur de philosophie au Cégep de Saint-Hyacinthe. 

Définir «hyperconsommation»... Facile : rage de consommer; consommation excessive favorisant l'endettement, l'individualisme, le travail des enfants, les crises écologiques et le découragement des professeurs confrontés à une humanité délaissant les valeurs intellectuelles. 

Un Wal-Mart, un Canadian Tire, un Super C, un Loblaws, deux mégacinémas (Famous Players et Odeon), un Bureau en Gros, un Home Dépôt, un Da Giovanni ! C'est la liste très incomplète des commerces qui ont été construits en un temps record dans mon ancien quartier. Dégoûtés par cette orgie commerciale, ma famille et moi avons fui les lieux. 

Lorsque nous avons mis notre maison en vente, l'agent immobilier a insisté pour qu'on écrive dans les documents promotionnels que celle-ci est à proximité d'un Power Centre. «Ça se vendra rapidement, a-t-il assuré. Les gens recherchent ces quartiers.» En moins de trois semaines, elle était vendue. 

Un nouveau lieu
de culte 

Pour ma part, je peine à comprendre pour quelle raison des individus prisent ces lieux où de grandes corporations ont grugé des terres arables, installé des stationnements à l'infini, élevé des bâtiments à l'esthétique médiocre et défiguré les paysages. 

Chaque fois que je roule près de ces complexes (car on s'y rend avec la voiture), un spleen envahissant me gagne et je ne peux m'empêcher de médire sur cette humanité qui s'engouffre dans ces horribles cathédrales de la consommation; le centre commercial comme nouveau lieu de culte de nos contemporains. 

Je sais que la comparaison est facile et discutable. Néanmoins, je la fais mienne. Cette ferveur quasi religieuse de la consommation m'attriste et me révolte à la fois. Mais comme je ne suis pas du genre à réduire en miettes par les explosifs ce qui résiste à mes valeurs, j'ai recours à un antidote infaillible : la lecture de la Lettre à Ménécée, du philosophe grec Épicure.

Le mot «antidote» est sciemment choisi. Dans l'Antiquité, la philosophie est très souvent présentée comme la médecine de l'âme. On a besoin de la médecine pour soigner le corps souffrant, on a recours à la philosophie pour traiter l'âme malade. Mais qui était ce «médecin» grec nommé Épicure et en quoi la fréquentation de sa pensée est-elle pertinente en ce début de XXIe siècle ? 


 

À propos d'Épicure 

Épicure naît en -341 dans l'île grecque de Samos et meurt à Athènes en -270, à l'âge de 72 ans. L'existence d'Épicure est tout entière consacrée à la philosophie et à l'enseignement de sa doctrine. En -323, il gagne la cité d'Athènes pour y faire son service militaire. Après s'être acquitté de ses obligations, Épicure s'installe à Colophon, puis à Théos, deux villes d'Asie mineure (situées aujourd'hui en Turquie). Il y suit l'enseignement du philosophe Nausiphanès, disciple de Démocrite. Il retourne à Athènes en -306 où il fonde l'école du Jardin, ainsi nommée en raison du potager qui entoure l'établissement. 

Là, Épicure va livrer sa sagesse à une communauté hétéroclite constituée d'hommes libres, d'esclaves, de femmes et de prostituées. Cette étrange réunion d'individus, on s'en doute, soulève instantanément la polémique et la moquerie. Il faut se rappeler qu'à cette époque, les femmes et les esclaves sont totalement exclus de la vie politique. Les pires calomnies courent sur Épicure et ses élèves. 

L'épicurisme est présenté comme une apologie de la jouissance physique réduisant à la débauche. C'est là l'origine du sens péjoratif de l'adjectif «épicurien» qui, encore aujourd'hui, désigne l'individu qui s'adonne aux plaisirs physiques. Pourtant, comme on le verra, rien n'est plus éloigné de la sagesse épicurienne que ces ragots. 

La doctrine 

La philosophie morale d'Épicure tourne autour de cette double interrogation : qu'est-ce que le bonheur et comment l'atteindre ? C'est dans la Lettre à Ménécée, un texte admirable par sa profondeur et sa brièveté (à peine cinq pages), que le sage grec répond à ces questions. 

