Le courage de la vérité", l'ultime leçon de Michel Foucault

LE MONDE DES LIVRES | 22.01.09 | 11h40  •  Mis à jour le 22.01.09 | 11h40



En parlant, il court contre la mort. Cette année 1984, ses cours du Collège de France n'ont pas commencé en janvier, comme d'habitude. "J'ai été malade, très malade", indique Michel Foucault le 1er février en ouvrant son cours. Quand il clôt le cycle, fin mars, il a cette phrase : "Il est trop tard."

En apparence, il signale juste que l'heure a tourné, qu'il faut renoncer aux développements préparés. Aujourd'hui, nous pouvons entendre la formule autrement. Ce sont les derniers mots adressés par le philosophe à son auditoire. Quelques semaines plus tard, il meurt du sida. Il avait 57 ans.

A-t-il délibérément organisé ces ultimes conférences comme un testament ? On peut le supposer. En tout cas, toute émotion mise à part, le texte est exceptionnel. Un quart de siècle après, cette parole impressionne encore. Par sa clarté incisive, par l'ampleur de son information. Par sa capacité, si rare, à faire surgir des paysages nouveaux au sein de textes connus.

Cette fois, la "vie philosophique", rêvée et pratiquée par les Anciens, apparaît comme une matrice - lointaine, mais toujours active - de la vie militante et du désir de révolution qui anime les Modernes. Comment ? Cela demande explications.

Pour éclairer le long parcours qui conduit de la vie du philosophe antique, mise en ordre selon la vérité, à celle du révolutionnaire moderne, tendue vers la transformation de l'Histoire, Michel Foucault repart d'une notion grecque, déjà explorée par lui l'année précédente : la parrèsia.

Le terme désigne notamment le franc-parler de l'ami, le dire-vrai du confident, par opposition à la flatterie de l'hypocrite ou du courtisan. La parrèsia implique le courage de tout dire, au risque de déplaire, voire de fâcher. Cette franchise hardie, qui s'applique à la conduite de l'existence la plus intime, possède aussi une importante dimension politique : dire vrai sur soi-même, accepter aussi d'entendre ce qui n'est pas agréable, cela concerne aussi bien, pour les Grecs, le gouvernement de la communauté que celui de l'individu. Le sujet et la Cité se constituent donc en articulant de manière semblable exigence de vérité, pouvoir sur soi et pouvoir sur les autres.

Jusque-là, rien de vraiment neuf. En revanche, le cours devient inouï, et les analyses virtuoses, quand Foucault braque le projecteur sur les philosophes cyniques. L'adjectif, dans l'Antiquité, n'a rien à voir avec son sens courant actuel. Dérivé de kunos ("chien", en grec ancien), il signifie "canin". Les cyniques sont ceux qui - volontairement, exemplairement - vivent comme des chiens. Dormant à la dure, se dépouillant de tout artifice, mendiant leur pitance, ne respectant aucun usage de civilité, s'accouplant en public, invectivant les passants, ces philosophes ont fait scandale, plusieurs siècles durant.

Foucault s'intéresse à ce scandale, souvent négligé ou minimisé. Son intérêt ne tient pas simplement à sa fascination pour les "infâmes", provocateurs ou rebelles. Il discerne, dans la réprobation que suscitent les cyniques, les termes d'une énigme à résoudre. Pourquoi donc les voit-on d'un si mauvais oeil, alors qu'ils prennent appui, somme toute, sur le tronc commun des ambitions philosophiques du monde antique ? Il faut insister, en effet, sur la banalité de ce que veulent les cyniques, dont le fonds doctrinal ne brille aucunement par son originalité. Au contraire, leurs objectifs sont des plus consensuels. Transformer son existence par la philosophie, s'occuper de soi pour y parvenir, délaisser en conséquence tout ce qui se révèle inutile, s'exercer à rendre sa vie conforme à ses pensées - tout le monde, en Grèce ou à Rome, s'accorde sur ces points. Que font donc les cyniques de si étrange, de si inacceptable, pour être rejetés dans l'opprobre tout en poursuivant des buts que tous les philosophes, en leur temps, partagent peu ou prou ?

