« Il ne peut y avoir de civilisation sans la conscience que l’homme est une créature double par nature. Qui a une existence physique, terrestre, mais qui se distingue du règne animal en ce qu’il est aussi  une créature douée d’esprit, qui fréquente le monde des idées. Une créature qui a la notion de la vérité, du bien et du beau, qui est familiarisée avec la liberté et la justice, l’amour et la compassion. Aux fondements de toute forme de civilisation se trouve l’idée que l’homme ne puise pas sa dignité et sa véritable identité dans ce qu’il est – chair et sang – mais dans ce qu’il devrait être : l’incarnation de ces qualités immortelles où s’affirme la vie, ces valeurs qui forment le meilleur de l’existence, l’image de la dignité humaine »  Rob Riemen  La noblesse de l’esprit


1. Analyse des termes du sujet

+ La culture : ensemble des productions humaines spirituelles (lois, croyances, …) et matérielles (monuments, outils,…). Culture = ce que l’homme ajoute à la nature. Si, par culture, l’homme crée un monde qui constitue son environnement, il semble que la culture soit négation de la nature.

+ nature : ce qui est déjà là, non transformé par l’homme. Mais (second sens) la nature de l’homme = ce qui le définit en propre, son essence. D’où : l’homme peut-il être défini comme un être culturel ?

2. Problématique et plan

Parler de seconde nature, c’est présupposer qu’il y a une première nature => est-ce chronologiquement ou bien l’homme est-il, par nature, un être culturel ?

Puisque les cultures sont diverses, dire que telle culture est une seconde nature, n’est-ce pas tendre vers l’ethnocentrisme, considérer que ma culture est obligatoire, et donc la meilleure, au détriment des autres cultures ? Comment ce qui relève de l’histoire et de la diversité peut-il être considéré comme inné et universel ?

Il faut donc distinguer une culture particulière, qui est le fruit de l‘histoire, de la culture (phénomène de négation du donné naturel) qui est une tendance universelle, naturelle à l’homme.

Plan proposé :

a) en quel sens peut-on concevoir la culture comme une seconde nature ?

b) la culture est le propre de l’homme

c) danger de l’assimilation de la culture à la nature

3. Pièges à éviter

+ ne pas omettre de prendre en compte « seconde » qui implique que l’on s’interroge sur ce que pourrait être la nature première de l’homme, si elle existe.

+ la nature ne désigne pas, ici, essentiellement l’environnement dans lequel vit l’homme, mais son essence ( = ses caractéristiques propres, ce qui le différencie des autres êtres vivants).

Introduction

Beaucoup de choses nous semblent naturelles alors qu’elles sont le fruit de la culture : nous oublions souvent que ce qui est normal n’est pas forcément naturel. Ainsi dire bonjour est un acte culturel qui nous semble paradoxalement naturel. Doit-on pour autant en conclure que la culture est une seconde nature ? En transformant l’homme et son environnement, la culture semble, en effet, remplacer une nature première. Mais qu’est-ce que cette nature première ? Peut-on concevoir l’homme indépendamment de la culture ? Si l’homme ne se réalise que dans la culture, ne doit-on pas en conclure qu’il est, par nature, un être de culture ? Est-il naturel à l’homme d’être un être de culture ou bien la culture se présente-t-elle comme la négation d’une nature originelle ?

1. En quel sens peut-on concevoir la culture comme une seconde nature ?

a) la culture comme négation de la nature.

Qui dit culture dit transformation du donné naturel (cf. travail, technique, art). La culture est ainsi l’autre de la nature, l’artifice venant la remplacer. Mais si la culture est une seconde nature, cela en présuppose une première. Quelle est-elle ?

b) une première nature introuvable

Nature de l’homme = l’ensembles de ses caractéristiques essentielles. Doit-on alors la chercher dans des caractéristiques biologiques (cf. texte de Merleau-Ponty : le corps biologique ne définit pas l’homme en propre) ? Le corps humain est un corps vêtu, tatoué, etc., c’est-à-dire traversé par la culture.

c) la nature : un modèle pour penser la culture, non une réalité.

