culture générale

Samedi 15 novembre 2008 6 15 /11 /2008 12:39


Michel Meyer : "Il nous faut questionner le questionnement"

LE MONDE DES LIVRES | 13.11.08 | 11h48  •  Mis à jour le 13.11.08 | 11h48



Sous un air jovial, presque nonchalant, Michel Meyer est un philosophe hyperactif. Il ne se contente pas d'être professeur de philosophie à l'Université libre de Bruxelles (rappelons que "libre", ici, veut dire laïque, à l'inverse de l'usage français), de piloter la collection "L'interrogation philosophique" aux Presses universitaires de France, de diriger la remarquable Revue internationale de philosophie - ce qui pourrait suffire à être bien occupé. De surcroît, au fil d'une vingtaine de livres, il s'est attaché à éclairer philosophiquement des sujets aussi divers, en apparence, que l'art romain, les passions ou le théâtre d'Ibsen. Cette disparité de façade explique peut-être que l'on ait tardé à reconnaître que Michel Meyer occupe, dans la pensée contemporaine, une place profondément originale.

Pourtant, l'essentiel de son travail, le noyau dur de l'oeuvre, réside dans l'élaboration d'un projet fort ambitieux qui se développe depuis une vingtaine d'années. Objectif : inventer une façon différente de philosopher, rien de moins. Son nom : problématologie. Les livres qui l'expliquent : De la problématologie (paru en 1986, republié en 2008) et Principia Rhetorica. Comme souvent en philosophie, le point de départ peut se formuler simplement : au lieu de nous intéresser aux réponses, prêtons attention à l'existence même de l'interrogation, car elle constitue le fondement ultime de la pensée. Toute réponse y renvoie. Or, depuis toujours, l'attention s'est focalisée sur les réponses, les jugements, les propositions - vraies ou fausses - énoncées par les penseurs, par les scientifiques ou par les gens de la rue. Au lieu de considérer l'interrogation comme la base de l'activité intellectuelle, on cherchait systématiquement des certitudes, c'est-à-dire des réponses définitives capables de faire disparaître les questions.

On constate aujourd'hui qu'une telle disparition est impossible. Michel Meyer précise : "Le questionnement constitue le socle indépassable de l'activité intellectuelle. Evidemment, les hommes préfèrent les certitudes et les réponses à ce qui est problématique, même s'ils ne peuvent échapper à cette problématique. Comme l'Histoire, en s'accélérant, rend désormais problématiques même les réponses les mieux établies, il nous faut aujourd'hui théoriser cette problématicité, et donc "questionner le questionnement". Car philosopher n'est pas seulement questionner, c'est réfléchir à l'articulation des questions et des réponses."

N'est-ce pas, pour les philosophes, leur tâche de toujours ? Qu'y a-t-il donc à faire de nouveau ? "Socrate questionnait les thèses de ses adversaires, mais sans offrir lui-même de réponse. Platon, au contraire, avec sa théorie des idées et du monde suprasensible, répondait, mais en finissant par renoncer à questionner. En fait, les philosophes n'ont pas vraiment réfléchi au questionnement en tant que tel. C'est pourquoi nous devons trouver un nouveau langage, propre à capturer ce qui est problématique."

On pourrait se demander ce qui prédispose notre époque à un tel changement de regard. Pourquoi maintenant ? "Nous vivons dans une société où, de fait, tout est devenu problématique : le rapport à autrui, les valeurs, la famille, l'histoire, sans compter ce que nous sommes. La réalité elle-même est devenue problématique, car sa structure microphysique est quantique, et donc tissée d'alternatives. Il faut donc prendre conscience du fait que, dans un monde fragmenté comme le nôtre, les questions sont partout - du langage à la littérature, de l'histoire à la morale, de la science à la rhétorique et à l'argumentation."

Arrêtons-nous à "rhétorique et argumentation". Il s'agit là du domaine de prédilection de Michel Meyer. Il est en effet le disciple et successeur du philosophe Chaïm Perelman, qui a notamment publié, en 1958, un Traité de l'argumentation devenu ouvrage de référence. En publiant un demi-siècle plus tard la somme intitulée Principia Rhetorica, Michel Meyer réactualise le sujet et en renouvelle les perspectives. Car la rhétorique n'a rien d'une discipline ancienne, restreinte ou dépassée. En tant qu'art de la persuasion, elle se révèle au contraire omniprésente. "Publicité, politique, vie privée... on retrouve la rhétorique partout où il importe de séduire, de convaincre et de communiquer. Et même dans les sciences humaines, dont la rhétorique est devenue la nouvelle matrice, il ne s'agit pas à proprement parler de démontrer, mais de persuader du bien-fondé de son point de vue. J'ai donc voulu dégager les lois d'unité à l'oeuvre dans ces usages au premier regard dissemblables. Or, effectivement, on découvre que des principes identiques sont à l'oeuvre dans ces domaines différents."

