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Mardi 13 mai 2008
Voici, comme promis, deux références de conférences sur l'environnement, tirées de l'Université de tous les savoirs:

 

Les technologies modernes et la maîtrise de leurs impacts  environnementaux:

http://www.canal-u.education.fr/canalu/producteurs/universite_de_tous_les_savoirs_au_lycee/dossier_programmes/utls_au_lycee_2007/technologies_modernes_et_maitrise_de_leurs_impacts_environnementaux_pierre_ehrburger


Les enjeux scientifiques des changements environnementaux

http://www.canal-u.education.fr/canalu/producteurs/universite_de_tous_les_savoirs/dossier_programmes/les_conferences_de_l_annee_2003/la_globalisation_du_globe_aux_effets_globaux/les_enjeux_scientifiques_des_changements_environnementaux

En espérant que cela comblera une partie de vos attentes...
par lenuki publié dans : Sciences politiques
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Samedi 10 mai 2008
Pour ceux que le thème de l'identité intéresse, je ne saurais trop recommander certaines conférences de l'Université de tous les savoirs, qui sont accessibles en ligne :

http://www.canal-u.education.fr/producteurs/universite_de_tous_les_savoirs/dossier_programmes/les_conferences_de_l_annee_2000/visages_de_l_association/l_identite


Voici d'autres conférences sur le même thème:

 1. Esprit et identité
http://www.canal-u.education.fr/producteurs/universite_de_tous_les_savoirs/dossier_programmes/les_conferences_de_l_annee_2001/la_psyche_l_ame_humaine/esprit_et_identite

 2. Diversité humaine et identités
http://www.canal-u.education.fr/producteurs/universite_de_tous_les_savoirs/dossier_programmes/les_conferences_de_l_annee_2002/la_diversite_de_la_vie/diversite_humaine_et_identites


En espérant que ces conseils vous seront fort utiles....
par lenuki publié dans : Sciences politiques
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Dimanche 4 mai 2008

La curiosité cosmopolite

LE MONDE DES LIVRES | 24.04.08 | 17h23  •  Mis à jour le 24.04.08 | 17h23

 

Si le choc des cultures a pris une telle ampleur, c'est pour deux raisons évidentes : la fin du conflit Est-Ouest, qui a ravivé d'autres affrontements, ethniques, religieux ou culturels, et les mouvements migratoires, qui amènent des populations très différentes à partager les mêmes espaces urbains. Identité nationale et identité culturelle ne se confondent plus.

Mais la nouveauté ne s'arrête pas là. Désormais, chacun de nous gère plusieurs identités. Un Français qui n'a jamais quitté sa province peut manger libanais, adorer la musique anglo-saxonne, pratiquer l'aïkido ou le kung-fu... La pureté culturelle n'a jamais été aussi illusoire. Peu ou prou, nous sommes tous devenus pluriels.

Comment les politiques culturelles des Etats s'adaptent-elles à cette diversité ? C'est le thème d'un livre collectif, qui a le mérite de réunir d'excellents spécialistes et de confronter diverses expériences nationales. Lluis Bonet et Emmanuel Négrier, qui l'ont dirigé, analysent les trois concepts autour desquels tournent les débats.

L'exception culturelle, d'abord : elle consiste à exclure les biens culturels des logiques du marché, pour échapper à la standardisation. En clair, pour lutter contre l'hégémonie anglo-saxonne. Avec l'idée que "le libre-échange tue l'échange". Mais cette politique, souvent conçue comme étant du ressort exclusif des Etats-nations, ne postule pas le respect des expressions régionales ou ethniques.

Deuxième concept : le multiculturalisme. Né dans les années 1970 en Amérique du Nord, il prend le contrepied des politiques assimilationnistes. C'est la volonté de respecter les différentes cultures qui coexistent au sein d'un territoire donné, en leur accordant une valeur égale. Mais comment éviter de basculer dans le communautarisme ?

La troisième notion, la plus récente, est celle de diversité culturelle. Selon la manière dont on l'apprécie, elle est très proche de l'exception culturelle... ou son exact opposé. Très proche, si on y voit une résistance à la standardisation ; mais très opposée si c'est une défense des minorités. Le concept a été adopté par l'Unesco et le Conseil de l'Europe, tout en inspirant le projet de Constitution européenne. Son ambivalence explique en partie son succès, remarquent Lluis Bonet et Emmanuel Négrier. Ce compromis a le mérite, en effet, d'offrir un cadre commun aux discussions. En apparence, chaque pays européen gère la diversité culturelle selon ses traditions historiques. Mais ils sont tous logés à la même enseigne : débordés par le haut, avec la globalisation ou la construction européenne ; et par le bas, avec la décentralisation. Rien n'est figé. Des velléités centralisatrices émergent au Royaume-Uni, aux Pays-Bas ou en Allemagne, alors que la France, par exemple, se montre moins jacobine : elle combine un universalisme théorique et un différencialisme pratique, en bricolant, au niveau local, un vague système multiculturel.

Pour Kwame Appiah, la diversité culturelle n'est pas un concept théorique. De père africain et de mère anglaise, il a passé sa jeunesse au Ghana, avant d'étudier à Cambridge, puis d'enseigner la philosophie à Princeton. Dans le pays de son enfance, "les chrétiens, les musulmans et les adeptes des religions traditionnelles vivaient ensemble dans l'acceptation des différences".

Comment vivre ensemble à l'ère de la mondialisation ? Par une attitude et une curiosité cosmopolites, affirme le philosophe. En Grèce antique, on désignait ainsi le "citoyen du cosmos", par opposition à l'idée selon laquelle toute personne civilisée appartenait à une polis donnée, une communauté particulière, différente des autres.

Le cosmopolitisme repose sur deux axiomes : l'universalisme et le respect de la différence, étant entendu qu'ils peuvent entrer en conflit. Hitler comme Staline vomissaient les cosmopolites, ces gens sans feu ni lieu, qui ne pouvaient être assimilés ni à une race ni à une classe. Il existe aujourd'hui des "contre-cosmopolites" - par exemple des intégristes religieux - qui ne laissent aucune place au doute et pratiquent un universalisme négatif, sans tolérance. Rejoignez-nous, disent-ils, et nous serons tous frères et soeurs...

Si les sociétés humaines ont fini par beaucoup se ressembler, elles divergent sur certaines valeurs ou ne leur accordent pas la même importance, constate Kwame Appiah. Mais "nous pouvons vivre ensemble sans être d'accord sur les valeurs". A l'inverse, nous pouvons nous entretuer, tout en partageant les mêmes principes. Les conflits les plus véhéments - sur l'avortement, par exemple - ne se nouent-ils pas autour de la signification qu'il faut attribuer à des valeurs identiques ?

"C'est mon peuple - le peuple des êtres humains - qui a construit la Grande Muraille de Chine, la tour Chrysler, la chapelle Sixtine", affirme Kwame Appiah, ajoutant : "Ce sont les pratiques et non les principes qui nous permettent de vivre ensemble en paix. (...) La communication transculturelle n'est immensément difficile qu'en théorie."

"Transculturel" est justement le maître-mot de Claude Grunitzky. Noir, togolais, titulaire d'un passeport français, il porte le nom de son arrière-grand-père polonais. Après avoir lancé à Londres le magazine Trace, qui avait pour vocation de "promouvoir les valeurs du cosmopolitisme urbain", il a lancé la chaîne Trace TV et s'est installé à New York, "véritable centre du monde".

"BARRIÈRES DE L'IDENTITÉ FIXE"

Le transculturalisme, affirme-t-il, permet d'explorer les identités des autres, sans pour autant perdre les spécificités de sa culture natale. C'est "échapper joyeusement aux barrières de l'identité fixe, être à la fois soi-même et un autre". Le livre collectif qu'il a dirigé est à son image : débraillé, un peu fourre-tout, mêlant des réflexions, des interviews, des témoignages et des photos, pour "décoder les nouvelles énergies qui traversent la planète".