Cf. état de nature chez Rousseau = un modèle théorique, non historique et si Rousseau l’utilise, c’est pour mieux dénoncer ce qui nous semble naturel à l’état social (privilèges, par exemple). La nature est une idée construite par la culture.

2. La culture est le propre de l’homme

a) l’homme est, par nature, un animal politique

C’est par la vie en société, l’utilisation du langage,  la différence établie entre le juste et l’injuste, que l’homme se distingue des autres animaux et acquiert son humanité.

b) la culture comme essence de l’homme

L’homme est un être indéterminé à la naissance => il doit advenir par la culture. Or l’homme acquiert son humanité par transformation de la nature. Donc la culture est une des caractéristiques essentielles de l’homme.

c) histoire et contingence

Art, travail et techniques sont autant de domaines qui manifestent le caractère culturel de l’homme. L’homme évolue, il a une histoire, et les formes que prend la transformation du monde, n’étant pas déterminées, sont contingentes. D’où une question : n’y a-t-il pas danger à considérer l’homme comme un être culturel par nature, alors même que les cultures sont diverses ?

3. La danger de l’assimilation de la culture à la nature

a) on ne naît pas homme, on le devient

Eduquer, ce n’est pas supprimer le naturel, mais l’humaniser. La culture est l’accomplissement de la nature humaine.

b) le risque de l’ethnocentrisme

Mais toute éducation est particulière et transmet des traditions. D’où : comment voir l’unité du genre humain dans une si grande diversité ? Si l’humanité réside dans l’intégration à une culture, ne risque-t-on pas de considérer notre culture comme l’accomplissement de l’humanité ? Notre culture nous imprègne et ce qui relève du normal devient bien vite naturel. D’où la tentation de l’ethnocentrisme.

 

Conclusion

S’il faut distinguer norme et nature, il n’en reste pas moins que l’homme est un être culturel par sa tendance à transformer la nature et lui-même. Mais comme cette transformation est toujours à refaire, on ne peut pas y voir une « nature originelle » qui reste donc introuvable….

 



L’existence de l’inconscient peut-elle constituer l’alibi de l’inconscience ?


Analyse des termes du sujet

existence 

  nom féminin singulier 

le fait d'exister, d'être (existence d'un gisement de pétrole) 

 

la vie, prise dans sa durée, dans son continu (avoir une existence de miséreux, connaître une existence paisible) 

 

 le fait d'avoir une réalité (découvrir l'existence d'un testament) 

 

durée (un journal qui a 6 mois d'existence) 

 

inconscient 

  adjectif masculin singulier 

qui est évanoui 

 

 qui n'est pas conscient, qui ne se rend pas compte de ses actes 

 

qui échappe à la conscience 

  •   nom masculin singulier 

celui qui n'est pas conscient, qui ne se rend pas compte de ses actes 

 

 mécanismes psychiques qui n'obéissent pas aux lois de la conscience

Qui n'a plus conscience de son existence et de la réalité qui l'entoure, qui a perdu connaissance ; évanoui : Demeurer plusieurs minutes inconscient après une commotion.

Qui n'a pas conscience de quelque chose, qui ne s'en rend pas compte, par insouciance, légèreté d'esprit, etc. : Enfant inconscient de ses actes.

Se dit d'un acte qui se produit sans que celui qui le fait en ait conscience : Mouvement inconscient.

Relatif à l'inconscient ; dans la seconde topique freudienne, se dit aussi bien du ça, du moi, que du surmoi.

