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Jeudi 8 mai 2008

 

Droit : (etym : latin directus, « droit », ni courbe ni  tordu ; ce qui est conforme à la règle) 1) Sens courant : pouvoir moral d'exiger quelque chose en vertu d'une règle ou d'un principe reconnu. Les droits  procèdent toujours de contrat tacites qui fixent  des obligations correspondant à ces  droits : il n'y a pas de droits sans devoirs réciproques. 2) Sens juridique : ensemble des règles et des normes qui encadrent la vie sociale et qui s'expriment par des lois. Le droit « positif » est le droit en vigueur dans telle ou telle société.  Le « droit public » est celui qui concerne les rapports des citoyens avec le pouvoir. Le « droit international » régit les rapports des nations les unes avec les autres ainsi que les relations entre les sujets de ces nations. 3) Philosophie : le droit « naturel » ou encore « rationnel »  est celui qui est censé résulter de la nature de l'homme  en tant qu'elle préexiste à toute disposition conventionnelle.  Le droit naturel est posé comme supérieur à toute législation positive ; il constitue la référence indispensable pour tout homme qui refuse de se soumettre au droit positif pour des raisons morales  (droit de désobéir, incarné par Antigone ou Socrate. 

 
Droits formels : ce  sont les droits libetésproclamés notamment en France en 1789. Ils définissent pour l'individu des possibilités intellectuelles (liberté de pensée, d'expression, de culte..) ou physiques (liberté de déplacement , de travail, de réunion, de commerce..). La fonction de la loi est d'interdire toute action qui priverait quelqu'un de l'un de ces droits : « La loi doit protéger la liberté publique et individuelle contre l'oppression de ceux qui gouvernent » (Déclaration de 1793).

 Droits créances : pouvoir d'obliger l'Etat à un certain nombre de services. De tels droits ont introduits progressivement  en France par la constitution de 1791 puis 1848, et dans le droit international (Déclaration universelle des droits de l'homme du 10 décembre 1948) : ce sont les droits économiques et sociaux tels que le droit au  au repos, à la sécurité matérielle, à l'instruction, à trouver un emploi, à la grève, à une juste rémunération, à la retraite etc...

Marché : ensemble des processus qui gouvernent les relations économiques entre les hommes   en fonction desquels les prix des services et des marchandises sont fixés conformément à la loi de l'offre et de la demande,  spontanément, c'est-à-dire  indépendamment des décisions de décideurs politiques ou économique

Justice commutative : Chez Aristote : justice qui attribue qui chacun ce qui lui est dû suivant un strict principe d'équivalence.  C'est la justice qui prévaut dans les échanges commerciaux et dans les litiges  (justice pénale)

Justice distributive :  Chez Aristote, justice qui  obéit à un principe inégalitaire, puisqu'elle distribue à chacun des avantages et des responsabilités variables suivant les talents, les compétences etc.. On ne doit pas, dit Aristote, attribuer la meilleure flûte  à l'étudiant le plus appliqué, mais au meilleur musicien.

Equité :  (etym :  aequitas , « égalité d'âme », « honnêteté », « esprit de justice ») 1) Chez Aristote : esprit de justice, souci de respecter l'esprit de la loi plutôt que sa lettre, au point d epouvoir parfois prendre une décision contre la loi : « corriger la loi, dans la mesure où celle-ci se montre insuffisante en vertu de son caractère général » 2) Selon John Rawls : principe  de justice souple  qui vise le bien commun, mais qui ne peut être figé ;  on admettra que les meilleurs dispositifs  ne peuvent être fixés  une fois pour toutes. Au contraire une distribution  équitable des bénéfices du marché, des charges et des avantages sociaux, doit  admettre  des  redéfinitions et des remaniements constants en fonction de l'évolution des inégalités et des moyens  appropriés  de  rendre  celles-ci profitables à tous, autant que faire se peut .

Egalité : (etym : latin aequalitas, de aequare, « aplanir », « rendre égal à »). 1) mathématiques : qualité de grandeurs équivalentes c'est-à-dire substituables les unes aux autres.  2) Egalité civile et juridique : principe selon lequel les individus sont égaux devant la loi, c'est-à-dire ont les mêmes obligations et les mêmes droits 3) Egalité politique : principe selon lequel  tous les citoyens , dans une société donnée , peuvent participer  aux décisions d'ordre général ainsi qu'au débat public

 
Egalité formelle : égalité des hommes en tant qu'elle est établie et garantie par la loi. L'égalité formelle est une égalité théorique, une égalité sur le papiers. « Formelle » peut être compris de façon péjorative : abstraite ou même fictive