La conclusion est rédigée par un chercheur reconnu, Patrick Weil, qui pose une question centrale : "Est-il possible de lutter contre les discriminations sans mettre en cause la cohésion culturelle, le sentiment d'appartenance commune, sans créer des divisions raciales ou ethniques, sans affecter et enfermer les individus dans un groupe ethnique ou religieux contre leur gré ?" Réponse : "Non, si l'on considère la société comme une addition de groupes différents et séparés, vivant côte à côte, une société multiculturelle. Oui, si l'on respecte les individus tels qu'ils sont, avec des identités métissées, des identifications multiples entre lesquelles ils circulent..."

Dans la pratique, ce n'est pas aussi simple, comme l'illustre un témoignage saisissant de Linda Bator Lo, une métisse nomade qui n'a pu se sentir chez elle dans aucun pays : "Toute ma vie, j'ai regretté de ne pouvoir me reconnaître, à la fois culturellement, physiquement et mentalement, dans une nation à part entière." Elle a fini par trouver une certaine sérénité à New York : "Dans cette ville où chacun est immigré, je n'ai plus à dissimuler ou à atténuer mes différences, mais plutôt à les mettre en valeur pour mieux m'affirmer et me faire reconnaître." Mais quel calvaire pour arriver jusque-là ! Quoi qu'on dise, le cosmopolitisme ne va pas de soi.


 

La fin des cultures nationales, sous la direction de Lluis Bonet et Emmanuel Négrier
La Découverte, 230 p., 22 €.

Pour un nouveau cosmopolitisme, de Kwame Appiah
Ed. Odile Jacob, 262 p., 25,50 €.

Transculturalismes, sous la direction de Claude Grunitzky
Grasset, 210 p. illustrées, 21 €.

 

par lenuki publié dans : Sciences politiques
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Vendredi 2 mai 2008

Les réfugiés de l'environnement (première partie)

NOUVELOBS.COM | 18.04.2008 | 12:03

La Terre chauffe et avec elle beaucoup de territoires autrefois accueillants deviennent inhabitables pour leurs occupants traditionnels. Du coup, les populations résidentes sont obligées d'aller s'installer ailleurs. Ces nouveaux réfugiés climatiques sont aujourd'hui une trentaine de millions mais leur nombre devrait dépasser les 250 millions en 2050. Ce thème a fait l'objet d'une conférence lors du festival Sciences Frontières qui s'est déroulé à Marseille au début du mois d'avril.

Une des îles composant l'archipel de Tuvalu

Une des îles composant l'archipel de Tuvalu Peter Bennetts/Getty Images

Qui sont ces populations menacées ? Ou vivent-elles ? En fait un peu partout dans le monde. Il faut savoir que près de 500 millions de personnes vivent à moins de cinq kilomètres des côtes et pas loin de 350 millions à moins de cinq mètres au-dessus du niveau de l'eau, voir en dessous pour certains (Bengladesh, Pays bas, Camargue...). Toutes ces régions sont directement menacées par la montée des eaux consécutives à la fonte des glaces polaires. Pour d'autres la menace ne vient pas de l'eau mais plutôt de son absence, en Asie, en Afrique et en Amérique Latine la déforestation conjuguée à la hausse des températures accélère la progression des déserts menaçant encore plusieurs millions de personnes.

Le premier exemple, tragique, de ce phénomène migratoire forcé se situe en plein cœur des îles polynésiennes. A quelques kilomètres de l'équateur, dans des eaux bleu turquoise, l'archipel de Tuvalu composé de quelques petits îlots peuplés d'une dizaine de milliers d'habitants sera entièrement recouvert par les eaux d'ici 2050. Les habitants sont donc contraints d'aller vivre ailleurs. Mais cet ailleurs n'existe pas encore : les pays voisins (Australie, Nouvelle-Zélande, Indonésie...) n'acceptent des réfugiés qu'au compte goutte avec des conditions drastiques d'accès à leur territoire.

Au même moment, de l'autre côté du globe, les Inuits qui vivent sur la banquise voient leur territoire se réduire d'années en années comme une peau de chagrin. Eux non plus n'ont pas d'ailleurs et tentent de faire reconnaître le préjudice qu'ils subissent. Ils viennent ainsi de porter plainte contre les Etats-Unis, l'un des plus gros producteurs de gaz à effet de serre, devant l'équivalent de la cour européenne des droits de l'Homme pour le continent Américain. En attendant ils envisagent aussi une « délocalisation forcée ».

Ces mouvements de populations n'en sont qu'à leur commencement. Tout indique que la situation climatique du globe va continuer à se détériorer. Les objectifs de réduction d'émission de gaz à effet de serre (GES) fixés par Kyoto, déjà minimalistes, ne seront selon toute vraisemblance pas atteints. En conséquence, il faut s'attendre à d'autres situations catastrophiques. Les experts prévoient essentiellement des mouvements de population Sud/Sud ainsi que des tensions sur les îles du Pacifique et de l'Océan Indien comme les Maldives. Mais les problèmes soulevés par ces déplacements de personnes nécessitent une régulation et une prise en charge internationale. (A suivre).
par lenuki publié dans : Sciences politiques
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Samedi 26 avril 2008

La philosophie éthique :
au service de l'environnement?

 

Michel LeBlanc DesNeiges
Fondation Médias Verts
2 mars, 2002

L'éthique au service de la cause environnementale? Pourquoi pas, diront plusieurs. En fait, les environnementalistes parlent depuis toujours de notre obligation morale de protéger l'environnement. Mais les débats d'éthique font-ils vraiment avancer la cause environnementale et ont-ils un autre rôle à jouer que d'être évoqués pour gagner des arguments et impressionner les gens?

 

Pour les activistes, nous le savons, la lutte écologique est souvent un exercice de persuasion. La crise écologique est peut-être évidente et objective pour nous mais, pour un trop gros segment de la population, la question n'est pas particulièrement préoccupante. Les activistes utilisent donc toutes sortes de moyens pour raviver la cause, y compris la sensibilisation publique et le militantisme. Dans ces deux cas, on tente de convaincre les gens par deux moyens principaux,  la présentation de faits ou  l'appel aux émotions. D'une part, on explique les conséquences logiques de la trop grande consommation des ressources naturelles, faisant par exemple allusion au fait que si tout le monde vivait comme nous, les Occidentaux, on aurait besoin de quatre ou cinq autres planètes Terre. D'autre part, toutes sortes de groupes environnementalistes utilisent des images de la nature et de la merveilleuse diversité d'espèces animales et végétales pour toucher une corde sensible chez les individus. En fait, on a tendance à fondre devant les photos d'ours Panda, de lionceaux et de petits singes dans la jungle. C'est ainsi que la plupart des gens viennent à comprendre l'importance de sauver nos forêts mondiales, de stopper la pollution, et j'en passe.

 

Dans d'autres contextes, comme lors de conférences publiques, les environnementalistes ont l'opportunité de renforcer leurs arguments pour la protection de l'environnement en développant les thèmes de l'obligation morale et éthique. Par exemple, David Suzuki parle souvent de notre obligation envers les peuples du monde et les générations futures. Robert F. Kennedy, Jr. évoque l'obligation de protéger l'environnement pour ce que la nature apporte à l'homme sur le plan esthétique et culturel. Tandis que le philosophe Peter Singer aborde souvent l'environnement comme la totalité des êtres vivants de notre planète, montrant le besoin d'orienter nos sociétés afin qu'elles causent le moins de souffrances possible à chacun de ces êtres (animal et humain).