 

alibi 

  •   nom masculin singulier 
  •  (droit) moyen de preuve de l'impossibilité d'être en un lieu donné à un moment donné 
  • excuse 

 

inconscience 

 nom féminin singulier 

caractère de ce qui échappe à la conscience 

 

perte de connaissance durable ou momentanée 

 

état d'une personne agissant sans comprendre la portée de ses actes 

 

 

demi-inconscience , demi-conscience 
  nom féminin singulier  (médecine) relatif à un stade de coma où reste une sensibilité sans conscience du sujet 

 

Problématisation de la question posée

La question repose sur l'apparente opposition entre la conscience et l'inconscient, avec pour articulation le terme d’alibi. En effet, l'inconscient semble d'abord s'apparenter à une série d'éléments qui sont en nous et qui pourtant nous demeurent inconnus .Or ces éléments sont le plus souvent des pulsions ou des désirs, c'est-à- dire qu'ils peuvent nous pousser à commettre des actes malgré nous. En quoi le recours à l'inconscient pourrait-il être l'alibi de l'inconscience ? Commençons par nous interroger sur le sens du mot alibi. Un alibi est ce qui fournit une excuse, ce qui permet de mettre hors de cause. Il semble alors qu'invoquer l'inconscient permette d'excuser mes actes et mes paroles en faisant de moi un être qui n'est plus responsable. En effet, l'hypothèse de l'inconscient conduit à penser que "Le moi n'est pas maître dans sa propre maison" pour reprendre la formule de Freud. Il s'agit en ce cas de penser qu'il y a un autre maître que moi. Dans ces conditions, on peut être conduit à affirmer que ce n'est pas moi en tant qu'être conscient qui décide de mes actes ou encore de mes paroles. On peut alors montrer en quoi le recours à l'inconscient conduit à constater que le sujet est dépossédé de sa maîtrise. C'est d'ailleurs en ce sens que Freud montrera que l'hypothèse de l'inconscient produit la troisième grande blessure narcissique de l'humanité. Mais cela n'est-il pas une bonne excuse, une excuse facile ? Comment  concilier le recours à l'inconscient et la responsabilité ? En effet, en tant qu'homme, ne suis-je pas toujours un être responsable qui doit répondre de ses actes? Ici, on doit  mettre en rapport les terme d'inconscient et d'inconscience. Quand on dit d'un individu qu'il fait preuve d'inconscience, on signifie qu'il agit sans réfléchir aux conséquences de ses actes. On peut alors montrer en quoi l'existence de l'inconscient n'implique pas nécessairement l'absence de réflexion.




La conscience définit-elle l’homme ?

 

Problématisation de la question posée

 

On définit traditionnellement l'homme comme un être doté de conscience (cf. Descartes). Mais cette définition est-elle bien légitime ? Si on définit l'homme par la conscience, il faut alors se demander en quoi la conscience est une spécificité humaine, en quoi on ne peut pas l'accorder aux choses et aux animaux par exemple.. Afin de montrer en quoi la conscience est une spécificité humaine, on doit alors parvenir à définir précisément ce qu'il faut entendre par conscience. En effet, si la conscience consiste à sentir par exemple, on peut accorder la conscience à l'animal, tout au moins à certains. On peut ici partir alors tout simplement de cette définition : l’homme est un être de conscience et c’est cette conscience qui permet, par exemple, de le distinguer de tout objet, de toute chose. Mais il s’agit alors de préciser ce qu’il faut entendre par conscience ici. En effet, on pourrait rétorquer que certains animaux ont des degrés de conscience et donc n’en sont pas dénués. Dès lors, la conscience ne suffirait pas à définir l’homme. Ainsi, sans rentrer nécessairement ici dans un débat sur l’animal et la conscience, ce qui conduirait à sortir du sujet, vous pouvez simplement commencer par constater et montrer que l’homme n’est pas un être vivant comme les autres, il ne se contente pas de se nourrir, il est aussi un être qui peut réfléchir, penser. Deux références peuvent être utiles ici : Socrate lorsqu’il montre qu’il ne sait qu’une chose c’est qu’il ne sait rien et Descartes lorsqu’il énonce son « je pense donc je suis ». Si on entend par conscience cette capacité à se saisir soi-même alors l’homme semble être le seul être de conscience et se distingue alors des choses et des autres êtres vivants. Avons-nous pour autant réglé le problème du sujet ici ? En effet, si on définit ainsi l’homme comme un être de conscience, peut-on alors dire que la conscience suffit à définir l’homme ? Il ne faudrait peut-être pas oublier qu’un homme c’est aussi un corps, aussi un être de désirs, d’envies… et qu’il y a en l’homme une dimension qui dépasse sa conscience. On peut alors montrer qu’il n’y a pas que la conscience qui permet de définir l’homme si on entend par conscience le sens que nous lui avons accordé plus haut. Plusieurs pistes sont alors possibles : on peut, par exemple, montrer que l’homme est aussi un corps et que ce corps peut échapper à sa conscience ; mais on peut aussi montrer que la conscience ne représente pas la totalité de la vie psychique de l’individu humain. Ici, on peut alors aborder la question de l’inconscient en se  demandant s’il ne permet pas tout autant de définir l’homme que la conscience. On  remarquera que c’est alors en fonction du sens qu’on accorde au terme de conscience que l’on peut faire évoluer sa réflexion. Certes, la conscience entendue comme cette capacité qu’a l’homme de savoir ce qu’il fait et ce qu’il pense semble bien lui être une caractéristique propre (c’est ce que vous pouvez montrer), mais il y a peut-être aussi une dimension propre à l’homme qui dépasse cette conscience. Enfin, on peut aussi penser aux analyses de Sartre, dans L’existentialisme est un humanisme, lorsqu’il pose que l’homme n’est pas prédéfini (ce qui suppose une conception théologique), mais qu’il se définit lui-même au travers de ses actes. En ce sens, peut-on définir l’homme, c’est-à-dire le déterminer à l’avance à être ce qu’il est ? Ou encore lui assigner arbitrairement des limites ? Cf. aussi Rousseau et ce qu’il nomme la perfectibilité de l’homme…Bref, y a-t-il un sens à vouloir définir l’homme, que ce soit par sa conscience, son corps, son inconscient ou toute autre qualité jugée essentielle ?

