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Vendredi 2 mai 2008

Les réfugiés de l'environnement (première partie)

NOUVELOBS.COM | 18.04.2008 | 12:03

La Terre chauffe et avec elle beaucoup de territoires autrefois accueillants deviennent inhabitables pour leurs occupants traditionnels. Du coup, les populations résidentes sont obligées d'aller s'installer ailleurs. Ces nouveaux réfugiés climatiques sont aujourd'hui une trentaine de millions mais leur nombre devrait dépasser les 250 millions en 2050. Ce thème a fait l'objet d'une conférence lors du festival Sciences Frontières qui s'est déroulé à Marseille au début du mois d'avril.

Une des îles composant l'archipel de Tuvalu

Une des îles composant l'archipel de Tuvalu Peter Bennetts/Getty Images

Qui sont ces populations menacées ? Ou vivent-elles ? En fait un peu partout dans le monde. Il faut savoir que près de 500 millions de personnes vivent à moins de cinq kilomètres des côtes et pas loin de 350 millions à moins de cinq mètres au-dessus du niveau de l'eau, voir en dessous pour certains (Bengladesh, Pays bas, Camargue...). Toutes ces régions sont directement menacées par la montée des eaux consécutives à la fonte des glaces polaires. Pour d'autres la menace ne vient pas de l'eau mais plutôt de son absence, en Asie, en Afrique et en Amérique Latine la déforestation conjuguée à la hausse des températures accélère la progression des déserts menaçant encore plusieurs millions de personnes.

Le premier exemple, tragique, de ce phénomène migratoire forcé se situe en plein cœur des îles polynésiennes. A quelques kilomètres de l'équateur, dans des eaux bleu turquoise, l'archipel de Tuvalu composé de quelques petits îlots peuplés d'une dizaine de milliers d'habitants sera entièrement recouvert par les eaux d'ici 2050. Les habitants sont donc contraints d'aller vivre ailleurs. Mais cet ailleurs n'existe pas encore : les pays voisins (Australie, Nouvelle-Zélande, Indonésie...) n'acceptent des réfugiés qu'au compte goutte avec des conditions drastiques d'accès à leur territoire.

Au même moment, de l'autre côté du globe, les Inuits qui vivent sur la banquise voient leur territoire se réduire d'années en années comme une peau de chagrin. Eux non plus n'ont pas d'ailleurs et tentent de faire reconnaître le préjudice qu'ils subissent. Ils viennent ainsi de porter plainte contre les Etats-Unis, l'un des plus gros producteurs de gaz à effet de serre, devant l'équivalent de la cour européenne des droits de l'Homme pour le continent Américain. En attendant ils envisagent aussi une « délocalisation forcée ».

Ces mouvements de populations n'en sont qu'à leur commencement. Tout indique que la situation climatique du globe va continuer à se détériorer. Les objectifs de réduction d'émission de gaz à effet de serre (GES) fixés par Kyoto, déjà minimalistes, ne seront selon toute vraisemblance pas atteints. En conséquence, il faut s'attendre à d'autres situations catastrophiques. Les experts prévoient essentiellement des mouvements de population Sud/Sud ainsi que des tensions sur les îles du Pacifique et de l'Océan Indien comme les Maldives. Mais les problèmes soulevés par ces déplacements de personnes nécessitent une régulation et une prise en charge internationale. (A suivre).
par lenuki publié dans : Sciences politiques
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Vendredi 2 mai 2008

Il va sans dire que l'on peut ne pas être d'accord avec certaines prises de position, trop marquées d'un point de vue religieux, mais ces articles n'ont pour but que de favoriser la réflexion, sans exclusive....


