Un historien des sciences a recensé des expériences farfelues, étranges, voire scandaleuses menées par des "scientifiques", qui peuvent donner froid dans le dos. Mais est-ce bien encore de la science? Telle est la question que l'on pourrait se poser...De plus, cela montre aussi qu'il suffit de la caution scientifique pour que toute entreprise, même la plus folle, soit immédiatement légitimée aux yeux de la plupart...
Voici les références de l'article qui évoque l'ouvrage de cet historien des sciences:
http://www.lefigaro.fr/sciences/20071102.WWW000000232_le_pantheon_des_savants_fous.html

Voici, en "avant-première", quelques éléments de cours sur l'art, que nous allons aborder prochainement. Je vous en souhaite bonne lecture...
L’art
 
 
Art et représentation
 
  1. Qu’est-ce que l’art ?
 
Définition
Au sens général, l’art est le nom donné à tout procédé, technique ou comportemental, visant à obtenir un résultat donné, souvent un objet matériel. C’est l’équivalent du savoir-faire. Un pur savoir théorique ne suffit pas. On peut par exemple connaître les lois du corps humain, on n’est pas pour cela bon médecin, il faut mettre en pratique les règles connues, faire un diagnostic, ne pas effrayer le patient, etc. Comme on le dit dans ces cas-là : « C’est tout un art. » Mais une simple expérience ne suffit pas non plus. Il faut aussi connaître les règles de l’art, afin de les appliquer. On les apprend, par exemple, quand on pratique un art martial. Savoir-faire veut donc dire à la fois savoir et faire.
 
Les beaux-arts
A ce sens très général se substitue le sens qui désigne l’activité artistique en particulier. Aujourd’hui, art et beaux-arts sont confondus dans le langage courant. On a même tendance à considérer d’abord les arts plastiques, quand on parle des beaux-arts. Cette réduction de sens n’est pas due au hasard. Elle suppose une distinction entre l’artisan et l’artiste. Le premier utilise son savoir-faire pour produire des objets utiles et utilisables, le second vise la beauté, et non l’utilité. Or, cette beauté se réalise surtout dans la représentation et l’imitation. L’artiste représente quelque chose : un paysage, une scène mythologique, un portrait, etc. C’est un artisan de la représentation.
 
Distinctions
Cette conception permet à Aristote d’effectuer un classement. Les arts d’imitation se distinguent entre eux selon le moyen choisi pour imiter : les couleurs, les formes, pour les arts plastiques ; les sons, les mélodies pour les arts rythmiques comme la poésie ou la musique. A l’intérieur d’un même art, le théâtre par exemple, les distinctions se font aussi selon la nature de l’objet imité. La tragédie représente les actions et les caractères nobles, la comédie les travers et les défauts humains. Il en est de même pour la peinture à l’époque classique : les épisodes bibliques ou mythologiques sont les plus nobles, les « scènes de genre » ou d’intérieurs sont moins bien considérés.
 
  1. A quoi sert l’art ?
 
But général
L’imitation est l’essence, le principe de l’art ; le plaisir est sa fonction, sa finalité. Cette idée est justifiée, d’après Aristote, par le constat qu’il existe en l’homme une tendance naturelle à prendre plaisir à la contemplation d’objets représentés, même si ces objets sont laids ou répugnants dans la réalité. Le tableau de Chardin intitulé La Raie a pour sujet principal une raie sanguinolente que l’on vient juste de vider pour être consommée. Il y a donc un plaisir spécifique de l’image. Mais, là encore, Aristote distingue des niveaux de plaisir.
 
 
 
Niveaux particuliers
Le premier niveau est celui du simple divertissement, auquel peut servir la comédie. Il consiste, comme « le sommeil ou l’ivresse », à se délasser ou à s’évader des travaux du quotidien. Le niveau le plus élevé du plaisir dû à l’art est d’ordre intellectuel : on reconnaît ou on apprend ce qui est représenté. Intervient aussi, de façon plus complexe, le plaisir de la catharsis, qui consiste à se purger des passions de crainte et de pitié face à un spectacle de tragédie. En voyant les héros subir les coups du sort, ces deux passions sont en effet attisées et expurgées dans une sorte de plaisir du soulagement. L’art doit émouvoir, et si possible de façon intense.
 
