Lundi 12 mai 2008 1 12 /05 /2008 19:17
Tout est politique

Alors que des millions de Birmans doivent affronter un quotidien d'une précarité totale dans des zones dévastées par le cyclone Nargis, il est scandaleux que la junte au pouvoir ne laisse passer l'aide internationale qu'au compte-gouttes. Ayant dû subir l'hostilité de la nature, le régime considère qu'il y a pourtant un péril plus grand : une immixtion étrangère dans ses affaires inté­rieures. En limitant fortement l'octroi de visas aux experts, il impose un goulot d'étrangle­ment qui ralentit l'évaluation de la situation, la préparation de l'aide d'urgence et l'achemi­nement des cargaisons. Ce fai­sant, il montre que sa survie lui importe plus que la sauvegarde de dizaines de milliers de vies humaines.
Un diplomate américain a évo­qué le caractère
« paranoïaque » de la junte. Il n'a pas tort. En revanche, la secrétaire d'État Condoleezza Rice ne trompe personne lorsqu'elle affirme que l'aide à la Birmanie « n'est pas une question politique» . Qu'est-ce que la politique, si­non la capacité à s'occuper de ses ressortissants ou à s'intéresser au sort des habitants de la pla­nète ? Aux États-Unis, la lenteur de l'administration Bush après le passage du cyclone Katrina avait été très vite dénoncée par les opposants du président.
Cette permanence du politi­que, même dans les situations les plus graves, dresse le cadre dans lequel l'action d'urgence doit s'inscrire : le plus apolitique possible. Pour surmonter les ré­ticences de la junte, sans doute faut-il privilégier les canaux re­lativement neutres des agences de l'ONU et pousser à l'action les pays asiatiques dans lesquels les militaires ont un minimum de confiance. Suivant une autre lo­gique, la France a espéré que le Conseil de sécurité de l'ONU dé­ciderait d'intervenir au nom du droit d'ingérence, une sorte de droit opposable à la protection de la vie humaine. Elle a essuyé mercredi un échec sévère et doit à présent vérifier si elle s'obstine dans cette voie.
À moyen et long terme, en ef­fet, il est probable que l'effet du cyclone Nargis sera dévastateur pour la junte. Tout régime, sous quelque latitude que ce soit, est jugé par la population sur sa ca­pacité à la protéger. Or, le régime birman a failli. Il n'a pas prévenu à temps les habitants des rivages menacés. Il n'a pas développé de programme de protection contre les cyclones, contrairement au Bangladesh voisin, qui est par­venu à réduire considérablement le nombre de victimes lorsque les éléments se déchaînent. Nar­gis n'a sans doute ouvert qu'une petite brèche dans la muraille de la junte. Mais c'est une brè­che de plus, après la révolte des bonzes et l'opposition obstinée symbolisée par la prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi
Par lenuki - Publié dans : Réflexions d'actualité
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