 

Développement possible

1. Dans la tradition philosophique, depuis Descartes, la conscience est considérée comme constituant l'essence de l'homme. L'essence, c'est-à-dire: ce qui lui est propre, qu'il est le seul à posséder, et qu'il possède de manière innée, de sorte que l'essence est inséparable de l'existence même de l'être considéré. Cf. le cogito et les conclusions qu’en tire Descartes : la substantification de la conscience, la pensée comme essence de l’homme, le dualisme, etc. On peut aussi évoquer Pascal ici : la pensée est ce qui constitue la dignité de l’homme, ce qui le distingue radicalement de tout ce qui existe. En ce sens donc la conscience ne définit-elle pas l’homme ? Enfin qui dit dignité dit moralité. La conscience, comme conscience de soi, n’est-elle pas ce qui fait de l’homme un être moral, capable de se juger ? La morale de l'homme a quelque chose de spécifique, elle s'organise de façon réfléchie. Ainsi, lorsque l'être humain agit pour la justice, il agit pour quelque chose dont il forme une idée et vers laquelle il peut se tourner avec une intention libre, ce qui est tout à fait différent. Lorsque, par exemple, l'empereur Alexandre fait preuve de magnanimité (grandeur d'âme) quand il refuse d'être le seul à se désaltérer devant ses troupes assoiffées (ils sont alors en campagne et en plein désert, des étrangers offrent un casque d'eau à Alexandre), il le fait en vertu d'une idée de la justice vers laquelle il tourne son intention, au lieu de se laisser aller à la satisfaction pulsionnelle de son besoin. Kant remarque ainsi que ce qui définit la morale, c'est la pureté d'une volonté (une volonté bonne) tournée vers l'universalité d'une raison.
On peut donc sans difficulté dire que l'homme est un sujet en un sens différent de l'animal, c'est un sujet moral, capable de former l'idée du Bien et de la respecter.