Tous ces arguments peuvent être considérés comme des éthiques environnementales. Ils peuvent être défendus logiquement et sont donc consistants en soi. Pourtant, ces trois philosophies mènent à des conclusions divergentes quant à nos obligations précises envers l'environnement. Car, si on traduit ces philosophies en actions qui doivent nécessairement en découler, on réalise qu'elles impliquent des comportements bien différents. Par exemple, la philosophie de Suzuki le porte à affirmer qu'on doit changer le fondement de nos instances politiques et économiques de manière radicale car le présent système est intenable et mène même au génocide. La logique de la philosophie de Kennedy, par contre, ne sacrifierait pas le libre échange ni la concurrence économique et politique internationale. Kennedy accepterait encore moins l'éthique de Singer stipulant qu'on ne devrait pas tuer d'autres animaux pour se nourrir et qu'on ne devrait pas expérimenter sur des animaux même si cela permet de prouver la nature toxique et mortelle de nombreux produits chimiques industriels.

Comme nous venons brièvement de le voir, entrer dans le monde du débat philosophique peut souvent créer plus de complexité qu'il n'en résout. Les opposants de la cause environnementale peuvent littéralement s'amuser à confondre le public, démontrant par exemple les incohérences des différentes philosophies et comment souvent elles se contredisent.

 

Donc, aussi importante qu'a été la philosophie dans la marche vers une plus grande compréhension du monde et de la place de l'homme dans ce monde, elle peut être utilisée à tort et à travers. La philosophie peut servir à justifier  de nombreuses et différentes prises de position et on ne doit certainement pas croire qu'elle est nécessairement au service de la cause écologique. Au fond, et autant qu'on a tendance à la placer sur un piédestal, la philosophie est un exercice et une discipline qui nous permet de découvrir des vérités et non pas LA vérité.

Enfin, il faudrait toujours se rappeler que c'est le point de départ de toute philosophie qui est important. Et ça, c'est nécessairement une expérience subjective puisque la valeur de quelque chose est d'abord et avant tout ressentie. Jean-Paul Sartre l'a bien dit lorsqu'il affirma que la racine de toute philosophie doit être ancrée dans l'authenticité ou encore dans la bonne foi. Aussi complexe que soit la philosophie de Sartre et sa définition de la bonne foi, je pense qu'on peut l'exprimer ainsi : la clé de la vérité est au fond de nous. C'est lorsque nous sommes sincères avec nous-mêmes que le bien et le mal deviennent discernables. J'ose croire qu'au fond, personne ne veut la souffrance des autres êtres et personne ne peut sincèrement vouloir la destruction des écosystèmes. Le défi ultime du mouvement écologique n'est donc pas de développer des éthiques philosophiques mais plutôt d'aider les gens à vivre honnêtement et en toute bonne foi.

 

par lenuki publié dans : Sciences politiques
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Lundi 14 avril 2008

Exposé  de Mathilde Dongala (Hypokhâgne du Lycée Jules Ferry)

L'Europe, comment la définir ?

 

Jusqu'en 1989, on se pose peu la question de la définition de l'Europe : c'est une union qui vise à regrouper l'ensemble des pays d'Europe de l'Ouest, dans le but d'une coopération économique et politique toujours plus poussée. Mais après la chute du mur de Berlin, les anciens pays du bloc soviétique sollicitent leur entrée dans l'Europe. Ainsi l'Europe voit-elle au fil des ans  son centre de gravité se déplacer vers l'est et le nombre de peuples la constituant augmenter de façon spectaculaire : de 6 membres en 1951, l'Europe en compte aujourd'hui 27. Cette grande diversité pose la question de l'identité de l'Europe. Comment peut-on aujourd'hui définir l'Europe ? L'Europe est surtout une construction, économique et politique. Mais les pays qui la composent sont aussi héritiers d'un passé qui les unifient sur une base commune : L'Europe est une civilisation. Enfin, l'Europe porte en elle un projet.

 

I - Une construction

Déjà pensée par Victor Hugo avec ses Etats-Unis d'Europe, ou esquissée par Aristide Briand, après la seconde guerre mondiale, la construction européenne devient une nécessité pour éviter de nouvelles guerres fratricides, mais aussi pour empêcher l'extension du communisme. Construite sur des bases économiques  elle vise, jusqu'à aujourd'hui encore à une intégration toujours plus poussée de ses pays membres. Aujourd'hui cependant, l'Europe cherche à trouver d'autres bases et à fonder une communauté  politique.

 

1- Une construction économique

L'Europe est tout d'abord une construction économique.

En 1948, afin de répartir les aides financières proposées par le plan Marshall pour faciliter la reconstruction européenne, des organismes administratifs communs sont pour la première fois mis en place. Ainsi, l'Organisation européenne de coopération économique (OECE) est créée et chargée de dépenser équitablement les crédits entre les différents Etats d'Europe occidentale. Son but est aussi  renforcer les relations économiques entre ses dix-sept membres et de libéraliser les échanges commerciaux.

Mais, la première pierre de l'édifice européen est véritablement posée en 1951, par le traité de Paris. Le plan Schuman marque en effet la création de la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier (CECA), qui créé une solidarité une solidarité de fait en regroupant la production de six pays européens (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg, France, Italie, RFA).  En plaçant ainsi le potentiel minier et industriel allemand, le plan Schuman prévoit tout risque de réarmement allemand et écarte toute occupation permanente des Alliés sur la Ruhr.

En juin 1955, les six pays membres de la CECA décident la création du Marché Commun. Le projet prend forme par le traité de Rome (mars 1957), qui donne connaissance à la communauté économique européenne (CEE). Ce traité donne lieu à une intégration économique plus poussée : il prévoit une coopération économique, l'abolition des barrières douanières et la mise en place d'un tarif extérieur commun. De plus, le Traité de Rome pose les bases de la Politique Agricole Commune qui doit conduire à l'élaboration d'une politique agricole commune au sein de l'Union européenne. Ces mesures sont un succès : la CEE enregistre dans les années 60 une croissance élevée, ce qui incite d'autres Etats à demander leur adhésion.

L'Acte Unique est signé en 1986, il apporte des modifications au traité de Rome,

son objectif étant d'accélérer la mise en place du marché intérieur, dont l'achèvement est prévu pour décembre 1992.

Le Traité de Maastricht crée l'Union européenne qui remplace la CEE, et prévoit l'union économique et monétaire, avec une monnaie unique européenne qui sera appelée ultérieurement l'euro. En 1999, l'euro devient la monnaie unique de 11 pays (Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, France, Finlande, Irlande, Pays-Bas, Italie, Luxembourg et le Portugal.), deux ans plus tard, c'est la mise en circulation des billets et des pièces en euros dans ces pays.

 

 

2- Une construction politique

Si l'Europe s'est d'abord construite autour de l'économie, l'Europe politique s'est aussi peu à peu construite par la suite.

En 1953, Paul-Henri Spaak élabore un projet de Communauté Politique européenne qui permettrait de chapeauter la Communauté européenne de défense, mais le rejet par la France de la CED, repousse l'heure de la fédération européenne. Ce n'est qu'en 1957 avec le traité de Rome que les contours d'une Europe politique se dessinent en élargissant le champ de la coopération supranationale ((La CEE et Euratom disposent d'une Assemblée parlementaire et d'une Cour de justice commune). A partir de 1979 les citoyens européens peuvent élire au suffrage universel les députés du Parlement Européen. Et progressivement, la Communauté Européenne élargit son champ d'action à des domaines autres que celui de l'économie, en 1986, l'Acte Unique en plus d'ouvrir la voie à la réalisation d'un marché unique, élargit les compétences de la CEE à la recherche et développement, à l'environnement, et la politique étrangère commune. En 2004, accord politique est trouvé sur le projet de Constitution européenne, lors du Conseil Européen, qui vise à faciliter le fonctionnement des institutions d'une Europe qui est passée de 15 à 25 membres. Ce projet n'aboutira pas, après le rejet par référendum de la France et des Pays-Bas. En décembre, 2007 un Traité Européen européen est finalement signé.

