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Mardi 26 février 2008
L’âge du doyen
NOUVELOBS.COM | 26.02.2008 | 14:32
Une nouvelle méthode de datation a permis d’évaluer l’âge de Toumaï, probablement l’une des premières espèces de la lignée humaine, entre 6.9 et 7.2 millions d’années.
Crâne de Toumaï (AP)
 
Toumaï est en fait le nom donné au crâne découvert dans le désert du Djourab, au nord du Tchad, en 2001 par une équipe franco-tchadienne. Son analyse a conduit à la définition d’une nouvelle espèce Sahelanthropus tchadensis, que les spécialistes considèrent comme l’une des toutes premières espèces d’hominidés apparues sur Terre. Sa présence, 2500 Km à l’ouest de la vallée du Rift, a remis en cause la théorie de « l’East side story » d’Yves Coppens qui expliquait l’apparition des premières lignées humaines par les changements climatiques induit par l’apparition du grand rift.

Vu l’importance de cette découverte, la datation précise de ce fossile est capitale pour mieux comprendre l’évolution des premiers hommes. Malheureusement les techniques de datation habituelles (carbone 14 et analyse des cendres volcaniques) ne sont pas applicables sur cette zone. Du coup une certaine incertitude existait quant à l ‘âge exact de Toumaï.

Des scientifiques français, dont Michel Brunet (découvreur du crâne de Toumaï) et des chercheurs du Centre européen de recherche et d’enseignement des géosciences de l’environnement (CEREGE) ont développé une nouvelle méthode de datation qui n’avait été utilisée jusqu’à présent que sur des sédiments marins. Le principe repose toujours sur le dosage de la quantité d’un élément radioactif, mais cette fois il ne s’agit plus de carbone 14 mais de béryllium 10, un composé dont la période de demi-vie est beaucoup plus longue : 1.4 millions d’années contre un peu plus de 5500 ans pour le carbone 14. Cette durée autorise théoriquement des datations sur une période de temps comprise entre 0.2 et 14 millions d’années.

En appliquant cette méthode aux dépôts sédimentaires dans lesquels les ossements de Toumai ont été découverts, les auteurs, qui publient leurs résultats dans les PNAS, ont pu affiner la datation du crâne Toumai pour évaluer son âge entre 6.9 et 7.2 millions d’années, ce qui en fait très certainement le doyen de l’humanité.
 
par lenuki publié dans : sciences
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Dimanche 13 janvier 2008
La girafe et l'éléphant sont les garants de l'association entre un acacia et une fourmi
LE MONDE | 11.01.08 | 14h53  •  Mis à jour le 11.01.08 | 14h53

hez certaines fourmis africaines, on a toujours besoin de plus gros que soi. En l'occurrence, d'éléphants, de girafes et d'autres grands mammifères des savanes, révèle une étude publiée le 11 janvier par la revue Science.
Dans cet article, un groupe de chercheurs dirigé par l'Américain Todd Palmer montre comment les grands mammifères jouent un rôle indispensable pour la protection mutuelle entre une plante et des colonies de fourmis. Dans cette interaction entre flore et faune, composante-clé de l'écosystème tropical, un acacia siffleur et différentes espèces de fourmis cohabitent avec profit : l'arbre fournit son nectar pour nourrir les fourmis et ses épines creuses pour les abriter. En contrepartie, les colonies de fourmis protègent la plante en attaquant des insectes herbivores.
"Jusqu'à présent, la stabilité de ce mutualisme était considérée comme uniquement dépendante des interactions entre les plantes et la communauté d'insectes associée", explique Bertrand Schatz, chercheur au Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive (CNRS, universités Montpellier, Cirad et SupAgro). Pendant dix ans, Todd Palmer et ses collègues ont éloigné les grands mammifères, qui broutent ces acacias, des arbres de leur terrain d'expérience au Kenya. Ainsi, pour la première fois, ils ont pu prouver l'impact des espèces tiers sur une relation plante-fourmis.
En absence d'éléphants et de girafes, les acacias réduisent considérablement la production de nectar et d'épines. En réponse, les différentes espèces de fourmis changent de comportement dans l'interaction avec leur arbre hôte. Certaines colonies quittent l'acacia, d'autres diminuent leur taille de moitié. A leur place s'installent des espèces concurrentes qui ne dépendent pas des récompenses végétales, ou d'autres fourmis qui prennent le relais des mammifères en coupant les branches d'acacia.
Les arbres souffrent aussi de la perturbation de leur "association". L'acacia siffleur, privé de la protection des fourmis, subit les attaques des larves de coléoptères au niveau de ses racines, ce qui le fragilise et affecte sa survie.
L'étude démontre que les grands herbivores contribuent à l'équilibre de la biodiversité qui les entoure. Selon Bertrand Schatz, ce résultat est "assez inquiétant" pour les écosystèmes tropicaux : "L'extinction progressive des grands mammifères pourrait engendrer des effets en cascade inattendus".

Sarah Brock
 
par lenuki publié dans : sciences
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Lundi 7 janvier 2008
 
NOUVELOBS.COM | 31.12.2007 | 17:01
En 2007, les chercheurs ont été stupéfaits de voir à quel point le génome différait entre les hommes et ils ont commencé à comprendre le rôle joué par ces variations dans les maladies et les caractéristiques de chacun.
Les SNP  font de chacun un être unique
Les SNP  font de chacun un être unique .
Pour le magazine Science, la découverte des « variations génétiques chez l’homme » représente l’avancée scientifique de l’année. Sept ans après le dévoilement du génome humain, l’amélioration des techniques de séquençage a permis d’évaluer la variation des génomes de plusieurs individus sur des échelles allant de un à un millions de bases. Il est probable que d’ici à une dizaine d’années une grande partie de la population puisse avoir tout ou partie de son génome séquencé. Ce progrès permettra de déterminer les maladies qu’un individu à plus de chances de contracter et de mettre en place des traitements personnalisés.
 
En 2007, une douzaine de projets de recherche ont procédé à des études d’association sur génome entier : les chercheurs ont comparé les ADN de milliers d’individus malades et sains afin d’identifier les variant génétiques légers associés à un risque plus élevé d’avoir la maladie étudiée. Ces études ont permis cette année aux chercheurs de trouver plusieurs gènes liés au diabète de type 2 et apporté des éclairages sur plusieurs maladies dont la fibrillation atriale, des maladies auto-immunes, le trouble bipolaire, le cancer du sein, le cancer colorectal, les diabètes de type 1 et 2, les maladies du cœur, l’hypertension, la sclérose en plaques et la polyarthrite rhumatoïde.
 