  1. Quelles sont les règles de l’art ?
 
Principe et exemple
De la même façon qu’un objet artisanal doit être fait d’une certaine manière pour qu’il soit utile et solide dans sa fonction, l’art répond lui aussi à des règles impératives pour obtenir l’effet voulu. Ces moyens sont décrits pour la première fois par Aristote dans la Poétique, à propos de la tragédie. Il cite par exemple la proportion et l’harmonie, ou dit autrement « la variété dans l’unité ». Il faut que l’œuvre constitue un ensemble suffisant pour contenir une histoire, des péripéties, le passage du bonheur ou du malheur, différents caractères humains ; bref, tout ce qui fait la richesse des actions et émotions. Mais sans que cela noie l’attention du spectateur ni ne l’ennuie. En peinture, c’est la même chose : une toile doit receler des détails variés, mais ne pas être surchargée ; une symphonie ou une sonate également.
 
Talent ou génie ?
Les « conseils » que donne Aristote restent assez généraux. La limite exacte à ne pas dépasser, ou la juste dose de péripéties à inclure dans l’histoire relèvent du seul jugement de l’artiste. Or, certaines pièces sont mieux réussies que d’autres en appliquant les mêmes règles générales, parfois même sans les appliquer exactement. Apparaît alors la notion de talent ou de don naturel, voire de génie. Le génie, comme le montre Diderot, n’est pas seulement celui qui applique les règles, mais celui qui les transgresse ou en invente de nouvelles. Il est presque toujours en avance ou à côté de son époque, et il n’est pas rare qu’on lui reproche, de son vivant, de n’avoir ni goût, ni talent.
 
Le mythe du génie
Cela n’empêche pas, à l’inverse, qu’il y ait travail et efforts permanents pour produire un chef-d’œuvre. Il y aurait même illusion à croire que l’artiste produit par une sorte de miracle des choses qui ont nécessité un long temps de labeur. C’est le goût du merveilleux qui nous fait tomber dans ce travers. Nietzsche, dans Humain, trop humain, dénonce ce phénomène mais accuse aussi les artistes de l’entretenir avec plaisir : cela les ravit d’être comparés à des sortes de créateurs divins. En réalité, ce sont des travailleurs infatigables. Mais est-ce la seule illusion dont on peut les accuser ?
 
La valeur de l’art
 
  1. L’art dit-il vrai ?
 
Artiste ou sophiste ?
Si l’art a pour objectif de reproduire en image un objet réel, sa compétence se limite en fait à cela. Platon montre en effet qu’imiter une multitude d’objets ou de traits de caractère humain ne rend pas possible de les connaître ni de les vivre tous.
L’artiste connaît les règles de l’imitation, il est un bon artisan en cela, mais il ne connaît pas la nature de ce qu’il imite, puisqu’il s’en tient à l’apparence extérieure. Il est, en fait, éloigné de trois degrés de la vérité. Il élabore en effet une image de l’apparence de l’objet, dont il ne connaît pas la définition. Mais comme ses œuvres plaisent, elles donnent au spectateur l’impression d’une réalité bien saisie. L’artiste est donc une sorte de sophiste : il présente une apparence que les gens considèrent comme la vérité même. Le poète est l’ennemi potentiel du philosophe.
 
Artiste ou philosophe ?
La condamnation platonicienne part du principe que l’art est mimétique, ce pourquoi justement il le dénonce. Mais tout autre est la critique qui porte sur le principe lui-même. Hegel développe en effet une série d’objections, montrant que le principe de l’art ne peut être l’imitation. Les arguments sont nombreux, celui de la qualité, notamment : l’œuvre d’art n’atteindrait jamais la perfection si elle devait se confondre avec le modèle réel (or, il existe des chefs-d’œuvre absolus), celui de l’intérêt également : quel sens y aurait-il à faire de l’art s’il s’agissait seulement de reproduire ce qui existe déjà ? Dans ce cas, l’inventeur du clou est plus estimable que l’imitateur génial : au moins y a-t-il vraiment originalité et nouveauté. Hegel propose alors un autre principe.
 
