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Jeudi 10 avril 2008
A propos d'une expression utilisée en cours, dont certains d'entre vous ne connaissaient pas la signification...

« L'Arlésienne »



Celle / celui / l'action qu'on attend et qui ne vient jamais.
Une chose dont on parle mais qui n'arrive ou ne se produit jamais.


On sait qu'une Arlésienne est une habitante de la ville d'Arles, dans les Bouches-du-Rhône, en Provence. Mais les Arlésiennes ont-elles l'habitude de
poser des lapins à ceux qui les attendent, au point que c'en est devenu une expression ?

Eh bien on ne peut pas vraiment généraliser, car ici c'est d'une Arlésienne bien particulière qu'il est question.
On la doit à Alphonse Daudet qui la fait apparaître dans un conte en 1866 (
), avant qu'il soit mis en musique six ans plus tard par Georges Bizet dans un opéra où le personnage qui lui donne son titre n'apparaît jamais sur scène.

Dans cette histoire, un jeune homme, Jan, veut épouser une jeune Arlésienne dont il est tombé amoureux après l'avoir rencontrée une seule fois. Des fiancailles, une grande fête, sont même organisées, mais en l'absence de la 'fiancée'.
Puis, au cours de la soirée, un homme arrive qui lui indique ainsi qu'à son père que la fille était sa promise et n'était qu'une 'coquine'.
Désespéré Jan devient longtemps taciturne puis, pour donner le change à sa famille, fait la fête mais sans oublier pour autant sa belle. Il finit par se suicider sous les yeux de sa mère.

C'est de cette personne attendue sans cesse et qui ne vient pas que, par extension, l'Arlésienne a fini par désigner toute personne ou chose qu'on attend et qui ne se présente ou n'arrive jamais.



« Un ministre qui joue l'Arlésienne en banlieue. Attendu à Argenteuil, Sarkozy s'inquiète des conditions de son retour sur la dalle. »
Titre et sous-titre d'un
article de Libération - 26 février 2007

par lenuki publié dans : culture générale
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Vendredi 15 février 2008
Voltaire : la lumineuse noirceur d'un résistant lucide
LE MONDE DES LIVRES | 14.02.08 | 11h50  •  Mis à jour le 14.02.08 | 11h50


Quelle est la place de Voltaire et de son oeuvre dans votre itinéraire philosophique ?
Histoire complexe. Car peu de place au commencement. Très très peu de place, dans l'itinéraire d'une génération formée au lacanisme, à l'althussérisme et aux règles austères de l'antihumanisme théorique. Demi-philosophe, pensions-nous. Métaphysicien du dimanche. Un écrivain immense, certes. Mais, justement, presque trop grand. Trop gigantesque. Eclipsé par l'énormité même de ce nom propre, devenu quasi- nom commun. Ah, la fatalité des oeuvres perçues, à tort ou à raison, comme moins éclatantes, moins intelligentes, que leurs auteurs ! Pauvre Voltaire... Et puis, au fil des ans, contre les clichés, les idées toutes faites, l'obscurité de cette gloire trop vaste, la conjuration des non-lisants, le hideux sourire, etc., la double découverte - pour moi, en tout cas, à la fin des années 1970 - d'une aventure de vie et de pensée qui va, soudain, beaucoup compter. Vie ? Mobilité. Lucidité. Energie indomptable. Courage physique et moral. Stratégie. Guerre.