Ils opèrent un passage à la limite. En poursuivant radicalement, jusqu'à son terme, le mouvement de la vie philosophique, ils en inversent le sens. Les cyniques montrent que la "vraie vie", la vie selon la vérité, n'existe qu'au prix du saccage de moeurs qui nous égarent. Voilà l'exploit qui crée le scandale : faire entrer en conflit, aux yeux de tous, des principes unanimement partagés et leur mise en pratique. Avec les principes, nous sommes tous d'accord. Mais nous faisons l'inverse. Les cyniques exécutent, à la lettre, ce que nous approuvons, et c'est inacceptable. Sans rien changer aux buts habituels de la philosophie, ils font apparaître combien, pour les atteindre, il faut briser les règles et démonétiser les conventions sociales.

Dans l'histoire de l'Occident, c'est une mutation capitale. Du coup, en effet, la "vie philosophique", la "vraie vie" (droite, parfaite, souveraine, vertueuse) se trouve transformée en "vie autre" (pauvre, sale, laide, déshonorée, humiliée, animale). Foucault met en lumière les multiples aspects de cette torsion promise à une postérité immense. Même la fonction souveraine du philosophe se trouve radicalement métamorphosée, au point de devenir grimaçante. Le cynique est bien le seul vrai roi, qui n'a besoin de rien ni de personne pour manifester son pouvoir. Mais ce roi est dérisoire - nu, sale et laid.

Sa fonction suprême ? Exercer le franc-parler envers le genre humain tout entier. Ce chien aboie, attaque et mord. En guerre contre l'humanité dans son ensemble au nom du dire-vrai (la parrèsia), il se bat contre soi aussi bien que contre tous les autres. Ce clochard cosmique invente ceci : rejoindre la vraie vie implique le chambardement du monde, la rupture radicale avec ce qui existe. Missionnaire de la vérité, le héros cynique oeuvre à l'avènement, à terme, d'un monde nouveau.

A partir de là, le programme à suivre se résumerait ainsi : étudier le passage de cet ascétisme cynique à l'ascétisme chrétien, suivre les continuités et les transformations de la "vraie vie" en "vie autre", du "vrai monde" en "autre monde" depuis le Moyen Age chrétien jusqu'aux révolutionnaires et militants du XIXe siècle.

Dans le cas de Foucault, il était effectivement trop tard pour mettre en oeuvre un si vaste chantier. Mais il en donne, dans ce cours, mieux que la simple épure. C'est un vrai livre, foisonnant d'exemples, d'analyses, d'hypothèses, si débordant de vivacité et de vitalité que quelques lignes n'en donnent qu'une vue partielle. En fin de compte, ce qu'il y a de bien, avec l'intelligence, c'est qu'elle ne meurt pas si facilement. La preuve : elle court encore.




Le courage de la vérité
La gouvernement de soi et des autres II
Cours du Collège de France (1984)
de Michel Foucault
Edition établie sous la direction de François Ewald et Alessandro Fontana par Frédéric Gros,
Seuil/Gallimard "Hautes études", 334 p., 27 €.

 

Roger-Pol Droit

Article paru dans l'édition du 23.01.09

 


Travailler plus pour devenir bête

LEMONDE.FR | 26.02.09 | 19h09  •  Mis à jour le 26.02.09 | 19h17



Le travail intensif peut altérer les capacités mentales. C'est à cette conclusion qu'aboutit une étude, parue dans la livraison du mois de mars de  The American Journal of Epidemiology. Le phénomène est d'autant plus préoccupant que le sur-travail est monnaie courante. "Les longues plages horaires sont communes dans le monde entier; dans les Etats membres de l'Union européenne, entre 12 % et 17 % des actifs ont effectué des heures supplémentaires en 2001", rappellent les auteurs de l'étude.