Exemple
Il prend l’exemple du buste grec. On voit bien qu’aucun visage réel ne correspond à cela : les traits parfaits, sans rides ni aspérités, sans expression d’émotion non plus. Il ne s’agit donc pas d’imiter la réalité telle qu’elle est physiquement. Grâce à une analyse détaillée de la forme du buste vue de profil, Hegel montre sur quoi les Grecs ont voulu marquer leur insistance : la ligne droite du front et du nez marque un angle droit avec celle qui part du lobe de l’oreille jusqu’au nez. Chez les animaux, il y a un angle aigu entre ces deux lignes, car la gueule et la truffe sont beaucoup plus avancées par rapport au front. Pour Hegel, cela montre la supériorité des facultés intellectuelles chez l’homme : la bouche et le nez, dévolues aux fonctions nutritives, sont chapeautées, dominées par le front et la réflexion.
 
  1. L’art est-il toujours beau ?
 
Lien apparence / essence
La représentation du profil grec traduit une idée, une vision intellectuelle de l’essence humaine selon laquelle nous sommes supérieurs aux animaux par la pensée. Ce n’est donc pas l’imitation d’une réalité physique, mais la présentation sous forme matérielle d’un concept ou d’une idée considérée comme vraie. Le beau n’est pas séparé de la vérité, bien au contraire. Il y a beauté quand il y a adéquation entre l’apparence et l’essence, quand l’objet tel qu’il est représenté exprime exactement ce qu’il signifie. L’artiste est celui qui réalise l’union entre la forme et le fond. C’est justement l’antisophiste.
 
Objection
On voit pourtant de plus en plus aujourd’hui, dans les musées d’art moderne, des « objets » artistiques qui font sourire ou qui scandalisent les spectateurs parce qu’ils semblent n’avoir rien à faire avec l’art. Ils ne signifient rien apparemment, ni ne témoignent d’un quelconque talent technique. L’un des premiers événements de cet ordre est l’exposition en 1917 d’un urinoir, baptisé Fontaine par Marcel Duchamp.. Depuis, tout et parfois n’importe quoi semblent pouvoir être considérés comme de l’art, à un point tel que l’on peut parler de « crise de l’art contemporain », sur le statut et la définition de l’art dans nos sociétés.
 
Problème du jugement
Juger quelque chose comme beau ne suppose pas nécessairement de reconnaître ou de parvenir à la définition de ce qui est représenté. De la même façon que l’artiste génial ne sait pas toujours pourquoi ni comment il a décidé de faire son œuvre de telle manière, avec telle couleur ou telle longueur, l’appréciation du spectateur ne se fait pas non plus à la suite d’un raisonnement lui démontrant que l’œuvre est belle.
 
  1. Comment juge-t-on qu’une œuvre est belle ?
 
Le plaisir
Cette appréciation se fait sur la base d’un plaisir. C’est même le plaisir qui constitue le critère de jugement. D’ailleurs, quand l’on dit « c’est beau », on en dit trop. On fait seulement état de l’effet produit en nous par l’œuvre, mais on ne procède pas à un jugement de connaissance sur la qualité objective de l’œuvre. Comme le précise Kant, le jugement esthétique n’a pas pour fonction de transcrire ce qu’est l’objet jugé. Il traduit juste un sentiment du spectateur.
 
La hiérarchie
La difficulté vient du fait que tout sentiment, tout plaisir est subjectif. Un même objet peut procurer des effets contraires selon les personnes. Certains ne supportent pas le rap ou le jazz, tandis que d’autres ne jurent que par ces genres de musique. Doit-on rester à l’idée que les goûts et les couleurs ne se discutent pas ? Il y a pourtant des signes contraires . Il y a par exemple accord général, voire unanimité sur les chefs-d’œuvre. Et inversement, il y a des classements hiérarchiques dans tous les arts. Le jury du festival de Cannes décerne une palme d’or, le prix Goncourt est proclamé chaque année en littérature, etc.
Comment expliquer ces situations paradoxales ?
 