Oui, le fait même d'exister et d'écrire conçu comme une guerre de tous les instants. "Je fais la guerre", dit-il à ceux qui lui reprochent de s'acharner contre le mauvais dramaturge Crébillon. Je suis une armée à moi tout seul. Je suis un parti. Un Etat. Je suis ce réseau d'amis, cette inavouable constellation d'alliés, d'émissaires ambigus et plus ou moins fidèles, je suis cette machine militaro-littéraire qui me permet de résister aux puissants et de les interpeller, de survivre et de contre-attaquer, de ruser sur l'accessoire et de ne rien céder sur l'essentiel. Un type d'homme, une physiologie, qui annoncent ce qui, bien plus tard, deviendra l'Intellectuel et que je retrouverai dans l'aventure et le cas de Sartre.
Pensée ? Eh oui. La pensée de Voltaire. Son système. C'est-à-dire son pessimisme ; son antinaturalisme ; sa lumineuse noirceur ; sa conviction que la civilisation est un mince, très mince vernis, qu'abolira toujours un désastre de Lisbonne ; son refus des consolations, théodicées, enchantements, que fournissent les théologiens, mais que ne dédaignent pas, hélas, les philosophes patentés. Voltaire contre Leibniz. Voltaire contre la terrible illusion d'un Mal soluble dans le meilleur des mondes. Voltaire comme un formidable antidote à l'universelle volonté de guérir.
Quel est le texte de Voltaire qui vous a le plus marqué, nourri, et pourquoi ?
S'il faut en choisir vraiment un, un seul, et le recommander à qui n'aurait pas compris l'urgence qu'il peut y avoir à se plonger dans ce flot de mots dont, comme l'enfer selon saint Bonaventure, on ne sait jamais trop s'il est brûlant ou glacé, je prendrai un petit texte peu connu ou, plus exactement, oublié (l'édition critique proposée, il y a sept ans, par Roland Mortier aux éditions Voltaire Foundation est épuisée), mais qui eut, sur le moment, en 1766, un certain succès : Le Philosophe ignorant. C'est un livre très court. Quelques dizaines de pages à peine. Il est construit en 56 "questions", ou "ignorances", ou "doutes", qui ne font parfois que deux lignes - la "table des doutes", en fin de volume, est déjà, à soi seule, un régal d'ironie, de mordant, de style. Tout Voltaire est là. L'incrédulité. La haine de la sottise et du fanatisme. Les formes a priori de la sensibilité obscurantiste. Les catégories de l'entendement, et de la raison, terroristes. L'apologie de ce que nous appellerions, aujourd'hui, le libéralisme et qui trouverait, dans les mots de Voltaire, renforts et munitions. Un abrégé d'anti-Rousseau et, encore une fois, d'anti-Leibniz. Mais aussi cette autre idée qu'il y a un second combat à mener, parallèle en quelque sorte, symétrique et complémentaire, sur le front de ce qu'il nomme, ici, le "moderne spinozisme". Qui sont les modernes spinozistes ? Grimm. La Mettrie. Les athées professionnels. Les enragés de la haine de Dieu. Tous ces gens qui ne lui pardonnent pas sa théorie du "grand horloger".
Tous ces acharnés contre l'idée même d'une "Lettre" dont il est certes le premier - mais justement ! La complexification, la reprise, n'en ont que plus de prix ! - à insulter, dans telles ou telles pages, insupportables, du Dictionnaire philosophique, l'éclatante généalogie. L'erreur, autrement dit, qui consiste à penser que la laïcité, la rupture du théologico-politique, le droit imprescriptible à l'incrédulité, à l'incroyance, devraient nécessairement impliquer un barrage contre la croyance pacifique, le testament de Dieu, le symbolique. Tout est là. Quelle leçon !
Selon vous, où l'oeuvre de Voltaire trouve-t-elle aujourd'hui son actualité la plus intense ?
Dans la lutte contre l'islamisme radical. Pas l'islam, l'islamisme. La folie meurtrière de ceux qui, comme les tortionnaires du Chevalier de la Barre, dans des termes finalement voisins des leurs, martyrisent et tuent au nom de Dieu. Voltaire a puissamment contribué à ce que soit écrasé l'infâme de son époque. Le même Voltaire nous aidera à terrasser l'infâme d'aujourd'hui - c'est-à-dire le parti, à la fois très vaste et indécis, de ceux qui voient dans le Coran un livre impeccable, intouchable, et dont les prescriptions seraient sans recours ni merci.
Il a, ce voltairianisme contemporain, le visage de Salman Rushdie quand il réclame le droit à la fiction jusques et y compris dans sa lecture de la geste de Mahomet. Il a celui de l'écrivaine bangladeshie Taslima Nasreen revendiquant le droit, conquis par les héritiers des autres religions monothéistes, de quitter la foi de ses pères et de se choisir elle-même, librement, un destin. Et il a celui, enfin, d'Ayaan Hirsi Ali, cette jeune Hollandaise d'origine somalienne condamnée à mort par les islamistes, pourchassée, vouée à une impossible vie, parce qu'elle croit, premièrement, que l'on peut être né en islam mais ne pas vouloir y demeurer - et, deuxièmement, que l'on peut y rester mais sans s'interdire d'en réviser, moderniser, démocratiser, certaines prescriptions (mariages forcés, mutilations subies ou consenties, primat de la règle communautaire sur le désir des sujets, etc.). Ayaan Hirsi Ali n'est pas Voltaire. Mais c'est Voltaire qui l'inspire. C'est Voltaire qu'on veut assassiner à travers elle. Ils sont, ces assassins possibles, comme le pétainiste Abel Bonnard livrant aux nazis la statue de bronze de Voltaire afin qu'ils en fassent des obus. Défendre Rushdie, Nasreen ou Ayaan Hirsi Ali, c'est défendre la statue, la mémoire, l'héritage de Voltaire.
 