Le sens du bien commun

Jean-François Petit,
faculté de philosophie, Institut catholique de Paris
L'urgence d'une préoccupation

L'antique concept de bien com­mun a-t-il un avenir ? Il y a peu de temps, on ne donnait pas cher de cette idée : notion périmée, liée à un héritage philosophique et religieux trop occidental, pas assez attentive aux évolutions actuelles, notamment de l'économie... Or, justement, les interdépendances croissantes des sociétés, les me­naces planétaires sont en train de conduire à sa réélaboration complète.
Toute une nouvelle génération de jeunes chercheurs, souhaitant faire dialoguer les disciplines et les traditions de pensée, s'est emparée avec fougue de cette notion pour l'acclimater à un contexte de fortes et rapides mu­tations. Leurs questions ne sont pas si incongrues : quelle relation peut-on construire entre bien commun et biens particuliers ? Si l'on ne croit guère à une « main invisible » du marché, quels liens établir en économie entre « vices privés» et «vertu publique»? Autre interrogation: dans un pays de laïcité comme le nôtre, peut-on concevoir la définition d'un bien commun politique sans y inclure un respect de lois divi­nes ? Plus profondément encore, est-il possible de définir un bien commun immanent à la société sans références à des normes transcendantes ? On le constate, le champ d'exploration est vaste. Les développements au XX
e siècle de l'idée de bien commun ont été importants.
Au concile Vatican II, les chré­tiens n'étaient pas en dehors des débats. La constitution pastorale

Gaudium et spes
avait en effet dé­fini le bien commun comme un « ensemble de conditions sociales qui permettent tant aux groupes sociaux qu'à chacun de leurs membres d'atteindre leur per­fection d'une façon plus totale et plus aisée » (26,1). Des pionniers, tant au plan philosophique, comme Jacques Maritain, qu'au plan social, comme le P. Lebret, avaient conduit à cette heureuse prise en compte en adossant cette notion au service de la personne. On sait moins que la tradition li­bérale est aussi restée sensible à cette question du bien de tous. Un philosophe comme John Locke parlait volontiers du « bien public » comme « bien de chaque membre particulier autant qu'il peut être satisfait par des règles communes» . À l'èremoderne, la divergence, notamment avec la tradition socialiste, a surtout porté sur les moyens à adopter pour y parvenir. Certes, on peut faire le constat d'une arène politi­que, où les ambitions et les rivali­tés personnelles polluent le débat, ou d'une scène économique où le « chacun pour soi » semble être la règle. Mais on peut voir aussi les choses autrement. Aujourd'hui, de nombreuses institutions in­ternationales, comme l'Unesco, ou des ensembles politiques, comme l'Union européenne, ten­tent de promouvoir et de mettre en œuvre dans leurs politiques cette notion de bien commun, parfois pas toujours totalement distinguée de celle d'intérêt gé­néral. Qu'importe. Par bien des aspects, il semble non seulement possible, à partir notamment d'un héritage augustinien et thomiste, de promouvoir cette idée d'un bien commun universel. Au vu des défis planétaires, il y a sans doute plus urgence qu'il n'y paraît.
Aujourd'hui, de nombreuses institutions internationales ou des ensembles politiques tentent de mettre en œuvre cette notion de bien commun, pas toujours distinguée de celle d'intérêt général.

 