Pour Épicure, la réflexion sur le bonheur est incontournable car notre existence est tout entière dominée par la recherche des causes qui le produisent. Trouvons les bonnes causes, nous serons heureux; nourrissons-nous des mauvaises, nous vivrons dans l'illusion et l'insatisfaction. 

Or qu'est-ce que le bonheur ? Pour Épicure, le bonheur réside dans un double état : l'aponie et l'ataraxie. L'aponie est l'absence de douleur physique et l'ataraxie est la paix de l'âme. 

En fait, nous passons notre vie à rechercher les plaisirs menant au bonheur. L'épicurisme enseigne à distinguer les faux des vrais plaisirs : «Quand donc nous disons que le plaisir est le but de la vie, nous ne parlons pas des plaisirs de l'homme déréglé, ni de ceux qui consistent dans les jouissances matérielles, ainsi que l'écrivent des gens qui ignorent notre doctrine, ou qui la combattent et la prennent dans un mauvais sens. Le plaisir dont nous parlons est celui qui consiste, pour le corps, à ne pas souffrir et, pour l'âme, à être sans trouble.» 

Mais voilà, les limites de notre humaine nature -- l'ignorance étant la plus perverse -- nous conduisent à nous nourrir la plupart du temps des faux plaisirs, donc à faire souffrir notre corps et notre âme. Ainsi, selon Épicure, nous souffrons de quatre maux, lesquels nous détournent immanquablement du bonheur. Ce sont la crainte des dieux, la peur de la mort, la crainte de la douleur et l'emprise des désirs insatiables. Pour chacun de ces maux, Épicure propose un traitement. Attardons-nous au dernier pour mieux comprendre l'impasse de l'hyperconsommation. 

Au fond, Épicure est le père de ce que Serge Mongeau, fondateur des éditions Écosociété, appelle aujourd'hui la «simplicité volontaire». Il nous enseigne à questionner nos désirs et à les limiter. «À propos de chaque désir il faut se poser cette question : quel avantage résultera-t-il pour moi si je le satisfais, et qu'arrivera-t-il si je ne le satisfais pas ?» Ne serait-il pas bien qu'on écrive à l'entrée de tous les centres commerciaux du monde cette maxime d'Épicure : «Il ne faut pas gâter ce que tu as avec le désir de ce que tu n'as pas» ? 

La quête des biens matériels, qu'Épicure nomme les biens périssables (par opposition aux biens impérissables que sont par exemple l'amitié ou la philosophie), détourne notre âme du bonheur et nous plonge dans un perpétuel état d'insatisfaction. Nous consommons mais nous ne sommes jamais rassasiés. Nous rêvons mais nous n'atteignons jamais l'objet de nos rêves. Nous croyons que le bonheur réside dans l'acquisition -- à crédit, très souvent -- d'un nombre infini de biens, lesquels ne nous satisferont jamais. 

Que prescrit le médecin de l'âme Épicure à ceux qui souffrent de ne pouvoir satisfaire leurs nombreux désirs ? La réponse peut sembler triviale : limiter les désirs ! Suivons Épicure : plus nous désirons des biens, plus il est difficile de les obtenir. Notre appétit nous plonge dans un état d'insatisfaction et de frustration. À l'opposé, lorsque nous ne recherchons qu'un petit nombre de biens soigneusement choisis parmi les plus essentiels, nous les obtenons facilement et notre âme atteint la quiétude. 

La réflexion d'Épicure ne se limite pas à cela. Il ne suffit pas de restreindre les désirs, il faut également les distinguer car ils n'ont pas tous la même valeur. L'épicurisme divise les désirs en trois catégories : 

- les désirs naturels et nécessaires;

- les désirs naturels mais non nécessaires;

- les désirs ni naturels ni nécessaires.  

Les premiers garantissent la vie et conduisent au bonheur... comme boire et manger. Nous avons également besoin d'un toit et de vêtements. Enfin, nous ne pouvons nous passer de l'amitié de nos semblables et de la philosophie, laquelle nous permet de distinguer les vrais plaisirs des illusions. Selon Épicure, ces seuls éléments nous permettent de mener une existence affranchie des faux plaisirs, donc libre et indépendante. 