Propos recueillis par Jean Birnbaum

Repères
Né à Paris en 1694, mort en 1778 à Paris, François-Marie Arouet prit le nom de plume de Voltaire vers 24 ans, alors qu'il connaît déjà ses premiers grands succès au théâtre. Dès ses années de jeunesse, ce fils d'une famille relativement modeste se fit remarquer par son talent
par lenuki publié dans : culture générale
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Dimanche 30 décembre 2007
Permettez-moi de soumettre à votre réflexion un extrait d'un ouvrage très tonifiant pour l'esprit : La bêtise s'améliore de Belinda Cannone, aux éditions Stock. Il correspond assez bien, dans l'ensemble, à ce que je pensais  mal, voire pas du tout (cf. Hegel à ce propos) faute d'avoir réussi à  bien le formuler...

« En fait, je me demande si le relativisme généralisé n’est pas une des formes contemporaines de la bêtise intelligente ». J’ai eu un frémissement, comme quand une nouvelle synapse est activée. C’était intéressant ça, le relativisme. Et ça fleurait bon et fort l’époque. Imperturbable, elle a continué : « Frankfurt* décrit la sottise du mécanisme qui consiste à estimer que, parce qu’il pense ne pouvoir identifier aucune essence des choses, l’individu tente d’être fidèle à sa propre nature. En somme, on passe alors du relativisme au culte du moi-moi. Car cette nature propre, ce soi-même, n’est-ce pas, comment pourrait-on l’appréhender et le décrire si l’on n’est même pas capable de concevoir et de définir ce qui nous entoure. Je sais que vous n’êtes pas très amateurs de romans, Gulliver et toi, mais c’est pourtant un observatoire très sûr de l’époque et je vous garantis que la production actuelle ne cesse d’illustrer ce règne de l’individu minimal bon seulement à parler de lui-même. Je me demande si la télé-réalité, les séances diverses de confession sous toutes ses formes, bref cette manie de l’exhibition n’est pas l’exact résultat du relativisme. Si le réel est inaccessible, alors la réalité n’est qu’un point de vue, elle n’est que ce que moi-moi en voit et en dit, et la bêtise contemporaine a vite fait d’affirmer que, parlant des choses, on ne parle que de soi -donc autant parler de soi. Mais soi, qu’est-ce donc, n’est-ce pas ? Frankfurt affirme qu’aucune théorie ou expérience ne permet de soutenir que la vérité la plus facile à connaître, pour un individu, serait la sienne. Et le philosophe conclut ainsi son petit livre : la sincérité, par conséquent, c’est du baratin. Stimulant, non ?