En quête de soi et de sens
E
n France, l'élection présidentielle met aux manettes en 2007 la droite, les élections municipales en 2008, la gauche : division du travail politique dans notre démocratie ? Peut-être... Surmédiati­sation (avec Internet) de la scène politique au niveau national ? Mobilisation territoriale autour de problématiques de proximité, le tout sur fond de crise financière de l'État ? Il le semble... Et dans le monde, de plus en plus petit ? La construction européenne est en panne et la globalisation financière fait rage, diluant les responsabilités. Le capita­lisme se porte bien et remet en cause notre environnement social et naturel ; il s'ac­compagne de moyens de communication séduisant de plus en plus de populations. Les conflits interculturels et identitaires sur fond religieux, malgré les débuts d'une gouvernance mondiale, creusant les écarts entre le Nord et le Sud, battent leur plein depuis le Moyen-Orient jusqu'aux conscien­ces des individus en quête de soi et de sens. Les jeunes générations, nous dit-on, sont en proie à une perte des valeurs... Y a-t-il un sens à tout cela ? Chaos, ébullition des valeurs ? Problème de gouvernance et de prise de décision des élites ? Financiarisa­tion des sociétés modernes ? Déplacement des centres de décisions, court-circuitant l'État-nation, tant par le bas (régionalisa­tion) que par le haut (mondialisation) ? Tout cela à la fois, sans doute.
Mais il en ressort un point commun, l'ab­sence de sens politique. Il recouvre deux di­mensions. D'une part, le sens du politique, c'est-à-dire le « sens des ensembles » (Mou­nier). Ce sens du collectif peut s'envisager
alors soit comme « mise en commun des actes et des paroles » (Aristote, Arendt, Ha­bermas), soit comme domination, rapport de force, stratégie du plus fort (Machiavel, Hobbes, Marx, Schmitt). D'autre part, le sens politique, c'est mettre du sens dans la politique, le sens étant entendu dans ses trois dimensions : direction (d'où venons­nous ? où allons-nous ?), signification (le sens des choses) et également incarnation de l'acte politique dans la vie concrète de nos concitoyens avec des questionnements entremêlant éthique de responsabilité et éthique de conviction.
Pourquoi cette absence de sens poli­tique? Le sens du collectif s'émiette au profit d'une valorisation des stratégies individuelles, non pas tant du fait d'une individualisation/pluralisation libérales des sociétés que du manque d'une force de proposition de sens significative pour tous. Aussi, ne savons-nous plus où nous voulons aller. Sans discernement, pas d'engagement. Il n'y a plus de sens politique parce que les grandes formulations du vivre ensemble s'effacent au profit d'une subjectivisation braconnée des références communes.
Pourtant, quatre principales formulations du vivre ensemble peuvent nous inspirer. Le bien commun : les valeurs de bien existent en soi, transcendantes et incontestables, elles sont accessibles à tout homme qui use de sa raison. L'intérêt général : il est la résultante toujours négociable et révisable d'un processus délibératif entre subjectivi­tés souveraines. L'éthique de la discussion : une mise en commun des argumentaires sur fond d'égalité et de rationalité des membres sans intimidation, sans argument d'autorité, peut réaliser des accords. Enfin, les spiritualités : mises de côté a priori parce que n'ayant rien à voir avec le politique, elles font a posteriori réfléchir à des fins existen­tielles et supérieures (vie, mort, euthanasie, guerre, paix...) et questionnent des choix publics à implication éthique.
Dès lors, il semble urgent de faire un diagnostic approfondi de l'absence du sens politique. Il s'agit aussi de proposer et transmettre à toutes les générations, en formation initiale et continue, le souci de la gouvernance des ensembles selon un exercice éthique du sens en politique. Cela passe par la prise en compte des rapports de force et contraintes, par la mise en sens des quatre formulations du vivre ensemble. La finalité : la mise en commun effective et démocratique des actes et des paroles au service des personnes, dans « une vie ac­complie avec les autres et pour les autres dans des institutions justes » (Ricœur). Telle est du moins l'ambition du pacte commun qui est au cœur de l'Institut du sens politique.

Proposer et transmettre à toutes les générations le souci de la gouvernance des ensembles selon un exercice éthique du sens en politique.