Le nombre d’emplacements variables sur le génome est estimé à 15 millions, plus de trois millions de ces zones, connues sous le nom de polymorphismes de nucléotide simple (SNP), ont été identifiées. Les SNP peuvent se retrouver au sein de régions codantes de gènes (exon), de régions non-codantes de gènes (intron), ou de régions intergéniques, entre les gènes. Dans le cas où les SNP se retrouvent au sein des régions codantes, celles-ci ne vont pas obligatoirement modifier la séquence d'acide aminé de la protéine produite, et ce, grâce à la redondance du code génétique.
 
Les généticiens sont maintenant capables de comparer la distribution des SNP en réalisant des tableaux permettant l’examen de 500 000 SNP à la fois sur des milliers de personnes simultanément. Ils détiennent maintenant une des clefs permettant de comprendre notre individualité mais gageons que notre ADN a encore bien des choses à révéler.
 
 
J.I.
Sciences et Avenir.com
par lenuki publié dans : sciences
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Vendredi 4 janvier 2008
NOUVELOBS.COM | 04.01.2008 | 15:24
Il y a 600 millions d’années, juste avant le Cambrien, de multiples formes de vie pluricellulaires sont apparues comme en témoignent les fossiles d’Ediacara.
 
   Dickinsonia sp. (Ediacara Hills, Australia)
 


L
’histoire de la vie sur Terre reste encore, à bien des titres, mystérieuse. La théorie de l’évolution, de Charles Darwin, rend compte de la façon dont les espèces ont évolué au cours du temps : un long processus conjuguant mutation génétique et sélection naturelle. Pourtant, de récentes découvertes indiquent que l’histoire n’est peut-être pas aussi linéaire que prévue. La Vie aurait plutôt progressé par bonds évolutifs successifs durant lesquels naissent, sur un laps de temps très court, des centaines de nouvelles formes de vie.
 Le monde aurait déjà connu deux de ces épisodes. Le plus célèbre s’est déroulé sur une période comprise entre 542 millions et 520 millions d'années, c’est l’explosion cambrienne. Cette époque a donné lieu aux fossiles parmi les plus étonnants jamais découverts. Un seul lieu, le Mont Burgess (Canada), a fourni un des meilleurs points de vue sur cette période de changement et d'expérimentation évolutionnaire dramatique qui a constitué la base de la plupart des grands groupes d’animaux modernes. La faune de Burgess contient également une quantité de configurations cellulaires énigmatiques et exotiques qui se sont révélées être autant d’essais évolutifs infructueux.
 Dans un article, publié aujourd’hui dans Science, une équipe de paléontologues affirment avoir retrouvé les traces d’un premier élan de vitalité qui s’est déroulé 30 millions d’années plutôt. Ils ont pour cela étudié plus en détail la faune d‘Ediacara (en Australie) célèbre dans le monde entier pour contenir les plus anciens fossiles d’organismes multicellulaires. La morphologie des organismes d’Ediacara est tellement différente de celle des précédentes formes de vie que seule de nouvelles espèces peuvent expliquer ces traces. Les scientifiques y voient là les preuves de l’existence d’un premier big-bang évolutif qu’ils ont appelé l’explosion d’Avalon.
 S’ils sont dans le vrai, leur théorie est un argument de plus en faveur des théoriciens qui affirment que l’évolution est le résultat d’un processus discontinu. La plus connue de ces hypothèses est celle des équilibres ponctués de Stephen Jay Gould. Ce dernier postule que l'évolution comprend de longs intervalles d'équilibre ponctués de brèves périodes de changements importants comme la spéciation.  
 Reste maintenant à comprendre ce qui a pu déclencher cette frénésie évolutive. Dans le cas de l’explosion cambrienne, des facteurs environnementaux sont suspectés : des indices isotopiques et chimiques démontrent des changements importants dans le climat et la chimie des océans. Pour Ediacara, les auteurs évoquent un apport soudain d’oxygène dans les océans ainsi qu’un net réchauffement de l’eau. Par contre, ils n’expliquent pas pourquoi la faune de Burgess a connu ce succès, puisqu’elle est la base de la Vie telle qu’elle existe actuellement, alors que la tentative d’Ediacara a tourné court.
 
 
Joël IGNASSE
Sciences et Avenir.com
04/01/08
 
par lenuki publié dans : sciences
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Vendredi 4 janvier 2008
Entre science et charlatanisme
Expérimentations chinoises
Dans l'Empire du Milieu, des cliniques injectent déjà des cellules souches sur des malades. Parfois au mépris du principe de précaution et des règles déontologiques
 

De notre correspondant en Chine

En Chine, comme dans toute l'Asie, la course aux «cellules miracles» est lancée. L'objectif ? Battre pour la première fois l'Occident dans un domaine scientifique. La ferveur nationaliste se conjugue bien sûr avec l'intérêt économique. Les Chinois parient sur une industrie d avenir en profitant d'une situation paradoxale : leur gouvernement ne finance pas la recherche, mais n'interdit pas les traitements, voire les expérimentations, et surtout l'utilisation de cellules provenant d'embryons humains. La communauté scientifique regarde de près ce foisonnement de travaux, mais s'inquiète aussi de la rapidité de leur application clinique. Car en Chine le meilleur côtoie le pire.
Voici par exemple le docteur Freeman Gao. C'est un esprit scientifique. Il n'avance rien qui n'a pas été démontré. Cet homme parlant très bien l'anglais dirige la plus grande banque de cellules souches de Chine, la Beijing Cord Blood Bank. Ici sont conservés 40 000 échantillons prélevés sur des cordons ombilicaux. «Nous avons les ressources», glisse le docteur Freeman Gao. La Chine compte en effet 20 millions de naissances par an. Déjà elle approvisionne largement le Japon avec ses échantillons. «Nous avons découvert les cellules souches il y a dix ans à peine par le biais, d'ailleurs, de médecins chinois revenus de France, explique Freeman Gao. Pour développer notre banque nous avons créé une société privée puisque les autorités n'ont débloqué aucun budget.» Résultat : le docteur Freeman Gao est plus un «commerçant» qu'un chercheur. Il le regrette.

