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Mercredi 14 mai 2008

Matière et esprit

 

 

Les rapports entre la matière et l'esprit

 

Matérialisme et spiritualisme

  • Par matière, on entend la réalité physique, extérieure et indépendante de la pensée ou de l'esprit. De la découle la question ontologique : qu'est-ce que l'être ? La réalité essentielle est-elle la matière ou l'esprit ?
  • Le  matérialisme soutient la primauté de la matière sur l'esprit. Etre matérialiste, c'est reconnaître l'existence des choses en dehors de l'esprit et considérer les sensations et les idées comme des copies ou des reflets de ces choses. Autrement dit, la matière détermine la pensée.
  • Par opposition, le spiritualisme affirme la primauté de l'esprit sur la matière. L'esprit est une réalité substantielle radicalement distincte de la matière.

 

Réalisme et idéalisme

  • Etre réaliste, c'est admettre l'existence d'une réalité objective (c'est-à-dire en dehors de l'esprit correspondant à nos représentations sensibles. Le réalisme naïf consiste à croire que la réalité objective est identique à nos représentations sensibles.
  • L'idéalisme, au sens rigoureux du terme, affirme que la matière se ramène à une idée ou à une représentation. Ainsi, pour le philosophe irlandais George Berkeley les choses ne sont que des combinaisons de sensations ou d'idées. Sa philosophie débouche sur le solipsisme.
  • Etymologiquement, solipsisme signifie « seul moi-même » (du latin solus, « seul » et ipse, « même »). Le solipsisme est une conception philosophique selon laquelle il n'y aurait pour le sujet pensant d'autre réalité que lui-même.

 

Dualisme et monisme

  • On caractérise comme dualiste une philosophie qui affirme l'existence de deux substances distinctes et irréductibles : la matière et l'esprit. Ainsi, par exemple, la philosophie de Descartes est dualiste parce qu'elle pose l'existence de l'âme (substance immatérielle dont toute l'essence est la pensée) et du corps (substance matérielle dont toute l'essence est l'étendue).
  • On caractérise comme moniste une philosophie qui affirme l'existence d'une seule substance : la matière ou l'esprit. Le matérialisme est moniste. L'idéalisme est également moniste.

 

L'immatérialisme de Berkeley

 

Etre, c'est être perçu

  • Berkeley Considère que la matière n'est qu'une représentation de l'esprit. Il n'existe pas des choses, mais seulement des combinaisons de représentations. Les objets que nous percevons, auxquels nous attribuons un caractère matériel, ne sont rien d'autres que les images que nous en avons. Les choses se réduisent aux perceptions que nous en avons. Elles ne sont pas une copie derrière laquelle nous aurions à retrouver l'original. Ce que Berkeley résume dans la formule : Esse et percipi (« Etre, c'est être perçu »).
  • Affirmer la réalité du pain, par exemple, c'est affirmer la réalité d'une couleur, d'une consistance, d'une saveur et rien de plus. Ce morceau de pain n'existe pas en dehors de sensations qu'il me procure. Ce qui existe, c'est ce qui est perçu par moi, c'est-à-dire un ensemble de qualités sensibles relatives au sujet.

 

Origine divine des représentations

  • Le sujet ne peut se débarrasser de lui-même pour considérer les choses comme si elles existaient indépendamment de lui. Il ne peut sortir de sa propre expérience ni saisir une chose ou un être qui ne lui soit pas donné comme représentation. Le mot matière n'est donc qu'un simple terme dépourvu de signification.
  • D'où vient donc cette multitude de représentations ordonnées en système que j'appelle l'univers ? Il ne reste plus qu'à en imputer l'origine à Dieu. Au lieu de dire que Dieu a créé la matière, il convient de dire que Dieu a mis en moi tout ce cortège de sensations à partir desquelles je construis mon image du monde.

 

L'efficacité de l'action humaine réduit l'immatérialisme à néant

  • Le système de Berkeley est sans doute le plus absurde qui soit mais, comme le souligne Diderot, il est le plus difficile à réfuter. Reste que ce système n'explique pas comment l'homme peut transformer le monde à son profit.
L'immatérialisme est difficile à soutenir pour quiconque se trouve contraint à l'action. Berkeley, dit Alain, « est un évêque à qui le dîner vient tout fait ».
par lenuki publié dans : raison et réel
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Mardi 13 mai 2008

Qu'est ce qui nous différencie des mouches ?

NOUVELOBS.COM | 13.05.2008 | 14:03

Les mouches des fruits sont radicalement différentes de l'homme, pas dans le nombre de leurs gènes mais dans le nombre d'interactions des protéines dans leur corps, selon des scientifiques qui ont mis au point une nouvelle façon d'estimer le nombre total des interactions entre protéines dans tout l'organisme.

Représentation schématique de la myoglobine. Cette protéine homologue de l'hémoglobine se lie au dioxygène au niveau des muscles

Représentation schématique de la myoglobine. Cette protéine homologue de l'hémoglobine se lie au dioxygène au niveau des muscles .

Le nombre de gènes ne suffit pas à juger du degré de développement d'un organisme, contrairement à ce que croyaient les scientifiques peu après la découverte de l'ADN. En effet, le génome de l'homme contient un peu plus de 26 000 gènes mais un simple petit ver comme c. elegans d'à peine 1 mm de long en possède presque autant (22 500) sans parler du peuplier qui est équipé de plus de 45 000 séquences codantes !!!

Une nouvelle étude publiée aujourd'hui dans les PNAS ouvre une nouvelle piste pour caractériser la complexité d'un organisme, elle résiderait plutôt dans le nombre d'interactions des protéines à l'intérieur des cellules. Les protéines humaines interagissent en effet dix fois plus que leurs homologues chez la mouche des fruits et vingt fois plus que chez les levures unicellulaires. L'interaction entre les différentes protéines est à l'origine de tous les systèmes physiologiques du corps humain. Lorsque le corps digère la nourriture, répond à un changement de température ou combat une infection, de nombreuses combinaisons de entre les protéines sont impliquées. Toutefois, jusqu'à présent, il a été impossible de calculer le nombre d'interactions qui ont lieu au sein de différents organismes.