 

 

L'Europe représente aujourd'hui l'intégration économique la plus poussée au monde. Cette intégration est aussi devenue  politique avec le temps, l'UE s'étant dotée d'institutions démocratiques et d'une législation. Ainsi, elle est une puissance économique et politique dont le poids ne cesse de croître avec l'entrée régulière de nouveaux membres dans l'Union. Mais l'Europe pourrait-elle s'élargir indéfiniment? N'y a-t-il pas une origine commune à tous les pays qui composent aujourd'hui l'Europe ?

 

II - Une civilisation

Si l'Europe s'est beaucoup élargie depuis sa naissance - on est passé de 6 à 27 membres depuis 1951- mêlant des peuples aux langues et cultures différentes, elle possède tout de même une cohésion interne. Elle trouve en effet ses racines dans l'héritage judéo-chrétien et le paganisme antique.

 

1- Les racines judéo-chrétiennes de l'Europe

Tout les pays de l'Union Européenne ont pour religion majoritaire la religion chrétienne, qui s'inspire de l'Ancien Testament (la « Bible hébraïque »), c'est pour cela que l'on parle d'Europe judéo-chrétienne. La prédominance de la religion chrétienne vient du fait qu'au XVe siècle, sous la poussée de l'islam conquérant, la chrétienté, d'abord méditerranéenne, en vint progressivement à se confondre avec l'Europe géographique. Des éléments internes d'unification jouèrent profondément : rôle de l'Eglise romaine (sa liturgie qui donne un cadre spatio-temporel commun), son autorité suprême la Papauté, une langue commune des clercs, le latin, base d'un espace de savoir. Ces origines communes permettent l'unification de l'Europe sur des principes et des bases communes.

Cependant, le christianisme ne suffit pas à définir l'Europe, car comme le fait remarque Rémi Brague dans L'Europe, une voie romaine, la séparation du spirituel et du temporel préfigure la €laïcité. On peut dire, paradoxalement, que l'Europe se caractérise tant par ses racines chrétiennes que par son présent laïque. On parle en effet aujourd'hui d'une Europe « sécularisée », où la frontière entre le politique et le religieux est bien définie, ce qui fait d'elle une exception face aux dynamiques des religions dans le monde. Face à la poussée islamique, dont on parle le plus souvent, une autre vague religieuse, a gagné de nombreux pays. L'évangélisme religieux submerge en effet depuis quelques décennies l'Amérique latine, et l'Afrique ; il n'est pas absent non plus dans les renaissances religieuses qui secouent l'Asie, notamment la Chine et les pays qui l'entourent.

 

2- Les racines antiques de l'Europe

L'Europe a d'autres origines, qu'elle trouve notamment dans la démocratie de l'Athènes antique. Ce caractère démocratique de l'Europe s'est affirmé dans l'opposition entre la démocratie athénienne et l'absolutisme perse. Et plus tard, cette représentation semble s'inscrire dans la continuité dès lors que les Perses semblent avoir été remplacés par les Ottomans puis les Turcs dans cette construction des antagonismes. Pour Rémi Brague (cf. L'Europe, une voie romaine) la culture européenne tient sa spécificité en ce qu'elle provient de Rome. En cela, elle serait une culture de transmission. En effet, pour Rémi Brague, les Romains se caractérisent par un complexe d'infériorité culturelle qui les pousse à s'intéresser aux cultures autres que la leur. Ainsi la culture européenne ne s'illustrerait  non pas par son contenu, mais par la capacité qu'elle aurait à considérer les autres cultures pour elles-mêmes, sans se les approprier en y reflétant sa propre image. C'est dans cette perspective que l'humanisme est typiquement européen, car en plus de sa capacité d'autocritique, comme le montrent les Lettres Persanes de Montesquieu ou Les Cannibales de Montaigne, il considère dans la culture non pas comme un enfermement sur soi, dans les traditions, mais comme une constante ouverture vers l'autre, un processus d'enrichissement.

 

3 - Une Europe des droits de l'homme

L'Europe est fortement marquée par la révolution française de 1789, qui a produit les idéaux universalistes : droits de l'homme, égalité politique, citoyenneté. La prééminence de l'individu dans les sociétés européenne est aussi tirée des principes de 1789. La Convention européenne des droits de l'homme, adoptée par le Conseil de l'Europe en 1950 et entrée en vigueur en 1953 atteste de cet attachement aux droits de l'homme.

 

Dès lors, on comprend que l'intégration de la Turquie à L'Union européenne suscite des réticences. Outre le fait que le pays ne possède que 3% de son territoire en Europe, l'admission de la Turquie apparaîtrait pour certains contre nature : l'Europe aux racines judéo-chrétiennes doit-elle accepter un pays à 99,8% musulman ? L'islam qui supprime l'altérité en tant que telle peut-elle être compatible avec l'humanisme européen ? Peut-on intégrer un pays dont le respect des droits de l'homme est discutable? Et aussi, la Turquie est-elle prête à participer au projet européen ? Car au delà d'une construction et d'une civilisation, l'Europe est aussi un projet.   

 

 

 

 

 III - Un projet

L'Europe constitue une marche en avant. Elle porte en elle les germes d'un projet politique et de civilisation.

 

1/Un projet politique

Lors de sa création, dans un contexte de guerre froide, le fait que l'Europe se soit placée du côté des Etats-Unis l'empêche de s'élever d'emblée au rang de société politique. Pendant cette période, l'Europe s'est structurée dans la dépendance, comme un entre-deux, cachée par deux superpuissances. En 1989, avec la fin du monde bipolaire, on peut parle d'un « retour de l'Europe ».

Sur le plan militaire, diplomatique et sécuritaire, l'Europe tente d'affirmer son autonomie. La politique européenne de sécurité et de défense, par exemple, est un projet visant à renforcer son rôle en matière de gestion internationale des crises militaires et civiles. Des forces armées de coalition européennes interviennent de plus en plus à l'étranger comme c'est le cas au Soudan, avec l'Eurofor, par exemple.

L'Union européenne s'engage aussi sur le plan environnemental. Déjà dans la cadre du Protocole de Kyoto, l'Union s'était engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 8% par rapport aux niveaux de 1990 entre 2008 et 2012. Elle met aujourd'hui en place des politiques et des institutions communes à tous les Etats pour lutter contre le réchauffement climatique, la nature et la biodiversité, l'environnement et la santé, etc.

Elle revendique un modèle social, dont elle tiendrait l'héritage du modèle allemand de croissance du chancelier Erhard, le fondateur du mark et « le père du miracle économique allemand » pour lequel la politique financière ne pouvait se comprendre sans la permanence du souci social.  Ce modèle social est explicité ainsi dans le projet de traité constitutionnel : « l'Europe doit œuvrer pour  le développement durable de l'Europe fondé sur une croissance économique équilibrée et sur la stabilité des prix, l'économie sociale de marché (...) Elle combat l'exclusion sociale et les discriminations, et promeut la justice et la protection sociales, l'égalité entre les femmes et les hommes, la solidarité entre les générations et la protection des droits de l'enfant. Elle promeut la cohésion économique, sociale et territoriale, et la solidarité entre les États membres »

 

2/ un projet de civilisation

Plus qu'un projet politique, l'Europe est un projet de civilisation.