Comme on s'en doute, il n'y a pas d'un côté "la problématologie" et de l'autre "les travaux sur la rhétorique". Au contraire, le lien est étroit, dans la pensée de Michel Meyer, entre les analyses concernant les dispositifs contemporains de persuasion et l'attention portée au questionnement. "Dans les usages actuels de la rhétorique, il s'agit toujours, en fin de compte, soit de faire admettre une question, soit de tenter de faire disparaître un problème. Bien souvent, on argumente pour justifier qu'une interrogation demeure valable, alors même que l'accélération de l'Histoire semble disqualifier la plupart des réponses. Un usage inverse de la rhétorique, en particulier dans la publicité, est d'escamoter la question, dans le but de nous faire croire qu'elle est résolue."

Ainsi voit-on mieux la cohérence du parcours de Michel Meyer. Autour de la place fondatrice du questionnement, qu'il considère comme l'"oxygène de la pensée", ce philosophe agence les études relatives à ce qui aiguise et transforme, ou au contraire raréfie ou escamote les interrogations. Cet homme n'interroge donc pas seulement les questions que nous nous posons. Il s'ingénie avant tout à comprendre ce que nous faisons de ces questions, et ce qu'elles font de nous. Pas étonnant qu'il soit très occupé.

 

Roger-Pol Droit

Article paru dans l'édition du 14.11.08

 

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Samedi 18 octobre 2008 6 18 /10 /2008 12:16

                      
   Le Goff : «Des gens savants véhiculent des idées fausses»

Propos recueillis par Paul-François Paoli
16/10/2008 | Mise à jour : 10:48 | Commentaires 2

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Médieviste d'autorité mondiale, Jacques Le Goff explique que les grands personnages bien connus des historiens sont ceux qui alimentent le plus de fantasmes.

 

LE FIGARO LITTÉRAIRE. - Comment se fait-il que des idées fausses continuent de circuler au sujet de certains événements alors que les travaux historiques ont établi les faits ? L'historien n'est-il pas concurrencé par le fabuliste ?

Jacques LE GOFF. - Il en a toujours été ainsi. Il faut savoir que, jusqu'à la Révolution française, l'histoire n'était enseignée ni dans les écoles secondaires ni à l'université. Et qu'au XIXe siècle les mythes et légendes couraient plus facilement qu'aujourd'hui. L'imagination avait plus de pouvoir autrefois. Depuis toujours les hommes aiment qu'on leur raconte des histoires. Malgré les progrès de la connaissance, il y a des thèmes qui ont la vie dure. On dit que l'histoire a toujours été un roman. Le public souhaite que l'histoire soit un bon roman.

Les idées reçues perdurent même quand le travail des historiens les a battues en brèche ?

Bien sûr. Alors que depuis près d'un siècle de grands historiens comme Marc Bloch ou Georges Duby ont montré que le Moyen Âge n'était pas une période noire, on continue de rabâcher le thème de la « barbarie du Moyen Âge ». Ce ne sont pas seulement des ignares qui véhiculent cette idée mais aussi des gens savants, récemment Alain Minc ou ­Jacques Attali. Parce que la religion y était déterminante, on en fait un moment obscur de l'histoire humaine alors que nous savons que le Moyen Âge, pendant lequel se sont érigées les cathédrales, a été une période brillante, créatrice. Et même il faut oser le dire : une période de progrès.

Parmi les fables concernant le Moyen Âge, il y a celle qui raconte que Jeanne d'Arc ne serait pas morte brûlée à Rouen...

Jeanne d'Arc est le personnage du Moyen Âge sur lequel nous sommes le mieux renseignés. Et pourtant c'est elle qui a suscité le plus de légendes et d'idées fausses ! Au XVe siècle, quand une personne de grande popularité disparaissait dans des circonstances exceptionnelles, on avait tendance à ne pas croire à sa mort. Il arrivait que des individus en quête de destin tentent de se faire passer pour le défunt. Cela a été le cas de Claude des Armoises après la mort de la Pucelle. Mais que l'on continue de nourrir ce genre de doute est scandaleux. On peut s'étonner qu'une chaîne comme Arte ait récemment fait écho à ces fantaisies (1). Colette Beaune, qui a consacré le meilleur livre qui soit à Jeanne d'Arc (voir ci-dessous), explique ce qu'il en est. Nous sommes sûrs que Jeanne d'Arc a été brûlée par les Anglais à Rouen. Nous savons que, contrairement à la légende, elle était une paysanne aisée et non une bergère. Ce que nous ne connaîtrons jamais, c'est la nature des voix qu'elle a cru entendre.

Existe-t-il des grands personnages sur lesquels planent encore d'importants mystères ?

Oui, sur Charlemagne par exemple, on ne sait pas grand-chose. Curieusement on alimente plus de mystères sur les personnages que l'on connaît bien - c'est le cas avec Napoléon dont on sait avec certitude qu'il est mort d'un cancer en 1821 et non empoisonné à l'arsenic comme certains l'ont prétendu - que sur d'autres dont la biographie est évanescente. Peut-être parce qu'avec les personnages qui nous fascinent on ne se satisfait pas de la réalité, une fois qu'on l'a établie. On préfère continuer à imaginer...