Une équipe de chercheurs européens a donc conçu un outil mathématique permettant de quantifier ce réseau d'interactions au sein d'un organisme. Ils ont ainsi pu dresser à la manière du génome un « interactome » recensant les différentes relations entre les protéines. Ils espèrent avec ce support mieux comprendre les mécanismes qui différencient un organisme d'un autre. Cela permettra également de déterminer, par exemple, pourquoi certaines espèces fongiques, comme la levure de boulangerie sont importantes dans la production de pain et de bière, tandis que d'autres espèces voisines causent des infections avec un taux de mortalité élevé.



Joël IGNASSE
Sciences et Avenir.com
13/05/2008
par lenuki publié dans : raison et réel
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Dimanche 4 mai 2008

Vérité : fiche récapitulative

 


Vérité
  (etym : latin veritas, de verus, vrai) 1) Sens courant : caractère de conformité d'un discours, d'une proposition, d'une thèse ou d'une représentation quelconque, à la réalité. 2) Philosophie : 1)  Saint Thomas et scolastique : c'est " l'adéquation (ou conformité) de la chose avec l'intelligence ".  Cette conception est aujourd'hui,  en gros,  celle qui a été retenue par le  sens commun 2) Acception générale : caractère des jugements auxquels on ne peut qu'accorder son assentiment, c'est-à-dire  qui s'imposent à tous les esprits, et qui fondent et sollicitent l'accord de tous les hommes de bonne foi. Les philosophes, en accord sur ce point , à nouveau, avec le sens commun, retiennent trois types de critères permettant de contrôler ou de reconnaître la vérité : l'évidence pour les vérités premières (axiome), la démonstration ou le caractère démontrable, pour les propositions et les  théories, et la vérifiabilité  (confrontation concluante avec les données expérimentales) pour tout ce qui a trait à  l'expérience. 3) Epistémologie :  correspondance de l'hypothèse ou de  telle ou telle proposition  avec les données observables,  et cohérence de cette hypothèse avec l'ensemble de la théorie scientifique concernée. Pour le philosophe Karl Popper, toute théorie scientifique est falsifiable, c'est-à-dire qu'elle risque toujours d'être invalidée, au moins partiellement, par des faits nouveaux qui la contrediraient. 4) Logique : accord de la pensée avec elle-même. Toutefois, la " vérité "  logique, dite aussi validité, ou vérité formelle, n'est qu'une condition de possibilité de la vérité. La logique ne peut rien nous apprendre sur les choses elles-mêmes, c'est-à-dire sur la vérité " matérielle " qui ne peut être acquise que par l'expérience.
Vrai : (etym : latin verus, " vrai ")  Conforme au réel ou (et) cohérent. Le vrai est  toujours une relation  (entre l'esprit et les choses, ou des esprits entre eux, ou du discours avec ses propres prémisses). Donc l'idée de vérité absolue (non relative) ou encore indépendante du jugement  des hommes, est très problématique.   En outre, le vrai implique le langage, donc est en grande partie conventionnel.
Réel  (etym :  latin realis, de res, " chose ", " objet ") Tout ce qui existe à un titre quelconque. Les apparences, les faits sont (plus ou moins) réels. Mais ils ne sont pas " vrais ". Les idées ou les formes intelligibles peuvent être réelles. Non pas vraies.
Vérifiable/vérifié : Ce dont la vérité peut être établie, prouvée. Vérifié : Ce qui est effectivement attesté au moment où l'on parle. Les théories scientifiques sont vraies et  vérifiables, mais pas toujours vérifiées (cela dépend du niveau des dispositifs de vérification à un moment donné). Elles peuvent être " falsifiées " c'est-à-dire contredites, infirmées par certaines expériences.
Vérités scientifiques : Elles sont relatives (au secteur de l'être impliqué) et provisoires. Mais les vérités scientifiques ne deviennent pas " fausses ". Les théories scientifiques sont des approximations, des fictions, toujours susceptibles d'être  réfutées (" falsifiées), puis remaniées. Mais elles ne deviennent pas fausses.  Leur vérité est relativisée. Les révolutions scientifiques sont des changements de paradigmes. Les théories  anciennes sont englobées par les suivantes (la théorie d'Einstein englobe celle de Newton, la théorie de Darwin  dépasse  celle de Lamarck, tout en en adoptant son postulat de base etc...). Bref, ni en sciences ni ailleurs, le vrai (à un moment donné) ne devient faux. La théorie de Ptolémée n'était pas scientifique, pas plus que celles des alchimistes (chaque science a une date de naissance précise).
Vérace, véracité : Qui ne veut pas tromper. Se dit de Dieu, supposé vérace.
Vérité révélée :  (de revelare, " découvrir ") vérité cachée , inaccessible à la raison et transmise aux hommes par des voies  surnaturelles.

A priori : expression latine : littéralement : " antérieur à l'expérience ". Chez Kant : vérités universelles et nécessaires (formes de la sensibilité, catégories de l'entendement et idées de la raison).
Valide : (etym : latin validus, validitas, " fort ", " puissant ") Non contradictoire. Synonyme : cohérent.  Se dit des discours argumentés. Mais un discours  logique (donc cohérent) peut être  faux c'est-à-dire en contradiction avec le réel si  l'une de ses prémisses est  fausse

par lenuki publié dans : raison et réel
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Vendredi 25 avril 2008
NOUVELOBS.COM | 25.04.2008 | 14:36

Près de 20 000 articles et 9000 images réalisés par Charles Darwin au cours de ses voyages et travaux sont disponibles en ligne et désormais accessibles à tout le monde.