Une équipe finlandaise a étudié le cas de 2 200 fonctionnaires britanniques, âgés de 35 à 55 ans, sur une longue période, entre 1997 et 1999, puis entre 2002 et 2004. Parmi les sondés, 39 % ont rapporté des horaires hebdomadaires inférieurs à 40 heures, alors que 53 % ont déclaré un emploi du temps de 41 à 55 heures.

Les résultats montrent que ceux qui travaillent plus de 55 heures par semaine ont des capacités mentales amoindries par rapport à ceux qui ont une durée de travail hebdomadaire de 40 heures. Ceux qui avaient une surcharge de travail sont moins bons dans les tests d'évaluation du raisonnement et du vocabulaire.

RAISONS OBSCURES

Les effets constatés sont par ailleurs cumulatifs : selon l'étude, plus la semaine de travail est dense, plus les effets indésirables se font ressentir. Pour parvenir à de tels résultats, les employés ont été soumis à cinq tests différents. Parmi ceux-ci, les scientifiques ont soumis à l'échantillon une liste de vingt mots de une à deux syllabes, en leur donnant deux minutes pour en retenir un maximum.

Si le diagnostic est désormais établi, les causes sont plus obscures. Les scientifiques n'ont pas pu déterminer pour quelles raisons précises la surcharge de travail affectait les facultés mentales. Ils ont toutefois relevé un faisceau de facteurs explicatifs, parmi lesquels figurent une qualité de sommeil inférieure, de la dépression et, d'une manière générale, une hygiène de vie moins bonne.

Cette étude ne constitue qu'une base de départ pour ceux qui l'ont réalisée, car, de leur propre aveu, elle demeure limitée. "La durée de la période d'étude ne semble pas suffisante pour détecter le déclin des fonctions cognitives en général", jugent les auteurs. L'analyse, qui prend pour base des fonctionnaires, "n'est pas représentative de la population active globale", poursuivent-ils.

 

Le Monde.fr

 



Psychanalyse de la crise

La voiture : panne de libido ?, par Pascal Bruckner

LE MONDE | 27.02.09 | 13h57



Ce sont des milliers de carcasses neuves qui, partout en Europe et en Amérique, s'alignent sur des parkings, sous des hangars et attendent en vain un acheteur. Rien à voir avec les classiques cimetières de voitures, amas de tôles froissées, de châssis défoncés pourrissant dans une friche, tel le mythique Cadillac Ranch, sur la Route 66 aux Etats-Unis, monolithes de métal peinturlurés, fichés dans le sable du désert californien. Ceux-ci témoignaient de la vitalité d'une industrie qui semait derrière elle ses déchets.

Les cimetières d'aujourd'hui incarnent une panne du système. La crise accélère une désaffection grandissante envers l'automobile. Les 4 × 4 gourmands sont dénoncés aux Etats-Unis par les groupes évangélistes qui voient en eux les symboles d'une arrogance contraire aux enseignements du Christ ! Partout les grands constructeurs ferment des usines, réduisent la production, se déclarent en faillite, licencient à tour de bras. Fin d'un objet fétiche qui fut le héros du XXe siècle et créa dans son sillage tant de chefs-d'oeuvre, de petites merveilles de la mécanique.

Trois raisons expliquent cet abandon : l'automobile a incarné longtemps un rêve de liberté, celle de circuler à sa guise. Pour un monde longtemps immergé dans la ruralité, figé dans le temps et l'espace, elle parut un miracle. Rouler des nuits entières, partir sur un coup de tête, traverser la France, l'Europe, avaler des kilomètres pour le plaisir, ne dépendre de personne, tel est, tel fut l'attrait de ce moyen de transport. Personnalisation quasi érotique de la voiture, maison roulante que l'on emportait partout avec soi, incarnation sur roues de votre singularité. Ce rêve s'est écroulé lentement avec l'engorgement des villes, des routes, des autoroutes : si chaque Français, Belge, Américain possède son véhicule, il sera peut-être un heureux propriétaire mais il ne pourra plus circuler.