Une véritable obsession s'attache à certains phénomènes, celui des Cathares par exemple. Est-ce parce qu'ils nourrissent la fantasmagorie ?

Je pense avoir été l'un des premiers à montrer l'importance de l'imaginaire dans l'histoire. L'historien a pour mission de se fonder sur des documents authentiques mais les fantasmes collectifs font aussi partie de l'histoire. Nul doute que l'imaginaire joue un grand rôle au sujet des cathares dont on a exagéré le nombre et l'importance. Des historiens spécialisés ont amplifié le phénomène. Certains cathares ont été traités de façon cruelle, mais les cathares brûlés sont moins nombreux qu'on ne l'a dit. Quand je vois ce que nous savons de leurs idées je me félicite, non qu'ils aient été maltraités - la création par l'Église de l'Inquisition fut une chose infâme - mais qu'ils aient été vaincus. S'ils avaient triomphé, ce qui aurait triomphé avec eux, c'est un christianisme violent et rigide, en quelque sorte terroriste. Ils voulaient exiger de tous les chrétiens qu'ils abolissent le plaisir. C'était des talibans en puissance.

Des croisades à Napoléon, l'histoire semble être devenue un enjeu politique. La recherche est-elle menacée par l'idéologie ?

Le métier de l'historien est de comprendre le système de valeurs de la période qu'il étudie et non de juger les hommes de ce temps. Personnellement, je n'aime pas juger. Je me souviens de la phrase de saint Paul : « Ne jugez pas. » Mais il faut expliquer, et pour cela connaître la sensibilité des hommes et des femmes de l'époque concernée. C'est pourquoi il faut étudier l'histoire dans son intégralité. L'histoire événementielle d'une période est inséparable de l'art et de la littérature. Qu'est-ce que le Moyen Âge sans La Chanson de Roland ou le roman arthurien ? Par ailleurs je suis persuadé que l'histoire a fait de gros progrès vers l'objectivité, même si elle ne pourra jamais échapper à la subjectivité des historiens et à l'esprit systématique des idéologues. Ce n'est pas une science exacte mais c'est une science dont les méthodes d'investigation sont faites pour aboutir à la vérité et à l'authenticité.

» Jeanne d'Arc contre les fabulistes

» Les francs-tireurs de l'histoire

(1) « Le Mystère Jeanne d'Arc », diffusé sur Arte le 29 mars 2008.

 

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Dimanche 20 juillet 2008 7 20 /07 /2008 12:24

Comment les philosophes parlent d'amour... et le font

 

Instable, fluctuant, irrationnel, le sentiment amoureux est rétif au système. C'est pourquoi les penseurs en ont toujours parlé avec précaution. Ce qui ne les a pas empêchés de vivre des histoires de cœur à en perdre la raison...

 

ace à nos faillites amoureuses, la sagesse philosophique peut-elle apporter un remède ? Peut-être... Surtout si nous appliquons les théories de leurs auteurs en ignorant ce que furent leurs existences. Tel l'adage : « Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais... » Pour Aude Lancelin et Marie Lemonnier, la philosophie de l'amour est en tout cas un territoire à reconquérir d'urgence.

Pourquoi ? Parce que, disent-elles en substance, « penser l'expérience amoureuse est une des seules formes de résistance possible au nihilisme ambiant, qui, avec la flétrissure de l'acte sexuel réduit à un libertinage morbide, a trouvé son arme de destruction massive ».
Lourde tâche. La philosophie, éprise de raison, se méfie comme de la peste de l'amour, synonyme de désordre, de chaos et de sentiments incontrôlables. À cela, disent-elles, il faut ajouter un autre handicap : « La philo est très masculine. On entend donc le son de cloche d'une seule moitié d'humanité. L'anxiété face au féminin est déjà vive chez le commun mâle des mortels. Elle devient exponentielle chez les philosophes, êtres intransigeants par nature. » Ils ont résolu, jusqu'ici, le problème avec la même intransigeance : les hommes règnent sur l'esprit, les femmes enfantent...

 

Une théorie... loin de la pratique

Parcourir le panthéon philosophique d'Aude Lancelin et Marie Lemonnier conduit très vite à cette conclusion : les philosophes n'ont pas beaucoup de leçons à nous donner. À tout seigneur, tout honneur, commençons par Platon (427-348 av. J.-C.), auteur du mythe fondateur suivant : à l'origine, l'homme était une sphère, que le facétieux Zeus a jugé bon de couper en deux; depuis, nous cherchons de par le monde notre moitié manquante, qui nous attend sans doute quelque part. Dans la pratique, pour Platon et ses camarades du Banquet, l'amour physique est le meilleur moyen pour accéder au divin. Or chez les penseurs grecs, il faut, pour y parvenir, passer par (sur) le corps de jeunes et beaux éphèbes, en aucun cas par le féminin, voué à la triviale reproduction.