 

 

 

 

Pendant des décennies ces précieux documents ont été uniquement consultables par les chercheurs de la Bibliothèque universitaire de Cambridge. Parmi eux, la version originale de L'Origine des espèces, publiée le 29 novembre 1859 et dans laquelle il explique le mécanisme présidant à l'évolution des espèces dans la nature. %
Avec L'Origine des espèces, d'autres documents scientifiques sont disponibles comme les notes de son fameux voyage à bord du HMS Beagle, un périple de cinq ans qui a débuté en 1831 et a amené Darwin de l'Amérique du Sud jusqu'en Australie, où il a recueilli un grand nombre d'échantillons de fossiles et d'organismes vivants. La collection comprend également des photographies de Darwin et de sa famille, ses critiques de livres, des coupures de journaux, de même que des documents révélant sa vie familiale, notamment une recette pour cuire le riz, écrite par le scientifique lui-même. 

La plupart des archives sont des scans réalisés à partir de copies de microfilms en noir et blanc produits par la Bibliothèque de Cambridge dans les années 90. Pour la publication en ligne, les images ont été légèrement teintées et le contraste et la luminosité ont été accentués numériquement. Malgré ce traitement, certaines sont encore difficilement lisibles mais l'essentiel de la collection est utilisable. Un moteur de recherche permet d'accéder directement à certains textes ou de naviguer dans un sommaire détaillé.


Joël IGNASSE
Sciences et Avenir.com
21/04/2008
par lenuki publié dans : raison et réel
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Mercredi 9 avril 2008

Carl HEMPEL (1905-1997)

Un raisonnement scientifique

Pour illustrer de façon simple certains aspects importants de la recherche dans les sciences, prenons les travaux de Semmelweis sur la fièvre puerpérale. Ignace Semmelweis, médecin d'origine hongroise, réalisa ses travaux à l'hôpital général de Vienne de 1844 à 1848. Comme médecin attaché à l'un des deux services d'obstétrique - le premier - de l'hôpital, il se tourmentait de voir qu'un pourcentage élevé des femmes qui y accouchaient contractaient une affection grave et souvent fatale connue sous le nom de fièvre puerpérale. En 1844, sur les 3 157 femmes qui avaient accouché dans ce service n° 1, 260, soit 8,2 %, moururent de cette maladie ; en 1845 le taux de mortalité fut de 6,4 % et en 1846 il atteignit 11,4%. Ces chiffres étaient d'autant plus alarmants que, dans l'autre service d'obstétrique du même hôpital, qui accueillait presque autant de femmes que le premier, la mortalité due à la fièvre puerpérale était bien plus faible : 2,3, 2 et 2,7 % pour les mêmes années. Dans un livre qu'il écrivit ensuite sur les causes et sur la prévention de la fièvre puerpérale, Semmelweis a décrit ses efforts pour résoudre cette effrayante énigme. Il commença par examiner différentes explications qui avaient cours à l'époque : il en rejeta certaines d'emblée, parce qu'elles étaient incompatibles avec des faits bien établis ; les autres, il les soumit à des vérifications spécifiques. Une opinion très répandue imputait les ravages de la fièvre puerpérale à des « influences épidémiques », que l'on décrivait vaguement comme des « changements atmosphériques, cosmiques et telluriques » qui atteignaient toute une zone déterminée et causaient la fièvre puerpérale chez les femmes en couches. Mais, se disait Semmelweis, comment de telles influences peuvent-elles atteindre depuis des années l'un des services et épargner l'autre ? Et comment concilier cette opinion avec le fait que, tandis que cette maladie sévissait dans l'hôpital, on en constatait à peine quelques cas dans Vienne et ses environs ? Une véritable épidémie comme le choléra ne serait pas aussi sélective. Enfin, Semmelweis remarque que certaines des femmes admises dans le premier service, habitant loin de l'hôpital, avaient accouché en chemin : pourtant, malgré ces conditions défavorables, le pourcentage de cas mortels de fièvre puerpérale était moins élevé dans le cas de ces « naissances en cours de route » que ne l'était la moyenne dans le premier service. Selon une autre thèse, l'entassement était une cause de décès dans le premier service. Semmelweis remarque cependant que l'entassement était plus grand dans le second service, en partie parce que les patientes s'efforçaient désespérément d'éviter d'être envoyées dans le premier. II écarte aussi deux hypothèses du même genre, qui avaient cours alors, en remarquant qu'entre les deux services il n'y avait aucune différence de régime alimentaire, ni de soins. En 1846, une commission d'enquête attribua la cause du plus grand nombre des cas de cette maladie survenus dans le premier service aux blessures que les étudiants en médecine, qui tous y faisaient leur stage pratique d'obstétrique, auraient infligées aux jeunes femmes en les examinant maladroitement. Semmelweis réfute cette thèse en remarquant ceci : a) les lésions occasionnées par l'accouchement lui-même sont bien plus fortes que celles qu'un examen maladroit peut causer ; b) les sages-femmes, qui recevaient leur formation pratique dans le second service, examinaient de la même façon leurs patientes sans qu'il en résultât les mêmes effets néfastes ; c) quand, à la suite du rapport de la Commission, on diminua de moitié le nombre des étudiants en médecine et qu'on réduisit au minimum les examens qu'ils faisaient sur les femmes, la mortalité, après une brève chute, atteignit des proportions jusqu'alors inconnues. On échafauda diverses explications psychologiques. Ainsi, on remarqua que le premier service était disposé de telle façon qu'un prêtre apportant les derniers sacrements à une mourante devait traverser cinq salles avant d'atteindre la pièce réservée aux malades : la vue du prêtre, précédé d'un servant agitant une clochette, devait avoir un effet terrifiant et décourageant sur les patientes des cinq salles et les rendre ainsi plus vulnérables à la fièvre puerpérale. Dans le second service, ce facteur défavorable ne jouait pas, car le prêtre pouvait aller directement dans la pièce réservée aux malades. Semmelweis décida de tester la valeur de cette conjecture. Il convainquit le prêtre de faire un détour, de supprimer la clochette, pour se rendre discrètement et sans être vu dans la salle des malades. Mais la mortalité dans le premier service ne diminua pas. En observant que dans le premier service les femmes accouchaient sur le dos, et dans le second sur le côté, Semmelweis eut une nouvelle idée : il décida, « comme un homme à la dérive qui se raccroche à un brin de paille », de vérifier, bien que cette supposition lui parût peu vraisemblable, si cette différence de méthode avait un effet. Il introduisit dans le premier service l'utilisation de la position latérale, mais là encore, la mortalité n´en fut pas modifiée. Finalement, au début de 1847, un accident fournit à Semmelweis l'indice décisif pour résoudre son problème. Un de ses confrères, Kolletschka, lors d'une autopsie qu'il pratiquait avec un étudiant, eut le doigt profondément entaillé par le scalpel de ce dernier et il mourut après une maladie très douloureuse, au cours de laquelle il eut les symptômes mêmes que Semmelweis avait observés sur les femmes atteintes de la fièvre puerpérale. Bien que le rôle des micro-organismes dans les affections de ce genre ne fût pas encore connu à cette époque, Semmelweis comprit que la « matière cadavérique » que le scalpel de l'étudiant avait introduite dans le sang de Kolletschka avait causé la maladie fatale de son confrère. La maladie de Kolletschka et celle des femmes de son service évoluant de la même façon, Semmelweis arriva à la conclusion que ses patientes étaient mortes du même genre d'empoisonnement du sang : lui, ses confrères et les étudiants en médecine avaient été les vecteurs de l'élément responsable de l'infection. Car lui et ses assistants avaient l'habitude d'entrer dans les salles d'accouchement après avoir fait des dissections dans l'amphithéâtre d'anatomie et d'examiner les femmes en travail en ne s'étant lavé que superficiellement les mains, si bien qu'elles gardaient souvent une odeur caractéristique. Semmelweis mit alors son idée à l'épreuve. Il raisonna ainsi : s'il avait raison, la fièvre puerpérale pourrait être évitée en détruisant chimiquement l'élément infectieux qui adhérait aux mains. Il prescrivit donc à tous les étudiants en médecine de laver leurs mains dans une solution de chlorure de chaux avant d'examiner une patiente. La mortalité due à la fièvre puerpérale commença rapidement à baisser et, en 1848, elle tomba à 1,27 % dans ce premier service contre 1,33 dans le second. Comme confirmation supplémentaire de son idée, ou de son hypothèse, comme nous dirons aussi, Semmelweis remarque qu'elle rend compte du fait que la mortalité dans le second service avait toujours été nettement inférieure : les patientes étaient entre les mains de sages-femmes dont la formation ne comportait pas, en anatomie, de dissections de cadavres. L'hypothèse expliquait aussi la mortalité plus faible lors des « naissances en cours de route » : les femmes qui arrivaient avec leur bébé dans les bras étaient rarement examinées après leur admission et avaient par là même plus de chances d'éviter l'infection. De même, l'hypothèse rendait compte du fait que les nouveau-nés victimes de la fièvre puerpérale avaient tous pour mère une femme qui avait contracté la maladie pendant le travail ; car alors l'infection pouvait se transmettre au bébé avant la naissance par le sang irriguant la mère et l'enfant, alors que c'était impossible si la mère restait en bonne santé. D'autres expériences cliniques conduisirent bientôt Semmelweis à élargir son hypothèse. Une fois, par exemple, lui et ses assistants, après s'être désinfecté soigneusement les mains, examinèrent la première une femme en travail, qui souffrait d'un cancer purulent du col de l'utérus ; puis ils examinèrent douze autres femmes dans la même salle, après seulement un lavage de routine, sans nouvelle désinfection. Onze des douze patientes moururent de la fièvre puerpérale. Semmelweis en conclut qu'elle peut être causée, non seulement par la matière cadavérique, mais aussi par une « matière putride provenant d'organismes vivants ».