Les seconds désirs représentent le superflu : une table somptueuse, une bouteille de vin, une maison spacieuse, etc. Épicure enseigne à rechercher ces plaisirs mais avec prudence et modération. De toute façon, «l'habitude d'une nourriture simple, et non celle d'une nourriture luxueuse, convient pour donner la pleine santé, pour laisser à l'homme toute liberté de se consacrer aux devoirs nécessaires de la vie, pour nous disposer à mieux goûter les repas luxueux, lorsque nous les faisons après des intervalles de vie frugale, enfin pour nous mettre en état de ne pas craindre la mauvaise fortune». 

Quant aux désirs ni naturels ni nécessaires, il faut les éviter absolument. Ils représentent les quêtes vaines et le luxe. Épicure rejetterait sans doute les vêtements griffés, le Hummer dernier cri, les CD de Star Académie, bref ces mille et une choses inutiles produites par la société de consommation et dont l'acquisition monopolise exagérément les ressources des individus contemporains. 

La doctrine d'Épicure peut aussi nous être utile lorsque nous appréhendons la mort, lorsque nous sommes en proie à des angoisses religieuses, lorsque nous souffrons trop, bref lorsque les épreuves de l'existence nous frappent. 

Mais, en réalité, ce qu'Épicure nous enseigne, c'est la façon d'atteindre la liberté. Car lorsque nous parvenons à limiter nos désirs et que nous prenons la réflexion philosophique pour guide, nous vivons au milieu de ces biens impérissables chers à Épicure, et «un homme qui vit au milieu de ceux-ci ne ressemble en rien à un être mortel».

 

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Mercredi 15 octobre 2008 3 15 /10 /2008 13:55


Des beaux corps à l'Idée de Beau en soi: la dialectique du Banquet de Platon

 

Il faut apprendre à aimer, et procéder avec méthode, au sens étymologique du terme, c'est-à-dire en empruntant le bon chemin. Le point de départ e l'ascension érotique, ce sont les multiples beautés d'ici-bas, que l'on perçoit au moyen des sens et qui appartiennent au monde sensible. Son point d'arrivée est une seule et unique beauté, intelligible. Cette ascension implique donc une véritable conversion du regard (cf. allégorie de la caverne) et  n changement d'existence.

Dans sa phase initiale, le désir de l'amant se porte sur un seul beau corps. Afin de ne pas rester prisonnier de son attachement, l'amant doit s'ouvrir à la beauté des autres corps. Puis l'amant doit délaisser les corps pour se tourner vers les âmes (= spiritualisation du désir). D'abord vers les belles occupations, c'est-à-dire les activités qui ont en vue le bien individuel comme le bien de la Cité, et qu'inspire la vertu. Puis vers la contemplation des activités scientifiques et, enfin, vers la science du beau lui-même qui n'est autre que la connaissance de l'absolu, du principe suprême...

Qu'est-ce que le Beau en soi ? Qu'est-ce que cette beauté qui réside en elle-même, à la différence d'une beauté qui se trouve en une autre chose : un temple, un corps, un discours, etc. ? Elle est, nous dit Diotime, la source d'une félicité sans pareille et qui, seule, justifie véritablement l'existence. Aussi cette expérience est-elle sans commune mesure avec les émotions que peuvent connaître les amants dans la contemplation des beautés du monde sensible. En effet, à la différence de la beauté absolue qui est simple, pure , parfaite, la beauté sensible  enveloppe une multitude de parties, elle est nécessairement impure, puisque mêlée à autre chose qu'elle-même, et nécessairement imparfaite : ce qui est beau d'un certain point de vue et à un certain moment ne l'est plus lorsqu'on le saisit d'un autre point de vue et à un autre moment.

 

« tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune... »

 

La troisième partie du Discours de la méthode expose les maximes de la morale par provision, qui doit permettre à Descartes de vivre tandis qu'il mettra méthodiquement en doute toutes les opinions qu'il a reçues jusqu'ici pour vraies.