Ils sont fous, les Romains ? Pas tant que ça : observons Lucrèce (v. 98-55 av. J.-C.). Pour lui, il n'y a rien à attendre de l'amour, sinon la certitude de « rater l'"ataraxie", ce calme souverain, cette indépendance féroce », cette absence de trouble, bref toutes les qualités qui font la bonne vie prônée par la sagesse antique. Le salut, selon Lucrèce, face aux exigences irrépressibles de la chair ? Une sexualité libre et plurielle, qui ne s'encombre pas de sentiments sirupeux. Après tout, il n'aurait pas désavoué Marc Aurèle (121-180) qui considérait que le coït n'est jamais qu'« un frottement de ventre avec éjaculation dans un spasme de liquide gluant »...

Le concept du visqueux a dégouliné jusqu'au XVIe siècle, notamment chez Montaigne (1533-1592), qui adorait conserver dans sa moustache, longtemps après l'amour, « l'odeur des baisers gluants ». Sceptique, l'auteur des Essais est sans illusion sur l'amour, pour lui, limité à « une agitation éveillée, vive et gaie ». Il se moque des prudes, « celles qui n'y vont que d'une fesse », mais fait preuve, chose rarissime à son époque, de considération pour le féminin, qu'il place sur un pied d'égalité, et pas seulement en ce qui concerne le sexe. « Il n'a rien de généreux, écrit-il, celui qui peut recevoir du plaisir où il n'en donne point. »

Point de cette générosité chez Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), apôtre de l'égalité de tous devant la loi, mais certainement pas entre les sexes. Père du romantisme, son immaturité sexuelle est légendaire. Il appelait son grand amour, Mme de Warens, « maman » (vu son âge, elle aurait pu l'être). Il a finalement vécu avec une femme qu'il n'aimait pas, dont il eut cinq enfants, qu'il a tous abandonnés. Ce qui ne l'a pas empêché d'écrire des textes admirables sur l'amour et Émile, un traité sur l'éducation des enfants d'une admirable cohérence - théorique.

Rationaliser pour moins souffrir
On ne peut pas, en revanche, reprocher à Kant (1724-1804), l'auteur des Fondements de la métaphysique des mœurs, de manquer de cohérence. Sa vie est à l'image de son œuvre : désincarnée. Il n'a jamais dérogé à sa devise « Agis toujours de telle manière que la maxime de ton action puisse être érigée en loi universelle. » De quoi rester intouchable et intouché.

Pour rester dans le froid, un mot du Danois Sören Kierkegaard (1813-1855). L'amour occupe une place centrale dans l'œuvre de l'auteur du Journal du séducteur. Tellement centrale que, pour préserver ce bijou dans toute sa pureté, il faut absolument éviter de le consommer. Les amants se rejoindront d'autant mieux dans l'éternité qu'ils ne se sont pas unis dans la réalité...

Nietzsche (1844-1900) donne enfin à l'amour le beau rôle, celui de générateur absolu de toute créativité. Même si, dans les faits, sa vie sentimentale fut un désastre. Celui qui n'attendait pas un quart d'heure pour demander - en vain - la main de la première jeune fille venue, a souffert d'une passion mal récompensée pour la belle Lou Andréas-Salomé, égérie de Freud et du poète Rilke. Il a vécu sous la coupe d'Elisabeth, sa sœur infernale, qui détourna sa pensée au profit des nazis...

Heureusement, les couples ne sont pas absents de l'histoire de la philosophie : Hannah Arendt (1906-1975), la plus grande passion de Martin Heidegger, son « battement d'aile d'Éros », dit : « L'amour est en premier lieu la puissance de la vie?; nous appartenons aux vivants du fait que nous sommes sous les ordres de cette puissance. Celui qui n'a jamais subi cette puissance ne vit pas, il ne fait pas partie des vivants. »

Quant à Jean-Paul Sartre (1905-1980), séducteur peu scrupuleux, on peut le prendre en flagrant délit de romantisme dans L'Être et le Néant. Il y décrit l'amour comme une forme de capture subtile. On n'aime vraiment ni un esclave ni un être trop autonome. Il y a un équilibre à trouver, toujours instable, toujours à réinventer. Le fondement de la joie d'amour, ajoute le complice de la « jeune fille rangée », c'est de se sentir justifié d'exister.

Le commerce des philosophes a-t-il une utilité dans notre aventure amoureuse ? Pour Marie Lemonnier : « Entre la prise de distance vis-à-vis de ses affects au risque de les dessécher et la passion engluante, il y a un équilibre à trouver. » Pour Aude Lancelin, souriante : « Jusqu'à présent, la rationalisation ne nous a pas préservés des tourments de la passion ! » Toutes deux sont néanmoins d'accord. « L'amour est une guerre, on peut en mourir : pour ce combat, la philosophie est une arme secrète... »

Un art du langage

François Meyronnis, essayiste, a publié un livre sombre(1)... sauf dans son propos sur l'amour. Nous avons cherché à en savoir un peu plus.