Pour Victor Hugo, les «Etats-Unis d'Europe » constituent le premier échelon d'une entreprise se voulant universelle, censée aboutir, in fine, à une concorde planétaire entre les hommes, quels qu'ils soient, par-delà les castes. Hugo l'exprime ainsi : « Elle s'appellera l'Europe, au vingtième siècle, et, aux siècles suivants, plus transfigurée encore, elle s'appellera l'Humanité ».  Allant encore plus loin, Husserl considère que l'Europe est unique en ce qu'elle a un sens transcendantal. Au-delà du phénoménal et de l'accidentel, l'Europe est mue par un telos ; elle doit être le souffle qui pousse continuellement à l'élargissement de la communauté philosophique. C'est parce que l'Europe plonge ses racines dans la Grèce antique que Husserl lui assigne une telle finalité ; car la Grèce antique est le lieu de naissance de la philosophie, qui « permet seul l'accès à l'infini depuis l'état de finitude qui est celui de l'homme ». Ainsi, pour le philosophe, l'Europe est une figure spirituelle qui n'est pas contrainte par des frontières établies (puisqu'il y incluait les Etats-Unis, les dominions anglais, l'Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande), qui a pour vocation de pousser à la recherche commune de la vérité. Dans la crise de l'humanité européenne et la philosophie, Husserl dénonce le manque d'unité dans la recherche philosophique et s'inquiète de la lassitude morale et intellectuelle qui touche l'Europe. En 1935, il fait partie des premiers à formuler la thèse d'une supranationalité européenne, où chaque nation abdiquerait de certaines parties de sa souveraineté  pour le bien de la communauté européenne, et par conséquent pour le succès dans la poursuite de son telos.

 

Conclusion

 

Ainsi l'Europe serait bel et bien « unie dans la diversité ». Si le sentiment européen n'est pas toujours profondément ancré dans l'esprit des populations européennes, les 27 pays de l'UE fondent tout de même leur unité dans une intégration économique et politique toujours plus poussée, et possèdent un passé commun qui leur permet de s'identifier comme civilisation. Aujourd'hui l'Europe constitue la seule puissance capable de constituer un contrepoids aux Etats-Unis, et cela la pousse à proposer un projet politique alternatif. De plus, l'abandon de certains aspects de la souveraineté des pays membres pourrait nourrir les espoirs des partisans de Hugo ou de Husserl, qui voyait dans une Europe unie et regroupée autour d'un projet de civilisation une voie vers la sagesse.

 

par lenuki publié dans : Sciences politiques
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Lundi 14 avril 2008

La notion de « crime contre l'environnement » (Luc Ferry)

( La nature peut-elle être considérée comme un sujet de droit? )

Luc Ferry évoque ici les travaux et les débats autour de cette question dans les années 70 notamment au Canada:

"Les membres de la Commission (Commission de réforme des lois, Canada, 1971), fidèles à l'essence du droit anglo-saxon, qui vise toujours la protection d'intérêts identifiables, avouent ne pouvoir considérer la nature elle-même comme un sujet de droit : « Le champ d'un code criminel portant sur les délits contre l'environnement ne doit pas s'étendre jusqu'à protéger ce dernier-en tant que tel (for its own sake, dit l'anglais), indépendamment de valeurs, de droits et d'intérêts humains. » Bien que décidée à faire avancer les thèses écologistes, la Commission choisit le camp de l'environnementalisme contre l'écologie profonde. Elle s'en tient au cadre de l'humanisme classique, donc de l'anthropocentrisme tant dénoncé par les radicaux : « Le présent code criminel interdit en fait les délits contre les personnes et la propriété. Il n'interdit pas de façon explicite ou directe les délits contre l'environnement naturel lui-même. Malgré ses réserves, la Commission admettra, au terme d'une longue argumentation, que des pollutions graves puissent être considérées comme d'authentiques crimes, au sens juridique du mot.
[...] La réaction des milieux de l'écologie profonde n'en fut pas moins très vive, comme en témoignent les débats qui suivirent, reflétés, entre autres, dans un article de Stan Rowe (1, intitulé "Crimes against the ecosphere" . Ses conclusions valent d'être rapportées ici tant elles sont exemplaires des positions antiréformistes.

"Le rapport intitulé " Crimes contre l'environnement » accepte le parti pris anthropocentriste  (homocentrique) traditionnel selon lequel l'environnement n'est rien d'autre que ce que suggère son étymologie : le simple contexte qui entoure les choses de plus grande valeur - à savoir les gens. En ce sens vulgaire, l'environnement n'est que périphérique et son concept est intrinsèquement péjoratif. Il est donc logique, dans ces conditions, que la défense de l'environnement ne soit conçue qu'en termes d'utilité pour les hommes. Il n'est qu'une « valeur sociale et un droit », non une chose possédant une valeur intrinsèque. Mon argumentation consiste à montrer que seule l'alternative inverse - à savoir la reconnaissance de la valeur intrinsèque de l'environnement et, par suite, de ses droits propres fournit une base incontestable pour le protéger contre les crimes de dégradation et de déprédation".

La suite du texte développe deux idées, elles aussi parfaitement représentatives des principes radicaux : le caractère sacré de la vie universelle, de la « biosphère », et les conséquences désastreuses de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, comme de l'humanisme qui s'y associe. Quant au premier point, Rowe précise avec le plus grand soin que ce n'est pas de la vie humaine qu'il s'agit au premier chef, mais de l'écosphère tout entière.[...]
 Rien d'étonnant, dès lors, si la critique se prolonge dans une vigoureuse dénonciation des idéaux de la Révolution française!
« La  Déclaration française des droits de l'homme et du citoyen a défini la liberté comme le fait de
n'être en aucun cas restreint dans son droit à faire n'importe quoi (sans doute au monde naturel) du moment que cela n'interfère pas avec les droits d'autrui. Dans le sillage de ce sentiment populaire (...) George Grant a défini le libéralisme comme l'ensemble des croyances procédant du postulat central d'après lequel l'essence de l'homme serait sa liberté et que par suite, son affaire principale dans la vie serait de façonner le monde conformément à sa volonté. On tient là le principe normatif qui est à l'origine de la destruction massive de l'environnement qui a lieu partout où la culture occidentale fait sentir son influence - destruction que seule la reconnaissance des droits et de la valeur intrinsèques de la nature peut contrecarrer".
Contre la Commission fédérale, Stowe propose donc de « reconnaître la suprématie des valeurs de l'écosphère » sur celles de l'humanisme et d'élaborer, par analogie avec le concept de « crime contre l'humanité », la notion de « crimes contre l'écosphère », parmi lesquelles on comptera au premier chef « la fécondité et la croissance économique exploiteuse, toutes deux encouragées par une philosophie homocentrique ». Je passe ici sur le contenu de la thèse (mais il faudra bien un jour que les écologistes radicaux comprennent comment et pourquoi le taux de fécondité est plus bas en Europe et aux Etats-Unis que dans le tiers monde, de même que le souci de l'environnement y est infiniment plus développé : l'univers moderne n'a donc pas que des aspects négatifs !"

 Luc Ferry Le nouvel ordre écologique. L'arbre, l'animal , l'homme , Grasset, 1992, pp 139-141

 Stan Rowe est un des représentants de l'écologie profonde, mouvement qui considère que la nature a une valeur propre, indépendamment de sa relation avec l'homme : il défend l'idée de "valeur intrinsèque de l'environnement" 

 

par lenuki publié dans : Sciences politiques
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Jeudi 10 avril 2008

Le retour de l'ethnonationalisme, par Thomas Ferenczi

LE MONDE | 10.04.08 | 13h49  •  Mis à jour le 10.04.08 | 13h49

 

A en juger par les difficultés qui affectent la région des Balkans, le nationalisme n'est pas mort en Europe. "Une nation s'éteint quand elle ne réagit plus aux fanfares", affirme Cioran dans ses Syllogismes de l'amertume. Ce temps n'est pas encore venu sur le Vieux Continent. La conception "ethnique" de la nation, fondée sur l'idée de racines communes, par opposition à la conception "élective" ou "civique", qui repose sur un choix politique, semble avoir de beaux jours devant elle.