Descartes reprend à son compte la célèbre distinction stoïcienne entre ce qui dépend de nus et ce qui n'en dépend pas, c'est-à-dire nos pensées et l'ordre du monde. Il en résulte qu'il est préférable et possible de changer ses désirs et de se vaincre plutôt que de vouloir modifier l'ordre du monde, qui ne dépend pas de l'homme. En outre, puisque nos pensées sont entièrement en notre pouvoir, Descartes décide de tenir pour absolument impossible tout ce qu'il n'aura pas réussi à obtenir. Par exemple, alors qu'il nous est impossible d'être jeune et en bonne santé lorsque nous sommes vieux et malades, il nous est en revanche toujours possible de renoncer à être jeune et en bonne santé une fois que nous avons fait tout ce qui dépend de nous pour éviter la maladie et la mort. Par une telle disposition d'esprit, Descartes n'est jamais conduit à désirer ce qui finalement lui échappe, et est assuré d'être toujours content. En effet, partant du principe que nul ne désire l'impossible et rusant avec lui-même, Descartes tient pour impossible ce qui rigoureusement parlant ne l'est pas, afin que ses désirs concernant ces objets s'évanouissent d'eux-mêmes. C'est pourquoi, de même qu'il sait ne pas pouvoir avoir des ailes pour voler, de même il tient pour impossible d'être en bonne santé alors qu'il est malade. Par suite, il ne peut pas plus désirer être en bonne santé que doté d'ailes pour voler. Cependant Descartes reconnaît qu'une telle disposition d'esprit ne va pas de soi et que son acquisition suppose de longs exercices.

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Lundi 22 septembre 2008 1 22 /09 /2008 18:12

                                                       
                                 Le désir

 

Définition élémentaire

   Le désir est une tendance du sujet vers un objet, réel ou imaginé, une force qui le pousse à l'action.

 

Etymologie

    Du latin desiderare, « regretter l'absence de quelqu'un ou de quelque chose »

 

Distinctions

  • - Le désir s'oppose à l'apathie, l'absence de tout affect
  • - Le désir est distinct du simple «besoin»: le besoin est un cycle naturel qui se répète à l'identique. Tandis que le désir se renouvelle et s'amplifie. Par exemple, manger est de l'ordre du besoin, mais on attise le désir de manger par la cuisine et la diversification des plats; de même la sexualité peut être considérée comme un simple besoin, mais l'érotisme consiste à la transformer en désir et à l'aiguiser pour l'entretenir et l'emporter plus loin; dans la passion amoureuse elle devient un désir qui s'emballe. Ainsi, il y a une mesure du besoin, tandis qu'il y une démesure du désir. Le besoin prend fin en étant satisfait; tandis que le désir risque d'être relancé lorsqu'il est satisfait.
  • - Désirer se distingue aussi de «vouloir»: vouloir renvoie plutôt à une décision prise rationnellement, tandis que le désir renvoie au corps, aux affects, aux sentiments, aux passions, à la sexualité, sans autre justification que soi-même.

 

Problèmes, paradoxes

  • - Le désir est-il bon ou mauvais? Faut-il condamner le désir, essayer de le surmonter, ou au contraire s'y abandonner, le cultiver?
  • - Où s'arrête le besoin, où commence le désir? Comment les distinguer?
  • - Quelles sont les limites entre la décision rationnelle et le désir? n'y a-t-il pas du désir dans ce qui se présente à la conscience comme un choix rationnel?
  • - Réciproquement, n'y a-t-il pas dans le désir une activité de calcul, plus rationnelle que la raison en quelque sorte?
  • - Peut-on satisfaire un désir? Le satisfaire, n'est-ce pas toujours le relancer le raviver? Quel est donc l'objet du désir? Il y a un paradoxe du désir, qui se désire lui-même, qui désire à la fois sa satisfaction et son propre prolongement.

 

 

 

 

                                 Autrui

 

 

Définition élémentaire

Autrui, c'est l'autre homme, le « prochain » : une conscience autre que ma conscience, un autre sujet, un « moi » autre que moi.

 

Etymologie

Du latin « alter », autre.