Critique
La réponse vient des données de la question elle-même. Sur fond de sentiment subjectif, certains individus peuvent revendiquer une plus grande compétence en matière de jugement esthétique du fait de leur expérience. Hume propose, dans De la norme du goût, les critères suivants : une expérience dans la pratique d’un art, une habitude de juger et de comparer un grand nombre d’œuvres, l’effort de ne pas tenir compte des préjugés ou de ses penchants en faveur d’un style artistique particulier, propre à une époque ou à une culture. D’où le fait que les prix sont décernés par des « spécialistes », davantage rompus à ce type d’exercice et appartenant eux-mêmes au monde de l’art.
En guise d'introduction au cours sur l'art, ces quelques lignes permettant de définir certains concepts élémentaires et les problèmes dans lesquels ils sont engagés:

Art et beauté

“Un coucher de soleil évoque chez un rustre l’idée fort peu esthétique du souper, chez un physicien la pensée d’une analyse spectrale qui n’est ni belle ni laide, mais seulement exacte ou inexacte : il n’est beau que pour qui le regarde avec des yeux d’artiste, dans l’attitude intérieure de la contemplation”. Charles Lalo : “Les notions d’esthétique”, ch.1.
Le but de cette intervention est de définir simplement les mots : Art, Esthétique, Beau et Oeuvre d’Art, pour que chacun puisse par la suite se faire sa propre idée.
On peut commencer par expliquer le “rôle” joué par la triple libido, ou la libido divisée en trois, considérée comme une Volupté et dont nous trouvons les premières traces non chez Freud mais dans la première épître de Jean (2,16) :
Libido sentiendi ou pulsion de sentir.
Libido sciendi ou pulsion de savoir
Libido dominandi ou pulsion de pouvoir.
Cette libido découpée en trois morceaux peut permettre de saisir l’origine de l’art, et aussi la raison d’être de cette curiosité jamais satisfaite qui nous caractérise tous.
Sentir, Savoir et Dominer sont peut-être des invitations aux modes de connaissance :
  • La Morale, comme lieu du Bien
  • La Science comme lieu du Vrai.
  • L’Esthétique comme lieu du Beau.
Après cette courte introduction, nous en arrivons aux définitions simples des termes :
a) ART : c’est une manière de “faire des choses selon des règles”, c’est une mise en forme de l’idée que nous nous faisons tous du beau.
Cette simple définition induit une longue analyse des « règles de l’art » : sont-elles un « passage obligé » pour qui veut réaliser une oeuvre ou pour qui veut la comprendre ?
Il faut réfléchir aux questions suivantes :
  • puis-je créer sans les règles ?
  • puis-je comprendre, saisir l’oeuvre d’un autre sans la connaissance de ces règles ?
  • qui dicte ces règles, qui nous les attribue et pourquoi ?
  • quels avantages, si les règles existent, à les connaître ou à les méconnaître ?
  • la liberté de l’artiste est-elle une libération, un rejet, etc…
b) ESTHETIQUE : c’est la science -scire=savoir - qui traite du Beau sous toutes ses formes et de façon générale. Cette science est-elle créatrice de sens ?
c) BEAU : c’est une valeur-étalon. L’idée du Beau pose problème aux philosophes :
  • Que veulent dire les poètes, les peintres , les musiciens quand ils prétendent avoir accès au beau ?
  • Mentent-ils ?
  • Sont-ils devenus fous ou y-a-t-il quelque chose à voir ?
d) OEUVRE D’ART : qu’il faut séparer de Ouvrage d’art qui est une réussite technique obligatoirement.
Pour définir une Oeuvre d’art, peut-être faut-il la voir comme lieu de la matérialité, lieu de la sensibilité, lieu de la structure, lieu du sens.
Et nous revenons, dit Lemarié, à l’idée récurrente des règles de l’art, des règles dans l’art, avec en parallèle ces interrogations infinies:
  • saisir le sens d’une oeuvre, est-ce opérer un tri entre ces multiples sens : pratique, culturel, implicite, explicite.
  • saisir la structure d’une oeuvre, est-ce savoir la décrypter , la décomposer ?
  • saisir la sensibilité d’une oeuvre, qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? Est-ce réfléchir, discourir sans fin sur et autour d’elle, ou bien se laisser glisser vers l’intuition ?
  • saisir la matérialité d’une oeuvre, est-ce connaître les exigences chimiques de la matière ?
En conclusion , cette ultime référence:” Le jugement humain est errant et comme égaré s’il n’est formé par les oeuvres. Un esprit tout neuf et sans aucune piété passera à côté des oeuvres sans les interroger.” ALAIN
 
 

Lu aujourd'hui un article dans le Nouvel Observateur,, relatant une décision de justice pour le moins surprenante, à propos de l'Eglise de Scientologie ( dont le nom peut déjà apparaître comme une escroquerie, jouant sur les deux tableaux de la religion et de la science...) :
Un tribunal administratif de l'Audience nationale de Madrid, haute instance judiciaire espagnole, a accepté un recours déposé par l'auteur de science-fiction, Lafayette Ron Hubbard (1911-1986), afin d'être inscrit dans le registre des mouvements religieux officiels de pays. 

