Samedi 10 mai 2008 6 10 /05 /2008 10:34

                                                                     Et par le pouvoir d'un mot

                                                                        Je recommence ma vie

                                                                       Je suis né pour te connaître

                                                                              Pour te nommer

                                                                                    Liberté

                                                                    

 

  Paul Eluard, dans ces quelques vers, dit la puissance du mot lui-même : liberté. Paul Valéry, autre poète français du 20° siècle, le classe parmi les mots « détestables », « qui chantent plus qu'ils ne parlent ».
Liberté, est-ce donc un mot qui promet davantage qu'il ne tient ? Ne fait-il signe que vers un idéal, ou bien éclaire-t-il le réel ? La liberté, oui, nous la voulons tous, mais pour quoi faire ?

 

Une expérience forte...

La liberté n'est pas un simple mot ou une idée abstraite, c'est avant tout une expérience, celle de l'affirmation de notre puissance. La liberté n'est éprouvée que par l'acte même, placé en dehors de toute tutelle pour se saisir librement de son existence, ne sait pas ce qu'est la libertéd'une libération. La liberté se manifeste par le rejet des contraintes, le refus des obligations, la transgression résolue des interdits ; elle est le pouvoir de trancher les liens, le pouvoir de la révolte et de l'insoumission ; elle dénonce toutes les tyrannies, combat tous les esclavages, qu'ils soient affectifs, économiques ou politiques. La conscience de la liberté surgit sur fond de violence et de luttes ; elle est partout bafouée, et pourtant la seule issue : rien de vrai n'a lieu sans liberté. Qui ne s'est pas, de lui-.même, placé en dehors de toute tutelle, pour se saisir librement de son existence, ne sait pas ce qu'est la liberté.

 

Et difficile.....

L'expérience de la liberté expose à une solitude essentielle. L'homme qui se découvre absolument libre, qui voit que tout, absolument tout, lui est possible, se découvre aussi radicalement seul à décider de l'usage de cette liberté. Se savoir libre est à la fois exaltant et angoissant ; exaltant, parce qu'il dépend de nous seul de prendre notre destin en main ; angoissant, par la nécessité des choix et la profondeur de la responsabilité qui nous incombent. C'est pourquoi beaucoup renoncent à l'exercice de leur liberté, reculant devant son aspect aventureux et improbable ; ils préfèrent, comme les prisonniers de la caverne platonicienne, se fondre dans le conformisme social et s'en remettre à ce que tous voient et entendent, plutôt que de souffrir l'épreuve, confusément ressentie comme isolante et douloureuse, de penser par soi-même.

L'homme est tellement libre, qu'il est libre de s'asservir, de consentir à son  abaissement par confort et lâcheté : asservi à l'argent et à la consommation, asservi au travail, asservi au discours dominant qu'il répète et propage - et asservi à tout cela par l'ignorance où il se maintient.

 

L'homme libre

L'homme libre est d'abord celui qui questionne les opinions les plus reçues, les idées les plus courantes ; il sait qu'il ne faut pas être dupe de ce qui se dit, en morale comme en politique. Le souci de liberté va de pair avec l'exigence de vérité. L'home libre ne remet pas son jugement au soin de quelqu'un d'autre, qu'il s'agisse d'une « autorité » religieuse, politique ou morale ; l'homme libre se caractérise par l'indépendance de son esprit et l'autonomie de son action. Il ne se soumet à aucune autre puissance que celle de sa raison, et à aucune autre volonté que la sienne propre. Une telle liberté n'est donc pas un état premier de l'humain, elle se conquiert à travers la résolution de connaître et de comprendre le monde et l'homme en lui.

 

Les usages de la liberté

Avec la conscience de ma liberté, se pose la question de son usage : que vais-je faire, sinon même que dois-je faire de cette liberté qui est la mienne ? Car elle n'est pas seulement « la mienne » : en me découvrant libre, je découvre aussi que tous les hommes, en droit, sont libres. C'est même là le vrai critère, qui permet de distinguer la liberté effective du caprice arbitraire et tyrannique : l'homme libre sait que la liberté ne lui  appartient pas, mais qu'elle appartient à tous, que tous ont naturellement le droit de vivre librement ; et il voit l'exercice de ce droit naturel entravé par la misère, bafoué par les riches et annulé par les dictateurs ! Il y a donc une dimension collective de la liberté, qui appelle l'esprit de justice et l'outil de la loi. Mais il y a aussi son usage individuel, ce que je ferai librement de ma vie, ce que je parviendrai à réaliser à travers l'ensemble de mes choix et décisions : c'est ici qu'il faut examiner le sens du bonheur et  les conditions de possibilité d'une vie heureuse.

 

Par lenuki - Publié dans : STG
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