 


Beaucoup d'autres ne s'embarrassent pas de ces préventions déontologiques. Voici maintenant le docteur Wu Like. Il exerce, à Pékin, à l'hôpital Tiantan Puhua, un petit établissement au fond d'une impasse bordée de maisonnettes décrépies. Comme plusieurs autres cliniques pékinoises, Tiantan Puhua procède à des injections de cellules souches prises sur des embryons. Ces implantations régénèrent les tissus endommagés, affirme le docteur Wu Like. Cette hypothèse est loin d'être prouvée. Peu importe, Tiantan Puhua promet des merveilles : grâce à ses traitements, les paralysés se lèveraient de leur chaise roulante, les déments et ceux perdus dans le brouillard de parkinson retrouveraient leurs facultés intellectuelles... Le docteur Wu Like assure que son taux de réussite est de 70%. Il en donne pour preuve la longue liste de témoignages des malades soignés et de leurs familles. Celui par exemple d'Isabelle Z, une Chinoise mariée à un Français. Pour rester au chevet de son enfant, elle s'est fait embaucher comme directrice du business development de l'hôpital. Sa fille s'est brisé la colonne vertébrale en plongeant dans une piscine. Les spécialistes de Hongkong n'ont pu que constater des dommages irréversibles. «Ils m'ont juste recommandé de lui acheter une chaise roulante.» Une première intervention à l'hôpital Tiantan Puhua a donné, selon elle, quelques résultats : «Ma fille ne sentait pas la douleur lorsqu'on lui faisait une piqûre. Maintenant, à chaque fois qu'on la pique, elle fait la grimace !»

 

Le docteur Wu Like n'a pas publié d'articles dans des revues internationales. Il lui faudrait 200 cas cliniques suivis pendant deux ans pour paraître à l'étranger. En revanche, il s'est acquis une certaine notoriété en Chine, où moitié moins de cas sur une durée d'un an suffisent à une étude clinique. Il invoque également le manque de recul. Il n'a commencé à pratiquer ce genre d'opérations qu'il y a deux ans. Ce qui ne l'empêche pas de beneficier de subsides d'un fonds d'investissement américain, l' American Pacific Médical Group. Le site de cette société donne la liste de ses partenaires : essentiellement des Chinois ayant fait des études de médecine aux Etats-Unis, associés à des hommes d'affaires de Hongkong. Un autre site donne la mesure de l'emballement autour des cellules souches : ChinaStemCellNews. Cette société organise des «voyages thérapeutiques» dans les hôpitaux chinois et elle prétend guérir un nombre impressionnant de maladies, dont l'autisme ou la cécité... Pékin plus fort que Lourdes ?
«Nous sommes en retard dans les découvertes. Mais nous profitons de h recherche des pays occidentaux et prenons de l'avance dans les applications», explique le docteur Wu Like. Immoral ? Les controverses autour de l'utilisation d'embryons «ne sont pas raisonnables», rétorque le docteur Wu Like. Et «qualifier d'être humain un embryon de plus de trois semaines est une entrave au progrès médical». Dangereux ? Il y a eu des «accidents» et des morts, reconnaît Wu Like, «mais pas à Tiantan». Quant au coût du traitement, il répond seulement que son hôpital est celui qui gagne le plus d'argent à Pékin. Ce coût serait entre 20 000 et 30 000 euros l'intervention plus les autres soins (acupuncture, kinésithérapie, etc.) .
Avec la bénédiction du vatican
Plus moral que le clonage ?
Les dernières découvertes permettent d'éviter la manipulation des embryons qui posent des problèmes éthiques. Mais elles soulèvent d'autres questions
 

C'est par Dolly que le scandale est arrivé. Lorsque l'Ecossais Ian Wilmut révèle, en 1997, la naissance de la première brebis clonée, il devient mondialement célèbre et suscite une frayeur planétaire : si l'on a pu copier un mouton, n'en fera-t-on pas de même pour un être humain ? Bien qu'il ne soit alors qu'un fantasme, le clonage d'un homme devient l'épouvantail de la bioéthique, stigmatisé par les autorités politiques, morales et religieuses de tout pays. Le législateur français forgera même l'expression de «crime contre l'espèce humaine» pour qualifier cette expérience interdite ! Il ne s'agit pourtant pas d'un génocide...
En même temps que la crainte, Dolly apporte un formidable espoir, celui d'une «médecine régénératrice» fondée sur les fantastiques propriétés des cellules souches de l'embryon Ces cellules, nouveau Graal de la médecine, sont présentes dans l'embryon naturel, au début de son développement. C'est leur extraordinaire plasticité qui permet l'apparition progressive des quelque deux cents tissus différenciés de l'organisme humain. Le clonage ouvre la voie à leur production contrôlée, qui permettrait, à terme, de cultiver en laboratoire des tissus biologiques faits «sur mesure» pour un individu précis. Grâce à ce procédé, le clonage thérapeutique, il serait possible de régénérer n'importe quel tissu de l'organisme, des neurones détruits par la maladie de Parkinson aux cellules du myocarde lésées par un infactus.

 


Ainsi, dès le départ, Dolly réunit, en un couple aussi inséparable que Docteur Jekyll et Mister Hyde, les promesses de guérison et les craintes éthiques. Dix ans après, Ian Wilmut vient d'annoncer qu'il abandonnait le clonage thérapeutique ! Et cela, au profit d'une nouvelle approche qui permet d'éviter le clonage et la manipulation d'embryons : le Japonais Shinya Yamanaka ainsi que l'Américain James Thomson viennent de montrer qu'il est possible de «reprogrammer» de banales cellules de peau pour les faire se comporter comme des cellules souches embryonnaires. En 1998, le même Thomson avait réussi pour la première fois à mettre en culture les cellules souches de l'embryon humain. La nouvelle avait fait moins de bruit que la naissance de la brebis clonée, mais elle était tout aussi importante. Les travaux de Ian Wilmut associés à ceux de Thomson fournissaient un véritable socle scientifique pour mettre en place un programme de recherche dirigé vers la médecine régénératrice fondée sur le clonage thérapeutique.
Aujourd'hui, Wilmut et Thomson tournent le dos à la voie dont ils ont été les pionniers. Ils ne sont d'ailleurs pas les seuls. Sans aucun doute, l'opprobre attaché au clonage reproductif a rejailli sur le clonage thérapeutique, bien que leurs objectifs soient entièrement différents. La loi française criminalise les deux démarches, ce qui, dans le cas du clonage thérapeutique, revient à introduire l'étrange notion de «crime sans victime», comme le remarque le neurobiologiste Hervé Chneiweiss, directeur de l'unité 752 de rinserm. Au-delà du clonage, la recherche sur les cellules souches a été freinée, dans différents pays, par le fait qu'elle soit associée à la manipulation d'embryons. Bon nombre de spécialistes du domaine ont essayé de contourner la difficulté en cherchant des méthodes qui permettent de se passer de l'embryon. Avant même la découverte de Yamanaka et Thomson, différentes équipes ont tenté de travailler sur les cellules souches présentes dans l'organisme adulte. Elles sont rares, difficiles à isoler et moins plastiques que celles de l'embryon. Mais eues ont l'avantage évident de ne pas soulever de problèmes éthiques.

