Voici un article du Monde qui fait écho à l'analyse que j'ai déjà proposée concernant les rapports entre les sexes sur ce blog:

Masculin-féminin, les nouvelles frontières
LE MONDE | 21.11.07 | 14h17  •  Mis à jour le 21.11.07 | 14h18
 
D'emblée, une lycéenne avait marqué le défi. Fin octobre, lors d'une rencontre au sein d'un établissement scolaire, l'élève avait ainsi interpellé les organisateurs du 19e forum Le Monde-Le Mans : en intitulant cette manifestation "Femmes, hommes : quelle différence ?", n'avez-vous pas d'ores et déjà pris parti ? Cette façon de formuler les choses ne reflète-t-elle pas un choix foncièrement féministe ?

De fait, toute la difficulté était là. D'un côté, le forum s'était donné pour objet cette évidence vécue : le partage du "féminin" et du "masculin", dont l'anthropologue Françoise Héritier affirme qu'il constitue un alphabet universel, et même "un butoir ultime pour la pensée" ; remettre en "question" la réalité de ce partage, c'était bel et bien s'engager sur un sentier périlleux. Mais d'un autre côté, le forum devait rester fidèle à sa vocation philosophique, ne pas se laisser entraîner vers un terrain purement polémique, au moment où les enjeux sexuels reviennent sur le devant de la scène, autour de débats aussi importants que la parité, l'homoparentalité ou encore la procréation médicalement assistée.
Trois jours durant, les intervenants ont donc tenté de conjuguer réflexion, engagement et pédagogie. D'entrée de jeu, l'historienne de la psychanalyse Elisabeth Roudinesco, la sociologue Irène Théry et l'anthropologue Maurice Godelier ont replacé la différence sexuelle au coeur du système propre à la culture occidentale. Dans d'autres sociétés, a rappelé Irène Théry, la partition masculin - féminin est moins définie en termes d'identités figées que de relations dynamiques, de rôles infiniment mobiles : "Nos sociétés ont tendance à oublier ce jeu dramaturgique, comme si le personnage social était forcément le "masque" de la "vraie" personne...", a-t-elle insisté.
Racontant son expérience auprès des Baruya, en Nouvelle-Guinée, où la domination masculine se traduit par des rites d'initiation extrêmes, Maurice Godelier a, quant à lui, souligné la puissance des "pratiques symboliques" en ces domaines : "L'imaginaire, c'est pas de la blague. C'est du réel, des évidences réelles. Et pour casser ça, faut se lever de bonne heure !", a-t-il averti. A leur tour, le linguiste Reza Mir-Samii, la neurobiologiste Catherine Vidal, l'historienne américaine Laura Frader et la juriste Danièle Lochak sont venus expliquer comment leurs disciplines respectives envisagent non seulement la division des sexes, mais aussi les figures qui en brouillent les frontières.
A commencer par l'identité transsexuelle, dont le déploiement comme phénomène social vient miner le clivage des genres, comme l'a montré la journaliste du Monde Clarisse Fabre. "Le transgenre nous apprend ce qu'est le sexe !", a lancé le philosophe Patrice Maniglier, alors que l'historienne Laure Murat s'apprêtait à esquisser l'aventure du "troisième sexe", celui des travestis, saphistes et autres "antiphysiques" qui "n'ont que la forme masculine et qui sont de véritables femmes au moral", selon l'expression d'un agent de police du XIXe siècle.
Comment ces troubles, ces brouillages, traversent-ils la création langagière et artistique ? Définissant la littérature comme "le royaume des différences", la romancière italienne Elisabetta Rasy a évoqué sa propre expérience d'écriture pour défendre une bipolarité masculin - féminin indissociable de la "tragédie humaine", et qui seule permettrait "l'inscription du corps dans la lettre". La littérature érotique, elle aussi, elle surtout, met en crise les identités. Journaliste au Monde, Patrick Kéchichian a relu les oeuvres de Diderot, Sade ou encore Catherine Millet pour mettre au jour la "pensée" propre à ce type de jouissance textuelle : à chaque fois, "il s'agit de s'avancer dans le désir de l'autre sexe, c'est-à-dire dans un territoire opaque, semé de pièges, éclairé de fausses lumières", a-t-il noté, avant de laisser la parole au réalisateur Sébastien Lifshitz, venu commenter son film Wild Side (2004), l'un des premiers à avoir filmé le corps transsexuel.
"Différence" ou "ressemblance" des sexes ? Bien avant d'être portée sur les écrans de cinéma, cette tension avait déjà été pensée par les textes sacrés des trois grands monothéismes, ainsi que l'ont magistralement montré les philosophes Olivier Boulnois (pour le christianisme), Catherine Chalier (pour le judaïsme) et Christian Jambet (pour l'islam). Et c'est encore autour de cette même alternative entre dualité et confusion des sexes que Sylviane Agacinski et Elisabeth Badinter ont retracé le destin de "l'utopie post-sexuelle" depuis les premiers chrétiens jusqu'à nos jours. Sylviane Agacinski a récusé la tentation de "neutraliser" la dualité des sexes et défendu la perspective d'une "égalité dans la différence". Elisabeth Badinter a rétorqué qu'elle préférait "une égalité entre l'infinie diversité des genres". Avant de conclure, d'une voix grave et insistante : "L'heure est à l'acceptation de notre essentielle bisexualité psychique (...) Le monde qui s'organise selon la différence des sexes est celui dont nous ne voulons plus."
 