L'effet démultiplicateur de la démographie périme le droit à la mobilité. Merveilleuse tant qu'elle était réservée à une minorité, la voiture, popularisée, se transforme en cauchemar, fait de chaque conducteur le prisonnier de son véhicule, dispendieux qui plus est. Fin de la vitesse, généralisation de l'embouteillage, de l'accident dont témoignent tant d'oeuvres littéraires ou cinématographiques.

ALIÉNATION ET INERTIE

"Démocratie, a très bien dit l'écrivain Roberto Calasso : l'accession de tous à des biens qui n'existent plus." Ajoutons à ce discrédit le renchérissement des coûts du pétrole et surtout l'anathème porté par le discours écologiste sur cette industrie, polluante et encombrante. Symbole d'affranchissement, la voiture est devenue symbole d'aliénation et d'inertie. Le bolide qui dévorait l'espace s'est enlisé dans une coagulation généralisée. La merveilleuse auto s'est transformée en bagnole, poubelle bruyante dont on se détourne avec horreur.

Il ne s'agit pas d'une simple mise au régime, d'une diète provisoire avant de reprendre l'orgie : c'est vraiment la conclusion d'un cycle. Bien sûr, on construira toujours des voitures, mais propres, électriques, petites, n'émettant aucun gaz carbonique et rechargeables sur des prises à haut débit. La Californie commercialise depuis quelques années le Tesla Roadster, une décapotable propre, plébiscitée par les stars, et Bertrand Delanoë lancera bientôt à Paris un système Auto-lib' sur le modèle du Velib' : de petits véhicules électriques empruntables à l'heure ou à la journée. Nous serons tous des "écocitoyens responsables", nous prendrons le bus, le tramway, le métro, nous cesserons de financer, par notre gloutonnerie de pétrole, des dictatures sanguinaires ou des régimes oppresseurs.

Mais qu'est-ce qu'une voiture qui n'est ni voyante, ni polluante, ni tapageuse ? Un moyen de transport, pas un objet de désir. L'écologie a raison, ce pourquoi elle ne suscitera jamais l'enthousiasme, puisque ses mots d'ordre sont l'économie, la privation, la précaution. Finie l'ostentation des cabriolets ou coupés qui écrasaient de leur luxe la piétaille humaine ; finis les exploits des amoureux de la vitesse qui jouissaient d'accélérations vertigineuses et flirtaient avec la mort à chaque virage.

Les anathèmes d'Ivan Illitch, André Gorz ou René Dumont n'y ont rien fait. Il a fallu une désertion globale pour que le rêve automobile perde de son lustre et que les ventes s'effondrent. Mais on ne tue jamais une passion sans lui en substituer une autre. Déjà nos rutilantes machines sont remplacées par les portables, les ordinateurs qui répondent au double principe d'indépendance et de locomotion : nous sommes partout sans bouger de chez nous, reliés à tous sans être avec personne. A la place des monstres énergivores, les écrans ultraplats à fonctions multiples, dans un outil de quelques centaines de grammes. Nouveau paradigme qui fait basculer l'individu contemporain dans une ère inédite d'autosuffisance et de mobilité.

Ce n'est pas le marché qui agonise, c'est une forme dépassée du capitalisme qui disparaît parce qu'elle a cessé d'être désirable.


Pascal Bruckner est écrivain et essayiste.

 

Ce que vieillir veut dire... ( article de La Croix )

 Désormais, le temps du vieillissement représente près de la moitié de la vie humaine, et la notion d’âge devient largement subjective. Avec un objectif : « vieillir jeune »… et heureux ?
 