 

Distinctions

  • - Autrui s'oppose à «moi», «ego»: autrui c'est celui qui est en face de moi.
  • - Autrui est «face» à moi, comme l'objet, mais justement il est plus qu'un objet, puisqu'il est «comme» moi.
  • - Autrui n'est pas la même chose que «les autres», ou le «tiers» (une troisième personne): il est singulier , comme moi. C'est celui que j'aime ou que je hais, dans une relation duelle entre lui et moi, mais ce n'est pas «tous les autres», ceux qui forment la société.

 

Problèmes, paradoxes

  • - Ce qui fait le paradoxe d'autrui, c'est qu'il est la fois «comme moi» et «autre que moi»: il est à la fois un objet, face à moi, mais en même temps il n'est pas un simple objet, puisqu'il est un autre «moi».
  • - Mais comment puis-je connaître autrui? S'il est face à moi, comme un objet, comment puis-je savoir qu'il a une conscience et entrer dans sa conscience?
  • - A partir de là se posent des questions comme: l'amour est-il possible? et l'amitié? Est-ce que je sais vraiment qui j'aime? Puis-je vraiment «rencontrer» autrui?
  • - D'où la question: l'amour nécessite-t-il vraiment de savoir qui est l'autre? Peut-on penser un rapport à autrui qui serait indépendant d'un rapport de connaissance rationnelle?
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Samedi 7 juin 2008 6 07 /06 /2008 21:57

 

I)                   La temporalité vecue

- " Le temps est le moyen offert à tout ce qui sera d'être afin de n'être plus " Claudel

- Si nous interrogeons notre conscience, nous voyons qu'elle est composée de regrets, de perceptions présentes ou d'attentes. Le temps qui est en nous est la dimension principale de notre conscience.

- L'expérience du temps est comparable à un courant de pensées qui se succèdent : de cette perception de la succession de nos pensées naît le sentiment immédiat du temps.

- La temporalité vécue est insaisissable, d'où la comparaison avec un fleuve pour exprimer ce flux ou avec une roue si on croit à un recommencement. " On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve " Héraclite

- A l'inverse de l'espace, le temps n'a qu'une dimension : avant, maintenant, après. La temporalité vécue est irréversible.

- Freud, avant Bergson, soutient l'idée de continuité du temps : " Rien dans la vie psychique ne peut se perdre, rien ne disparaît, tout est conservé et peut reparaître dans certaines circonstances favorables. ". Pour Bergson, conscience signifiant mémoire, la conscience totalise tout son passé et donc, dans le moment présent, elle est tout ce qu'elle a été. En s'opposant à la radicale discontinuité du temps, le temps de Bergson n'a rien de douloureux ni de tragique ; il n'est plus désagrégation mais accumulation  d'une force créatrice.

 

II)                Réalité ou idéalité du temps ?

  • Quelle est la réalité du temps?

- Saint Augustin : 3 modes du temps, tous présents à la conscience, et non pas 3 temps. " Ces 3 modes du temps sont dans notre esprit et je ne les vois pas ailleurs. "

La réalité du temps ne pouvant être que pensée, le temps n'a pas d'existence réelle.

- Newton : cadre absolu existant indépendamment des événements qui s'y passent.

- Leibniz : sa thèse repose sur le principe de raison suffisante auquel Dieu est déterminé. " Tout ce qui est a une raison d'être ". Dieu n'a pas créé dans le temps et dans l'espace mais il a créé le monde, et à partir de cette création, l'espace et le temps s'interprètent comme ordre et relation entre les choses.

- Kant :l'espace et le temps sont des données incontournables de notre expérience. Toute expérience suppose comme condition première de se rapporter à des objet et rend donc possible une connaissance. Toute connaissance suppose que l'objet nous soit d'abord donné ; la connaissance a donc pour point de départ une sensation. Pour qu'il y ait connaissance, il faut qu'intervienne l'activité de l'entendement, qui va organiser les impressions sensibles. Par la sensibilité, un objet nous est donné ; par l'entendement, il est pensé. Si tous les phénomènes nous apparaissent comme étant dans l'espace et le temps, c'est qu'il ne peuvent nous être donné qu'en se soumettant à ses formes a priori. Toute perception dure, de même que toute perception est étendue. " Le temps n'a rien d'objectif ni de réel mais il est une condition subjective que la nature de l'esprit rend nécessaire pour percevoir les objets. "

 C'est dans le temps que tout change, mais le temps lui même ne change pas. Donc le temps n'est ni une chose, ni une propriété des choses mais seulement la condition subjective a priori de toutes nos perceptions.