2.  Mais il semble que la conscience ne soit pas inséparable de notre être: on peut perdre conscience. Or, on ne peut pas perdre son essence. Descartes n'admettait pas l'idée d'un inconscient. Mais Leibniz, puis surtout Freud, ont mis en lumière de bonnes raisons de penser que tout ce qui se passe dans notre esprit n'atteint pas notre conscience. De même que l'on marche sans avoir conscience du mouvement de chacun de nos muscles, l'usage de la parole met en jeu des mécanismes complexes que nous ne savons pas expliciter. La conscience n'est pas essentielle à notre être, elle n'en est pas inséparable, puisqu'elle n'est pas innée. La conscience s'acquiert au cours des premières années de la vie. Elle n'est pas là dès la naissance: l'enfant apprend assez tardivement à dire Je, à parler à la première personne, parce que cela présuppose déjà une conscience de sa propre identité. De même, il n'est pas capable de reconnaître d'emblée sa propre image dans un miroir. Il ne comprend d'abord même pas qu'il ne s'agit que d'une image, il croit voir un autre enfant que lui. C'est seulement vers trois ans selon J. Lacan (plus tôt selon des études plus récentes) que l'enfant comprend qu'il a affaire à une image, et à une image de lui-même.
Qu'est-ce qui constitue alors l'essence de l'homme, si ce n'est pas la conscience?

3.  Ne serait-ce pas que l’homme, justement, n’a pas d’essence , qu'il est un être sans essence ? On peut difficilement définir l'homme par une faculté sans lui attribuer en propre ce qui appartient aussi à d'autres, ou sans exclure une partie de l'humanité dans la définition de l'homme. En effet, si l'on définit la conscience comme l'essence de l'homme, que fait-on alors du nouveau-né? Faut-il considérer qu'il n'est pas humain? Et le fou? Le seul moyen de définir convenablement l'humanité, c'est-à-dire sans exclure aucun être qui puisse y prétendre, et sans y inclure les autres, c'est de considérer l'homme justement comme un être sans essence: ce qui définit l'humanité, c'est justement de ne pas pouvoir être enfermée dans une définition unique, c'est sa mobilité et sa diversité. Il n'y a guère de facultés innées chez l'homme, sinon précisément le pouvoir d'acquérir, la faculté d'apprendre. J.J. Rousseau nomme cette capacité la perfectibilité [Voir étude du Discours sur l'inégalité]. Dès sa naissance, un animal est pratiquement tout ce qu'il sera toute sa vie. Ses facultés, notamment celles qui sont propres à son espèce, comme de nager ou de voler, sont très vite développées. En revanche, un homme à la naissance n'est encore rien; parce qu'il a beaucoup à apprendre. La perfectibilité se traduit aussi par le fait que l'homme "est sujet à devenir imbécile", dit Rousseau. Ce qui n'est pas inné, on peut le perdre. Ce que l'on apprend, on peut aussi l'oublier. C'est pourquoi même les formes de régression telles que la sénilité ou la folie sont des marques de l'humanité de celui qui en est atteint. C'est justement parce qu'il est un homme qu'il peut perdre ce qu'il a acquis. Ce qu'il avait acquis ne relevait pas de l'instinct, mais de l'apprentissage. Cf. aussi Sartre : « l’existence précède l’essence ». Néanmoins, la conscience morale, au moins formellement, ne serait-elle pas susceptible, en ce sens, de permettre à l’homme de se définir ? Car pour pouvoir se définir, ne faut-il pas que l’on soit conscient de ce que l’on est et de ce que l’on fait, même si cette conscience de soi peut être source d’illusions. Car enfin comment sortir de l‘illusion sans prendre conscience de celle-ci ?


 




Texte de Schopenhauer

 

 

Thème : L’homme et la métaphysique.

 

Thèse : Seul l’homme s’étonne de sa propre existence, car il est doué de raison et de

             réflexion, et c’est pourquoi on peut le définir comme animal métaphysique.

 

Parties : I. « Excepté l’homme… plus ou moins évidente » = la nature, de l’inconscience à la 

               conscience, par l’intermédiaire de l’homme.

               II. L’homme comme animal métaphysique : « De cette réflexion et de cet

               étonnement en soi et pour soi ».

               III. « Au contraire… se comprendraient d’elles-mêmes » : la spécificité et les

               caractéristiques de l’étonnement philosophique.