Etat de droit : Conception moderne et juridique de l'Etat qui le définit par la capacité de s'autolimiter, afin d'empêcher toute dérive tyrannique ou despotique.
Un  Etat de droit est un Etat à la fois républicain (voir la définition  de la république ) et démocratique, c'est-à-dire dont peuple est  tenu pour souverain. Les fondements théoriques de l'Etat de droit se trouvent chez les théoriciens du Contrat social (en particulier  Locke et Rousseau). Dans un Etat de droit, les droits fondamentaux des hommes sont garantis par la loi (la Constitution), à tel point  que l'homme a des droits qu'il peut revendiquer contre l'Etat, et faire valoir auprès de l'Etat 

 

par lenuki publié dans : politique et morale
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Jeudi 8 mai 2008

Entretien avec Barbara Cassin

Les stoïciens : l'arbre n'est pas vert, il verdoie !

LE MONDE DES LIVRES | 08.05.08 | 12h41  •  Mis à jour le 08.05.08 | 12h41

 

Quelle est la place des stoïciens et de leurs textes dans votre propre itinéraire philosophique ?

Ils ne font pas partie des Grecs qui m'ont immédiatement attirée. Je n'ai eu, au départ, aucune affinité avec eux.

Je préparais l'agrégation pour la énième fois après deux boycotts "soixante-huités", dans une colère heureuse puisque cela me permettait de lire tout de, et sur, Aristote, Descartes, Spinoza, Kant, Hegel, Nietzsche, les stoïciens. Précisément, j'ai lu pour la première fois les stoïciens à travers les lunettes de Hegel, c'est-à-dire avec l'idée qu'ils sont ennuyeux, et que leur morale sert d'alibi pour s'abstenir de politique, un peu comme la religion est l'opium du peuple. Oui, ennuyeux, et ce n'est pas totalement faux quand on lit d'une traite Epictète et Marc-Aurèle, du moins en traduction, surtout quand on croit qu'on les comprend. Ils sont "libres sur le trône comme dans les chaînes", dit Hegel : pour lui, les Stoïciens sont le nom de la liberté de la conscience de soi quand elle prend conscience d'elle-même. Mais c'est une liberté abstraite, qui peut seulement surgir "dans un temps de peur et d'esclavage universels", pas une "liberté vivante". C'est pourquoi les stoïciens, avec leurs formules et leurs exhortations, sont "édifiants" mais "ne tardent pas à engendrer l'ennui". Pêle-mêle à travers les siècles : "Supporte et abstiens-toi ; Ton enfant est-il mort, il a été rendu ; Ducunt volentem fata, nolentem trahunt ("le destin guide qui consent, traîne qui refuse"), que philosopher c'est apprendre à mourir", bref : même pas mal - et de toute manière vous ne me ferez ni rire ni jouir !

"Mes" premiers Grecs étaient plutôt présocratiques, avant Platon et Aristote, et non après comme les stoïciens ; c'était ceux-là mêmes contre lesquels Platon et Aristote ont construit la philosophie. Et parmi les présocratiques, pas n'importe lesquels : les sophistes surtout, ceux par excellence dont Heidegger ne parvient pas à rendre compte, parce qu'ils contraignent à penser tout autrement l'"origine" et l'"aurore", et montrent comment se fabrique l'Etre, soi-disant toujours déjà là. C'est cette manière de construire l'Etre comme effet de discours, mise en lumière non sans cruauté par la sophistique, qui m'intéresse toujours. Avec l'idée que les grands édifices philosophiques, Platon et Aristote au premier chef, ne se laissent bien appréhender qu'en comprenant contre quoi ils se sont construits.

C'est pourquoi les Grecs qui me surprennent et me plaisent sont ceux de Nietzsche, au bord de la philosophie : ils "s'entendaient à vivre : ce qui exige une manière de s'arrêter à la surface, de croire aux sons, aux paroles, à l'Olympe tout entier de l'apparence ! Ces Grecs étaient superficiels - par profondeur", écrit-il dans le Gai Savoir. Des Grecs bien païens, pour lesquels celui qui vient en face peut avec vraisemblance, comme chez Homère, être un homme ou un dieu, parce qu'il parle, parce qu'il est beau.

Or, aussi étrange que cela puisse paraître, c'est précisément avec cette phrase de Nietzsche que les stoïciens sont pour moi revenus en scène comme intéressants. Non pas immédiatement donc, mais "médiatement", via Gilles Deleuze et sa Logique du sens. Car, dans cet "essai de roman logique et psychanalytique" concocté par un Deleuze lecteur de Lewis Carroll et de Lacan, c'est aux stoïciens que le mot de Nietzsche ("superficiels - par profondeur") s'applique particulièrement !