« Nous évoluons dans une confusion ravageuse entre l'amour et le sexe. La pornographie ne fait qu'exhiber des corps anatomiques : c'est une illusion. La technologie nous prépare des lits à une place : avec l'électronique, il est possible d'être stimulé à distance par les mouvements d'un partenaire absent. L'avenir programmé, c'est la copulation entre fantômes... L'amour est d'un autre ordre. De l'Antiquité jusqu'au libertinage du XVIIIe siècle, il y avait des arts d'aimer qui passaient par le langage. Cette filiation est en panne : le libertinage des années 1970 et 1980 n'a plus de sens, la parole en est absente.

Il y a aujourd'hui chez la femme un investissement plus généreux dans l'aventure amoureuse, qui ne s'explique pas seulement par le désir d'enfantement. Les hommes, dans leur grande majorité, refusent l'attente. Ils désirent l'image de l'autre plutôt que l'autre.

Chacun en a fait l'expérience : l'amour nous extrait du temps linéaire, celui qui va du berceau à la tombe. L'amour nous procure une intemporalité provisoire. Il est là pour toujours, sans capitalisation possible, il ne nous appartient pas. C'est une ouverture vers une forme de sacré. »
1. De l'extermination considérée comme un des beaux-arts
de François Meyronnis (Gallimard, "L'Infini", 2007).

 

À lire

Les Philosophes et l'Amour d'Aude Lancelin et Marie Lemonnier
Journalistes, dotées d'une solide formation philosophique,
les auteures ont confronté les œuvres et les vies d'un « échantillon représentatif » de têtes pensantes. Un essai
alerte et éclairant (Plon, 2008).

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Jeudi 10 avril 2008 4 10 /04 /2008 07:00
A propos d'une expression utilisée en cours, dont certains d'entre vous ne connaissaient pas la signification...

« L'Arlésienne »



Celle / celui / l'action qu'on attend et qui ne vient jamais.
Une chose dont on parle mais qui n'arrive ou ne se produit jamais.


On sait qu'une Arlésienne est une habitante de la ville d'Arles, dans les Bouches-du-Rhône, en Provence. Mais les Arlésiennes ont-elles l'habitude de
poser des lapins à ceux qui les attendent, au point que c'en est devenu une expression ?

Eh bien on ne peut pas vraiment généraliser, car ici c'est d'une Arlésienne bien particulière qu'il est question.
On la doit à Alphonse Daudet qui la fait apparaître dans un conte en 1866 (
), avant qu'il soit mis en musique six ans plus tard par Georges Bizet dans un opéra où le personnage qui lui donne son titre n'apparaît jamais sur scène.

Dans cette histoire, un jeune homme, Jan, veut épouser une jeune Arlésienne dont il est tombé amoureux après l'avoir rencontrée une seule fois. Des fiancailles, une grande fête, sont même organisées, mais en l'absence de la 'fiancée'.
Puis, au cours de la soirée, un homme arrive qui lui indique ainsi qu'à son père que la fille était sa promise et n'était qu'une 'coquine'.
Désespéré Jan devient longtemps taciturne puis, pour donner le change à sa famille, fait la fête mais sans oublier pour autant sa belle. Il finit par se suicider sous les yeux de sa mère.

C'est de cette personne attendue sans cesse et qui ne vient pas que, par extension, l'Arlésienne a fini par désigner toute personne ou chose qu'on attend et qui ne se présente ou n'arrive jamais.



« Un ministre qui joue l'Arlésienne en banlieue. Attendu à Argenteuil, Sarkozy s'inquiète des conditions de son retour sur la dalle. »
Titre et sous-titre d'un
article de Libération - 26 février 2007

Par lenuki - Publié dans : culture générale
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Vendredi 15 février 2008 5 15 /02 /2008 19:28
Voltaire : la lumineuse noirceur d'un résistant lucide
LE MONDE DES LIVRES | 14.02.08 | 11h50  •  Mis à jour le 14.02.08 | 11h50


Quelle est la place de Voltaire et de son oeuvre dans votre itinéraire philosophique ?
Histoire complexe. Car peu de place au commencement. Très très peu de place, dans l'itinéraire d'une génération formée au lacanisme, à l'althussérisme et aux règles austères de l'antihumanisme théorique. Demi-philosophe, pensions-nous. Métaphysicien du dimanche. Un écrivain immense, certes. Mais, justement, presque trop grand. Trop gigantesque. Eclipsé par l'énormité même de ce nom propre, devenu quasi- nom commun. Ah, la fatalité des oeuvres perçues, à tort ou à raison, comme moins éclatantes, moins intelligentes, que leurs auteurs ! Pauvre Voltaire... Et puis, au fil des ans, contre les clichés, les idées toutes faites, l'obscurité de cette gloire trop vaste, la conjuration des non-lisants, le hideux sourire, etc., la double découverte - pour moi, en tout cas, à la fin des années 1970 - d'une aventure de vie et de pensée qui va, soudain, beaucoup compter. Vie ? Mobilité. Lucidité. Energie indomptable. Courage physique et moral. Stratégie. Guerre.