Faut-il s'en inquiéter ? Oui, si on se souvient que le nationalisme est à l'origine de deux guerres mondiales et qu'il est porteur d'affrontements meurtriers. Est-il possible de l'éradiquer pour entrer enfin dans une ère "post-nationale", qui donne naissance à un monde multiculturel et cosmopolite ? Non, répond l'historien américain Jerry Z. Muller, dans la dernière livraison de la revue Foreign Affairs (mars-avril 2008), en soulignant "le pouvoir durable du nationalisme ethnique" en Europe et ailleurs.

"Qu'il soit politiquement correct ou non, l'ethnonationalisme continuera de modeler le monde au XXIe siècle", affirme-t-il. Pourquoi ? Parce qu'il correspond à des tendances permanentes de l'esprit humain et qu'à côté de ses "effets destructeurs" il présente aussi des "avantages importants" comme "source de cohésion et de stabilité". Au lieu d'entretenir des illusions sur sa disparition, apprenons à le regarder en face. "Sous une forme ou sous une autre, estime l'auteur, il restera présent pendant de nombreuses générations."

Pour l'historien américain, l'histoire du XXe siècle en Europe a été, sous l'effet de l'ethnonationalisme, un "long et douloureux processus de désagrégation ethnique", dont le démantèlement de l'ex-Yougoslavie n'est que la dernière étape. Le paradoxe est que les deux guerres n'ont pas eu pour conséquence d'inverser le mouvement. Après la première, souligne l'auteur, les frontières ont été modifiées pour coïncider avec les populations. Après la seconde, ce sont les populations qui ont été déplacées pour coïncider avec les frontières.

Le résultat est que "l'idéal ethnonationaliste a été largement réalisé", conclut Jerry Z. Muller, qui ajoute : "On pourrait soutenir que, si l'Europe a retrouvé son harmonie depuis la seconde guerre mondiale, ce n'est pas en raison de l'échec du nationalisme ethnique mais en raison de son succès." Il est vrai, note-t-il, que l'immigration a recréé dans plusieurs pays des mélanges ethniques. Ceux-ci pourraient entraîner, selon lui, "une résurgence des identités ethnonationales traditionnelles".

La vision de l'Europe suggérée par l'historien américain ressemble à celle que propose le politologue espagnol Josep M. Colomer dans un essai intitulé Grands empires, petites nations (Routledge, 2007, pour la traduction anglaise). Pour lui, les petites nations, ethniquement homogènes, offrent une double garantie d'efficacité et de démocratie, mais, qu'elles soient formellement indépendantes, comme dans les Balkans, ou largement autonomes, comme en Espagne, elles ne sont viables que dans le cadre d'un vaste "empire" qui assure leur prospérité économique.

Si l'Union européenne est l'un de ces empires, elle apparaît alors comme une juxtaposition de communautés ethniques dont chacune s'arc-boute sur son identité en refusant toute forme de métissage. Cette Europe-là n'est pas vraiment celle de l'ouverture aux autres et du brassage des peuples que laissait présager le projet communautaire à sa naissance, il y a un demi-siècle. La préservation d'une certaine paix est peut-être à ce prix, mais celle-ci ne saurait s'accommoder d'une idéologie qui, sous couvert de respect des différences, encourage l'intolérance et la xénophobie.

 

par lenuki publié dans : Sciences politiques
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Mardi 8 avril 2008

Voici un article de la revue Philosophie magazine:

Edgar Morin et Nicolas Hulot - L'IMPÉRATIF ÉCOLOGIQUE

Alors que doit se tenir en France, les 2 et 3 février, la conférence internationale sur l'environnement, Edgar Morin et Nicolas Hulot, l'intellectuel critique et l'insurgé médiatique, évoquent le sentiment de nature et la maîtrise du vivant, l'éthique planétaire et les dégâts du progrès, le développement durable et la nécessité de ressusciter l'espérance.

Propos recueillis par
Nicolas Truong

 L'impératif écologique est-il en train de devenir un nouvel impératif catégorique ?

L'urgence climatique s'est en tout cas invitée dans la campagne électorale française.
À côté de l'« ordre juste » de Ségolène Royal et de la « rupture tranquille » de Nicolas Sarkozy, le « pacte écologique » lancé par Nicolas Hulot s'est imposé comme une utopie réaliste plébiscitée par les citoyens et courtisée par les politiciens. Mais ce souci du monde vient de plus loin. De Jean-Jacques Rousseau à Hans Jonas, de Michel Serres à Edgar Morin, la conscience planétaire de la fragilité de la biosphère s'est peu à peu imposée. De René Dumont à Al Gore, du commandant Cousteau à Nicolas Hulot, la volonté de sauver la planète se fait aujourd'hui plus prégnante. Edgar Morin annonçait, dès 1972, « l'an I de l'ère écologique » et invitait, en 1983, à la solidarité avec la communauté de destin terrestre au sein de Terre-Patrie (avec Anne-Brigitte Kern, Seuil). Aventurier de l'extrême dans « Ushuaïa », l'émission qu'il anime et produit sur TF1, Nicolas Hulot a pris peu à peu conscience de l'étroitesse de la planète et de l'ampleur des dévastations. Il a su alerter et fédérer les « énergies positives » autour de l'urgence écologique (Pour un pacte écologique, Calmann-Lévy. Voir aussi www.fondation-nicolas-hulot.org).
Cet échange est repris dans la réédition du livre d'Edgar Morin L'An I de l'ère écologique qui paraît ce mois aux éditions Tallandier.

Edgar Morin : Très jeune, j'ai été sensible aux Rêveries du promeneur solitaire de Jean-Jacques Rousseau. J'adorais la mer, la montagne et longtemps je n'ai pu écrire que devant une fenêtre ouverte sur les paysages toscans. J'ai un besoin de nature ancré au plus profond de mon être. Mais c'est en Californie, en 1969-1970, que des amis scientifiques de l'université de Berkeley m'ont éveillé à la conscience écologique. En 1972, j'intitule une communication « L'An I de l'ère écologique », persuadé qu'un nouvel âge devait s'ouvrir face à la dévastation de la biosphère. Depuis, de l'assèchement de la mer d'Aral à la pollution du lac Baïkal, des pluies acides à la catastrophe de Tchernobyl, de la contamination des nappes phréatiques au trou dans la couche d'ozone dans l'Antarctique, le mouvement écologique a pris son essor et une première prise de conscience a suscité de grandes conférences internationales, comme celles de Stockholm (1972), Rio (1992) ou Kyoto (1997) qui n'ont malheureusement pas pu créer d'instances contraignantes. Le point d'orgue de cette série de dévastations est sans aucun doute le réchauffement climatique, vraisemblablement lié à nos activités techno-économiques, comme en témoignent aussi bien l'ouragan Katrina que l'automne clément que nous avons vécu en Europe. Il a fallu du temps pour que cette conscience progresse. Nicolas Hulot
et sa Fondation ont su catalyser et incarner en France ce moment historique et critique.

Nicolas Hulot : On ne naît pas écologiste, on le devient. Je le suis devenu graduellement. Dans mon parcours initiatique, j'ai vécu des chocs visuels et émotionnels d'une grande intensité. Jeune photographe, j'ai été amené à arpenter des zones géographiques sublimes, comme le Limpopo ou le Zambèze. L'Afrique a été pour moi le continent de l'éveil. J'ai pourtant longtemps cru que la nature était corvéable, que nous vivions dans un monde infini, que l'impact de l'homme était dérisoire. La fréquence de mes voyages, notamment pour l'émission « Ushuaïa », m'a permis de me rendre compte de l'étroitesse de notre planète, de l'intensité des dégradations. La prise de conscience s'est alors transformée en conviction. En effroi même, lorsque j'ai réalisé la faiblesse de nos moyens par rapport à l'ampleur de la catastrophe écologique annoncée. D'où l'importance du soutien d'un intellectuel comme Edgar Morin, qui n'a pas attendu que la réalité s'impose pour réfléchir à l'origine des problèmes écologiques.
 