 

La décision d'Ian Wilmut risque-t-elle de porter un coup fatal au clonage thérapeutique ? Certains le craignent, d'autant que cette annonce se produit après le scandale provoqué par l'énorme fraude du Coréen Hwang. Ce dernier avait publié en 2005 des résultats extraordinaires qui mettaient le clonage thérapeutique quasiment «à portée d'éprouvette». Mais on a découvert ensuite que toutes ses expériences étaient truquées (voir «Wbs» du 30 août 2007). Pour la neurobiologiste Nicole Le Douarin, professeur au Collège de France, le fiasco coréen a eu des effets «délétères» sur «le domaine entier du clonage thérapeutique», entraînant un «coup de frein» qui «se fait encore sentir en 200 7».
Les freins moraux et la fraude de Hwang ont-ils eu raison d'une des voies les plus prometteuses pour l'avenir de la médecine ? Wilmut affirme que ses motivations sont d'abord pratiques : en dehors de toute considération éthique, le clonage thérapeutique se heurte à de difficiles obstacles techniques. Le procédé a une très faible efficacité et nécessite d'utiliser de nombreux ovocytes. Ceux-ci doivent être prélevés sur des femmes jeunes, soumises à une stimulation hormonale qui provoque une super-ovulation. L'opération peut nuire à la fertilité future de la femme donneuse et entraîne parfois de graves complications. La pénurie d' ovocytes constitue une barrière aussi importante, sinon plus, que l'éthique pour le développement du clonage thérapeutique.
Faut-il y renoncer pour autant ? «Ce serait jeter le bébé avec l'eau du bain, estime Hervé Chneiweiss. Même si le travail deYamanaka et Thomson représente une avancée importante, l'analyse des cellules souches embryonnaires reste nécessaire. Il faut comprendre les mécanismes par lesquels les cellules souches se différencient pour donner tel ou tel tissu, et dans ce tissu, telle ou telle variété de cellules. Par exemple, si je veux soigner la maladie de Parkinson, il me faut trouver un moyen de produire non pas n importe quel tissu cérébral, mais précisément les neurones à dopamine détruits par la maladie.
Pour atteindre ce but, nous avons besoin de toutes les voies de recherche.»
Au demeurant, si les considérations éthiques jouent un rôle important, elles évoluent avec la société et sont influencées par les progrès scientifiques. Comme le souligne Nicole Le Douarin, «les avocats du diagnostic prénatal dans les années 1960, de la fécondation in vitro dans les années 1970, du diagnostic préimplantatoire dans les années 1990 ont été la cible d'invectives sévères». Or toutes ces techniques sont couramment utilisées aujourd'hui. En dernière analyse, l'issue des débats moraux dépendra surtout des solutions pratiques que pourront proposer les chercheurs.
Un tour d'horizon mondial montre d'ailleurs que les législations et les positions éthiques n'ont pas toujours un effet décisif sur le devenir de la recherche. Si la législation française est très restrictive, le manque de moyens alloués à la recherche semble un frein au moins aussi important que la loi (voir l'interview de Marc Peschanski p. 12). Les Etats-Unis présentent une situation paradoxale, avec une législation très contraignante, mais qui ne concerne que les fonds publics gérés par l'Etat fédéral. Une société privée pourrait cloner un bébé sans que la loi s'y oppose formellement ! Surtout, chacun des Etats peut prendre toute initiative pour promouvoir la recherche. C'est ainsi que la Californie de Schwarzenegger a créé le Cirm, un institut pour la médecine régénératrice subventionné par un fonds spécial de 300 millions de dollars par an renouvelables pendant dix ans. soit 3 milliards en tout. Le Cirm est aujourd'hui la plus importante agence de financement de la recherche sur les cellules souches, et son budget est plus de cent fois supérieur à celui de la France dans le même secteur !
«Au total, sur 29 milliards de dollars investis dans le monde pour la recherche dans les sciences de la vie, 22 milliards sont dépensés aux Etats-Unis, observe Hervé Chneiweiss. Cela situe l'échelle des moyens disponibles. L'Europe n'est pas en position de jouer un rôle majeur dans la course aux cellules souches. La Grande-Bretagne, qui bénéficie d'une législation très libérale, tire son épingle du jeu, mais avec des moyens relativement limités. Le monde de la recherche biomédicale est en train de se recentrer sur le Pacifique. Outre la Californie, l'Asie est en pointe, en particulier la Chine, la Corée, le Japon, Singapour et Taïwan. E Australie est également bien placée.»
Tous ces pays ont adopté une politique assez ouverte et engagent des moyens importants. Le poids de la législation est limité par le fait qu'interdire une voie de recherche dans un pays n'empêche pas de la poursuivre ailleurs. Même l'interdit du clonage reproductif, s'il est largement partagé, ne fait pas l'objet d'un consensus universel. L'avenir de la médecine ne se jouera pas sur des principes éthiques, mais sur l'habileté à surmonter les obstacles, aussi bien moraux que techniques et économiques. L'aventure inaugurée il y a une décennie par le clonage de la brebis écossaise a deux visages inséparables : l'un, souriant, est une promesse de santé, de longévité, d'éternelle jeunesse; l'autre, sombre, éveille les fantasmes de déshumanisation, de destruction de l'être. Impossible d'échapper à l'ambivalence prométhéenne : Docteur Dolly et Mister Hyde.