* Frankfurt est l'auteur d'un ouvrage pas mal non plus : De l'art de dire des conneries, éditions 10/18
par lenuki69 publié dans : culture générale
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Mercredi 26 décembre 2007
Voici les références web d'un conte de Noël, écrit par Philippe Claudel pour Le Figaro,dont je me permets de vous recommander la lecture :
http://www.lefigaro.fr/livres/2007/12/20/03005-20071220ARTFIG00364-noel-dans-les-yeux-d-un-enfant-dubarrio-flores.php
par lenuki69 publié dans : culture générale
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Mardi 11 décembre 2007
La folie de la philo.
La discipline de Socrate se refait une jeunesse grâce à l'émergence de nouvelles voix et de nouveaux lieux dédiés à sa diffusion, et connaît un regain d'intérêt en librairie.
Paru le: jeudi 28/06/2007
Luc Ferry a vendu 350 000 exemplaires d'Apprendre à vivre (Plon). Alexandre Jollien, 100 000 de La Construction de soi (Seuil). L'Élégance du hérisson, de Muriel Barbery (Gallimard), vient de franchir la barre des 200 000 copies... Depuis 1995, année de la sortie du Petit Traité des grandes vertus, d'André Comte-Sponville (PUF), et du Monde de Sophie, de Jostein Gaarder (Seuil), la philosophie fait recette en librairie, attirant les lecteurs en sortant du cadre universitaire, et installant le débat dans de nouveaux lieux, tels les cafés-philo. Elle se décline aujourd'hui sous forme de livres audio, chez Frémeaux éditeur ou bientôt chez Naïve (1), et une revue lui est désormais dédiée en kiosque, Philosophie Magazine, qui, après un an d'existence seulement, peut se vanter d'avoir conquis 8 000 abonnés. Qu'est-ce qui pousse le public à lire (et acheter) cette production, dénoncée par certains puristes qui ne veulent y voir qu'une pensée galvaudée, et saluée par d'autres comme la démocratisation d'une discipline élitiste ?
Charles Pépin, jeune philosophe de 34 ans, auteur d'Une semaine de philosophie (Flammarion) et directeur de collection chez Hachette Littératures, analyse ce succès récent : « Les ouvrages qui séduisent relèvent d'un art de vivre proche de la philosophie antique, plus que les livres de «vraie philosophie» qui proposent une relecture du monde. Parmi les grands succès, on trouve ceux de Luc Ferry, grand pédagogue, ou La Philo pour les nuls, de Christian Godin (First), tout aussi didactique. Je n'y vois aucune tentative d'inventer de nouveaux concepts. Les succès de librairie sont des livres de passeurs. » Une pédagogie d'autant plus appréciée que les Français sont désormais décomplexés face à cette discipline qui n'est pas « qu'un exercice de haute voltige intellectuelle » et qui est progressivement « sortie de son jargon ». Autre explication : le vacillement des modèles sociaux, religieux, politiques : crise du couple, de la famille, de l'emploi angoissent l'individu. « Alors les gens se tournent vers la philosophie comme ils s'étaient tournés vers la psychologie il y a vingt ans », poursuit Charles Pépin. Mais les livres de philosophie ne sont pas des livres de développement personnel. À l'origine de cette confusion des genres, selon lui, la parole médiatique : « Elle les présente comme des outils pour mieux vivre, pour être plus heureux. Comme cette récente couverture de L'Express qui titrait «Le bonheur par la philosophie». » Mais quand les gens achètent La Construction de soi, du philosophe Alexandre Jollien, c'est aussi le caractère très singulier de l'auteur qui les intéresse (2). Alexandre Jollien le dit lui-même : « La philosophie ne m'a pas apporté que du bonheur, mais aussi beaucoup de doutes, de questions. » Alexandre Lacroix, jeune rédacteur en chef de Philosophie Magazine et auteur de plusieurs romans et essais, relativise quant à lui ces propos : « Il ne faut pas plaquer l'étiquette «technique de développement personnel» sur tout le rayon philosophie. L'engouement général pour les universités populaires, les ouvrages de vulgarisation philosophiques et les collections destinées à la jeunesse recouvrent des réalités très différentes. Et, en France, la philosophie a toujours bénéficié de l'estime du public, qui nourrit envers elle une exigence de difficulté. C'est un pays où chaque bachelier a des souvenirs du cours de philo en terminale, où des gens comme Sartre ou Michel Foucault ont pu devenir des stars. Le 11 septembre a fait jaillir des questions collectives face auxquelles l'individu est désemparé. » Alors le « philosophe consultant » est invité à proposer son expertise dans des sphères dont il était jusque-là absent : « Les médias, la santé et le milieu hospitalier, le droit, l'écologie... », énumère Alexandre Lacroix. Les gens ont besoin de maîtres à penser.