 

I. L’homme est un être à part dans la nature car seul  il s’étonne de sa propre existence.

Les autres êtres vivants sont complètement intégrés à la nature, ce dont témoigne l’évolution de celle-ci, de l’inconscience des deux règnes (minéral et végétal) en passant par la conscience limitée de l’animal, jusqu’à la conscience humaine, fondée sur la raison, qui produit la réflexion.

Ainsi la nature se réfléchit-elle dans la conscience que l’homme prend de son existence, par laquelle il se distingue de la nature elle-même (cf. dualité ci après). Enfin, cette conscience de soi est conscience temporelle, conscience de la finitude, d’où le « à quoi bon ? » (agir, entreprendre, etc. …).

 

II. En quoi consiste le besoin métaphysique de l’homme ? En effet, s’étonnant d’être, l’homme est un animal métaphysique. (Cf. la question métaphysique par excellence « pourquoi y a-t-il de l’être plutôt que rien ? » [Leibniz]).

Mais cet étonnement ne s’éveille que progressivement, lorsque l’homme prend conscience d’une différence entre lui-même et tout ce qui l’entoure, qui lui apparaît comme étranger, voire hostile.

D’où la référence à Aristote, mettant en évidence le rapport entre étonnement et naissance de la philosophie.

D’où (aussi) la distinction entre l’étonnement philosophique, qui porte sur l’habituel devenant étrange et l’étonnement du savant, qui porte sur des phénomènes rares, mais explicables.

Enfin, l’étonnement suppose un certain degré d’intelligence, permettant la différenciation entre soi et le monde, ce qui se nomme proprement réflexion, ou entre le spectateur et l’acteur, l’un étant en dehors tandis que l’autre est pleinement dans le monde.

Réflexion qui implique un dédoublement de l’existence entre en soi et pour soi (cf. Hegel).

 

III. Spécificité de l’étonnement philosophique : il résulte de cette dualité (en soi / pour soi) et d’un certain degré d’intelligence (comme faculté d’analyse et de compréhension).

Etonnement qui s’enracine dans le tragique de la condition humaine, marquée par la finitude (l’homme se sait mortel) , par l’absurde (tout cela a-t-il un sens ?) et par la douleur (qui selon Schopenhauer est le fond de la réalité).

D’où l’idée que si l’homme était pleinement heureux, il ne philosopherait pas (cf. aussi Epicure)… car il serait totalement en phase avec tout ce qui est.

 

 

En quel sens peut-on dire qu’il est un animal métaphysique ?

 

Est métaphysique ce qui se situe au-delà de la physique, c’est-à-dire de ce qui est donné, inné et qui renvoie à ce qu’est un être naturellement. On peut donc dire que la métaphysique concerne toutes les réalités et les expériences qui permettent de dépasser le seul point de vue de la nature humaine. Or la question évoque l’homme comme animal métaphysique ce qui semble paradoxal puisque le propre d’un animal, c’est qu’il se contente de suivre la nature et son instinct, sans jamais aller au-delà. Si donc l’homme est un animal, une attitude métaphysique le fait justement sortir de son animalité. Or quelle expérience mieux que celle de la mort (par la conscience que l’homme en prend à la troisième ou seconde personne) et celle de la douleur (tragique de l’existence) est-elle à même de mettre en évidence cette vocation métaphysique ? Peut on faire l’économie d’une réflexion sur l’origine du monde, l’existence de l’âme (immortalité) ou celle de Dieu ? Ne sont ce pas des questions fondamentales pour l’homme, qui a besoin de donner du sens, même et surtout à ce qui semble ne pas en avoir ? Et même si ces interrogations restent des interrogations, la pensée n’y est-elle pas sans cesse ramenée ?

D’où cette formule de Kant «  On reviendra toujours à la métaphysique comme auprès d’une vieille maîtresse qu’on avait abandonnée. »…!





Texte de Gramsci

 

 

 

Thème : Un préjugé concernant la philosophie.

 

Thème : « Il faut détruire le préjugé… ayant un système philosophique ».