 

III)             Problèmes métaphysiques du temps.

- Le temps est-il un signe de l'impuissance de l'Homme ou de sa puissance ?

- Montaigne traduit l'inconstance humaine qui n'atteint rien de stable, d'où son scepticisme. " Moi à cette heure et moi tantôt sommes bien deux. " ; " Je ne peins pas l'être, je peins le passage " (= impressionnisme)

- Pascal traduit la misère de l'homme dans le temps, incapable de vivre le seul temps qui lui appartienne : le présent. " Tout le malheur de l'homme est qu'il est incapable de rester au repos dans une chambre ". Mais le temps peut consoler aussi des grandes douleurs.

- La pensée grecque, en dehors d'Héraclite, a longtemps refusé le temps. Le devenir serait une forme imparfaite de l'être. D'une façon générale, pour la pensée grecque, la perfection décroît à mesure qu'on s'éloigne des origines. " Au commencement étaient les dieux "

- Hegel est le dernier grand philosophe à essayer de réconcilier l'éternité et le temps ou l'absolu et le relatif.

- Le christianisme est la seule religion où le dieu accepte l'épreuve du temps et en sort beaucoup plus riche que les autres entités restant abstraites.

- Le réel en son fond est rationnel. Ex : le poète ne s'affirme comme tel qu'en niant sa pur rêverie en se soumettant au labeur du travail.

- Hegel ® homme = seul être historique, vit dans un temps où prime l'avenir. Il est mû par le désir créateur qui lui est propre et qui engendre l'Histoire3

- Pour Heidegger, les perspectives du temps sont commandées par le projet. Il y a 2 manières de vivre le temps : l'une qui va du passé au futur et qui correspond à une conception déterministe. L'autre qui va de l'avenir au passé et dont le sens est aussi le sens de notre vie.

- Le sens vrai du temps exprime la condition d'un être dont l'essence est de se faire et la démarche d'une liberté qui cherche à produire son avenir.

 

Conclusion : acceptation du temps

La philosophie de Kant conclut à l'impossibilité de rien savoir de l'éternité. Elle ne nie pas cependant qu'il y ait une part non temporelle de l'homme, celle qui impose le commandement du devoir à travers un impératif catégorique. L'idéal moral ne doit pas rester un objet de contemplation pure, il est à réaliser dans notre vie, dans la temporalité. Pour Kant, la valeur de l'action morale n'attend la sanction d'aucune autorité transcendante et intemporelle. Quant à l'action esthétique, productrice de formes, elle est à la fois dans le temps par ses œuvres et à la fois transcendante au temps parce qu'elle crée une expression durable de beauté.

" Je plains ces hommes qui critiquent l'instabilité de toute chose et qui se perdent en reflexion sur le néant de l'existence terrestre. Ne sommes-nous pas justement placés ici-bas pour donner de la beauté à l'éphémère ? " Goethe.

" L'art transcende le temps " Malraux.

Le temps est souvent synonyme de d'érosion, déclin, décomposition. Il est ce qui fait que tout se défait. Mais le temps est aussi ce qui fait que tout se fait. C'est le temps qui permet la génération, l'épanouissement, la maturité. Et si le temps emporte tout, quoi de plus digne d'un être raisonnable et libre que de savoir prendre congé quand il a fait son temps et de dire comme Kant : " c'est bien ! "
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Samedi 7 juin 2008 6 07 /06 /2008 21:40

                                                                  Autrui

 