Jean Birnbaum
                                            Croire/ Savoir
 
Une opposion nécessaire ?
 
On oppose facilement ce qui est du domaine de la foi et ce qui est du domaine du savoir.
 Le savoir correspondrait à l’objectivité de connaissances certaines, parce que démontrées (preuves rationnelles, expérimentations) alors que la foi désignerait une attitude plus décidée, mais subjective.Or le savoir objectif n’est-il pas relatif à des théories que l’on sait pouvoir être remises en question ? La certitude n’est-elle pas alors approchée, relative à des instruments de mesure ? Autre opposition : celle des activités privées intérieures et celle des activités publiques extérieures (résultats vérifiés et vérifiables).
On peut vouloir accorder aussi davantage à l’acte de croire qu’au savoir : le savoir serait relatif, limité par des conditions de connaissances, alors que la croyance posant l’adhésion à des vérités absolues nous donnerait d’emblée le sens de l’absolu, tandis que la science ne donnerait que celui du relatif.
 
La problématique de Kant
 
« Je dus donc abolir le savoir afin d’obtenir une place pour la croyance » (Kant)
Les trois objets de la croyance sont l’existence de Dieu, l’affirmation de l’immortalité de l’âme et celle de la liberté. Ils ne peuvent pas être connus par le savoir, puisque ces objets ne peuvent pas être donnés dans une expérience sensible, car ils dépassent les données spatio-temporelles : Dieu comme l’immortalité de l’âme sont en dehors de l’espace et du temps, alors que nous ne pouvons pas faire l’expérience de la liberté, mais seulement d’actes qui sont soumis à des conditions (et non pas d’actes totalement indépendants et absolus). En revanche, nous posons ces trois concepts comme fondements de notre action morale, car c’est l’adhésion de notre volonté à ces concepts qui fonde la moralité de nos actes. D’un côté donc une foi inspiratrice de nos actes et de l’autre la raison limitée dans son exercice, mais capable néanmoins de formuler les lois de la nature.
 
L’expérience humaine de la croyance
 
L’homme cherche la vérité. Or cette recherche s’opère de manière interpersonnelle, parce que l’homme a besoin de confiance, de placer sa confiance en celui qui, plus expérimenté, pourra lui apprendre quelque chose. Dans une grande partie de notre vie, nous passons notre temps à croire, à mettre notre confiance en autrui pour entrer en relation avec lui : relation maître/disciple, relation parents/enfants, etc…autant de situations existentielles qui sont des modalités de l’amitié, des relations interpersonnelles fondées sur la confiance, sur le fait de croire en quelqu’un, avec quelqu’un, pour quelqu’un. Ainsi la recherche de la vérité ne se fait pas d’abord dans la solitude du sujet pensant et absolument autonome. Les sagesses antiques nous apprennent que l’amitié et le dialogue sont aussi des conditions de la recherche. De même, qu’on apprenne à penser avant de penser par soi-même ne déforme pas notre pensée, mais au contraire la « forme » et l’informe (c’est-à-dire lui donne une forme).
 
L’acte de croire, constitutif de l’expérence humaine
 
Ainsi le fait de croire n’a pas pour seul objet les trois concepts de Kant, mais il est constitutif de la nature humaine au même titre que le savoir. Si les sages peuvent transmettre leur expérience, c’est bien que nous avons confiance en la vérité qu’ils transmettent, que nous savons qu’elle est marquée du sceau de leur expérience vivante, éprouvée. De plus le fait de croire précède et accompagne tout acte de connaissance, quel qu’il soit. Donner sa confiance, c’est donner sa foi à quelqu’un en vue de trouver, par lui, avec lui, pour lui, la vérité que l’on recherche. Croire n’est donc pas l’opposé du savoir mais croire peut être, dans notre expérience humaine, un chemin qui peut répondre aux questions posées par notre connaissance, c’est-à-dire par notre savoir.
 