(1) "Les Cellules souches, porteuses d'immortalité", par Nicole Le Douarin, Odile Jacob, septembre 2007.
 
par lenuki publié dans : sciences
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Jeudi 3 janvier 2008
Les mâles macaques payeraient pour s'accoupler
NOUVELOBS.COM | 03.01.2008 | 10:23
Selon une étude, moins les femelles macaques sont nombreuses, plus les mâles doivent travailler pour satisfaire leurs désirs.
Macaques Arunachal, deux adultes mâles et un jeune. (M.D. Madhusudan)
 
Selon une étude décrivant un véritable "marché du sexe" chez les macaques indonésiens et publiée le 2 janvier dans le magazine britannique New Scientist, payer pour faire l'amour est une pratique probablement encore plus ancienne que l'espèce humaine elle-même.
En observant durant 20 mois une cinquantaine de macaques à longue queue à Kalimantan Tengah, Michael Gumert, de l'université technologique Nanyang à Singapour, a constaté que les femelles s'accouplaient en moyenne 1,5 fois par heure, mais que cette fréquence grimpait à 3,5 fois par heure chez celles qui venaient de se faire épouiller par un mâle.

La théorie du "marché biologique"

Avant de satisfaire son désir, ce dernier devra "travailler" d'autant plus que peu de femelles se trouvent à proximité. La recherche des poux de sa partenaire jusqu'à ce qu'elle s'offre à lui prendra ainsi jusqu'à 16 minutes si les femelles sont moins nombreuses que les mâles dans le secteur et seulement 8 minutes dans le cas inverse.
"De nombreuses études qui n'ont pas constaté ce mécanisme de marché biologique avaient été réalisées en captivité", selon Mickael Gumert.
Selon Ronald Noë, de l'université de Strasbourg en France, auteur avec Peter Hammerstein de la théorie du "marché biologique", "on retrouve une imbrication bien connue des marchés de l'accouplement et de l'économie chez l'espèce humaine", où "il y a beaucoup d'exemples de vieux hommes riches obtenant les faveurs de jeunes femmes attractives". (Avec Ap)
par lenuki publié dans : sciences
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Samedi 29 décembre 2007
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La chronique de Jean-Luc Nothias du 26 décembre 2007 (dans Le Figaro)
Au lendemain de Noël, des millions d'enfants attestent solennellement que le père Noël existe bel et bien. Eh bien, à tous ces enfants enchantés par cette date pas comme les autres, je puis assurer qu'en dépit de ce que les grandes personnes peuvent raconter, le père Noël est en plus un génie. C'est scientifiquement prouvé. Même si cela reste un peu discuté. Car ses exploits relèguent nos avions et fusées au rayon des articles moyenâgeux.
Plusieurs études très sérieuses ont tenté de calculer le trajet que doit effectuer le père Noël pour déposer des cadeaux dans tous les foyers. Deux hypothèses sont envisagées. Soit il passe dans tous les foyers de la planète, soit il ne va que chez ceux qui célèbrent Noël.
Dans la première hypothèse, envisagée par une étude suédoise, il doit se rendre chez un nombre d'enfants compris entre 2 et 2,5 milliards. Donc faire autant d'arrêts. L'étude donne au père Noël quarante-huit heures, les 24 et 25 décembre, pour sa distribution. La densité moyenne de la population est de habitants par kilomètre carré. À ce compte-là, chaque domicile est séparé du 48 suivant d'une vingtaine de mètres. Pour réaliser son exploit, le père Noël devrait voyager à 5 800 kilomètres par seconde (km/s) et disposerait de 34 microsecondes pour chaque arrêt. Une vitesse de déplacement qui est égale à 17 000 fois la vitesse du son dans l'air. On devrait donc entendre, à Noël, des «bangs» supersoniques ininterrompus. Eh bien non, car le père Noël a trouvé le moyen de les «transposer» dans l'espace, loin de la Terre, sans qu'ils soient audibles. Mais ce moyen, il le garde jalousement secret. Sans cela, ce ne serait pas le père Noël.
Dans la deuxième hypothèse, les enfants de familles dont la religion ne célèbre pas Noël ne sont pas «desservis» par le père Noël. Ce qui laisse quelque 375 millions d'enfants à livrer. Dans cette hypothèse, le père Noël, voyageant d'est en ouest, pour suivre la rotation de la Terre et la course du Soleil, n'a que la nuit du 24 au 25 pour effectuer sa mission. En fait, on lui laisse trente et une heures. Sans oublier qu'une grande partie du monde chrétien orthodoxe célèbre Noël dans le calendrier julien (et non comme nous dans le grégorien), et donc le 6 janvier. Le père Noël peut ainsi étaler un peu ses livraisons. Quoi qu'il en soit, il a environ un millième de seconde pour chaque arrêt sauter hors du traîneau, prendre les cadeaux, descendre par la cheminée, les disposer sous le sapin, remonter et devra parcourir 110 millions de kilomètres environ. Dans cette hypothèse, il doit voyager à un peu plus de 1 000 km/s, soit 3 000 fois la vitesse du son dans l'air. Même dans cette hypothèse, il reste capable de faire disparaître les bangs supersoniques.
Localisation et embonpoint
Cela explique aussi pourquoi il reste inobservable et inatteignable, même par les avions de chasse les plus perfectionnés. Et comme aucun État n'aime à reconnaître qu'il est totalement surclassé, il vaut mieux faire croire que le père Noël n'existe pas. Car ses performances révèlent qu'il dispose d'un traîneau subliminique, qu'il est capable de téléportation (pour aller aussi vite de son traîneau au sapin) et qu'il a créé des… rennes transgéniques. Aucun renne «classique» ne peut en effet dépasser les 30 km/h. Et est limité en poids de traction. Car les cadeaux amassés dans le traîneau se comptent en centaines de milliers de tonnes.
Une autre question se pose. Ou plutôt deux autres. Celle de la localisation du QG du père Noël et celle de son embonpoint. On a longtemps situé son repaire vers le pôle Nord. La ville de Rovaniemi, en Laponie finlandaise, à la limite du cercle polaire, se revendique comme la plus proche du centre secret du père Noël. Mais une étude, fondée sur l'endroit géographiquement le plus approprié pour la grande tournée de Noël, situe la maison du père Noël au… Kirghizstan, une république ex-soviétique d'Asie centrale. Ce que les Kirghiz, chez qui le père Noël s'appelle «grand-père gel» et s'habille en bleu, ont été ravis d'apprendre.
De leur côté, les enfants espagnols, sollicités par sondage, ont estimé que le père Noël avait quelques kilos en trop et qu'un régime lui serait profitable. Mais ce qu'ils ne savent pas, c'est que cette apparence de vieillard enveloppé à la grande barbe blanche dans son costume rouge cache sans doute des équipements spéciaux nécessaires à ses performances. Ré­chauffement climatique aidant, on devrait bientôt pouvoir les voir puisque le père Noël devra peut-être adopter le short et remplacer ses rennes par des chameaux.
 