V
ivre c’est vieillir, rien de plus», constatait Simone de Beauvoir… Une expérience natu­relle, inéluctable, pour peu qu’on attende le temps qu’il faut, et par­tagée par toute l’humanité, si elle a la chance d’atteindre un certain âge. Le vieillissement n’est pas la vieillesse, ni la maladie, et chacun le pratique désormais durant une bonne partie de sa vie, en moyenne entre le tiers et la moitié.
  C’est une expérience nouvelle aussi – qu’à titre personnel on ne vit jamais deux fois ! –, car les conditions du vieillissement se sont largement transformées ces trente dernières années: «Une nouvelle génération est apparue, entre 55 et 75-80 ans, pour laquelle on cherche encore un mot, en par­lant de maturescence par exemple, une période qui s’allonge, avant l’entrée dans la grande ou “vraie” vieillesse, souligne Olivier de La­doucette, psychiatre et gériatre (1).

 Aujourd’hui une personne de 70 ans est dans la forme d’une personne de 60 ans il y a quinze ans, et il y a en­core une marge de progression. »
Ce que confirme à sa manière Alain, citoyen actif, grand-père disponi­ble et internaute averti : « Lorsqu’il y a quarante ou cinquante ans, on parlait de la vieillesse, j’imaginais des personnes fatiguées, voûtées, marchant lentement, etc. Je vais avoir bientôt 80 ans, et pourtant le mot même de vieillesse ne me vient pas à l’esprit. » «C’est une évolution majeure,
 reprend le psychiatre, due essen­tiellement au gain de longévité dans le dernier tiers de la vie. Cela tient aux progrès médicaux, mais aussi à l’amélioration des conditions de vie, grâce à des retraites plus con­fortables, à une alimentation plus équilibrée, à l’éducation aussi, qui aide à bien vieillir. » S’il est entendu que le vieillissement débute avec la naissance, on se bornera ici à ausculter le deuxième versant de l’existence, celui où prend fin le «silence du corps» et où, du moins selon la sagesse populaire, commence la maturité.

  « On a l’âge de nos artères »,
disait un dicton aujourd’hui un peu bousculé. Car, toujours selon Oli­vier de Ladoucette, nous avons à la fois un âge chronologique, que l’on peut calculer d’une soustraction, un âge physique, lié à notre mode de vie, et un âge social, celui de notre cerveau, de notre moral, de l’image que les autres ont de nous, de notre place dans la société : « Les notions d’âge, de vieillesse sont très floues, et résultent de la synthèse que chacun fait en lui-même de ces différents âges ; c’est éminem­ment variable d’une personne à l’autre. De plus, cet âge subjectif est différent de l’âge chronologi­que, et en général moindre : quand on a 8 ans, est vieux celui qui en a 20 ; à 50 ans, on situe la vieillesse à 78 ans, et quand on en a 70, à 85 ans ; c’est toujours 85 lorsqu’on en a 80 ! » Depuis trente ans, l’écart semble se creuser entre ces âges, et il n’y a plus guère de corrélation entre eux : « Autrefois, les hommes entraient dans la vieillesse avec la retraite, et les femmes avec la fin de la fécondité. Aujourd’hui, tout ce qui permettait une vision linéaire des âges – études, mariage, travail, retraite – vole en éclats, tant les iti­néraires sont changeants : un foot­balleur est considéré comme vieux à 35 ans, mais on peut recommencer des études à 40, avoir des enfants à 60, et tomber amoureux à 80… »
 Le praticien reconnaît qu’il ne sait plus toujours lui-même donner un
 âge à ses patients : « Beaucoup de gens font facilement dix ans de plus ou de moins que leur âge chrono­logique. Récemment j’ai examiné une dame à qui je donnais 85 ans et qui était largement centenaire. »
 Reste que l’on vieillit tou­jours, et que cela concerne de plus en plus de gens. Le corps et l’esprit se transforment, ra­lentissent ou s’élargissent (lire l’entretien p. 15), manifestent ces changements par mille si­gnes visibles à l’extérieur ou ressentis de l’intérieur, avec un calendrier très différent selon les organes et selon les personnes. On vieillit certes plus tard, mieux, différem­ment, mais on vieillit quand même, dans des dimensions physiologiques, psychiques, affectives, intellectuelles et sociales entremêlées. À entendre les intéressés (lire témoignages page suivante),
 ce n’en est pas plus simple pour autant, dans notre so­ciété réputée « jeuniste ».
  Christian Heslon, psycho­sociologue, chercheur à l’uni­versité d’Angers sur les âges de la vie (2), propose quatre représentations des « vieux » :