 

Gramsci s’oppose à un préjugé concernant la philosophie, selon lequel elle serait difficile et affaire de spécialistes, c’est-à-dire hors de portée de la majorité des hommes. Or, selon lui, la  philosophie n’est pas inaccessible. Bien évidemment, il ne s’agit pas de la philosophie académique ou universitaire. Mais pour détruire ce préjugé, il faut procéder en plusieurs étapes :

 

I.  Tout le monde est philosophe.

 

Montrer, d’abord, que sans le savoir les hommes sont d’emblée au contact de la philosophie. Il est donc inutile de faire de longues études pour commencer à philosopher, puisque tout le monde pratique déjà d’emblée une certaine philosophie, que Gramsci nomme « spontanée ».

Puis définir où est contenue cette philosophie « spontanée » :

  • dans le langage, qui véhicule une conception du monde, c’est-à-dire, au-delà des mots, du sens.
  • dans le sens commun (ce que chacun a tendance à penser, au sein d’une société donnée) et le bon sens (plus semblable à ce que Socrate nommait opinion droite).
  • dans tout système de croyances auquel nous adhérons en vertu de l’éducation reçue, du milieu social auquel nous appartenons, etc. …

Tout le monde est donc philosophe, mais de manière inconsciente, ce qui constitue un paradoxe, si la philosophie (cf. Kant) se définit par la critique et la réflexion.

 

II.  Pas de philosophie authentique sans critique ni conscience.

 

Comme par hasard, ce moment se caractérise par une question formulée sous forme d’alternative, concernant le genre de philosophie préférable : la philosophie spontanée ou la philosophie critique.

a)      En rester à la philosophie spontanée, ne serait-ce pas se condamner à accepter une forme de pensée anonyme, propre au groupe social auquel on appartient et que l’on se contente de suivre, au risque de n’avoir aucune démarche cohérente, puisqu’il s’agit de se laisser bercer au gré des circonstances, et de dépendre de « tuteurs » plus ou moins bien intentionnés dans la conduite de notre vie (curé, ancêtre patriarcal, bonne femme un peu sorcière ou petit intellectuel aigri…) ?

b)      En revanche, accéder à la dimension critique de toute philosophie authentique, ne serait-ce pas reprendre la maîtrise de son existence, pour devenir acteur du processus historique, à partir d’une conception du monde produite par sa propre réflexion et s’inscrire consciemment dans une pratique réfléchie susceptible de transformer la réalité sociale (au lieu de la subir passivement comme si elle constituait un destin) ?

                                   Textes sur la philosophie

 

