Samedi 10 mai 2008 6 10 /05 /2008 20:05

Le sujet pensant

 

Sujet et conscience

  • Avant d'être un objet d'étude, pour la biologie ou les sciences humaines, l'homme est une personne qui imagine, sent, souffre, jouit, qui a des intentions, des projets, qui se vit comme un sujet autonome et responsable.
  • On ne peut parler de sujet que s'il y a la persistance sous-jacente (sub) d'un fond qui demeure identique (stare) malgré les accidents qui peuvent affecter la chose. Or, ce qui subsiste chez l'homme, c'est la conscience comme pur pouvoir de penser.

 

Le cogito cartésien

  • Chez Descartes, l'existence de la substance pensante [esprit ou âme] est provoquée par le cogito. Alors même que je doute de tout, je suis assuré d'être grâce à la conscience que j'ai d'être une chose qui pense.
  • Ainsi, si tout ce qui est extérieur à moi vacille et disparaît, il n'en reste pas moins un îlot de conscience, présence intérieure et ultime de l'être, où la conscience qui dis je est coextensive au doute (je doute), à la pensée (je pense) et à l'existence (je suis). Je suis dans ce repli même de la conscience.

Le sujet est tout au-dehors de lui-même 

Le sujet comme ouverture sur le monde

  • Mais la conscience est-elle vraiment une substance, une permanence, qui se maintiendrait dans l'espace ou dans le temps ? On peut au contraire concevoir que la conscience n'a ni forme ni contenu déterminé, qu'elle est incessante activité, ouverture sur le monde.
  • Cette position est celle de la phénoménologie. Elle est reprise par Sartre : « Elle (la conscience) n'a pas de ‘dedans', elle n'est rien que le dehors d'elle-même et c'est cette fuite absolue, ce refus d'être substance qui la constituent comme conscience »  [« Une idée fondamentale de la phénoménologie de Husserl : l'intentionnalité », Nouvelle Revue française,1939).

 

L'existence phénoménologique du sujet

  • Identique à sa conscience, le sujet n'est lui-même que dans ce mouvement qui met en rapport avec le monde et autrui - tension morale où le faire (actif) l'emporte sur l'être (passif), volonté qui s'exprime si bien en cette formule sartrienne : « Faire et en faisant se faire, et n'être rien que ce qu'on se fait. »

 

La disparition du sujet

 

Freud et la remise en question du sujet

  • L'inconscient met en cause le sujet orgueilleux et rationnel qui, fort de la conscience claire et distincte qu'il a de lui-même, croit être maître de ses choix et de ses actes.
  • Le moi n'est pas mis en cause seulement par les forces enfouies qui viennent du ça. Il doit aussi se soumettre aux contraintes du surmoi qui intègrent interdits et normes sociales.
  • Le moi est menacé par trois sortes de dangers : celui qui vient du monde extérieur, celui des pulsions du ça et celui de la sévérité du surmoi. Pour le moins doit-on reconnaître que, selon l'expression de Freud, « le moi n'est pas maître dans sa propre maison ».

 

La philosophie nietzschéenne et la suprématie du « soi »

  • Nietzsche, avant Freud, montre que le sens et la conscience ne sont que des instruments et des jouets. Derrière eux, à la lisière se trouve le soi : « Derrière tes pensées et sentiments, mon frère, se tient un maître plus puissant, un sage inconnu qui a nom ‘soi'. Il habite ton corps, il est ton corps » [Ainsi parlait Zarathoustra, 1883-1885].
  • Ce soi, véritable créateur, rit du moi et de ses bonds prétentieux. C'est lui seul, le corps, qui fait la souffrance ou la réjouissance, l'estime ou le mépris. Aussi devrait-on dire « ça pense » plutôt que « je pense ». La prééminence du je dans le « je pense » cartésien, n'est en somme, dit Nietzsche, qu'une simple affaire linguistique.

 

Il appartient au sujet d'avenir

 

La démarche critique du sujet

  • Pourtant n'est-ce pas un effort critique que le sujet peut prendre conscience de cet évanouissement du je ?
  • En rabaissant son orgueil, par une démystification dont la démarche critique est proprement philosophique, le sujet peut tenter de faire coïncider son être avec sa conscience d'être.

 

La réalité de la personne

  • Si ce que le sujet dit n'est pas la vérité sur lui-même, il ne faut pas nier pour autant la réalité de la personne qui se révèle et s'entend dans ses erreurs et ses leurres, et qui, par là, peut-être advient.
Tout le but de la cure psychanalytique est précisément, comme l'indique Freud, de faire advenir le je :  « Wo Es war soll ich werden » [« Là où était le ça, le je doit advenir »].
Par lenuki - Publié dans : le sujet
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