Oui, le fait même d'exister et d'écrire conçu comme une guerre de tous les instants. "Je fais la guerre", dit-il à ceux qui lui reprochent de s'acharner contre le mauvais dramaturge Crébillon. Je suis une armée à moi tout seul. Je suis un parti. Un Etat. Je suis ce réseau d'amis, cette inavouable constellation d'alliés, d'émissaires ambigus et plus ou moins fidèles, je suis cette machine militaro-littéraire qui me permet de résister aux puissants et de les interpeller, de survivre et de contre-attaquer, de ruser sur l'accessoire et de ne rien céder sur l'essentiel. Un type d'homme, une physiologie, qui annoncent ce qui, bien plus tard, deviendra l'Intellectuel et que je retrouverai dans l'aventure et le cas de Sartre.
Pensée ? Eh oui. La pensée de Voltaire. Son système. C'est-à-dire son pessimisme ; son antinaturalisme ; sa lumineuse noirceur ; sa conviction que la civilisation est un mince, très mince vernis, qu'abolira toujours un désastre de Lisbonne ; son refus des consolations, théodicées, enchantements, que fournissent les théologiens, mais que ne dédaignent pas, hélas, les philosophes patentés. Voltaire contre Leibniz. Voltaire contre la terrible illusion d'un Mal soluble dans le meilleur des mondes. Voltaire comme un formidable antidote à l'universelle volonté de guérir.
Quel est le texte de Voltaire qui vous a le plus marqué, nourri, et pourquoi ?
S'il faut en choisir vraiment un, un seul, et le recommander à qui n'aurait pas compris l'urgence qu'il peut y avoir à se plonger dans ce flot de mots dont, comme l'enfer selon saint Bonaventure, on ne sait jamais trop s'il est brûlant ou glacé, je prendrai un petit texte peu connu ou, plus exactement, oublié (l'édition critique proposée, il y a sept ans, par Roland Mortier aux éditions Voltaire Foundation est épuisée), mais qui eut, sur le moment, en 1766, un certain succès : Le Philosophe ignorant. C'est un livre très court. Quelques dizaines de pages à peine. Il est construit en 56 "questions", ou "ignorances", ou "doutes", qui ne font parfois que deux lignes - la "table des doutes", en fin de volume, est déjà, à soi seule, un régal d'ironie, de mordant, de style. Tout Voltaire est là. L'incrédulité. La haine de la sottise et du fanatisme. Les formes a priori de la sensibilité obscurantiste. Les catégories de l'entendement, et de la raison, terroristes. L'apologie de ce que nous appellerions, aujourd'hui, le libéralisme et qui trouverait, dans les mots de Voltaire, renforts et munitions. Un abrégé d'anti-Rousseau et, encore une fois, d'anti-Leibniz. Mais aussi cette autre idée qu'il y a un second combat à mener, parallèle en quelque sorte, symétrique et complémentaire, sur le front de ce qu'il nomme, ici, le "moderne spinozisme". Qui sont les modernes spinozistes ? Grimm. La Mettrie. Les athées professionnels. Les enragés de la haine de Dieu. Tous ces gens qui ne lui pardonnent pas sa théorie du "grand horloger".
Tous ces acharnés contre l'idée même d'une "Lettre" dont il est certes le premier - mais justement ! La complexification, la reprise, n'en ont que plus de prix ! - à insulter, dans telles ou telles pages, insupportables, du Dictionnaire philosophique, l'éclatante généalogie. L'erreur, autrement dit, qui consiste à penser que la laïcité, la rupture du théologico-politique, le droit imprescriptible à l'incrédulité, à l'incroyance, devraient nécessairement impliquer un barrage contre la croyance pacifique, le testament de Dieu, le symbolique. Tout est là. Quelle leçon !
Selon vous, où l'oeuvre de Voltaire trouve-t-elle aujourd'hui son actualité la plus intense ?
Dans la lutte contre l'islamisme radical. Pas l'islam, l'islamisme. La folie meurtrière de ceux qui, comme les tortionnaires du Chevalier de la Barre, dans des termes finalement voisins des leurs, martyrisent et tuent au nom de Dieu. Voltaire a puissamment contribué à ce que soit écrasé l'infâme de son époque. Le même Voltaire nous aidera à terrasser l'infâme d'aujourd'hui - c'est-à-dire le parti, à la fois très vaste et indécis, de ceux qui voient dans le Coran un livre impeccable, intouchable, et dont les prescriptions seraient sans recours ni merci.
Il a, ce voltairianisme contemporain, le visage de Salman Rushdie quand il réclame le droit à la fiction jusques et y compris dans sa lecture de la geste de Mahomet. Il a celui de l'écrivaine bangladeshie Taslima Nasreen revendiquant le droit, conquis par les héritiers des autres religions monothéistes, de quitter la foi de ses pères et de se choisir elle-même, librement, un destin. Et il a celui, enfin, d'Ayaan Hirsi Ali, cette jeune Hollandaise d'origine somalienne condamnée à mort par les islamistes, pourchassée, vouée à une impossible vie, parce qu'elle croit, premièrement, que l'on peut être né en islam mais ne pas vouloir y demeurer - et, deuxièmement, que l'on peut y rester mais sans s'interdire d'en réviser, moderniser, démocratiser, certaines prescriptions (mariages forcés, mutilations subies ou consenties, primat de la règle communautaire sur le désir des sujets, etc.). Ayaan Hirsi Ali n'est pas Voltaire. Mais c'est Voltaire qui l'inspire. C'est Voltaire qu'on veut assassiner à travers elle. Ils sont, ces assassins possibles, comme le pétainiste Abel Bonnard livrant aux nazis la statue de bronze de Voltaire afin qu'ils en fassent des obus. Défendre Rushdie, Nasreen ou Ayaan Hirsi Ali, c'est défendre la statue, la mémoire, l'héritage de Voltaire.
 