Éléments d´épistémologie (1966), tr. B. Saint-Sernin, Paris, © Armand Colin, 1972, p. 5-9.

par lenuki publié dans : raison et réel
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Mardi 1 avril 2008

Du scientisme au relativisme

Aristote définit la vertu comme un juste milieu entre l'excès et le défaut. Il semble bien qu'il en aille de même avec la science. Entre l'excès de science qu'est le scientisme et son défaut qu'est le relativisme, la juste valeur de la science n'est pas toujours facile à saisir.

I.       Concept moderne de la science

Ce que nous appelons science n'est pas très clair. L'épistémologie contemporaine s'est même consacrée à la recherche de la démarcation entre ce qui est science et ce qui ne l'est pas. On distingue un concept ancien de la science, celui que nous ont légué Platon et Aristote, et un concept moderne. L'épistémè grecque désigne toute forme de savoir rationnel. Dans la hiérarchie aristotélicienne des sciences, on distingue les sciences par leur place dans un système hiérarchique : certaines sciences sont architectoniques, elles sont organisatrices par rapport à d'autres sciences qui ne sont recherchées qu'en vue d'une fin extérieure. Au sommet de cette pyramide des sciences figure la philosophie, qui donne aux autres leurs principes. La science moderne, au contraire, se constitue de manière autonome, à l'écart de la hiérarchie traditionnelle des savoirs et en rupture avec « l'école », c'est-à-dire avec la tradition scolastique. Autonome, elle l'est de plusieurs manières.

Elle est émancipée de toute référence aux croyances religieuses. Dans la physique de Galilée, il ne reste plus trace de la présence divine. Cela ne veut pas dire qu'elle est athée. Mais la science est complètement séparée de la théologie. On raconte que Napoléon aurait demandé à Laplace, qui venait de lui dédicacer les premiers volumes de la Mécanique Céleste, dans quel chapitre de cette grande œuvre il était question de Dieu. Ce à quoi Laplace aurait répondu : « Sire, je n'ai pas eu besoin de cette hypothèse ». Authentique ou non, l'anecdote est significative.