Cela m'a tellement surprise que je les ai relus une autre fois avec lui, en cherchant à comprendre la violence des nouvelles distributions qu'ils imposent aux choses et aux concepts : quelque chose comme "l'autonomie de la surface". Contre Platon, pour qui l'apparaître n'a d'intérêt que dans la mesure où il renvoie à l'idée. Contre Aristote surtout, et son analyse du langage qui informe toujours notre grammaire et notre perception quotidiennes. L'arbre est vert, Socrate est mortel, S est P : nous parlons aristotélicien, en termes de sujet-substance et de prédicat-accident reliés par le "est". Mais, si nous parlons stoïcien, l'arbre n'est pas vert, l'arbre verdoie. Il ne s'agit pas d'Etres, mais d'évènements ; pas de substances, mais de corps, de forces et d'effets ; pas de syllogisme avec déduction de termes, mais de sunnêmenon en "si... alors" avec enchaînement de propositions. Et comme ce n'est pas la même description, ce n'est pas non plus le même monde ; d'ailleurs, si genre suprême il y a, c'est le "quelque chose" et non plus l'Etre. Ce monde-là vient, comme la sophistique, bousculer le triomphe naturel de l'ontologie coutumière, c'est-à-dire la manière courante dont on perçoit et dont on dit le monde.

Quel est le texte qui vous a le plus marquée, nourrie, et pourquoi ?

C'est une question plus difficile qu'il n'y paraît. D'abord parce que les textes qui nous restent sont divers et incommensurables : ils vont des fragments de l'Ancien Portique à Athènes, fin IVe-début IIIe siècle avant J.-C., aux oeuvres déployées en lettres, entretiens, journal de pensée, par Sénèque, le précepteur de Néron, Epictète, l'esclave, Marc-Aurèle l'empereur, dans la Rome des Ie et IIe siècles après J.-C., avec un moment intermédiaire qu'on connaît très indirectement, via notamment Cicéron. Ils posent le problème de la langue et de la traduction, six siècles de grec et un latin qui s'invente comme langue philosophique. Et, évidemment, le problème de la transmission : ce qu'on appelle "doxographie" (littéralement "l'écriture des opinions"), qui formate et déforme, souvent pour mieux contredire, comme chez Plutarque ou Sextus. Ces textes m'ont donc d'abord marquée comme difficiles : des produits d'histoire, qui réclament qu'on les traite en philologue autant qu'en philosophe.

Celui qui m'a le plus marquée, c'est la vie de Zénon, au livre VII de Diogène Laërce - de la doxographie dure justement. Tout y est : le rapport phantasmatique entre une vie et une doctrine ; l'idée neuve de "système" (la physique, la logique et la morale comme un animal, comme un oeuf, comme un champ clos) ; les violentes trouvailles dont il faut déplier la nécessité : par exemple les "incorporels" (asômata) que sont le temps, le lieu, le vide, et un nouveau venu, le signifié ou lekton ("dicible/dit"), qui se loge entre le signifiant (les sons "Di-on") et le référent (l'individu Dion qui porte ce nom), tel que celui qui ne parle pas la langue ne le comprend pas. Ce texte est à la fois un puzzle et un condensé.

Selon vous, où ces auteurs trouvent-t-ils aujourd'hui leur actualité la plus intense ?

Il y a peu de temps encore, j'aurais dit sans hésitation aucune : en logique. Mais aujourd'hui, ici et maintenant, je viens, pour parler à Buenos Aires de Mai 68, de relire le discours de Sarkozy sur morale et politique (29 avril 2007) : "Nous conjurerons le pire en remettant de la morale dans la politique. Oui, de la morale. Le mot "morale" ne me fait pas peur. La morale, après Mai 68, on ne pouvait plus en parler.") C'est pourquoi je dirais : Marc-Aurèle, ce n'est pas mal. Lui au moins, empereur, usant du pouvoir comme n'en usant pas, il a une idée du rapport entre morale et politique, de son semblant, de sa difficulté, de ce que veut dire être "citoyen du monde", penser en chacun la part de raison universelle, le lien social. Mais, plus instructif encore à mes yeux : quand on le lit, on comprend pourquoi proclamer la morale en politique n'a rien de moral. "Quelle perversité, quelle fausseté de dire : J'ai décidé de jouer franc jeu avec toi" ! (Pensées, XI, 15).

 

Propos recueillis par Jean Birnbaum


Repères

La première singularité de l'école stoïcienne est d'être née en Grèce au Ve siècle avant notre ère (avec Zénon, Cléanthe, Chrysippe) et de s'être prolongée à Rome, jusqu'au IIIe siècle de notre ère, avec notamment Epictète, Sénèque et Marc-Aurèle. Ecole de vie autant qu'école intellectuelle, le mouvement possède donc une longue histoire qui traverse toute la pensée antique en passant du grec au latin et d'une société à une autre.