 
par lenuki69 publié dans : sciences
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Samedi 29 décembre 2007
«il faut rendre ce progrès accessible à tous»
Les vérités d'un dresseur de cellules
Le professeur Marc Peschanski travaille depuis des années sur les cellules souches. Il explique les enjeux de ses travaux et raconte les dessous de la bataille scientifique et financière
 

Médecin, directeur scientifique de l'Institut des Cellules Souches pour le Traitement et l'Etude des Maladies monogéniques (I-Stem, filiale conjointe de l'lnserm et de l'Association française contre les Myopathies), le professeur Marc Peschanski est spécialiste des cellules souches embryonnaires humaines. Dans ses laboratoires du Genopole d'Evry, son institut tout neuf met au point des méthodes pour faire proliférer à très grande échelle ces cellules issues d'embryons. Et pour guider leur diversification en cellules de différentes catégories, à des fins thérapeutiques futures - contre les maladies cardiaques, de la peau ou neurodégénératives.
Il multiplie aussi des lignées de cellules porteuses d'anomalies, pour élucider les mécanismes pathologiques et tester à un rythme industriel des molécules médicamenteuses - avec l'aide d'une étonnante machine robotisée unique au monde. Il nous livre ici un tour d'horizon de l'univers, foisonnant et fascinant, des futures cellules réparatrices. Un jour, peut-être, elles guériront presque toutes les maladies. En attendant, la quête d'une pareille panacée donne le vertige. Aiguise les appétits. Et se traduit, à l'occasion, par d'étranges coups bas dans la recherche scientifique mondiale.
Le Nouvel Observateur. - Au Japon, puis aux Etats-Unis, de simili-cellules souches embryonnaires humaines - susceptibles d'être retransformées en n'importe quel type de cellule spécialisée - viennent d'être obtenues à partir de banales cellules de la peau. Ce résultat disqualifie-t-il vos propres travaux, qui portent sur les «vraies» cellules souches tirées d'embryons ?

 


Professeur Marc Peschanski. - C'est grâce aux recherches sur les cellules souches embryonnaires - grâce à l'identification de certains marqueurs qui les caractérisent que Shinya Yamanaka, puis James Thomson ont pu faire «régresser» des fibroblastes de la peau au stade de cellules souches, en leur faisant sauter la barrière de la spécialisation. Cela en y réintroduisant divers gènes qui sont inactivés dans les cellules adultes, pour leur redonner une totale plasticité et une infinie capacité de prolifération - notamment à l'aide d'un gène caractéristique du cancer. C'est grâce aux recherches sur les cellules d'embryons que ce premier résultat a pu être obtenu. Donc cela vaut le coup de continuer à les étudier : elles ont encore beaucoup à nous apprendre. Remarquons qu'il est de toute façon hors de question d'utiliser, telles quelles, les cellules de Yamanaka ou de Thomson pour une quelconque expérience de thérapie cellulaire. Jusqu'à nouvel ordre, elles sont réputées dangereuses.
N. O. - Toutes les cellules souches envisagées pour des implantations thérapeutiques possèdent, par définition, cette faculté de prolifération qui fait penser au cancer.
M. Peschanski. - C'est pourquoi il ne sera jamais question de les implanter dans l'organisme avant de les avoir retransformées toutes en cellules spécialisées fonctionnelles - ou du moins, dans certains cas, ne possédant plus qu'une capacité de multiplication strictement limitée et contrôlée. Il s'agit d'injecter, par millions ou par milliards, des cellules réparatrices adéquates - sans que puisse se glisser parmi elles ne serait-ce qu'une seule cellule ayant échappé au tri et susceptible de déraper. Le tri impitoyable, c'est l'un des principaux défis à relever. Un autre, c'est la mise au point de méthodes efficaces pour spécialiser les cellules «à tout faire», ou pluripotentes. Guider leur évolution jusqu'à l'exacte catégorie désirée. Il reste donc beaucoup à faire, car le corps humain ne comporte pas moins de 200 grandes catégories de cellules, chacune de ces catégories comportant des dizaines de sous-variétés distinctes. Aiguiller exactement une cellule souche vers telle ou telle variété, on commence à peine, peu à peu, à savoir le faire - cela grâce à tous les travaux antérieurs en biologie du développement, qui ont permis d'identifier nombre des protéines associées aux processus de transformations cellulaires.

 