Immédiat, le succès de L'Élégance du hérisson a surpris tout le monde : la maison Gallimard, obnubilée par Les Bienveillantes, de Jonathan Littell, et la perspective du Goncourt. Et l'auteur, Muriel Barbery. Normalienne, agrégée de philosophie, elle est formatrice à l'IUFM de Saint-Lô, en Normandie, et avait déjà publié un roman, Une gourmandise (Gallimard), qui s'était bien vendu, sans battage particulier. Les héroïnes de son second roman, Paloma, petite fille surdouée, et Renée, la concierge, ont soif de littérature, de musique, de philosophie. Pour couler des heures tranquilles en compagnie de leurs auteurs préférés, elles dissimulent leur passion à leur entourage : « Pour vivre heureux, vivons cachés. » Ce n'est certes pas de la haute philosophie, mais le public est touché. Malentendu ou non, l'engouement populaire pour une philosophie vulgarisant une forme de sagesse antique est indéniable. Raphaël Enthoven, 30 ans, agrégé de philosophie, journaliste à Philosophie Magazine, professeur aux « Mardis de la philo » (lire les Repères), a produit pendant trois ans l'émission « Commentaires » sur France-Culture, dans le cadre des « Vendredis de la philosophie », et publié en février dernier Un jeu d'enfant : la philosophie (Fayard). « La philosophie n'est pas réductible au simple projet stoïcien de bien vivre sa vie, explique-t-il. C'est un malentendu : on spécule sur le bien-être éventuel que la philosophie pourrait apporter, or elle apporte aussi du malaise, du doute, du questionnement. Tous les livres qui marchent spéculent sur ce malentendu. Mais tant mieux, parce qu'en contrebande, du doute est véhiculé. Dans un livre de philosophie, il y a toujours quelque chose à prendre. Quel que soit le titre ou l'auteur, on peut tomber sur une pépite, une page qui nous déstabilise. » Raphaël Enthoven lance aujourd'hui une collection de disques sous le label Naïve, tirée de ses émissions sur France-Culture. En espérant toucher son public favori : les élèves de terminale « qui découvrent la philosophie, s'en font tout un monde sans même savoir de quoi il s'agit ». Sophie Giraud, éditrice de la collection, reste prudente. Si les émissions ont formidablement bien marché, le marché du livre audio est plus aléatoire. « Mais il est plus facile d'aller vers cette discipline à travers l'oralité qu'en lisant seul », estime-t-elle, notamment les jeunes qui sont très ouverts à ce mode de diffusion.
Aussi louable soit-elle, la vulgarisation a ses limites. Récent lauréat du prix Valery-Larbaud pour son roman Ce qui est perdu (Gallimard), un livre sur la rupture et l'absence, dont le héros écrit une biographie de Kierkegaard, Vincent Delecroix, philosophe et auteur de plusieurs essais sur Kierkegaard, s'insurge : « Il ne viendrait à personne l'idée de reprocher à un garagiste de parler de «carburateur» ou de «filtre à huile», à un commentateur sportif d'utiliser les termes «lob lifté» ou «pénalité» ! Pourquoi s'offusquer, quand on a affaire au discours philosophique, de ce qu'il y ait des termes techniques, des méthodes de recherche spécifiques ? Les problèmes philosophiques ne sont pas des problèmes simples. » Pour certains philosophes, le vocabulaire permet de dépasser le langage commun, et il est difficile de traduire leur pensée dans un langage simple sans la dénaturer. « Il faut entrer dans une pensée, se colleter avec l'auteur, et c'est compliqué ! Il faut prendre son temps avec l'ouvrage, ruminer le texte, cheminer avec lui », martèle Yves Michaud, philosophe et vice-président de l'Université de tous les savoirs. Pour lui, il y a abus de langage à vendre comme de la philosophie ce qui est en fait « de la réflexion, de la consolation, des bons sentiments. Une philosophie populaire qui n'a d'intérêt que pour ceux qui la vendent. » Sérieuse ou non, la philosophie s'est en tout cas débarrassée de son image ardue et abstraite pour revêtir celle d'une discipline utile et lisible par le grand public. Et comme le souligne Vincent Delecroix, ne vaut-il pas mieux « se réjouir de voir un livre de philosophie (ou approchant) en tête des ventes, même médiocre, plutôt que de laisser toute la place aux mémoires de joueurs de football ? »
CONRARD Sophie
par lenuki69 publié dans : culture générale
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Mercredi 21 novembre 2007