Propos recueillis par Jean Birnbaum

Repères
Né à Paris en 1694, mort en 1778 à Paris, François-Marie Arouet prit le nom de plume de Voltaire vers 24 ans, alors qu'il connaît déjà ses premiers grands succès au théâtre. Dès ses années de jeunesse, ce fils d'une famille relativement modeste se fit remarquer par son talent
Par lenuki - Publié dans : culture générale
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Dimanche 30 décembre 2007 7 30 /12 /2007 23:45
Permettez-moi de soumettre à votre réflexion un extrait d'un ouvrage très tonifiant pour l'esprit : La bêtise s'améliore de Belinda Cannone, aux éditions Stock. Il correspond assez bien, dans l'ensemble, à ce que je pensais  mal, voire pas du tout (cf. Hegel à ce propos) faute d'avoir réussi à  bien le formuler...

« En fait, je me demande si le relativisme généralisé n’est pas une des formes contemporaines de la bêtise intelligente ». J’ai eu un frémissement, comme quand une nouvelle synapse est activée. C’était intéressant ça, le relativisme. Et ça fleurait bon et fort l’époque. Imperturbable, elle a continué : « Frankfurt* décrit la sottise du mécanisme qui consiste à estimer que, parce qu’il pense ne pouvoir identifier aucune essence des choses, l’individu tente d’être fidèle à sa propre nature. En somme, on passe alors du relativisme au culte du moi-moi. Car cette nature propre, ce soi-même, n’est-ce pas, comment pourrait-on l’appréhender et le décrire si l’on n’est même pas capable de concevoir et de définir ce qui nous entoure. Je sais que vous n’êtes pas très amateurs de romans, Gulliver et toi, mais c’est pourtant un observatoire très sûr de l’époque et je vous garantis que la production actuelle ne cesse d’illustrer ce règne de l’individu minimal bon seulement à parler de lui-même. Je me demande si la télé-réalité, les séances diverses de confession sous toutes ses formes, bref cette manie de l’exhibition n’est pas l’exact résultat du relativisme. Si le réel est inaccessible, alors la réalité n’est qu’un point de vue, elle n’est que ce que moi-moi en voit et en dit, et la bêtise contemporaine a vite fait d’affirmer que, parlant des choses, on ne parle que de soi -donc autant parler de soi. Mais soi, qu’est-ce donc, n’est-ce pas ? Frankfurt affirme qu’aucune théorie ou expérience ne permet de soutenir que la vérité la plus facile à connaître, pour un individu, serait la sienne. Et le philosophe conclut ainsi son petit livre : la sincérité, par conséquent, c’est du baratin. Stimulant, non ?

* Frankfurt est l'auteur d'un ouvrage pas mal non plus : De l'art de dire des conneries, éditions 10/18
Par lenuki69 - Publié dans : culture générale
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Mercredi 21 novembre 2007 3 21 /11 /2007 18:09

Voici un article du Monde qui fait écho à l'analyse que j'ai déjà proposée concernant les rapports entre les sexes sur ce blog:

Masculin-féminin, les nouvelles frontières
LE MONDE | 21.11.07 | 14h17  •  Mis à jour le 21.11.07 | 14h18
 
D'emblée, une lycéenne avait marqué le défi. Fin octobre, lors d'une rencontre au sein d'un établissement scolaire, l'élève avait ainsi interpellé les organisateurs du 19e forum Le Monde-Le Mans : en intitulant cette manifestation "Femmes, hommes : quelle différence ?", n'avez-vous pas d'ores et déjà pris parti ? Cette façon de formuler les choses ne reflète-t-elle pas un choix foncièrement féministe ?

