Mercredi 11 juin 2008 3 11 /06 /2008 22:02
Nicolas Hulot : "La crise écologique réclame des mesures radicales au niveau européen" LE MONDE | 11.06.08 | 09h41  
  • Mis à jour le 11.06.08 | 09h51
e "projet de loi Grenelle de l'environnement" qui traduit les engagements pris en octobre 2007, a été présenté en conseil des ministres, mercredi 11 juin. Son examen par le Parlement devait commencer avant l'été mais pourrait être repoussé à l'automne. Deux lois d'application seront présentées en conseil des ministres avant l'été. L'animateur écologiste Nicolas Hulot commente le texte de loi.

 

Vous aviez décerné un 18/20 au Grenelle de l'environnement. Quel jugement portez-vous sur le projet de loi qui en découle ?

Il retient 80 % des mesures du "Grenelle". S'il est voté, si les lois d'application et les décrets suivent, la France se sera remise à niveau de manière spectaculaire. Certains attendent que je dise que tout cela n'a servi à rien : c'est faux. La France passe enfin à l'acte. Pourtant des mesures importantes ont été oubliées. La plus grande faiblesse du projet concerne la fiscalité écologique.

Vous prônez l'instauration d'une contribution climat-énergie, au moment où les cours du pétrole sont déjà très élevés. Faut-il une nouvelle taxe ?

Oui, mais sans augmenter la pression fiscale globale. La France doit diviser par quatre ses émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2050. Il n'existe aucune limitation pour les transports, le logement, le tertiaire, l'agriculture, qui représentent les deux tiers des émissions. Donner un prix au carbone, pour orienter les investissements des entreprises et des consommateurs, est le seul moyen de préparer l'envolée future du coût de l'énergie, qui est inéluctable. L'exemple du bonus-malus sur les automobiles est probant. Il oriente la consommation vers des véhicules moins polluants, et entraîne de la créativité industrielle.

Cette contribution devra être socialement acceptable. Nous proposons que ses recettes soient redistribuées sous la forme d'une allocation égale pour tous. Les ménages les plus modestes, qui consomment moins d'énergie, y gagneront en pouvoir d'achat.

Est-ce un discours audible au moment où de nombreuses professions manifestent pour obtenir une baisse du prix des carburants ?

Il faut dire la vérité aux gens : la situation ne va pas s'arranger. Aujourd'hui, le politique réagit toujours dans l'urgence. En pleine crise, on distribue de l'argent à tout le monde, on baisse les taxes, mais dans six mois on devra recommencer. Si nous continuons dans cette voie, les conséquences sociales seront extrêmement lourdes. Pour nous préparer au chocs futurs, nous avons besoin de planification, même si ce mot fait peur. Il faut un plan Marshall européen pour aider à la reconversion dans certaines professions.

Quelles sont les autres lacunes du texte selon vous ?

Les moyens opérationnels et financiers sont flous. Nous ne pourrons donner un commentaire final qu'à l'issue du vote, quand nous connaîtrons les lois d'application et les moyens qui vont avec. Les mesures sur le bâtiment sont devenues seulement incitatives. Les objectifs sur l'extension de l'agriculture biologique ont été repoussés. La trame verte qui doit protéger la biodiversité n'est plus opposable au tiers. Les dispositions sur l'éducation et la démocratie participative sont décevantes.

Lors du débat sur les OGM, des élus ont contesté le principe de précaution, qui ferait obstacle au progrès humain. Que leur répondez-vous ?

Ce sont de vieilles rengaines. Les victimes de l'amiante auraient bien aimé qu'on prenne le temps de l'évaluation. Sur les OGM, il faut reconnaître que la marge de la manœuvre de la France était étroite, car elle transposait une directive votée en 2001. Je regrette surtout que le débat de fond n'ait pas eu lieu à l'Assemblée. Il a été occulté par des postures politiciennes indécentes.

Qu'attendez-vous du débat au Parlement sur la "loi Grenelle" ?

Le report du calendrier envisagé est un mauvais signal. Il faut une première lecture avant l'été. Je demande aux députés d'amender le texte à la hausse, car la crise écologique s'emballe. Tous les voyants sont au rouge. Je leur demande également, pour donner le signal de la mobilisation à la société et à l'Europe, au moment à la France va présider l'Union, de voter cette loi à l'unanimité, sans en faire un enjeu politicien.

Que pensez-vous de l'attitude Nicolas Sarkozy ?

Pour l'instant, je ne peux pas reprocher grand-chose au président sur ce plan. La résistance au "Grenelle" ne vient pas de lui. Mais au plus haut niveau de l'Assemblée nationale, à Matignon, dans l'entourage du président, on ne sent pas un grand enthousiasme, pour employer un euphémisme. Bernard Kouchner m'a dit n'être qu'à moitié convaincu sur tous ces sujets. Entendre cela en 2008, c'est consternant.

Le "Grenelle" est-il une réponse à la hauteur de l'enjeu ?

Bien sûr, le "Grenelle" seul ne suffira pas. Il faut maintenant porter des mesures beaucoup plus radicales au niveau européen. C'est à ce niveau qu'il faut partager l'effort et fixer des règles communes. C'est là que peuvent émerger les solutions. L'Europe ne pourra se tourner vers la Chine et l'Inde que quand elle aura trouvé les solutions économiques, juridiques, et technologiques pour préparer l'après-pétrole et s'adapter à la crise écologique. J'attends beaucoup de la présidence française sur les questions de fiscalité et d'agriculture.


Propos recueillis par Gaëlle Dupont
Par lenuki - Publié dans : Sciences politiques
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