Les philosophes qui se réunissaient à Athènes au lieu dit le "Portail peint" (Stoa Poikilè, d'où leur surnom de stoïciens, "philosophes du Portique") avaient développé un système complet de concepts qui embrassait la logique, la physique et la psychologie dans la perspective d'accéder à la sagesse. La plupart des oeuvres de cette première époque sont perdues. Il n'en subsiste que de rares fragments à partir desquels les spécialistes tentent de reconstituer l'ensemble.

La postérité romaine du stoïcisme, dont plusieurs textes majeurs sont conservés, met l'accent sur la conduite morale et la vertu du sage. En mettant au centre de son enseignement la distinction entre ce qui dépend entièrement de nous (notre volonté morale) et ce qui en fin de compte n'en dépend pas (richesse ou pauvreté, santé ou maladie), Epictète a forgé une version simplifiée mais forte de la doctrine. Sénèque, précepteur de Néron, et Marc-Aurèle, qui fut empereur, nous ont légué des chefs-d'oeuvre de style autant que de sagesse, où la philosophie comme manière de vivre se combine au tranchant de l'écriture.

 

Une thérapie quotidienne, par Olivier Delannoy

LE MONDE DES LIVRES | 08.05.08 | 12h41  •  Mis à jour le 08.05.08 | 12h41

 

Si mes souvenirs sont justes, j'ai acheté les Pensées pour moi-même de Marc-Aurèle et le Manuel d'Epictète en flânant dans une bouquinerie d'occasion après un cours ardu de classe préparatoire. Comme beaucoup d'élèves, je faisais alors l'expérience d'un apprentissage de la philosophie passionnant mais difficile. Rentré chez moi, j'ai sorti le livre jauni de mon sac avec la précaution qu'un étudiant néophyte accorde aux plus vénérables trésors de la tradition. J'ai commencé à le feuilleter et je suis tombé sur cette pensée où l'empereur Marc-Aurèle se prépare à l'éventualité d'une journée difficile. Je venais de découvrir une philosophie pratique, qui, elle, est immédiatement accessible.

Loin d'apparaître comme une spéculation abstraite, la pensée stoïcienne se présente aux élèves comme une leçon de vie concrète qui vise le bonheur. Ils y pénètrent facilement, en particulier à partir des textes éthiques. Ils aiment particulièrement la distinction entre les choses qui dépendent de nous et celles qui nous sont étrangères car elle est souvent confirmée par leur expérience personnelle. Pour les stoïciens, seules nos représentations (opinions, pensées) sont en notre pouvoir. Les événements extérieurs (le fait que notre marmite favorite se casse, la perte d'un enfant, etc.) ne dépendent pas de nous. L'enjeu de cette distinction est thérapeutique : il s'agit d'écarter la peine en changeant - pour reprendre le mot de Descartes - ses pensées plutôt que l'ordre du monde. Cette idée d'une liberté de pensée irréductible, même sous la torture, est peut-être ce qui séduit le plus les élèves dans leur découverte du stoïcisme.

L'éthique stoïcienne n'est pas pour autant une philosophie facile à mettre en oeuvre. L'adolescent se représente souvent la liberté comme réalisation de ses désirs spontanés. Or les stoïciens nous enseignent que la sagesse ne peut être atteinte qu'au prix de la médiation d'un choix réfléchi. D'une manière plus radicale encore, les sages stoïciens affirment qu'il faut écarter les troubles liés au désir pour parvenir au bonheur véritable qu'ils nomment "ataraxie". Une telle conception du bonheur ne va guère de soi pour les élèves. L'idée d'une possible et parfaite maîtrise du désir leur est étrangère, peut-être parce que la culture que nous leur transmettons est passée par l'épreuve de la psychanalyse et de son désir pulsionnel.

Rappelons enfin que l'éthique stoïcienne repose sur une physique matérialiste qui suscite bien des réflexions chez les élèves. L'idée d'un Univers semblable à un gigantesque animal, animé par un feu divin et universel, auquel nous serions mélangés, leur semble fantasmagorique. Le paradoxe d'un déterminisme total et d'une liberté de pensée absolue leur apparaît difficilement conciliable. Et pourtant ils acquiescent pleinement à l'idée de fraternité et de citoyenneté qui découle de tous ces présupposés physiques : car si tous les hommes sont intimement liés par la raison divine, alors nous sommes tous fils de Dieu et du Monde.


Olivier Delannoy est professeur de philosophie au Lycée Kienz, Marcq-en-Baroeul (59).

 

 

par lenuki publié dans : cours de philosophie
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