E. M : La pensée occidentale ne sait opérer que par disjonction ou par réduction. Descartes, qui voulait
que l'homme soit « comme maître et possesseur de la nature »,
opère la disjonction entre la science et la philosophie,
ce qui aboutira à cette séparation entre le monde des humanités et celui de la technique. Après avoir mis Dieu au chômage technologique, l'homme s'est octroyé le droit
de dominer la nature. Cette prétention s'est effondrée récemment. D'une part, parce que cette volonté de maîtriser le vivant se retourne contre nous ; d'autre part, parce que la Terre nous apparaît comme une minuscule planète d'un système solaire lui-même périphérique dans un cosmos gigantesque.
Il faut dire aussi que le christianisme, qui nous a façonnés, est une religion ouverte sur l'humain avec ces valeurs cardinales que sont la charité et l'amour, mais fermée à la nature et au monde animal. À l'opposé, le bouddhisme immerge l'humain dans le cycle des reproductions du monde vivant. La compassion du Bouddha s'adresse à toutes les souffrances. Nous sommes donc également marqués par l'empreinte chrétienne de notre civilisation qui ignore notre relation ombilicale à la nature. Il n'est possible de nous affranchir de cette lourde charge à la fois religieuse et techniciste que par une réforme de notre mode de pensée.

N. H : Le verrou culturel est au moins autant opérant que le verrou économique en matière écologique. Quant on lit Se libérer du connu (Stock) du penseur indien Krishnamurti, on voit combien briser les conditionnements et les préjugés est un travail long, à l'issue incertaine. La pire des blessures infligées à l'amour-propre de l'humanité, c'est lorsque Darwin a démontré que nous n'avions pas fait l'objet d'une création séparée. Du haut de la pyramide du vivant, l'homme a appris qu'il était issu d'une matrice commune avec les animaux. Cette blessure narcissique s'est accompagnée d'un refus d'admettre cette communauté d'origine et n'est pas encore cicatrisée, comme l'illustre la virulence des mouvements créationnistes outre-Atlantique. Nous savons depuis les Grecs et Ératosthène que la Terre est ronde, mais nous venons juste de nous rendre compte que nous vivons dans un monde fini, limité. Or nous sommes inaptes à la limite. Il y a de quoi être ébloui par la fulgurance des prouesses scientifiques. Mais cette toute-puissance de la technoscience génère ce que le chercheur américain René Dubos appelle le « désarroi tragique de l'homme moderne ». Aujourd'hui, l'homme n'est plus relié à rien. Ce désarroi est l'une des conséquences psychologiques de l'hypertrophie de la technique. On a fini par banaliser la vie sur Terre. D'où l'urgence du « pacte écologique », qui s'éloigne de l'affrontement, de la psychologie de la horde qui a longtemps façonné les partis politiques. L'impératif écologique nous donne une occasion inespérée de nous rassembler. Il faut redonner du sens au progrès que l'on avait confondu avec la performance. Celui-ci doit être conçu comme l'amélioration durable et équitable de la condition humaine, et non plus comme une volonté
de puissance déchaînée. Dans Le Syndrome
du Titanic, j'avais mis en exergue une phrase
d'Albert Einstein toujours d'actualité :
« Notre époque se caractérise par la profusion des moyens et la confusion des intentions. »

E. M : Comme l'illustre la raréfaction des énergies fossiles, c'est l'idéologie du « toujours plus » que nous devons combattre. Il faut montrer que la limitation de la circulation automobile dans les centres historiques des grandes villes les ré-humanise. Nous aspirons obscurément à fuir la vie du métro-boulot-dodo qui obéit à la logique déterministe, chronométrique, hyper-spécialisée de la machine artificielle de nos usines et bureaux. Experts et « éconocrates », nous nous traitons comme des machines triviales, alors que la part non triviale en nous, celle du vouloir-vivre, aimer, nous réaliser, échappe à cette logique. Le pacte écologique n'a de sens qu'à condition d'être complété par un pacte politique. Pour ne pas aller dans le mur, nous avons besoin d'une politique que j'ai appelée « politique de l'homme ».

N. H. : Je constate que les politiques n'ont retenu que les aspects techniques de mon livre, qui sont bien évidemment déterminants puisqu'il faudra mettre en branle une combinaison d'outils économiques, fiscaux ou éducatifs afin de réaliser cette mutation écologique. Je regrette qu'ils n'aient pas lu les soixante premières pages, qui se présentent comme une remise en cause globale de notre civilisation, une invitation à un examen de conscience individuel et collectif. L'impératif écologique est aussi un impératif politique, car nous sommes encore englués dans la barbarie des origines. Comme nous l'a appris l'ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans, le vernis démocratique est prêt à craquer à la moindre catastrophe écologique. Je ne dis pas cela pour faire peur, mais il n'est pas dit que notre civilisation sera capable d'affronter les bouleversements écologiques dans la cohérence, la sagesse, la pertinence et la rationalité. Nos frontières ne pourront stopper la mise en marche vers le nord des damnés de la Terre, fuyant les désordres écologiques et climatiques qu'ils subiront au sud sans les avoir provoqués. Aucune armée au monde placée à Gibraltar ou au sud de l'Italie n'endiguera une vague migratoire dont les fondements seront légitimes.

E.M : Comment ressusciter l'espérance ? Au coeur de la désespérance même. Quand un système est incapable de traiter ses problèmes vitaux, il se désintègre ou se métamorphose. L'espérance est dans la convergence de ces courants qui parfois s'ignorent, tels le commerce équitable, l'économie solidaire, la réforme de vie. De partout, les solidarités s'éveillent. Des associations se créent pour sauver une rivière, repeupler un village, réinventer localement la politique. Ça bouillonne. Sous les structures sclérosées, il y a dans notre pays un formidable vouloir-vivre. Il n'y a pas de solution prête à l'avance, mais il y a une voie.

N. H : Ce que vous venez de dire est magnifiquement résumé par une phrase de Saint-Exupéry : « Il n'y a pas de solutions mais des forces. Créons ces forces et les solutions suivront. » Nous ne sommes pas comme des vagabonds nus dans le blizzard. Nous avons des outils formidables pour endiguer la famine et sauver la planète. Ce qui nous manque, c'est une volonté commune.

E. M. : Il faut prendre conscience de l'urgence de devenir citoyens de la Terre. La notion de « développement », même sous sa forme adoucie et vaselinée de « durable » contient
encore ce noyau aveugle techno-économique pour qui tout progrès humain découle des croissances matérielles.
Il importe de refonder cette notion de développement,
dont l'application partout dans le monde détruit les solidarités traditionnelles, fait déferler la corruption
et l'égocentrisme. Il faut que la notion de développement
se métamorphose en celle d'épanouissement.

N. H : Je suis pour la croissance économique dès lors qu'elle participe à une répartition équitable des richesses. L'énergie, l'eau, la terre, les poissons... Un certain nombre de ressources se raréfient. Nous n'avons plus le choix : la décroissance s'imposera de gré ou de force à cause du manque de certaines ressources. Cependant, je crois au développement durable et non à une décroissance globale qui serait synonyme de récession, notamment parce que je suis soucieux de l'acceptabilité sociale du pacte écologique.

E. M : Croire que le Nord n'apporte que des bienfaits et des bonnes solutions est une erreur. La primauté du calcul dans
la civilisation du Nord rend aveugle à la qualité même de la vie. Le Sud conserve des vertus de convivialité, d'art de vivre, de communauté et de solidarité que le Nord a évacuées.
Il faut concilier toutes ces vérités.

N. H : L'Afrique est un continent qui déborde de cette ressource qu'est la sagesse, tellement raréfiée chez nous.
Et c'est heureusement inestimable économiquement.