N. O. - En tant que spécialiste des cellules souches, êtes-vous particulièrement passionné par les perspectives ainsi ouvertes, et par les fantastiques promesses curatives qui semblent se profiler ?
M. Peschanski. - Face à un nouvel horizon comme celui-ci, ce qui me passionne surtout, c'est le nombre énorme de chercheurs auxquels on donne soudain les moyens de travailler pour faire avancer la science. Les réelles retombées pratiques, soyons réalistes, demeurent lointaines.
Comme c'est quasiment toujours le cas dans les sciences : la recherche scientifique, c'est d'abord un investissement de solidarité en faveur... des générations futures. Prenons l'exemple du déchiffrage du génome humain. Pour moi, c'est un exemple fabuleux. Quand j'étais étudiant en médecine, il était inimaginable qu'une pareille prouesse soit accomplie aussi vite, en si peu d'années. Conclusion : là où la société est capable de dégager clairement des moyens, on peut avancer de façon spectaculaire, sans que pour autant des applications pratiques surgissent tout de suite.
N. O. - Des moyens en faveur de la biologie, c'est mieux que... d'aller sur la Lune ?
M. Peschanski. - Je ne sais pas, et a priori je n'ai d'ailleurs rien contre les excursions sur la Lune. Mais en tout cas c'est mieux que de dépenser de l'argent pour construire des chars Leclerc...
N. O. - Justement, en matière de recherches sur les cellules souches, la France - face aux Etats-Unis, au Japon, au RoyaumeUni- ne fait pas tellement bonne figure.
M. Peschanski. - Hélas, c'est catastrophique ! Cela vaut d'ailleurs pour à peu près tous les domaines de la science. Parmi les pays de l'OCDE, la France se situe à l'avant-dernier rang pour l'argent investi par l'Etat pour former les étudiants. C'est par exemple deux fois moins qu'aux Etats-Unis. Le fossé va de plus en plus s'élargir entre ce que nous sommes capables de faire et ce que pourront faire les autres. Tandis que les universités tombent en ruine, on prétend se rattraper avec les grandes écoles. Mais celles-ci forment des ingénieurs, pas des chercheurs pour lesquels on ne crée plus aucun poste nouveau dans les organismes scientifiques. Quant aux crédits supplémentaires récemment consentis aux universités, il ne s'agit pratiquement que de rattrapages ou de remboursements d'impayés. Aucun investissement supplémentaire réel dans la recherche. Dans le cas particulier des cellules souches, il faut bien constater en plus que l'Etat, comptant sur les recettes du Téléthon, se désengage de plus en plus.
N. O. - Le jour où elles seront utilisables, ces merveilleuses thérapies cellulaires seront forcément très coûteuses. Donc réservées aux malades qui auront les moyens de se les offrir ?
M. Peschanski. - Le problème de toutes les innovations médicales, c'est en effet de trouver le moyen de les mettre à la disposition de tous ceux qui en ont besoin. Il faut rendre ce progrès accessible à tous. Le prix n'est que l'un des facteurs de l'équation, et d'ailleurs la façon de fixer les tarifs obéit parfois à des critères contestables. On l'a vu avec les antirétroviraux contre le sida. Ces molécules étaient réputées inaccessibles aux malades insolvables. Pourtant, comme c'était une question de vie ou de mort (quelque chose de beaucoup plus important que le fric), on a fini dans beaucoup de pays par trouver des solutions. Mais voici une autre histoire : le laboratoire américain Genentech avait créé l'Avastin, un anticancéreux efficace, qui s'oppose à la vascularisation des tumeurs. Dans le même but, le même laboratoire a ensuite lancé un médicament légèrement plus performant, mais avec une indication supplémentaire : celle de lutter aussi contre la DMLA (la dégénérescence maculaire liée à l'âge), qui consiste en une prolifération de vaisseaux sanguins dans la rétine. Ce nouveau produit, le Lucentis, était (et reste) affreusement cher - du genre 20 000 dollars pour un traitement. Beaucoup d'ophtalmologistes se sont alors tournés vers l'Avastin pour ralentir la DMLA, à un coût très inférieur. La réaction de Genentech, qui voyait tout cet argent lui échapper ? Le laboratoire a brutalement multiplié par huit le tarif de l'Avastin ! Vous voyez, le coût d'un traitement est souvent régi par de curieux facteurs.
N. O. - Mais les recherches sur les cellules souches sont l'objet d'appétits financiers énormes, verrouillées par des prises de brevets, traversées par des coups de Bourse. C'est un eldorado sauvage...
M. Peschanski.  - C'est vrai, et parfois étrange. Dans le cas des fibroblastes de la peau retransformés en cellules embryonnaires, les travaux fondamentaux, menés sur la souris, ont été publiés l'an dernier par Yamanaka. Ensuite, Yamanaka lui-même, puis Thomson ont refait la même chose avec des fibroblastes humains. Yamanaka continuait ainsi à faire de la science, mais Thomson, même s'il a aussi accompli un très beau travail, faisait un peu autre chose... Il a reproduit les manips dans le but de déposer plusieurs brevets. C'est la façon dont les Américains réagissent quand ils voient qu'un domaine risque de leur échapper.
Vous avez comme ça des gens qui déposent des brevets juste pour empêcher les autres de travailler...
N. O. - Au-delà des brevets, légitimes ou non, il y a, dans votre domaine, des tours de main quasiment culinaires.
M. Peschanski.  - C'est sûr, avec la même recette et les mêmes ingrédients, certains expérimentateurs, apparemment plus habiles, réussissent mieux que d'autres. Et puis, il faut aussi compter avec le hasard, car beaucoup de manipulations doivent être répétées de très nombreuses fois avant qu'une réussite survienne, sans qu'on sache pourquoi. Le clonage de la célèbre brebis Dolly n'avait été obtenu qu'au bout de 278 tentatives en tout point identiques.
N. O. - Alors parlons de clonage, de clonage thérapeutique bien sûr. Un verrou vient de sauter, avec la création récente d'un embryon de macaque - donc d'un primate, proche de l'homme.
M. Peschanski. - Toujours après de nombreuses tentatives infructueuses. Mais c'est vrai, on peut considérer désormais qu'il n'y a plus de barrière d'espèces, et qu'on pourrait en théorie fabriquer par clonage des embryons humains et en tirer ensuite des tissus réparateurs, dotés de l'exact patrimoine génétique du receveur. Mais il reste une autre barrière, celle des ovules - indispensables pour l'obtention d'un clone. Où les trouver, par centaines, pour chacun des individus à soigner ? Il n'est pas tout à fait impensable de réussir, un jour lointain, à les fabriquer à volonté en grand nombre, à partir de cellules souches. En attendant, le clonage thérapeutique humain me semble relever de la pure science-fiction.
par lenuki69 publié dans : sciences
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Samedi 29 décembre 2007
Cancer, parkinson, maladies cardio-vasculaires, paralysie...
On pourra presque tout soigner
Des essais concluants ont déjà été réalisés sur les animaux. Reste à perfectionner la technique pour l'appliquer aux humains
 

A quoi serviront les cellules souches, Graal de la médecine de demain ? En théorie, leurs possibilités sont quasi illimitées, puisqu'elles pourraient soigner toute pathologie dans laquelle un tissu biologique est lésé ou détruit. En pratique, des médecins tentent déjà, en Asie, de traiter par des injections de cellules souches les patients paralysés après une lésion de la moelle épinière. Ces essais, menés en Chine, en Corée ou en Thaïlande, sans validation scientifique, ne sont pas pratiqués dans les pays occidentaux, et en particulier n'ont pas été approuvés par la Food and Drug Administration américaine (FDA) . Cela n'empêche pas les patients de faire le voyage des Etats-Unis à Pékin, Bangkok ou Séoul dans l'espoir qu'une injection de cellules dans leur moelle épinière leur permettra de quitter leur fauteuil roulant. Bien que l'on ait épisodiquement annoncé des succès partiels, ils n'ont été ni confirmés ni reproduits, et les médecins qui pratiquent ce type de thérapie abusent de la crédulité de leurs patients. Plus sérieusement, les recherches de Geoffrey Raisman, à l'University Collège de Londres, ont donné des résultats prometteurs chez l'animal, mais ne sont pas encore applicables à l'homme.
Autre orientation de la recherche : le traitement des maladies dégénératives du cerveau, en particulier celle de Parkinson. La perspective à long terme est d'amener les cellules souches précisément dans les zones lésées du cerveau afin qu'elles remplacent les neurones déficients. Des résultats ont été obtenus chez le rat par le Suédois Anders Björklund. Des essais encourageants ont été entrepris chez l'homme en Europe et aux Etats-Unis, mais sont loin d'une efficacité démontrée. Des travaux moins avancés sont menés pour la chorée de Huntington et la sclérose latérale amyotrophique.