Savoir
 
Le verbe savoir désigne l’acte de la pensée par lequel un objet ou une proposition sont posés comme réels, à condition que la connaissance ainsi obtenue soit susceptible d’une vérification et d’une attestation intersubjectives. Le savoir se présente en général sous la forme d’une théorie, liée à des degrés très variables à l’expérience sensible. Il contient généralement les éléments suivants :
·        Une justification qui lui procure une certaine évidence et permette d’identifier clairement sa vérité
·        La vérité elle-même conçue selon les cas comme correspondance du jugement au réel ou comme cohérence du système des propositions constituant le savoir
·        La croyance, qui implique que quiconque comprend la connaissance la considère comme vraie.
 
Croire/ Savoir
 
Si l’on s’en tient à une définition aussi neutre que possible de la croyance -un assentiment à une proposition tenue pour vraie- on ne voit pas quelles pourraient être les raisons de la distinguer essentiellement du savoir. On peut certes insister sur le caractère rationnel et vérifiable du savoir ou dire que le savoir s’ouvre à la critique et à la remise en question, qui sont absentes de la croyance. Mais Hegel a souligné à quel point une telle opposition pouvait être stérile. Ne doit-on pas, néanmoins, maintenir l’exigence d’une rationalité capable d’aller aussi loin que possible dans l’élaboration de la connaissance ? Le saut dans la foi ne doit-il pas être réservé au seul lieu de pleine légitimité, le rapport singulier d’un individu à la transcendance ? A cette condition, l’acte de croire n’est plus une connaissance déficiente, mais le propre de l’acte religieux. Tant la foi que la science n’ont-elles pas intérêt à ce strict partage des tâches ?
Un article de Libé a attiré mon attention, à propos de l'espoir, cultivé par la recherche génétique, de pouvoir disposer un jour d'un capital de cellules "regénératrices"permettant de soigner certaines maladies, voire de lutter contre les effets du vieillissement. A lire absolument, dans le cadre de la connaissance du vivant...:
http://www.liberation.fr/actualite/monde/292785.FR.php
Peut-on être chrétien et superstitieux?

Sylvie, 15 ans, se confie à une amie: elle est inquiète de la mésentente de ses parents et plus précisément de l’absence de son père, qui a quitté la maison. Mais, dit-elle, «je fais la neuvaine à «Marie qui dénoue les nœuds”. C’est efficace, j’en suis sûre. Mon père va revenir…»
«Quand j’étais jeune, raconte Madeleine, j’étais très accrochée à l’astrologie. Je ne prenais pas de décisions sans avoir fait mon horoscope. J’ai arrêté parce que je me suis dit que je ne pouvais pas à la fois être chrétienne et dépendre des astres.»
La tradition bretonne conseillait de tracer une croix sur le pain avant de l’entamer... il durait plus longtemps. Et de ne pas l’entamer avec la pointe du couteau, cela pouvait faire souffrir une âme errante...
Un besoin irraisonné
Le lecteur pourra certainement enrichir la liste d’innombrables exemples. La plus mauvaise façon d’aborder la question est sans doute de s’en moquer: la superstition c’est ridicule... et vous connaissez la suite: «Moi d’ailleurs, je ne suis pas superstitieux... ça porte malheur». Plus sérieusement, ces exemples et d’autres montrent la liaison forte entre «religion» et «superstition». Un article du journal La Croix (2 août 2005) rapporte que des jeunes Espagnols se définissant comme «religieux» s’adonnent à des pratiques ésotériques, le pendule, les tarots, les cristaux, l’écriture automatique. Comment comprendre ce lien? Faut-il le rompre au nom de la foi et reléguer la superstition au magasin de la supercherie?