  « L’Ancien, qui est un modèle pour les jeunes, puis l’Ancêtre sacré, que l’on vénère et pro­tège ; il y a aussi l’Aïeul, con­sidéré comme une bouche à nourrir improductive, et le “vieillard coupa­ble”, à qui l’on reproche de laisser un monde dont on ne veut plus. Dans notre société française, nous avons ainsi quelques figures d’Anciens, issus du monde politique ou scientifique, quelques Ancêtres sacrés comme la figure papale, et surtout beaucoup d’Aïeux, à cause du coût des retraites et de la santé. On va aussi vers leur mise en accu­sation, pour avoir mené notre pla­nète là où elle est aujourd’hui… »

 Pour lui, donc, « le mot “vieux” étant devenu péjoratif dans notre société moderne, on s’y identifie de moins en moins. Il est synonyme de déficit et de déclin, au contraire d’autres cultures où il évoque la mémoire, l’expertise, l’expérience, contre l’im­maturité de la jeunesse. » Le cher­cheur, plutôt que de « jeunisme », parlerait plutôt de « vieillir jeune » :

 « On veut bien vivre plus longtemps, mais en restant jeune ; il n’y a pas d’apologie de la jeunesse, qui n’est pas si bien traitée que cela, mais plutôt la volonté de vieillir en con­servant les atouts de la jeunesse, et le pouvoir dans la société. C’est le cas dans le monde politique, où la moyenne d’âge est parmi la plus éle­vée d’Europe, et où les « retraités » sont majoritaires parmi les élus, notamment locaux. Dans le monde du travail, ils ne représentent plus
la culture d’entreprise et l’exper­tise ; on parle de la ségrégation des quinquagénaires, qu’il faudrait nuancer selon les milieux profes­sionnels : c’est vrai pour les métiers physiques et usants, comme les infirmières, les pompiers… moins pour les métiers intellectuels, où l’on demande seulement aux “seniors” de rester actifs, créatifs, perfor­mants, jeunes en somme. » On ne s’étonnera donc pas de tous les efforts déployés par les hommes et les femmes vieillissants, à coups de crèmes de jouvence, de transpi­ration sportive, de médicaments, de formation permanente ; ni de l’immense marché y afférant, pour atteindre cet objectif de « vieillir jeune » !
  Pourtant, selon le Portrait social de l’Insee 2008, c’est entre 65 et 70 ans que les Français se sentent le plus heureux ! La « courbe du bonheur», qui ne coïncide pas du tout avec celle des revenus, décroîtrait ainsi de la jeunesse à la quarantaine, avant de progres­ser jusqu’à 60 ans, d’atteindre son apogée puis de décliner à nouveau au-delà de 70 ans. Cela n’étonne pas le Dr de Ladoucette: «À cet âge, les deuils sont déjà faits de ce que la vie n’a pas apporté ; on est moins dans l’urgence que les qua­dragénaires, on peut s’ouvrir aux autres, se cultiver, s’émerveiller, on gagne en empathie, en sens compas­sionnel. L’intelligence procède plus de l’expérience que de la rapidité. Un mode d’emploi de la vie a été élaboré aussi, son sens trouvé… »
 Ce qu’on appelle sans doute les bénéfices de l’âge !