E. M. : Chaque culture a ses vertus et ses superstitions.
Il en est ainsi de la nôtre dont je suis loin de méconnaître les vertus, mais dont je dois reconnaître les illusions et les carences. C'est pourquoi je crois à une symbiose des civilisations. Les sagesses africaine, indienne, amérindienne doivent se mêler à nos Lumières, éclairantes mais aussi tellement aveuglantes. Nous devons cesser de nous considérer comme les maîtres pour devenir des partenaires dans le « grand rendez-vous du donner
et du recevoir » dont rêvait Léopold Sédar Senghor.

 

par lenuki publié dans : Sciences politiques
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Mardi 8 avril 2008

Un article de Wikipédia

L'éthique de l'environnement (ou éthique environnementale) est une branche de l'éthique appliquée qui concerne directement, ou indirectement, les questions d'environnement. En particulier, elle cherche à préciser la nature du lien entre l'Humain et la Nature.

La pensée écologique actuelle est constituée d'une multitude de courants de doctrines diverses, parfois complémentaires, parfois incompatibles. La majorité de ces doctrines donnent une explication éthique aux différentes causes de dégradation de l'environnement : elles accordent priorité aux changements dans les manières de penser plutôt que dans les manières de faire et visent à redéfinir le rapport de l'Homme avec la Nature.

L'éthique de l'environnement peut être définie comme l'ensemble des doctrines écologiques, proposant pour résoudre les crises actuelles, de repenser le rapport Homme/Nature d'un point de vue philosophique, esthétique, voire religieux.

Quatre grandes approches de l'éthique environnementale peuvent être définies

Fondements philosophiques

Pour Aristote[1], la plante et l'animal ne sont que des moyens pour l'homme. Descartes justifie cette utilisation de la nature par son caractère entièrement mécaniste : l'animal n'est qu'une « machine » au fonctionnement remarquable. En sens inverse, Montaigne met en doute la place privilégiée de l'homme dans la nature : quand je joue avec ma chatte, dit-il, qui sait si elle ne me prend comme un passe-temps plus encore que je ne le fais d'elle ? [2]

D'un point de vue philosophique, l'éthique de l'environnement découle de principes éthiques généraux définis entre autres par le philosophe allemand Hans Jonas et l'Écologiste René Dubos (penser global, agir local). En remontant plus loin dans l'Histoire, on peut trouver des philosophes du droit naturel comme John Locke, Samuel von Pufendorf, et Jean-Jacques Rousseau.

La conception moderne des rapports entre l'homme et l'environnement

La plupart des penseurs modernes ne donnent une valeur morale qu'aux êtres libres ou doués de raison, c'est-à-dire aux hommes.

Pour Rousseau, certes l'animal est une « machine ingénieuse », mais son caractère d'être sensible interdit à l'homme de le considérer comme une simple chose et de le maltraiter inutilement[3]. La différence entre l'homme et l'animal, pour Rousseau, n'est que quantitative sur le plan de l'intelligence. Ce qui distingue essentiellement l'homme, c'est sa liberté d'agir ou de ne pas agir ; c'est aussi sa capacité à se perfectionner au cours de sa vie (éducation) et d'une génération à l'autre (histoire).

Kant fonde son éthique sur la volonté et la liberté. Les animaux, qui en sont dépourvus, ne sont donc que des choses et non des personnes : les hommes peuvent les utiliser comme moyens[4].

L'éthique environnementale dans le monde anglo-saxon

L'éthique environnementale, au XXe siècle, s'est surtout développée dans le monde anglo-saxon sous l'influence de deux sources : la pensée utilitariste anglaise et la fascination des Américains, depuis Thoreau et John Muir, pour la nature vierge (wilderness).

À la fin du XVIIIe siècle, Jeremy Bentham s'interrogeait : les animaux souffrent-ils[5] ? Si oui, la perspective utilitariste du « plus grand bonheur pour le plus grand nombre » devrait prendre en compte leur bien-être au même titre que celui des humains.

Au XXe siècle, Peter Singer développe cette thèse. La dignité d'être moral ne dérive pas de la raison, puisque nous l'attribuons à des enfants ou à des fous, mais de la sensibilité, de la capacité à souffrir. Par analogie avec les théories racistes ou sexistes qui refusent la prise en considération égale des intérêts des Noirs ou des femmes, Singer désigne sous le nom de spécisme (speciesism) un comportement qui donne plus de poids aux intérêts humains qu'à ceux des animaux.

Tom Regan, contre l'utilitarisme, place la valeur de l'individu non dans la maximisation des plaisirs, mais dans un certain accomplissement de vie qui fait de l'individu un « sujet de vie » : a une valeur l'être qui a conscience de soi, désire et construit son avenir. Les mammifères et en particulier les primates entrent dans cette catégorie. Cette dignité, dans la tradition kantienne, interdit de le traiter comme un moyen et lui confère des droits moraux. Il en déduit l'interdiction de les chasser, les élever ou de les consommer.

À ces éthiques individualistes s'opposent des éthiques de l'espèce ou de l'écosystème. La land ethic d'Aldo Leopold associe dans une même « communauté biotique » le chasseur, le gibier et le milieu naturel dans lequel ils évoluent. Chasser n'est pas illégitime, mais l'homme doit s'inscrire dans le monde naturel sans le bouleverser comme le fait le fermier ou l'industriel.

Domaines concernés par l'éthique de l'environnement

Les questions environnementales constituant l'un des trois piliers du développement durable (avec l'économique et le social), elles remontent au plus haut niveau de préoccupation éthique, sur des sujets comme la gouvernance mondiale, l'organisation de l'État et des collectivités territoriales, l'éducation, et le pilotage des entreprises.

L'apparition de principes de droit naturel devrait avoir à l'avenir des conséquences importantes dans le droit, en particulier dans la façon d'appliquer le Principe de précaution, tout en cherchant à croiser exigences économiques, sociales et environnementales.

Situation dans plusieurs régions du monde

En France [modifier]

L'éthique de l'environnement est montée au plus haut niveau de préoccupation au sommet de la Terre de Johannesburg en août 2002. On se souvient de l'influence exercée par Nicolas Hulot sur le Président de la République.

Des réflexions ont été menées depuis 2003 pour définir une charte de l'environnement. Après de multiples discussions, cette charte a été adoptée officiellement et a été incluse le 1er mars 2005 dans la constitution française.

Le fait que la charte soit placée au plus haut niveau de la pyramide des normes juridiques laisse présager de fortes évolutions dans le droit.

En Australie et dans le monde anglo-saxon

Une charte dite en:Global Greens Charter a été adoptée par 800 personnalités en avril 2001 à Canberra.

Par ailleurs, des travaux normatifs ont été réalisés en Australie sur la maîtrise des risques. Cette norme est une norme internationale (ISO).

Application pratique de l'éthique de l'environnement

Au sujet de l'éthique de l'environnement, et d'un point de vue pratique, il convient de se poser la question de l'état naturel originel de l'environnement considéré, cela sous tous ses aspects, tant physiques qu'"éthiques", soit : quels êtres vivants vivent dans cet environnement, quel est leur impact sur celui-ci, quel est leur légitimité, voire leur nécessité, à y demeurer ?

Pour une entreprise, on voit que l'analyse fine du contexte est très importante.

Cette question découle du pré-supposé que d'une part l'environnement et d'autre part "la vie qui l'habite" (ou la fréquente habituellement), profitent l'un à l'autre, ou à tout le moins ne se nuisent pas, soit : se supportent harmonieusement.

Notes et références

  1. Aristote, Politique, Livre I.
  2. Michel de Montaigne, « Apologie de Raymond Sebond », Essais (texte sur Wikisource).
  3. Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, (texte sur Wikisource).