"Contraire au droit"

Fondé en 1954, la scientologie, qui dispose d'un vaste et luxueux centre à Madrid, contestait une décision de 2005 du ministère espagnol de la Justice qui avait écarté le mouvement de ce registre. Le tribunal a annulé cette décision comme étant "contraire au droit", estimant qu'"aucun des documents présentés" par le mouvement ou par l'administration espagnole" montre qu'il ne s'agit pas d'une entité religieuse ou avec des fins religieuses". Dans ce jugement daté du 11 octobre 2007, le tribunal a estimé que "Pour cela, il apparaît plus correct et conforme à l'interprétation libérale en vigueur en la matière d'accorder l'inscription demandée". 

C'est donc l'occasion de s'interroger sur la différence entre une secte et une religion, car dans l'esprit de nombre de nos contemporains cela reste très confus, tant le contact avec le spirituel semble s'être perdu, que l'on soit croyant, athée, ou encore agnostique....Quoi de mieux pour ce faire qu'une mise au point claire et rigoureuse?

Quelle est la différence entre une secte et une religion ?
Cette question est fondamentale, car nous assistons aujourd'hui à une véritable confusion, à des amalgames ou à des généralisations volontairement entretenus, parfois des accusations. Quelques exemples:
  • " Les 'nouveaux mouvements religieux' c'est le terme préféré de manière très générale à celui de 'secte' généralement péjoratif et de maniement délicat "
  • " En Occident, le mot 'secte' a pris un sens péjoratif. Les spécialistes préfèrent parler de 'nouveaux mouvements religieux' ".
  • " Désigner un groupe du nom de 'secte' est péjoratif, c'est porter sur lui un jugement défavorable, négatif  ".
 "Secte": un mot piégé
Le mot "secte", en effet, est un mot piégé que chacun risque d'utiliser à sa manière, étant donné qu'il peut revêtir deux acceptions totalement différentes.
L'acception doctrinale
Historiquement, ce mot a été employé par les historiens, les théologiens, les sociologues en référence à une notion religieuse, à un contenu doctrinal. On appelait alors " secte " un groupe de personnes qui avaient décidé librement de suivre un maître à penser, de vivreselon l'idéal et les normes du maître et de professer son message. Ou encore on appelait " secte " une dissidence religieuse qui se séparait du groupe majoritaire ; bref, selon le Petit Larousse (1971) : " un ensemble de personnes qui ont la même doctrine ",ou " un ensemble de personnes qui se sont détachées d'une communion religieuse ".
Comme on le voit, ces différentes définitions se réfèrent à une doctrine et cette acception doctrinale ne comporte aucune connotation péjorative.
L'acception comportementale
Avec l'avènement des " nouvelles sectes ", réel phénomène sociologique, un glissement, une évolution sémantique se sont opérés. C'est ainsi que dans le langage courant, dans les médias, dans l'opinion publique, le mot " secte " a pris désormais une connotation péjorative et a fini par désigner pratiquement mais uniquement les sectes dangereuses, destructrices. On peut même remarquer, que ce mot " secte ", qui, bien évidemment, n'est pas l'objet et ne sera peut-être jamais l'objet d'une définition juridique, apparaît de plus en plus, en ce sens, dans les attendus des Tribunaux, des Cours d'Appel, du Conseil d'État et de la Cours de Cassation. Les mots s'usent, évoluent : cf. le mot " drogue " qui désignait autrefois des ingrédients propres à la teinture, à la chimie, à la pharmacie et non pas les stupéfiants comme la cocaïne ou la morphine. Quand mes parents allaient chez le droguiste, ils achetaient à la droguerie des produits de ménage ou d'hygiène.
Donc, ce mot a évolué : hier on l'employait pour désigner des groupes religieux ou philosophiques sur un plan doctrinal. Aujourd'hui on l'emploie pour dénoncer les comportements sectaires, les groupes totalitaires, sur un plan comportemental(1).
Les Sectes sous le masque religieux
Les " Sectes sectaires " ont bien compris l'intérêt de cette ambiguïté des termes et l'utilité de se présenter comme des " religions ", y compris celles qui, au départ faisaient ouvertement profession d'athéisme. D'autant plus qu'elles espèrent ainsi obtenir certains avantages fiscaux ou juridiques réservés aux associations cultuelles. En se parant indûment d'un masque religieux, elles entendent donner d'elles-mêmes une image d'honorabilité et de respectabilité. Redoutant plus que tout que leur soit appliqué le vocable désormais si péjoratif de " secte ", elles veulent être appelées " religions ", " églises ", " nouveaux mouvements religieux ". Céder à cette demande serait une erreur grave qui contribuerait à entretenir la confusion, car il est clair qu'il existe des sectes qui ne sont pas des religions, des religions ou des nouveaux mouvements religieux qui ne sont pas des sectes, et que des vieilles religions peuvent devenir des sectes.
Enfin pour se protéger contre toute accusation, il ne restait plus qu'à invoquer le motif de discrimination en matière religieuse et se déclarer des religions ou des philosophies minoritaires persécutées, victimes de l'intolérance et du mépris.