De fait, toute la difficulté était là. D'un côté, le forum s'était donné pour objet cette évidence vécue : le partage du "féminin" et du "masculin", dont l'anthropologue Françoise Héritier affirme qu'il constitue un alphabet universel, et même "un butoir ultime pour la pensée" ; remettre en "question" la réalité de ce partage, c'était bel et bien s'engager sur un sentier périlleux. Mais d'un autre côté, le forum devait rester fidèle à sa vocation philosophique, ne pas se laisser entraîner vers un terrain purement polémique, au moment où les enjeux sexuels reviennent sur le devant de la scène, autour de débats aussi importants que la parité, l'homoparentalité ou encore la procréation médicalement assistée.
Trois jours durant, les intervenants ont donc tenté de conjuguer réflexion, engagement et pédagogie. D'entrée de jeu, l'historienne de la psychanalyse Elisabeth Roudinesco, la sociologue Irène Théry et l'anthropologue Maurice Godelier ont replacé la différence sexuelle au coeur du système propre à la culture occidentale. Dans d'autres sociétés, a rappelé Irène Théry, la partition masculin - féminin est moins définie en termes d'identités figées que de relations dynamiques, de rôles infiniment mobiles : "Nos sociétés ont tendance à oublier ce jeu dramaturgique, comme si le personnage social était forcément le "masque" de la "vraie" personne...", a-t-elle insisté.
Racontant son expérience auprès des Baruya, en Nouvelle-Guinée, où la domination masculine se traduit par des rites d'initiation extrêmes, Maurice Godelier a, quant à lui, souligné la puissance des "pratiques symboliques" en ces domaines : "L'imaginaire, c'est pas de la blague. C'est du réel, des évidences réelles. Et pour casser ça, faut se lever de bonne heure !", a-t-il averti. A leur tour, le linguiste Reza Mir-Samii, la neurobiologiste Catherine Vidal, l'historienne américaine Laura Frader et la juriste Danièle Lochak sont venus expliquer comment leurs disciplines respectives envisagent non seulement la division des sexes, mais aussi les figures qui en brouillent les frontières.
A commencer par l'identité transsexuelle, dont le déploiement comme phénomène social vient miner le clivage des genres, comme l'a montré la journaliste du Monde Clarisse Fabre. "Le transgenre nous apprend ce qu'est le sexe !", a lancé le philosophe Patrice Maniglier, alors que l'historienne Laure Murat s'apprêtait à esquisser l'aventure du "troisième sexe", celui des travestis, saphistes et autres "antiphysiques" qui "n'ont que la forme masculine et qui sont de véritables femmes au moral", selon l'expression d'un agent de police du XIXe siècle.
Comment ces troubles, ces brouillages, traversent-ils la création langagière et artistique ? Définissant la littérature comme "le royaume des différences", la romancière italienne Elisabetta Rasy a évoqué sa propre expérience d'écriture pour défendre une bipolarité masculin - féminin indissociable de la "tragédie humaine", et qui seule permettrait "l'inscription du corps dans la lettre". La littérature érotique, elle aussi, elle surtout, met en crise les identités. Journaliste au Monde, Patrick Kéchichian a relu les oeuvres de Diderot, Sade ou encore Catherine Millet pour mettre au jour la "pensée" propre à ce type de jouissance textuelle : à chaque fois, "il s'agit de s'avancer dans le désir de l'autre sexe, c'est-à-dire dans un territoire opaque, semé de pièges, éclairé de fausses lumières", a-t-il noté, avant de laisser la parole au réalisateur Sébastien Lifshitz, venu commenter son film Wild Side (2004), l'un des premiers à avoir filmé le corps transsexuel.
"Différence" ou "ressemblance" des sexes ? Bien avant d'être portée sur les écrans de cinéma, cette tension avait déjà été pensée par les textes sacrés des trois grands monothéismes, ainsi que l'ont magistralement montré les philosophes Olivier Boulnois (pour le christianisme), Catherine Chalier (pour le judaïsme) et Christian Jambet (pour l'islam). Et c'est encore autour de cette même alternative entre dualité et confusion des sexes que Sylviane Agacinski et Elisabeth Badinter ont retracé le destin de "l'utopie post-sexuelle" depuis les premiers chrétiens jusqu'à nos jours. Sylviane Agacinski a récusé la tentation de "neutraliser" la dualité des sexes et défendu la perspective d'une "égalité dans la différence". Elisabeth Badinter a rétorqué qu'elle préférait "une égalité entre l'infinie diversité des genres". Avant de conclure, d'une voix grave et insistante : "L'heure est à l'acceptation de notre essentielle bisexualité psychique (...) Le monde qui s'organise selon la différence des sexes est celui dont nous ne voulons plus."
 
Jean Birnbaum
Par lenuki69 - Publié dans : culture générale
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Dimanche 18 novembre 2007 7 18 /11 /2007 19:51
Voici un article du Monde qui s'inscrit, dans la droite ligne de ce que nous avons abordé dans la cadtre de notre réflexion sue les cultures et le problème sous-jacent d'une nature humaine:
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-979500,0.html
Par lenuki69 - Publié dans : culture générale
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