La science moderne est également autonome à l'égard de la métaphysique. Loin d'être la « science architectonique », la métaphysique est écartée comme non pertinente dans le discours de la science. Le positivisme disqualifie la métaphysique soit comme expression d'un âge dépassé de la pensée humaine (voir Auguste Comte), soit comme purement et simplement dénuée de sens (le cercle de Vienne).

Galilée dans ses Dialogues sur les deux grands systèmes mène une polémique systématique contre la physique aristotélicienne. Non seulement la rupture porte sur la conception du monde, mais aussi sur la méthode et finalement sur la définition même de ce qu'on appelle science. La conception galiléenne du mouvement, fondée sur le principe d'inertie, n'a plus besoin d'un premier principe du mouvement, et la recherche des fins de la nature est explicitement rejetée de l'enquête philosophique : « nous rejetterons entièrement de notre philosophie la recherche des causes finales » (Descartes, Principes de la philosophie. I, §38)

II.    Succès de la conception moderne de la science

La science nouvelle peut se targuer de succès suffisamment considérables pour justifier le projet d'où elle est née. Il s'agit évidemment de ses succès pratiques. Alors que jusqu'à l'aube des temps modernes, la science et les techniques se développent sur des chemins presque entièrement distincts, la science va permettre de concevoir des applications techniques maîtrisées. Grâce à la mise en œuvre de la nouvelle méthode dans les sciences, nous allons pouvoir « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature ». (Descartes : Discours de la méthode, vie partie)

La science moderne a mis en route un processus cumulatif de progrès. Entre les atomistes et les aristotéliciens, il y a bien un débat scientifique, en ce sens qu'ils cherchent des systèmes explicatifs permettant de rendre raison des phénomènes. Mais il est impossible de trancher définitivement entre l'une ou l'autre de ces thèses. On peut accumuler les observations - comme on le fait en astronomie - il est toujours possible de trouver de nouvelles explications permettant de « sauver les phénomènes ». Avec l'introduction de la méthode expérimentale, il est possible de développer la connaissance scientifique de manière systématique. La révolution galiléenne rend obsolète définitivement la physique des Anciens. Elle délimite un champ du savoir et des méthodes qui ne sont pas remis en cause par les développements ultérieurs.

III. Le scientisme

Les triomphes de la science moderne conduisent la naissance d'un scientisme qui va s'épanouir au xixe et au xxe siècles. Si le terme « scientisme » caractérise toute prétention exagérée de la science, on peut le définir plus précisément par les traits suivants.

A.     La science moderne a supplanté les formes de pensée « pré-scientifique »

Parmi ces formes de la pensée pré-scientifique, la métaphysique figure en bonne place. Dans le positivisme, il y a une forme de scientisme. L'affirmation de Comte d'un âge positif, l'âge de la science succédant à l'âge théologique et à l'âge métaphysique s'inscrit dans le mouvement du xixe siècle qui fait de la science la forme la plus élevée de la pensée. Le positivisme se présente comme la nouvelle religion, que Comte espérait prêcher un jour à Notre-Dame. Ernest Renan affirme : « Ma religion, c'est toujours le progrès de la raison, c'est-à-dire de la science. » (L'avenir de la science, préface) La puissance de la science est considérée comme illimitée. Marcellin Berthelot, un des grands chimistes français, s'écriait : « le monde aujourd'hui est sans mystère ».

B.     La science légitime les applications techniques qui en sont issues.

Ainsi Marcellin Berthelot pouvait écrire : « Un jour viendra où chacun emportera pour se nourrir sa petite tablette azotée, sa petite motte de matière grasse, son petit morceau de fécule ou de sucre, son petit flacon d'épices aromatiques, accommodés à son goût personnel ; tout cela fabriqué économiquement et en quantités inépuisables par nos usines ; tout cela indépendant des saisons irrégulières, de la pluie, ou de la sécheresse, de la chaleur qui dessèche les plantes, ou de la gelée qui détruit l'espoir de la fructification ; tout cela enfin exempt de ces microbes pathogènes, origine des épidémies et ennemis de la vie humaine. Ce jour-là, la chimie aura accompli dans le monde une révolution radicale, dont personne ne peut calculer la portée ; il n'y aura plus ni champs couverts de moissons, ni vignobles, ni prairies remplies de bestiaux. L'homme gagnera en douceur et en moralité parce qu'il cessera de vivre par le carnage et la destruction des créatures vivantes. » (Discours prononcé lors d'un banquet de la Chambre syndicale des Produits Chimiques le 5 avril 1884)

C.     Les sciences de la nature forment le modèle de toute science.

Le scientisme affirme que seule mérite le nom de science un genre de connaissance basé sur le modèle des sciences de la nature, plus précisément de la physique newtonienne. Les sciences de l'homme doivent emprunter leurs méthodes et leurs outils aux sciences naturelles. La psychologie comportementaliste considère comme seul objet d'une psychologie scientifique les comportements observables et qu'on peut éventuellement soumettre à expérimentation. En faisant varier les stimuli et en mesurant les réponses, on espère trouver des lois analogues aux lois de la physique. La sociologie, selon Comte, est une « physique sociale ». Durkheim s'exprime ainsi : « Successivement la physique et la chimie, puis la biologie et enfin la psychologie se sont constituées. On peut même dire que, de toutes les lois, la mieux établie expérimentalement - car on n'y connaît pas une seule exception et elle a été vérifiée une infinité de fois - est celle qui proclame que tous les phénomènes naturels évoluent suivant des lois. Si donc les sociétés sont dans la nature, elles doivent obéir, elles aussi à cette loi générale qui résulte de la science et la domine à la fois. » Mais c'est surtout en économie, d'économie politique devenue science économique, que la dérive scientiste est la plus nette. L'utilisation de fort contestables modèles mathématiques a donné l'illusion que l'économie était une « science comme les autres » et, pour tout dire, la mère de toutes les sciences sociales.