La difficulté c’est que tout n’est pas blanc d’un côté, et noir de l’autre. À quel intérêt, à quel besoin les hommes veulent ils répondre en s’adonnant à la superstition? Pourquoi consulter mon horoscope? et surtout pourquoi y conformer mon comportement? Sinon pour tenter d’éviter le malheur et de ne pas rater des occasions de bonheur. Une façon comme une autre de se protéger de l’incertitude de l’avenir, de ne pas laisser de place à l’imprévu, de savoir où je vais, de savoir tout, tout de suite. Il faut croire que ce besoin est bien impérieux pour surmonter toutes les raisons avancées contre «cet amas superflu de choses vaines», comme disait Calvin, ou «cette manifestation de la bêtise humaine» comme d’autres l’expriment moins élégamment. Les croyances superstitieuses ne présentent aucun caractère scientifique ni rationnel. Leurs résultats sont indémontrables. Mais la science couvre-t-elle tout le domaine du réel? Et l’approche rationnelle des phénomènes est-elle la seule possible? Bien des savants reconnaissent les limites de leurs disciplines: ils ne peuvent tout mesurer ou appréhender par la raison. Bergson, le philosophe, reconnaissait que, «au temps où l’Afrique australe était terre inconnue, la géographie s’en remettait au récit d’un explorateur unique, si celui-ci offrait des garanties suffisantes» (cité par Jean Vernette Les mystères de l’occulte et de l’étrange, Presses de la Renaissance, p. 274).
Une façon de se garder de jeter le bébé avec l’eau du bain et de laisser une porte ouverte à ce qui ne tombe pas sous le sens.
Y a-t-il de la superstition dans la religion?
Alors, peut-on être chrétien et superstitieux? On peut dire qu’il y a de la superstition dans la religion et que ce serait bien osé de prétendre le contraire. L’irrationnel fait partie de la croyance... Nous sommes tous superstitieux parce qu’il y a toujours de la crainte, lovée au fond de nous. Comment expliquer autrement toutes ces tentatives pour mettre la main sur l’avenir, sur «l’après-la mort»? Le plus triste exemple est sans doute celui du commerce des indulgences, avec les conséquences que l’on sait... une sorte de rachat par de l’argent ou par des pratiques garantissant une diminution ou une suppression des peines de l’au-delà. L’historien Jacques Le Goff, dans un beau livre sur La naissance du purgatoire (Gallimard), voit dans cette «invention» une façon de mettre la main sur un futur incertain et risqué ! Et certains se rappelleront peut-être la pratique préconisant l’assistance à la messe les premiers vendredis, neuf mois consécutifs, comme une «assurance» certaine d’un vol direct pour le ciel. Ceci dit, il nous faut bien trouver des arêtes un peu vives entre ces domaines, si l’on ne veut pas tout mélanger.
Reste-t-on libre ?
Le christianisme n’est pas une religion de crainte et Dieu n’est pas menaçant.
L’Écriture nous parle d’un Dieu Providence qui s’occupe de chacun et veille à ce qu’aucun ne se perde! Dieu ne nous demande pas de le craindre mais de lui faire confiance. «De crainte il n’y en a pas dans l’amour; mais le parfait amour.»
On pourrait spontanément être conduit à penser qu'une œuvre d'art n'est pas utile. En effet, elle n'est pas outil, et elle n'a pas une fonction pragmatique et matérielle. L’art apparaît ainsi bien souvent d’abord comme un luxe voire un divertissement, mais ne semble renvoyer à aucun caractère d’urgence et relever d’aucune nécessité. On comprend alors pourquoi on peut spontanément affirmer et penser que l’art est inutile. Si l’artisan fait œuvre d’utilité en produisant des outils, en agençant des moyens en vue d’une fin précise, l’artiste semble se distinguer de l’artisan non seulement parce qu’il produit de belles œuvres (telle est la distinction traditionnelle), mais aussi parce qu’il n’a pas la même utilité. Mieux encore l’artiste peut aller jusqu’à paraître néfaste au bon fonctionnement de la vie en commun. L’art ne serait pas alors simplement inutile, mais serait une pratique à condamner. Sur ce point, on  peut penser aux analyses de Platon dans la République lorsqu’il dit qu’il faut chasser le poète de la cité parce qu’il nous détourne de la vérité, parce qu’il ne joue que des sentiments et des émotions et parce que c’est un faiseur d’illusions. Toutefois,  si spontanément nous n’accordons pas la même utilité à l’objet artistique et à l’objet technique, encore faudrait-il préciser à quelles conditions nous parlons d’utilité. L'utilité n'est-elle pas toute relative à la fin qu'on se fixe ? Même un outil peut être inutile quand il n'est pas adapté à l'usage que l'on veut en faire. Reprocher ainsi à l'art d'être inutile, n'est-ce pas s'enfermer dans une certaine conception de l'utilité ? De plus, l'œuvre d'art ne vient pas satisfaire un besoin de consommation car l'œuvre d'art n'est pas intégrée à l'ordre des besoins vitaux et on peut même dire que l'art nous détourne complètement de la sphère des besoins. Dans ces conditions quelle peut être l'utilité d'une œuvre ? N'est-ce pas justement de nous apprendre le désintéressement même, la découverte de ce qui peut nous procurer une satisfaction en dehors de ce qui sert et est pratique. On peut dès lors s' interroger sur la fonction intellectuelle ou culturelle que l'œuvre d'art peut avoir : elle nous apprend peut être le sens de la gratuité, ce qu'on nomme parfois " l'art pour l'art ".
Voici un article du Monde qui s'inscrit, dans la droite ligne de ce que nous avons abordé dans la cadtre de notre réflexion sue les cultures et le problème sous-jacent d'une nature humaine:
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-979500,0.html

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