 

L'économie n'est pas le tout de l'homme
L
e bien commun ne fait pas partie du vocabulaire des économistes. Ils parlent plus volontiers d'intérêt général, de satisfaction générale ou de bien-être social. Parler de bien commun les entraînerait sur un terrain qui n'est pas le leur. Ils reconnaissent qu'il ne leur appartient pas de fixer les objectifs sociaux à atteindre dans une société donnée. Au mieux peuvent-ils chercher à répondre à des questions du genre : quels sont les moyens les plus efficaces pour réduire la pauvreté, atteindre tel niveau de bien-être social ? Quelles seraient les conséquences de la suppression du salaire minimum sur les prix, les salaires, les finances publiques, l'équité ? Bien évidemment, ils ne peuvent prétendre à une parfaite neutralité dans leurs réponses. Ils savent bien qu'ils sont tributaires des présupposés des cadres théoriques et des modèles qu'ils peuvent mobiliser.
La réponse du lien entre économie et bien commun est à chercher ailleurs que dans la science économique. Il faut pour cela revenir aux fonctions fondamentales de l'économie comme organisation des échanges de biens et de services. Deux sont essentielles pour saisir la contribution de l'économie au bien commun.
La première fonction de l'économie est de fournir les biens et services dont les hom­mes ont besoin pour vivre. Dans un monde où les tâches sont parcellisées, personne ne peut produire par lui-même de tout ce dont il a besoin pour vivre décemment. En participant à l'organisation économique, il fait une double expérience : celle de sa nature d'être social et celle de ses propres limitations. La vie économique lui est né­ cessaire, ne serait-ce que pour survivre. En cela, on peut dire que l'économie fait partie du bien commun. Elle est à son service et elle sert les autres en y contribuant.
Cet apport réciproque est un élément déterminant du bien commun où se joue le rapport entre l'homme et la société. L'homme n'est pas un simple rouage d'une mécanique complexe et supra­personnelle, où son identité personnelle serait absorbée par et dans le collectif. Dans le même temps, l'économie ne se ré­ duit pas à la recherche de ses seules satis­factions personnelles - optique dominante dans la pensée économique qui considère que les choix collectifs sont guidés par l'agrégation des préférences individuel­les. Cela signifie aussi que l'homme a une responsabilité à l'égard d'institutions éco­nomiques qui permettent la production et l'échange de biens. Il ne peut en user selon son bon vouloir, au gré des opportunités qui se présentent à lui. Mais il doit veiller à leur bon fonctionnement pour que tous puissent accéder aux biens et services qui leur sont nécessaires. La manipulation des marchés, les manœuvres spéculatives, la corruption sont contraires à la recherche du bien commun, c'est-à-dire du bien de tous et de chacun.
La seconde fonction de l'économie, moins évidente, est de permettre l'existence et le développement de tout ce qui n'est pas éco­nomique. C'est parce que certains s'occu­pent des affaires humaines ( negotium ), de la production et de l'échange que d'autres - et les mêmes en d'autres temps - peuvent se livrer à l'étude, à la recherche de la vérité, à la contemplation ( otium ). En effet, tout n'est pas économique. Mais c'est l'économique qui permet la différentiation des activités humaines. Cela donne à l'économie une position prééminente dans la société, qui peut facilement devenir hégémonique quand tout devient marchand. Il ne faut cependant pas attendre de la sphère écono­mique qu'elle s'impose des limitations pour ne pas empiéter sur les autres sphères de la vie sociale. Cette responsabilité incombe au politique. Celui-ci peut et doit établir, par une législation adaptée, les frontières de l'économique pour préserver un espace d'échanges fondés sur une logique autre que celle du marché (services publics, économie sociale, don d'organes...).
Même si l'économie est une dimension capitale et indépassable de l'existence, elle n'est pas le tout de l'homme. L'homme, même le plus pauvre, ne vit pas seulement de pain. Il a aussi besoin de culture, de gra­tuité, de solidarité, de fête. Le bien commun déborde largement ce que l'économie peut proposer à l'homme. L'économie n'est ja­mais qu'un moyen au service d'une finalité qui l'excède.

Le politique peut et doit établir, par une législation adaptée, les frontières de l'économique pour préserver un espace d'échanges fondés sur une logique autre que celle du marché.

par lenuki publié dans : Réflexions d'actualité
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