Dans sa communication au Congrès de Barcelone (25 avril 1993), Alain Vivien, ancien ministre, chargé, en 1981, du rapport sur les " Sectes en France " soulignait " que dans leur immense majorité, les sectes placent leurs objectifs sous l'égide du sentiment religieux. Cet affichage permet de protéger ainsi sous un rideau de fumée la banale exploitation de l'homme par l'homme dissimulée sous les notions incontestables de la liberté de pensée, de croyance ou d'association. Il permet aussi à ces sectes de revendiquer de la part des pouvoirs publics un traitement similaire à celui dont jouissent les confessions (qu'elles soient largement répandues ou encore minoritaires) qui se refusent à utiliser des méthodes d'endoctrinement destructives et récusent l'emploi des méthodes de manipulation. Enfin, l'objectif religieux déclaré permet aux sectes de retourner contre leurs adversaires les arguments qu'ils leur opposent : si vous dénoncez mes méthodes, vous me persécutez, c'est vous qui êtes sectaires ... "
Il convient donc de préciser ce que l'on entend communément par "secte".
Qu'est-ce qu'une Secte ?
Pour qualifier un groupe de " secte ", il ne faut pas s'occuper de ses croyances ou de ses doctrines, mais observer uniquement les agissements ou les comportements qui portent gravement atteinte à la dignité, à la liberté de la personne humaine, aux Droits de l'Homme. Plutôt qu'une définition, je proposerai une description de ce qu'est une secte.
Pour qualifier un groupe de "secte", on retiendra un seul critère: celui de la nocivité ou de l'extrême dangerosité et trois caractéristiques: la manipulation mentale, une triple destruction, et une triple escroquerie.
a) Une triple technique perverse d'endoctrinement
  • la technique cognitive : à partir d'un message séducteur mais réducteur, l'adepte est soumis à un véritable bourrage de crâne, un matraquage intellectuel, lavage de cerveau (multiples réunions, cours stages, séminaires, études, lectures, auditions de cassettes, prières) qui vont lui faire perdre progressivement son esprit critique en ce qui concerne les théories, méthodes et pratiques de la secte.
  • la technique comportementale : bien connue des psychologues ou des psychiatres, qui consiste à faire poser des actes anodins au départ, mais de plus en plus accaparants, qui provoquent une soumission et une dépendance, entraînant une perte du libre arbitre.
  • la technique affective : les adeptes sont séduits par les charismes du leader, par son message, par le groupe, puis détruits ou déstructurés, et entièrement reconstruits. Ils deviennent, à leur insu, des inconditionnels prêts à croire, dire et faire tout et n'importe quoi.
b) Une triple destruction
  • la destruction de la personne : soit sur un plan physique, mais surtout et principalement, sur un plan psychique, comme on vient de le décrire précédemment.
  • la destruction de la famille : qu'il s'agisse de la rupture des enfants avec leurs parents, ou de séparations ou de divorces.
  • la destruction de la société : soit par une stratégie d'ingérence ou d'infiltration soit par une stratégie du désert.
c) Une triple escroquerie
  • l'escroquerie intellectuelle : l'adepte est littéralement trompé sur la qualité de la marchandise qu'il venait chercher : il posait une vraie question, on lui donne une fausse réponse. Le message de la secte était séducteur, il se révèle réducteur et destructeur.
  • l'escroquerie morale : si elle n'est pas générale dans toutes les sectes, de nombreux adeptes ont été ou sont victimes d'abus sexuels, en tous genres.
  • l'escroquerie financière : par leurs manoeuvres frauduleuses persuadant (leurs adeptes) de leurs pouvoirs imaginaires (religieux ou médicaux), les sectes parviennent à constituer de véritables empires financiers.
 La défense des libertés
D'après cette définition des sectes nocives, il est clair qu'une action, basée sur des preuves objectives, doit être entreprise pour défendre les libertés fondamentales qui sont bafouées et violées par les méthodes et les pratiques sectaires. Il serait violent de voir accusés d'intolérance, de parti-pris, d'atteinte à la liberté religieuse, ceux qui, non sans courage, n'ont comme objectif que la défense des familles et de l'individu contre les manipulations mentales pratiquées dans les sectes.
Plus que d'autres citoyens, nous sommes passionnés pour la défense de toutes les libertés: la liberté de pensée, de conscience, de religion, d'association, et pour réaffirmer (et agir en conséquence) que " nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses ", à condition de citer entièrement cet article X de la déclaration des Droits de l'Homme (1789): " pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi ". Nous affirmons et confirmons par notre action que, selon la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme (1948) : " toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion : ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que de manifester sa religion ou sa conviction, seul ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites, et que tout individu a droit à la liberté d'opinion ou d'expression, ce qui implique de ne pas être inquiété pour ses opinions, etc... " (Articles 18-19).
Dès lors convient-il de lutter avec la même détermination contre les groupes sectaires qui portent atteinte aux droits fondamentaux de la personne humaine, de la famille et violent délibérément les règles de la vie sociale. Il serait sage de relire et de mettre en pratique la " Déclaration sur l'élimination de toutes les formes d'intolérance et de discrimination fondées sur la religion ou la conviction ", adoptée le 25 novembre 1981 par l'Assemblée Générale des Nations Unies: " La liberté de manifester sa religion ou sa conviction a pour limite les lois nécessaires à la protection d'autrui " (Article 4, 5ème alinéa).
Jacques TROUSLARD
 