"Excepté l'homme, aucun être ne s'étonne de sa propre existence ; c'est pour tous une chose si naturelle, qu'ils ne la remarquent même pas. (...) C'est seulement après que l'essence intime de la nature (le vouloir vivre dans son objectivation) s'est développée, avec toute sa force et toute sa joie, à travers les deux règnes de l'existence inconsciente, puis à travers la série si longue et si étendue des animaux ; c'est alors enfin, avec l'apparition de la raison, c'est-à-dire chez l'homme, qu'elle s'éveille pour la première fois à la réflexion ; elle s'étonne de ses propres oeuvres et se demande à elle-même ce qu'elle est. Son étonnement est d'autant plus sérieux que, pour la première fois, elle s'approche de la mort avec une pleine conscience, et qu'avec la limitation de toute existence, l'inutilité de tout effort devient pour elle plus ou moins évidente. De cette réflexion et de cet étonnement naît le besoin métaphysique qui est propre à l'homme seul. L'homme est un animal métaphysique. Sans doute, quand sa conscience ne fait encore que s'éveiller, il se figure être intelligible sans effort ; mais cela ne dure pas longtemps : avec la première réflexion, se produit déjà cet étonnement, qui fut pour ainsi dire le père de la métaphysique. C'est en ce sens qu'Aristote a dit aussi au début de sa Métaphysique : " En effet, c'est l'étonnement qui poussa, comme aujourd'hui, les premiers penseurs aux spéculations philosophiques". De même, avoir l'esprit philosophique, c'est être capable de s'étonner des événements habituels et des choses de tous les jours, de se poser comme sujet d'étude ce qu'il y a de plus général et de plus ordinaire ; tandis que l'étonnement du savant ne se produit qu'à propos de phénomènes rares et choisis, et que tout son problème se réduit à ramener ce phénomène à un autre plus connu.Plus un homme est inférieur par l'intelligence, moins l'existence a pour lui de mystère. Toute chose lui paraît porter en elle-même l'explication de son comment et de son pourquoi. Cela vient de ce que son intellect est encore resté fidèle à sa destination originelle, et qu'il est simplement le réservoir des motifs à la disposition de la volonté ; aussi, étroitement uni au monde et à la nature, comme partie intégrante d'eux-mêmes, est-il loin de s'abstraire pour ainsi dire de l'ensemble des choses, pour se poser ensuite en face du monde et l'envisager objectivement, comme si lui-même, pour un moment du moins, existait en soi et pour soi. Au contraire, l'étonnement philosophique, qui résulte du sentiment de cette dualité, suppose dans l'individu un degré supérieur d'intelligence, quoique pourtant ce n'en soit pas là l'unique condition ; car, sans aucun doute, c'est la connaissance des choses de la mort et la considération de la douleur et de la misère de la vie qui donnent la plus forte impulsion à la pensée philosophique et à l'explication métaphysique du monde. Si notre vie était infinie et sans douleur, il n'arriverait à personne de se demander pourquoi le monde existe, et pourquoi il a précisément telle nature particulière ; mais toutes choses se comprendraient d'elles-mêmes".

SCHOPENHAUER, Le Monde comme volonté et comme représentation

 

 

Gramsci : tous les hommes sont philosophes

Il faut détruire le préjugé très répandu que la philosophie est quelque chose de très difficile du fait qu'elle est l'activité intellectuelle propre d'une catégorie déterminée de savants spécialisés ou de philosophes professionnels ayant un système philosophique.  Il faut donc démontrer en tout premier lieu que tous les hommes sont "philosophes", en définissant les limites et les caractères de cette "philosophie spontanée>, propre à tout le monde >, c'est-à-dire de la philosophie qui est contenue : 1. dans le langage même, qui est un ensemble de notions et de concepts déterminés et non certes exclusivement de mots grammaticalement vides de contenu ; 2. dans le sens commun et le bon sens ; 3. dans la religion populaire et donc également dans tout le système de croyances, de superstitions, opinions, façons de voir et d'agir qui sont ramassées généralement dans ce qu'on appelle le  folklore. Une fois démontré que tout le monde est philosophe, chacun à sa manière, il est vrai, et de façon inconsciente - car même dans la manifestation la plus humble d'une quelconque activité intellectuelle, le "langage" par exemple, est contenue une conception du monde déterminée -, on passe au second moment, qui est celui de la critique et de la conscience, c'est-à-dire à la question : est-il préférable de " penser " sans en avoir une conscience critique, sans souci d'unité et au gré des circonstances, autrement dit de "participer " à une conception du monde " imposée mécaniquement par le milieu ambiant ; ce qui revient à dire par un de ces nombreux groupes sociaux dans lesquels tout homme est automatiquement entraîné dès son entrée dans le monde conscient (et qui peut être son village ou sa province, avoir ses racines dans la paroisse et dans l' "activité intellectuelle" du curé ou de l'ancêtre patriarcal dont la "sagesse" fait loi, de la bonne femme qui a hérité de la science des sorcières ou du petit intellectuel aigri dans sa propre sottise et son impuissance à agir) ; ou bien est-il préférable d'élaborer sa propre conception du monde consciemment et suivant une attitude critique et par conséquent, en liaison avec le travail de son propre cerveau, choisir sa propre sphère d'activité, participer activement à la production de l'histoire du monde, être à soi-même son propre guide au lieu d'accepter, passivement et de l'extérieur, une empreinte imposée à sa propre personnalité ?

 

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