 GUILLEMETTE DE LA BORIE
( journal La Croix )
 (1) Auteur de Bien vieillir, psychologie de la vie quotidienne (Bayard) et du Guide du bien vieillir (Éd. Odile Jacob).
  (2) Auteur de Petite psychologie de l’anniversaire et de Accompagner le grand âge (Dunod).

 Selon le « Portrait social » de l’Insee 2008, c’est entre 65 et 70 ans que les Français se sentent le plus heureux !

L'épreuve de philo est la première épreuve du bac mais aussi l'une des plus redoutée des élèves. Craintes et  interrogations sur le sujet du bac de philo ainsi que les attentes des correcteurs angoissent de nombreux bacheliers. Voici quelques conseils pour mettre le plus de chances de votre côté le jour du bacde philo.
Sur les trois sujets qui vous sont proposés lors de l'épreuve de philo, deux sont des dissertations et le troisième un commentaire de texte.
Le sujet de dissertation du bac de philo se présente sous la forme d'une question. Il ne s'agit pas de répondre à la question directement, mais de soulever la problématique qu'elle pose.

Vous devez construire un problème autour de cette question. L'analyse du sujet de dissertation fera appel à votre capacité à poser une problématique pertinente, vous allez devoir trouver les moyens de rattacher le sujet à ce que vous pensez, à ce que vous avez vécu, et à ce que vous avez lu.  Pour réussir l'épreuve de philo, posez vous d'abord les bonnes questions par rapport au sujet du bac de philo.
Comme dans les autres matières, pour le bac de philo, l'introduction est un élément important car elle représente le premier contact du correcteur avec votre copie. Les banalités du type "de tous temps... " sont à bannir, les plans classiques du type thèse, antithèse et synthèse sont également à éviter.
La dissertation est une démonstration consistant à répondre à la problématique posée en introduction.

Essayez de vraiment rentrer dans le sujet sans trop développer dès l'introduction afin d'éveiller l'intérêt du correcteur.
Enrichissez votre argumentation de citations liées au sujet et à votre réflexion, expliquez les de façon à prouver au correcteur que vous maîtrisez ce que vous avancez.
Chacune des sous parties de la dissertation du bac de philo doit constituer un paragraphe dont les conclusions permettent d'enchaîner avec le paragraphe suivant. Vous devez prouver au correcteur que vos arguments ont une place précise dans votre dissertation et qu'ils ne sont ni interchangeables ni juxtaposés. La conclusion est une réponse à la question que vous posez en introduction, vous rappellerez donc ici votre problématique ainsi que les éléments de votre argumentation. Vous démontrerez également que vous avez bien répondu à la question incluse dans le sujet de l'épreuve de philo.
Le commentaire de texte est le deuxième type de sujet du bac de philo.  Il s'agit à partir d'un texte, de restituer la thèse de l'auteur ainsi que sa logique de démonstration. On ne vous demande pas une critique du sujet du bac de philo mais une explication permettant au correcteur de comprendre la logique de l'auteur.
Pour vous lancer dans l'explication il est important de faire plusieurs lectures successives du texte et de bien connaître l'auteur.
Commencez par dégager l'idée générale du sujet du bac de philo et ensuite vous pourrez établir votre plan. Evitez la paraphrase et bâtissez la problématique que soulève le texte. Vous dégagerez trois grandes idées directrices menant à la thèse et permettant la construction de votre commentaire. Que ce soit pour la dissertation ou pour le commentaire, le jour du bac de philo, vous devrez optimiser votre gestion du temps. Ne consacrez pas plus qu'une heure et demie à la rédaction de l'introduction, de la conclusion, et du plan détaillé. En dédiant du temps à la rédaction proprement dite, vous éviterez tout genre de ratures et de fautes pénibles pour le correcteur. Donnez-vous également 10 minutes pour vous relire et pour soigner la présentation de votre copie.




Bon courage à tous (et aussi aux correcteurs....!)

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