Le monde nous paraît au premier abord être constitué de sujets conscients et d'objets. Si l'objet est, par définition, privé de conscience de soi et de conscience du monde dans lequel il réside, le sujet conscient est celui qui ne se contente pas simplement d'être dans le monde, mais celui pour qui le monde et ce qu'il contient signifient quelque chose. Ni pur esprit, ni corps seul comme peuvent l'être les objets, le sujet peut être dit à la fois dans et hors du monde. Mais qu'est-ce alors en vérité que ce monde ? Un ensemble de choses liées entre elles. Cette feuille est liée à ce livre, cette photo dans mon porte-feuille me relie à un être qui m'est cher, etc...Il apparaît que bon nombre d'objets du monde renvoient à autrui. Ce dernier hante les choses ( je n'ai pas besoin qu'il soit là, cette photo me relie à lui, même en son absence ). Quand je regarde autrui, quand il apparaît dans mon champ de vision. Que vois-je au juste ? Je vois, au premier abord, une chose dans le monde, je vois un corps, un objet du monde. Mais est-ce que le corps d'autrui est un objet comme un autre ?

 

 

Autrui : d'un objet dans le monde à l'homme.

 

Que perçoit-on lorsque nous faisons l'expérience d'autrui ? Un individu se promène dans un jardin public et dépasse une chaise. S'il était une simple chose, il m'apparaîtrait comme un autre des objets du monde qui s'offrent à mon regard, il ne ferait que s'ajouter à eux. Or, de toute évidence, il est bien autre chose qu'un simple corps inerte, c'est un homme. « Le percevoir comme homme, c'est saisir une relation non additive de la chaise à lui » ( Sartre  L'Etre et le Néant ). Mais alors, quelle est la différence entre ces deux « objets » ( la chaise et autrui ) ? Suis-je vraiment en présence de deux « objets » ?

Autrui se déplace alors que la chaise reste statique. Certes, les feuilles des arbres que le vent soulève se déplacent aussi. Cependant, leur mouvement reste tributaire, déterminé par des causes extérieures : la force et la direction du vent. L'homme qui marche, lui, a diverses possibilités : il est libre, peut envisager diverses directions pour sa promenade. Autrui peut ainsi être conçu comme une liberté ; dès lors, autrui m'échappe, je ne sais où le mèneront ses pas.

On demande souvent aux individus de «  se mettre à la place d'autrui », mais s'il m'échappe ainsi, puis-je vraiment me mettre à sa place ?

Sans doute est-ce bien impossible, car  si je me mettais à sa place, ce serait encore moi, mais à sa place et je ne serais pas lui ; si j'étais vraiment lui, je ne serais plus moi ! La conscience d'autrui m'est donc inaccessible, je ne sais ce qu'il contemple, quel est son spectacle. Ainsi, je m'aperçois que quelque chose d'autrui m'échappe complètement. Tout d'autrui, cependant ne m'est pas inaccessible puisque autrui est comme moi un sujet.

Mais comment puis-je être certain qu'autrui est, comme moi, un sujet ?

Puisque je ne puis voir à travers ses yeux, il me faut admettre qu'autrui a son propre point de vue. La façon dont la chaise du jardin public m'apparaît n'est qu'une perspective particulière qui est mienne. L'expérience d'autrui, sa rencontre et son analyse m'enseignent que d'autres visions sont possibles. Autrui me montre que mon expérience personnelle n'est pas unique, pire, il m'apprend qu'elle est limitée : ce que je vois n'est pas la totalité du monde, mais le monde tel que je me le représente. Cette expérience confirme également que quelque chose du monde m'est inaccessible : la vision, le sentiment, la pensée, l'intériorité d'autrui, je ne peux y accéder, seulement l'interpréter, ce qui est une première étape dans la connaissance d'autrui.

Une autre  étape de la reconnaissance d'autrui en tant que sujet passe par l'expérience de son regard : en effet, il peut m'observer au même titre que je l'observe. Que voit-il alors ? Puisque autrui est aussi en mesure de me regarder, je ne suis alors, dans un premier temps, qu'un objet pour lui, l'objet de son regard. Si je peux être un objet pour autrui, c'est donc qu'il est un sujet : il est mon alter-ego ( = un autre moi-même ). C'est précisément ce que montre Sartre dans L'Etre et le Néant : il n'y a pas de sujet isolé et solitaire. Une conscience nécessite une autre conscience qui la reconnaisse.