(1) : L'emploi de ce terme " comportemental " ne s'inspire absolument pas du courant béhavioriste ou comportementaliste et n'autorise personne à affirmer que cette approche est réductrice et comportementaliste.

J'espère que cette mise au point vous aura permis de comprendre ma réaction à la lecture de l'article du Nouvel Obs...Et que tout cela vous donnera à réfléchir.... même et surtout en vacances....
Pour découvrir comment un certain patronat conçoit les rapports sociaux, permettez-moi de vous conseiller la lecture d'un article édifiant de Libération:
http://www.liberation.fr/actualite/societe/288461.FR.php
Or nous avons vu en cours que vendre sa force de travail, ce n'est pas vendre son âme... Que penser alors de celui qui pose comme principe de vie que tout homme a un prix ? Ne manque-t-il pas lui-même de la plus élémentaire dignité? Que vaut-il comme homme, en effet ?
Il va sans dire qu'il s'agit d'un certain patronat et qu'il ne faut pas tomber dans un amalgame douteux, qui consisterait à mettre tous les patrons dans "le même sac", comme on a un peu trop tendance à le faire, parfois,au nom d'une lutte des classes figée dans l'airain de la bonne conscience...: si les méchants sont d'un côté, et si ce n'est pas moi, alors ne suis-je pas parmi les bons ? Si c'était aussi simple....
Comme le dit un proverbe chinois : " Le poisson ne pourrit pas que par la tête"...
Concepts, problèmes
Il s'agit essentiellement de s'interroger sur deux questions :
1) est-ce que le travail s'oppose ou non au bonheur ?
2) est-ce que le travail est seulement de l'ordre de la nécessité naturelle, vitale, pour l'homme (c'est alors seulement pour subsister que l'homme travaille, mais l'idéal serait de ne plus travailler), ou bien est-ce que l'homme doit travailler pour être un être humain digne de ce nom (c'est-à-dire penser, parler, raisonner, être moral, etc.)?
Ces deux questions se rejoignent, car il faut savoir qu'il existe deux conceptions du bonheur :
1) le bonheur comme bien être comme "vécu" de l'individu (on parle alors d'épanouissement individuel, personnel)
2) le bonheur comme épanouissement de notre humanité (notre esprit, notre raison) .
On se demande aussi, en ce qui concerne cette notion de bonheur, si le bonheur est seulement le plaisir, la satisfaction de tous nos désirs, ou bien si le bonheur est un effort.
Pourquoi l'homme travaille-t-il (à cause de quoi et en vue de quoi)?
- à cause du fait que la nature n'est pas immédiatement adaptée à l'homme (la nature a besoin d'être transformée) ; à cause du fait que l'individu ne peut satisfaire tous ses besoins naturels tout seul, ou du moins, c'est plus facile à plusieurs (mythe de Prométhée)
- pour s'humaniser (Hegel)? pour se racheter (Genèse)? pour rien (ce serait juste un pis-aller)? pour subsister ?
- définitions économique et philosophique du travail :
1) le côté économique de la vie humaine renvoie à la sphère des besoins, de l'utile : en ce sens, on définira donc le travail comme une activité visant à sastifaire ses besoins, que ces besoins soient naturels et ou sociaux; en général, on dira alors que si l'on travaille, ce n'est pas une fin en soi, mais un moyen, soit pour subsister ( se nourrir, se vêtir, etc.) soit pour s'insérer dans la société (ainsi critiquera-t-on le chômeur...)