D.     La science a réponse à toutes les questions importantes.

Toutes les questions auxquelles l'humanité est confrontée doivent pouvoir trouver leur solution scientifique. C'est vrai non seulement des questions techniques au sens propre, c'est-à-dire celles qui concernent les rapports de l'homme avec son environnement naturel ou technique ; mais des questions qui concernent les rapports que les hommes entretiennent entre eux. L'art de l'institution des enfants cède la place aux « sciences de l'éducation ». Les rapports entre les hommes et les femmes sont du ressort du « sexologue ». Partout s'affirme, contre la décision proprement politique, le pouvoir des experts chargés au nom de la science de définir ce qui est bon et ce qui doit être décidé.

IV.Le relativisme

Le scientisme n'est nulle part théorisé comme tel. Mais il existe comme un ensemble de représentations non questionnées, qui s'imposent avec d'autant plus de force dans la vie sociale. La critique du scientisme peut être conduite de divers points de vue :

  • - valorisation des connaissances non scientifiques contre la «froide rationalité scientifique»;
  • - Affirmation des limites de la science: la science pourrait se heurter à des limites objectives indépassables - dans ce sens vont très souvent les interprétations philosophiques du théorème de Gödel sur les limites de l'axiomatisation des mathématiques ou du mal nommé «principe d'incertitude de Heisenberg».
  • - Critique de la conception de la science comme moyen de maîtrise: il s'agit de mettre en cause une «technoscience» qui réduit la raison à la raison instrumentale.

Ces critiques cependant, sont des critiques collatérales. Elles ne touchent pas le cœur du scientisme, à savoir la prétention à la validité absolue de la science. « Vérité en-deçà des Pyrénées, erreur au-delà » disait Montaigne, repris par Pascal. Le relativisme contemporain reprend pour en faire un principe épistémologique le relativisme sceptique classique. Partant du constat que l'histoire des sciences n'est peut-être pas cette exposition progressive de la vérité absolue que promettent les scientistes, les relativistes proposent une nouvelle conception de l'activité scientifique.

En premier lieu, on doit constater que la science est un pseudo-universel. Il existe des sciences, différentes quant à leurs objets, leurs méthodes, leurs capacités prédictives et le type d'énoncés qu'elles produisent. Un théorème mathématique n'est pas la même chose qu'une loi physique. Ces sciences elles-mêmes n'existent que dans contextes généraux qui les définissent ou non comme telles. L'idée d'une démarcation absolue entre science et métaphysique ou entre science et croyance est un leurre scientiste.

En second lieu, on doit admettre que les théories scientifiques qui se succèdent ne sont pas des versions successives et chaque fois améliorées de la même vérité scientifique. Thomas Kuhn reconstruit l'histoire des sciences à partir des concepts de paradigme et de révolution scientifique. Une révolution scientifique est un changement de paradigme, c'est-à-dire un bouleversement et une restructuration du champ de la science tout entier. Cette conception discontinuiste conduit à l'idée que les théories scientifiques ne peuvent pas être comparées et que, par conséquent, elles ne peuvent pas être mises en série sur la ligne d'un progrès, parce que les concepts qu'elles utilisent se comprennent seulement en tant qu'éléments d'un système qui leur donne sens. Le caractère incommensurable des théories scientifiques est au point de départ des conceptions relativistes de la science.

On va progressivement passer au relativisme épistémologique proprement dit en imaginant qu'entre des théories incommensurables, l'une d'entre elles ne s'impose pas parce qu'elle est « vraie » mais parce qu'elle a vaincu les autres théories concurrentes, soit parce qu'elle est plus efficace, soit parce qu'elle est mieux en harmonie avec les conceptions dominantes. Au jugement théorique concernant le vrai s'est substitué le constat pragmatique de ce qui est. Comme le dirait Richard Rorty, le mot « vrai » est un mot grandiloquent dont nous décorons les propositions qui se sont révélées efficaces et avantageuses pour nous.

Parmi les différents relativismes, on distingue l'anarchisme épistémologique défendu par Paul Feyerabend et le relativisme fondé sur la sociologie des sciences, défendu en France par Bruno Latour. Pour Feyerabend, « l'idée que la science peut et doit être organisée selon des règles fixes et universelles est à la fois utopique et pernicieuse. » Il oppose à cette visée pernicieuse son principe « anarchiste » qui dit que « tout est bon ». Feyerabend s'attache, de façon assez provocatrice à montrer que la science tient souvent du mythe et que la science telle qu'elle s'est construite dans la civilisation occidentale n'est qu'une science parmi d'autres sciences possibles. De son côté, Bruno Latour essaie d'insérer la science parmi les activités sociales en général. La science s'explique comme les autres activités par les intérêts individuels et collectifs, les alliances pour le pouvoir et les conflits sociaux.