Voici un article du Monde qui fait écho à l'analyse que j'ai déjà proposée concernant les rapports entre les sexes sur ce blog:

Masculin-féminin, les nouvelles frontières
LE MONDE | 21.11.07 | 14h17  •  Mis à jour le 21.11.07 | 14h18
 
D'emblée, une lycéenne avait marqué le défi. Fin octobre, lors d'une rencontre au sein d'un établissement scolaire, l'élève avait ainsi interpellé les organisateurs du 19e forum Le Monde-Le Mans : en intitulant cette manifestation "Femmes, hommes : quelle différence ?", n'avez-vous pas d'ores et déjà pris parti ? Cette façon de formuler les choses ne reflète-t-elle pas un choix foncièrement féministe ?

De fait, toute la difficulté était là. D'un côté, le forum s'était donné pour objet cette évidence vécue : le partage du "féminin" et du "masculin", dont l'anthropologue Françoise Héritier affirme qu'il constitue un alphabet universel, et même "un butoir ultime pour la pensée" ; remettre en "question" la réalité de ce partage, c'était bel et bien s'engager sur un sentier périlleux. Mais d'un autre côté, le forum devait rester fidèle à sa vocation philosophique, ne pas se laisser entraîner vers un terrain purement polémique, au moment où les enjeux sexuels reviennent sur le devant de la scène, autour de débats aussi importants que la parité, l'homoparentalité ou encore la procréation médicalement assistée.
Trois jours durant, les intervenants ont donc tenté de conjuguer réflexion, engagement et pédagogie. D'entrée de jeu, l'historienne de la psychanalyse Elisabeth Roudinesco, la sociologue Irène Théry et l'anthropologue Maurice Godelier ont replacé la différence sexuelle au coeur du système propre à la culture occidentale. Dans d'autres sociétés, a rappelé Irène Théry, la partition masculin - féminin est moins définie en termes d'identités figées que de relations dynamiques, de rôles infiniment mobiles : "Nos sociétés ont tendance à oublier ce jeu dramaturgique, comme si le personnage social était forcément le "masque" de la "vraie" personne...", a-t-elle insisté.
Racontant son expérience auprès des Baruya, en Nouvelle-Guinée, où la domination masculine se traduit par des rites d'initiation extrêmes, Maurice Godelier a, quant à lui, souligné la puissance des "pratiques symboliques" en ces domaines : "L'imaginaire, c'est pas de la blague. C'est du réel, des évidences réelles. Et pour casser ça, faut se lever de bonne heure !", a-t-il averti. A leur tour, le linguiste Reza Mir-Samii, la neurobiologiste Catherine Vidal, l'historienne américaine Laura Frader et la juriste Danièle Lochak sont venus expliquer comment leurs disciplines respectives envisagent non seulement la division des sexes, mais aussi les figures qui en brouillent les frontières.
A commencer par l'identité transsexuelle, dont le déploiement comme phénomène social vient miner le clivage des genres, comme l'a montré la journaliste du Monde Clarisse Fabre. "Le transgenre nous apprend ce qu'est le sexe !", a lancé le philosophe Patrice Maniglier, alors que l'historienne Laure Murat s'apprêtait à esquisser l'aventure du "troisième sexe", celui des travestis, saphistes et autres "antiphysiques" qui "n'ont que la forme masculine et qui sont de véritables femmes au moral", selon l'expression d'un agent de police du XIXe siècle.