2) humanisation de la nature et surtout, humanisation de l'homme (accès à l'humanité, sortie de la nature ou de l'animalité) (Marx, Hegel)
(NB : si on considère que l'homme est un être social par nature, dira-t-on alors que l'homme ne peut devenir homme qu'en travaillant ? -pas si sûr, cf. Aristote qui considérait que l'homme s'épanouit dans le loisir philosophique et non dans le travail, et qui soutenait pourtant que l'homme est naturellement sociable et ne peut donc être un homme digne de ce nom qu'avec ses semblables : c'est que pour lui l'homme va plutôt mettre en commun ses idées sur la justice et la morale, on parle alors de communauté, non pas économique mais politique)
- le loisir : a) sens commun : divertissement; ne rien faire (cf. paresse), activités inutiles etc. b)sens philosophique : réflexion philosophique, développer son esprit (cf. Aristote, Ethique à Nicomaque, livre X)
- désir et besoin : le besoin est nécessaire et naturel, le désir souvent superflu
- la distinction aristotélicienne entre trois activités humaines (production, pratique, théorie)
- en puissance et en acte (concepts également issus d'Aristote) : la "puissance" est synonyme de "capacité", l'"actualité" synonyme d'effectif, de réalisé : par exemple l'architecte peut concevoir un plan de maison dans sa tête : tant que cette maison n'est pas achevée, effectivement existante, elle n'est une maison qu'en puissance, pas en acte. De même, le bébé est un être humain mais il ne naît pas avec sa raison en acte mais seulement en puissance. On notera que ce couple conceptuel suppose la notion de finalité naturelle : l'homme est destiné à exercer telle faculté, par exemple
 
Textes / auteurs
- Aristote, Politique, I, 2, l'homme est un animal politique
- Platon, PT, le mythe de Prométhée : on voit ici que l'homme, contrairement aux autres animaux, ne peut subsister de manière "naturelle" : il naît sans griffes, sans fourrure, son instinct n'est pas parfait, etc. Cela signifie que l'homme doit créer ses propres conditions d'existence. Ce qui signifie donc également que si dans un premier temps on pourraît s'affliger de la nécessité de travailler (l'homme travaille à cause de sa nature non "finie", non "parfaite"), dans un second temps le travail montre que l'homme est l'être qui a la capacité de se défaire de la nature, de l'animalité.
-la Genèse: le travail comme punition du péché originel : "tu travailleras à la sueur de ton front !"
- Marx, Le Capital :  Marx compare l'architecte projetant de fabriquer une maison, et l'abeille faisant sa ruche : seul l'architecte travaille à proprement parler, parce que l'abeille effectue sa tâche par instinct, sans réfléchir avant de faire : la ruche n'est pas le résultat d'un projet, d'une intention. Le travail est donc une activité humaine par excellence, puisqu'il est le fruit de la réflexion

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