Conclusion

Il y a deux manières d'aborder le relativisme épistémologique. D'un certain côté, il est une réaction saine face à un dogmatisme scientiste arrogant. Il a contribué à dissiper les mythes de la science légendaire au profit d'une étude concrète des théories scientifiques. Mais au-delà, le relativisme est inconsistant - il se heurte au classique paradoxe du sceptique qui se contredit lui-même en affirmant qu'il n'y a pas de vérité - et peut mener à la confusion et aux pires absurdités : personne ne peut sérieusement soutenir que la médecine moderne n'a pas plus de valeur que la « science » des rebouteux.

par lenuki publié dans : raison et réel
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Mardi 1 avril 2008

La science en difficulté
Tout chercheur en éveil devrait, ce me semble, admettre que la science est en difficulté. Encore convient-il de préciser le sens donné à ce titre emprunté à un article fameux (Freeman Dyson, 1993). La difficulté dont il s'agit ici ne provient pas, trivialement, d'un manque de crédits épisodique, ni de certaines formes d'opposition radicale (comme le cas Unabom­ber outre-Atlantique, et quelques groupes ultras anti-expérimenta­tion animale outre-Manche), les­quelles demeurent marginales. Et, certes, la science, prise au sens de quête patiente, scrupuleuse de la vérité, garde valeur intacte.
Une image radieuse et superbe de la science fondamentale s'est établie avec l'observation astro­nomique et la découverte des lois de l'attraction universelle. Des instruments simples et de taille modeste (lentilles, lunettes, hor­loges) permirent l'accès à la com­préhension des mécanismes qui régissent les mouvements d'un univers (apparemment) pérenne. Cependant, les choses diffèrent
et se compliquent en passant de la physique à la biologie. Les créatures vivantes sont des êtres historiques, produits d'une évo­lution où se conjuguent hasard et nécessité. Avec la découverte de son expansion, l'univers aussi s'est révélé objet historique, en devenir. La notion même d'universalité est désormais relativisée par l'hypo­thèse d'une multipli­cité d'univers (mul­tivers).
Toute science na­turelle combine instruments et concepts. Plus les objets d'étude sont historiques, c'est-à­dire soumis à une évolution complexe et hasardeuse, plus ils se prêtent à modification et manipulation. La dimension « découverte » s'estompe alors, au profit de la dimension « in­vention», et la part contem­plative tend à se restreindre au profit d'un savoir-faire actif. Le terme de technoscience, souvent
utilisé de manière péjorative, est alors brandi comme un reproche envers des chercheurs jugés dé­viants. Mais, en réalité, c'est la nature plus ou moins historique des objets étudiés qui influence surtout le choix des stratégies, et des moyens d'investigation adap­tés. Quant aux sciences fondamen­tales, vouées à œuvrer aux confins de l'inconnu, elles sont devenues, sous l'effet de leurs succès mêmes, dépendantes d'instru­ments de plus en plus énormes (accéléra­teurs, observatoires terrestres et spatiaux, ordinateurs de pointe, etc.).
Il y a difficulté encore à concevoir les avan­cées de la science sur un mode autre que celui de la ruée vers l'or, d'une compétition prédatrice où le premier rafle la prime. Un berger offre en pâture un domaine à son troupeau, un conquérant livre un territoire au pillage de ses troupes. Les rivalités impériales ont scandé
le partage du monde. Conquête de l'espace, jonché de débris spatiaux en moins d'un demi-siècle. Course au rendement agricole et pollu­tions généralisées. Engrenage implacable dans le processus de miniaturisation micro- puis nano-électronique. Série d'échecs cuisants par emballements gré­gaires (amiante, farines animales, contaminations médicales, etc.). Malmesures de l'homme, de l'ani­mal, de la nature.
Ce rappel, tout sommaire qu'il soit, amène à poser des ques­tions qui méritent méditation approfondie : les citoyens ont-ils le droit d'émettre des préférences, et de participer à la définition des priorités parmi le vaste champ des orientations possibles de la recher­che ? Ont-ils le droit de proposer un moratoire temporaire dans tel ou tel domaine d'expérimentation risquée sur le vivant et la nature, même en l'absence de preuves avérées de nocivité? En bref, sont-ils en droit d'attendre que leurs intuitions soient écoutées, et parfois respectées ?

Il y a difficulté encore à concevoir les avancées de la science sur un mode autre que celui de la ruée vers l'or

 

                                                                  Gérard Toulouse
Physicien, École normale supérieure (Paris)

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par lenuki publié dans : raison et réel
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Samedi 29 mars 2008

L'utilisation des mots "observation", "hypothèse", "expérience", "expérimentation"  est suffisamment fréquente, dans la vie quotidienne mais aussi et surtout en ce qui nous concerne, dans la méthodologie du mémoire pour qu'on puisse imaginer que leur sens est défini sans ambiguïté. Cela n'est pourtant pas le cas, loin s'en faut : Quel rapport y-a-t-il, par exemple, entre l'élaboration d'une expérience de Physique dans un laboratoire de recherche et l'expérimentation d'une nouvelle méthode pédagogique, dans un établissement scolaire. Pour clarifier la signification de ces différents termes, il est utile de remonter aux sources du problème.

La "méthode expérimentale" est définie par Claude Bernard  comme une activité de construction de savoir, dans le domaine scientifique. Cette méthode peut être décrite par la succession de différentes étapes :
formulation d'un problème
émission d'hypothèses
validation des hypothèses par la conception de l'expérience
réalisation pratique de l'expérience
analyse des résultats
interprétation des résultats

  L'expérience est au centre du processus ; elle est précédée d'une phase de formulation d'hypothèses et suivie par une phase d'analyse et d'interprétation des résultats.

  Cette méthode a largement inspiré les pratiques utilisées dans l'enseignement scientifique, comme en atteste le modèle "OPHERIC" (Observation, Problème, Hypothèse, Expérience, Résultats, Interprétation, Conclusion), couramment utilisé dans la conduite d'activités expérimentales à l'Ecole. Nous présentons ci-dessous, pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec l'expérimentation scientifique, un exemple simple (étude de la germination) qui présente néanmoins l'avantage de bien mettre en évidence les caractéristiques essentielles de cette méthode .

  Une hypothèse est une relation de causalité supposée entre deux faits. Pour vérifier cette causalité il suffit de faire varier la cause. L'observation des effets obtenus permet de conclure sur cette relation.

  La réalisation pratique de l'expérience consiste à modifier un des facteurs pouvant agir sur le phénomène étudié. Le protocole expérimental décrit le dispositif utilisé pour agir sur ce facteur (appelé généralement paramètre ou variable). Il décrit aussi le dispositif utilisé pour observer et mesurer les effets ; cela suppose donc qu'on ait défini des entités observables (indicateurs du phénomène étudié) et qu'on ait choisi des "outils d'observation" (dans le domaine scientifique, il s'agit généralement d'instruments d'observation ou d'appareils de mesure). Un protocole expérimental ne prévoit qu'un nombre limité de paramètres connus.