Comment ces troubles, ces brouillages, traversent-ils la création langagière et artistique ? Définissant la littérature comme "le royaume des différences", la romancière italienne Elisabetta Rasy a évoqué sa propre expérience d'écriture pour défendre une bipolarité masculin - féminin indissociable de la "tragédie humaine", et qui seule permettrait "l'inscription du corps dans la lettre". La littérature érotique, elle aussi, elle surtout, met en crise les identités. Journaliste au Monde, Patrick Kéchichian a relu les oeuvres de Diderot, Sade ou encore Catherine Millet pour mettre au jour la "pensée" propre à ce type de jouissance textuelle : à chaque fois, "il s'agit de s'avancer dans le désir de l'autre sexe, c'est-à-dire dans un territoire opaque, semé de pièges, éclairé de fausses lumières", a-t-il noté, avant de laisser la parole au réalisateur Sébastien Lifshitz, venu commenter son film Wild Side (2004), l'un des premiers à avoir filmé le corps transsexuel.
"Différence" ou "ressemblance" des sexes ? Bien avant d'être portée sur les écrans de cinéma, cette tension avait déjà été pensée par les textes sacrés des trois grands monothéismes, ainsi que l'ont magistralement montré les philosophes Olivier Boulnois (pour le christianisme), Catherine Chalier (pour le judaïsme) et Christian Jambet (pour l'islam). Et c'est encore autour de cette même alternative entre dualité et confusion des sexes que Sylviane Agacinski et Elisabeth Badinter ont retracé le destin de "l'utopie post-sexuelle" depuis les premiers chrétiens jusqu'à nos jours. Sylviane Agacinski a récusé la tentation de "neutraliser" la dualité des sexes et défendu la perspective d'une "égalité dans la différence". Elisabeth Badinter a rétorqué qu'elle préférait "une égalité entre l'infinie diversité des genres". Avant de conclure, d'une voix grave et insistante : "L'heure est à l'acceptation de notre essentielle bisexualité psychique (...) Le monde qui s'organise selon la différence des sexes est celui dont nous ne voulons plus."
 
Jean Birnbaum
par lenuki69 publié dans : culture générale
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Dimanche 18 novembre 2007
Voici un article du Monde qui s'inscrit, dans la droite ligne de ce que nous avons abordé dans la cadtre de notre réflexion sue les cultures et le problème sous-jacent d'une nature humaine:
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-979500,0.html
par lenuki69 publié dans : culture générale
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Lundi 5 novembre 2007
Le prix Renaudot du meilleur roman 2007 a été attribué  ce jour à Daniel Pennac pour "Chagrin d'école" (Gallimard), au dixième tour de scrutin, a annoncé le jury au restaurant Drouant à Paris.

Daniel Pennac a été choisi alors même que son dernier livre ne figurait pas parmi les cinq ouvrages retenus dans la dernière sélection de ce prix.

Son "Chagrin d'école" a recueilli 6 voix, contre 5 à Christophe Donner, qui avait  pour sa part été sélectionné pour "Un roi sans lendemain" (Grasset).

C'est un livre dont je vous parlais il n'y a pas si longtemps... Coïncidence, anticipation, prémonition ? Chacun en décidera en fonction de ses croyances personnelles....
par lenuki69 publié dans : culture générale
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