 

 

La reconnaissance d'autrui comme sujet passe-t-elle nécessairement par le conflit ?

 

Finalement, autrui me ressemble beaucoup, et ce qui fait qu'il n'est pas tout à fait moi relève de sa liberté de choix. Que puis-je faire face à cette liberté ? Pour exister comme un sujet à part entière ( libre, désirant, percevant, etc. ) dans le regard d'autrui, il me faut l'affronter, entrer en conflit avec lui. En effet, sans autrui, je ne suis pas encore tout à fait moi. Parce que l'homme est un  être dans le monde, il est également un être parmi les autres hommes. Son identité ne se réalise donc qu'en contact avec les autres hommes et implique la reconnaissance d'autrui. C'est ce qu'illustre la célèbre « dialectique du maître et de l'esclave » de Hegel. Pour Hegel, être reconnu comme libre est le seul moyen de se faire valoir comme libre ; en somme, il faut faire en sorte que l'autre nous pense comme libre. Pourquoi autrui doit-il me reconnaître comme libre pour que je le sois vraiment ?

Pour Hegel, le véritable désir de toute conscience est d'être reconnue par autrui, par une autre conscience. La conscience ne prend consistance, ne se constitue que dans la rencontre avec une autre conscience qui lui résiste, puis la reconnaît. Comment s'effectue la reconnaissance ? En s'imposant à autrui par le biais du conflit, dont la relation maître / esclave est un modèle. Pour Hegel, toute relation humaine est basée sur cette relation conflictuelle, une lutte des consciences pour s'imposer l'une à l'autre qui aboutit à la domination de l'une sur l'autre.

Cependant, la rapport des consciences doit-il nécessairement être conflictuel ? Ne pourrions-nous pas envis            ager des modalités de reconnaissance pacifiques ?

 

 

Autrui : une question morale

 

Autrui est aussi celui qui m'apporte le monde, qui peut me faire partager sa vision du monde. Par le biais de l'amitié ou de l'amour, autrui et moi pouvons construire un projet commun à  travers lequel l'unité de nos deux consciences se fait. Ce type de relation abolit cette distance entre nous qui était source de notre division et de notre  conflit ; à ce moment-là, je puis, en un certain sens, me mettre à sa place, la sympathie que nous éprouvons l'un pour l'autre rend nos différences complémentaires et non exclusives.

Certes, autrui n'est pas moi, il est différent ; cependant, si je reconnais le statut d'ego à autrui, il est mon semblable, mon égal. Comme moi, il est un  être conscient, pensant, sentant. Il a donc droit aux mêmes égards que je revendique pour moi-même. Il doit donc être traité, quel qu'il soit, comme un sujet libre et doué de raison. Ainsi, respecter autrui, c'est respecter l'autre en moi-même et résister à l'indifférence ; ne pas respecter autrui, c'est en un sens agir irrespectueusement envers moi-même en tant que membre participant de l'humanité.

La communication intersubjective est rendue possible dans la mesure où je reconnais en autrui l'expression particulière d'une humanité à laquelle je participe également. C'est sur la prise de conscience de cette communauté d'humanité que peut se construire une éthique et un respect de l'autre. Lorsque Kant écrit : « agis de telle sorte que tu traites autrui comme toi-même jamais simplement comme un moyen, mais toujours en même temps comme une fin », il n'entend pas autre chose. Le respect de soi et celui des autres sont ainsi liés. Chaque homme naît avec de droits inaliénables, je dois respecter ces droits. Je dois également respecter ses différences tout en observant que par-delà ces différences, il est une parenté humaine universelle qui nous rassemble et nous unit. Dans L'Essence du christianisme, Feuerbach écrit que si l'homme « peut se mettre à la place d'autrui, c'est précisément parce qu'il a pour objet, non pas son individualité, mais son espèce, son essence ». Ainsi, l'homme a les moyens de dépasser son égoïsme et de considérer autrui comme une fin ; autrui est alors pour moi l'occasion d'éprouver ma nature morale, de coïncider avec elle en même temps qu'avec moi-même.

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