L'expérimentateur choisit de n'en faire varier qu'un seul ; les autres sont supposés constants.

Certains paramètres importants interviennent à l'insu de l'expérimentateur (paramètres cachés). Ces paramètres cachés peuvent fausser les résultats de l'expérience.

  Un résultat négatif de l'expérience conduira soit à une remise en cause du protocole (s'il y a un doute), soit à un abandon de l'hypothèse. Au contraire, un résultat positif pourra conduire à supposer que l'hypothèse avancée constitue une explication possible du phénomène étudié. De nouveaux éléments pourront conduire à formuler de nouvelles hypothèses.
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Samedi 15 mars 2008
Diviser pour mieux se cacher
NOUVELOBS.COM | 14.03.2008 | 11:02
Jusque-là considéré comme un moyen de reproduction et de croissance, le clonage semble avoir une autre fonction chez une sorte d’oursin, le clypeaster. Selon une étude à paraître dans le revue Science aujourd’hui, cette reproduction asexuée permettrait aux larves d’échapper à d’éventuels prédateurs, en réduisant significativement leur taille.
Larve en train de donner naissance à un clone. Dawn Vaughn
 
Comment survivre dans l’océan face à tous ces prédateurs affamés ? La solution a été trouvée par de petites larves de clypeaster qui se divisent par clonage en individus plus petits ce qui les rend ainsi moins repérables. Une équipe de biologistes de l’université de Washington a étudié le comportement de ces larves en les exposant à un stimulus chimique. Ils ont mis en contact des larves âgées de 4 jours avec du mucus de poisson simulant la présence de prédateurs.

 Un autre groupe de larves, l’échantillon témoin, a quant à lui été plongé dans de l’eau de mer. Résultats, en moins de 24h, les larves de Dendraster excentricus d’environ 300µm, en contact avec le mucus, ont bourgeonné et ont donné des clones de taille très inférieure à la larve de départ. Cette dernière se retrouve également réduite de près de moitié. « Plus petites, les larves sont ainsi moins visibles pour les prédateurs » souligne Dawn Vaughn, biologiste doctorante aux Friday Harbor Laboratories de l’université de Washington.
Dans l’échantillon témoin, aucun clonage n’a été constaté.

Le clonage semble donc être utilisé comme mécanisme de survie, permettant de se dérober des prédateurs. Il serait ainsi une adaptation face aux menaces et permettait la survie de l’espèce. De plus, les biologistes suggèrent par cette étude que les larves de Dendraster excentricus réagissent plutôt à une menace qu’à une véritable attaque. Dawn Vaughn précise même que cette réaction ne dépend pas d’une espèce de poissons particulière mais qu’il s’agit d’une réaction générale.

C’est la première fois que le clonage est associé à un mécanisme de défense contre des prédateurs. Habituellement, les espèces qui s’adonnent à cette reproduction asexuée (oursins, étoiles de mer…) le font lorsque des conditions optimales sont réunies.



Mounia BEN AÏSSA
Sciences et Avenir.com
14/03/2008
 
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Jeudi 13 mars 2008
 Husserl, Les rapports entre la vérité et la science

« La vérité ou la fausseté, la critique et l'adéquation critique des données évidentes, voilà autant de thèmes banals qui déjà jouent sans cesse dans la vie pré-scientifique. La vie quotidienne, pour ses fins relatives et variables, peut se contenter d'évidences et de vérités relatives. La science, elle, veut des vérités valables une fois pour toutes et pour tous; définitives; et, partant, des vérifications renouvelées et ultimes. Si, en fait, comme elle-même doit finir par s'en convaincre, la science ne réussit pas à édifier un système de vérités "absolues", si elle doit sans arrêt modifier les valeurs "acquises", elle obéit pourtant à l'idée de vérité absolue, de vérité scientifique, et elle tend par là même à un horizon infini d'approximations qui convergent toutes vers cette idée. A l'aide de ces approximations, elle croit pouvoir dépasser la connaissance naïve, et aussi se dépasser infiniment elle-même. Elle croit le pouvoir aussi par la fin qu'elle se pose, à savoir l'universalité systématique de la connaissance »  
Dans ce texte, Husserl s’interroge sur les rapports entre la vérité et la science. Pour cela, il distingue l’attitude quotidienne de l’attitude scientifique. En effet, nous ne parlons pas uniquement de vérité et de fausseté dans le domaine scientifique, nous utilisons quotidiennement ces termes qui ont déjà un sens dans notre vie lorsque nous agissons, échangeons…Pourtant, il s’agit ici pour Husserl de montrer que les notions de vérité et d’évidence n’ont pas exactement le même sens dans le domaine scientifique. Pourquoi ? Parce que dans le champ de l’action, de notre vie quotidienne, nos fins sont relatives, elles dépendent de nos désirs, de notre volonté…La science n’a pas les mêmes fins que l’action, elle recherche ainsi des vérités définitives. En effet, vous ne pouvez pas considérer qu’une loi de la nature est énoncée simplement provisoirement. Ceci aurait un sens s’il s’agissait simplement, à un moment donné d’agir, mais cela ne peut en avoir si on recherche la vérité. Pourtant, l’histoire des sciences nous montre bien que les vérités, les théories sont sans cesse remises en cause. Comment alors affirmer que la science recherche des vérités définitives alors que l’histoire nous montre que les vérités semblent provisoires ? Parce qu’il faut distinguer ce qui est visé de ce qui est effectivement. Si les vérités sont discutées, si les théories sont remises en cause, c’est justement parce que la science vise la vérité absolue.
 
par lenuki publié dans : raison et réel
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