 


Chez les grands brûlés, on pratique des «autogreffes» de peau en cultivant des cellules provenant des zones saines de l'épiderme du patient. Ce procédé est encore imparfait et sa réussite dépend du nombre de cellules souches présentes dans la culture de peau. Aussi cherche-t-on désormais à déterminer précisément où sont les cellules souches de la peau afin d'augmenter leur nombre dans la culture et d'améliorer la qualité de la peau régénérée.
Un traitement a donné des résultats intéressants chez des patients souffrant d'infarctus du myocarde : on prélève des cellules souches de la moelle osseuse du malade et on les réinjecte au niveau du coeur. L'effet bénéfique semble toutefois être dû à des facteurs sécrétés par les cellules injectées plutôt qu'à une véritable régénérescence du tissu cardiaque.
Enfin, les cellules souches fournissent une nouvelle piste de thérapie contre le cancer : les tumeurs produisent des cellules souches particulières qui sont responsables de la prolifération cancéreuse et des métastases. D'où l'idée de concevoir des médicaments spécifiquement dirigés contre ces cellules souches, afin de traiter le cancer sans léser les cellules saines du patient.
Une approche encore plus sophistiquée associe cellules souches et manipulations génétiques. A Cambridge (Massachusetts) , l'Allemand Rudolf Jaenisch a prélevé des cellules adultes sur la queue de souris atteintes de drépanocytose (maladie génétique du sang), les a «reprogrammées» et y a introduit un gène correcteur. Les cellules manipulées ont alors été réinjectées dans le sang des souris, qui ont été partiellement guéries («Science», 7 décembre 2007) . Et l'équipe franco-italienne de Luis Garcia et Yvan Torrente a réussi, de son côté, à «corriger» des cellules souches musculaires de patients atteints de la myopathie de Duchenne («Cell Stem Cell», 13 décembre 2007). Ces cellules manipulées ont ensuite été transplantées sur des souris «modèles» atteintes de la pathologie, et leur état s'est amélioré. Il reste à perfectionner la technique pour pouvoir transplanter les cellules ainsi «réhabilitées» sur les patients humains. Ces recherches sont encore loin des applications cliniques, mais la possibilité de combiner cellules souches et génie génétique ouvre d'immenses perspectives.

par lenuki69 publié dans : sciences
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Vendredi 28 décembre 2007
On peut légitimement s'interroger sur l'intérêt de vérifier scientifiquement certaines intuitions élémentaires. Mais il est vrai que la caution scientifique donne du poids à ce que l'on affirme...
Une équipe de chercheurs américains vient de publier une étude sur la perception du temps. D'où il s'avère que l'amygdale trouble considérablement notre horloge interne...
Chacun se souvient du film Les choses de la vie de Claude Sautet, dans lequel un accident de voiture se produisait et où, durant le temps de cet accident, le héros du film revivait en quelques secondes sa vie tout entière. Chacun se souvient également de cette roue qui tournait, tournait, tournait...

De fait, les gens racontent souvent ce sentiment, subjectif, d'une distorsion du temps, sentiment qui survient au moment d'un événement traumatisant, comme si le temps justement se ralentissait, en quelque sorte.

Une équipe de neurosciences et de psychologie de la faculté de médecine du Baylor College à Houston, au Texas, a voulu vérifier cette idée car "la réponses est cruciale pour comprendre comment le temps est représenté dans le cerveau", explique David Eagleman, professeur de cette Université.

Les scientifiques ont donc recruté des volontaires et leur ont fait effectuer un saut dans le vide d'une hauteur de 45 mètres, au dessus d'un filet de sécurité, sachant qu'une telle chute dure trois secondes au maximum et que les volontaires atteignent la vitesse de 112 km/h.

Première expérimentation: on a demandé à ces volontaires de mesurer, avec un chronomètre précis, la chute des autres. Puis, l'équipe de l'Université leur a demandé combien de temps, à leur avis, avait duré leur propre chute. Tous les participants ont estimé que leur chute durait plus longtemps que celle des autres volontaires. Et ce, avec une différence nette et significative: 36% de plus.

Premier enseignement donc: il existe bien une sensation d'allongement du temps subjective. Mais ce résultat ne permet pas de répondre à la question essentielle: cette sensation se produit-t-elle intérieurement, "en vrai" d'une certaine manière? Ou survient-elle rétrospectivement, comme une recomposition du cerveau?

Pour le savoir, les chercheurs ont équipé ces mêmes volontaires d'une montre spéciale, avec des chiffres éclairés s'affichant plus vite que la normale. Avec cette idée: si la perception du temps est vraiment ralentie durant la chute,alors les volontaires devraient être capables de déchiffrer des chiffres plus vite. Résultat? Pas d'amélioration notable! Ce qui signifie que cette perception est subjective, ressentie, mais pas validée par des observations scientifiques.

L'explication à cette distorsion pourrait être celle ci: durant la survenue d'événements traumatisants, une zone particulière du cerveau, l'amygdale, est activée de façon spécifique, mobilisant au passage davantage de capacité mémorielle. En conséquence,les souvenirs deviennent plus riches, plus fournis. Or,plus le souvenir est riche,plus on garde en mémoire un événement. Et plus on garde en mémoire un évément, plus on a l'impression qu'il a duré longtemps.

En d'autres termes,il s'agit d'un phénomène d'auto-entretien. Ce travail vient d'être publié dans la revue scientifique Public Library Science One.
 
par lenuki69 publié dans : sciences
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